Edito semaine 42 par Patrick Farbiaz "EELV : l’éclatement d’une bulle spéculative"

En 2009, les 16 % d’EELV aux élections européennes ont créé l’euphorie chez les écologistes . Un peu à la manière des start up sur Internet ou de la fièvre de la ruée vers l’or, ceux-ci se mont mis à rêver à ce que sous l’effet Cohn-Bendit , ils pourraient devenir la première formation politique… sans rien changer ni de leur fonctionnement ni de leur orientation. Ce fut l’erreur de trop qui les entraina dans une dynamique fatale renforcée par l’illusion plurielle de l’accord tissé entre les dirigeants D’EELV emmenés par Jean Vincent Placé et Cécile Duflot et Martine Aubry. Mais cette descente aux enfers était comme toute bulle spéculative programmée. La crise venait de loin. Elle reposait sur des croyances jamais fondées sur le réel mais qui sont devenues des évidences que personne au sein d’EELV n’a jamais voulu combattre de front :

Première évidence : celle d’une prétendue majorité culturelle. Les français seraient en passe de devenir majoritairement écologistes. La majorité culturelle, conception gramciste adaptée à l’écologie par Alain Lipietz repose sur une série de constatations jamais argumentées. Les français auraient changé majoritairement de comportements et trieraient leurs déchets, mangeraient sain, feraient du vélo… On comprend bien la nécessité, pour la majorité des Verts, de trouver une théorie justifiant le rôle dirigeant d’un parti de gouvernement ayant des résultats électoraux qui sont loin de ses prétentions au pouvoir. On substitue ainsi au nom de l’hégémonie culturelle censée advenir comme une marée montante, une légitimité médiatique indéterminée mêlant sondages et pénétration des concepts écologistes à une légitimité démocratique. La version sophistiquée de la majorité culturelle fût avec la naissance de EELV, la pollinisation des abeilles vertes butinant pour infuser de l’écologie à l’insu de leur plein gré les classes populaires. Tous ces raccourcis permettent en réalité de ne pas répondre au rapport impensé entre écologie et classes sociales.

Deuxième évidence. Cette soit disant majorité culturelle aurait un noyau, un socle qui serait le peuple de l’écologie. Il y avait un peuple de gauche depuis 1789. Il y aurait depuis 1989, date de l’essor des verts aux élections européennes,  un peuple de l’écologie . Celui ci organisé au sein des AMAP, des jardins partagés, des fermes et magasins bio, des associations d’environnement, des parcs régionaux défendraient ipso facto le même désir de transformation de la société indépendamment des conditions sociales, politiques, culturelles, idéologiques, spatiales… Ce peuple de l’écologie accoucherait d’une sorte de « travaillisme vert » où le mouvement associatif écolo, l’économie sociale et solidaire se retrouverait comme par enchantement représentés par le même parti. Cette fable belle à écouter  n’est qu’un attrape nigaud. Le peuple de l’écologie n’existe pas. Il y a des pratiques sociales qui relèvent de l’écologie, organisées sur le terrain par des gens ayant des aspirations écologistes mais pouvant être, des libéraux endurcis, des socialistes déterminés, des apolitiques entêtés. Le seul  « peuple » de l’écologie constitué c’est celui du NIMBY qui pourrait demain tout aussi bien devenir l’un réservoir de voix  privilégié du Front national au nom de la pureté des espèces et de la préservation de l’entre-soi.

Troisième évidence. Cette majorité culturelle et ce peuple de l’écologie exigeraient une famille écologiste rassemblée indéfectiblement dans le même parti politique qui réunirait pour toujours tous les courants même les plus contradictoires de cette famille .Cette fiction a volé en éclat durant la dernière année mais cela n’empêche pas les quatre candidats à la primaire écologiste de répéter la même histoire pour cacher derrière le paravent de « l’unitude » à tout prix leurs différences d’approches . Sous prétexte que la primaire Joly-Hulot avait démontré les divergences profondes entre les écologistes, il faudrait cette fois masquer les plus petites différences pour reprendre l’espace politique qui traduirait la majorité culturelle en majorité politique et permettrait miraculeusement de passer des 2% aux 51 % revendiqué par celle qui se prépare à être la « première  présidente écologiste ».

Quatrième évidence : Pour se maintenir à flot, quelque soient les situations, il faut maintenir comme un dogme l’autonomie des écologistes. Cette autonomie à géométrie variable permet de hisser à tout bout de champ le drapeau de l’autonomie tout en faisant les compromis les plus mauvais pour sauvegarder l’essentiel , la main mise sur la marque, garante de la possibilité présente ou future des sièges électoraux. . L’autonomie des écologistes est une fadaise pour la bonne raison que dans le système électoral français  à caractère majoritaire, l’alliance est obligatoire pour qui veut peser en dehors du mouvement social sure champ politique. Cette fiction a permis de longues années durant de ne pas réfléchir sur les enjeux de telle ou telle alliance.

 Tous ces concepts ont une origine commune . L’écologie politique serait la traduction de valeurs universalistes liant indissolublement la nature et l’humanité. L’emprise malsaine de l ’homme sur la nature serait réparable par des techniques et une science écologique qui lui permettrait de répondre à cette crise de l’anthropocène. Ce raisonnement est faux. L’écologie politique est née précisément en partie d’une rupture avec l’écologie scientifique issue du darwinisme. Dans les années 70 – 80 , elle s’est développée à travers l’étude des conflits sociaux environnementaux menés par les peuples du Sud pour leur survie. Cette naissance de la « Political Ecologiy » est généralement « oubliée » ou inconnue  des chercheurs, des philosophes et des militants  de l’écologie en France et en général en Europe . Les cadres politique s des Verts dans les pays européens ont voulu à la fois se transformer dés le début des années 80 en une force politique interclassiste et fusionner avec le mouvement environnementaliste. Venant de l’extrême gauche le plus souvent, ils avaient besoin tout à la fois de faire oublier leurs origines marxisantes et de s’adresser à un public issu des centres villes, au capital culturel aisé, qui n’avait pas de problème de survie. De leur côté , ces nouvelles classes moyennes aspiraient à une qualité de vie qui ne soit plus seulement indexée sur le productivisme. La dépolitisation, de l’écologie est née de cette rencontre. Aujourd’hui avec la précarisation de ces classes moyennes, avec le déclassement et la mondialisation sauvage, cette écologie là ne fonctionne plus. Reste l’affrontement entre les tenants du capitalisme vert et l’écologie sociale et populaire. Le temps de l’écologie de libération est venu. A nous de la faire exister politiquement.

Patrick Farbiaz

p.farbiaz@gmail.com

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