Que penser de la primaire des écologistes et des élections présidentielles de 2017 ?

Cette tribune a été publiée par Mediapart le 23 septembre 2016

Une étape de plus dans la crise de la politique

La multiplication des primaires (Droite, PS, EELV) et des candidat-e-s putatifs aux présidentielles sont une étape supplémentaire de la décomposition du système partidaire hérité de la révolution industrielle.

Ces partis ne représentent plus qu’eux-mêmes et tentent à tout prix de retarder leur fin en se transformant en écuries présidentielles régulées par des élections ouvertes aux sympathisant-e-s. En réalité, celles et ceux qui votent à la primaire – ce fut le cas par exemple à la primaire socialiste de 2012 – sont élu-e-s, collaborateurs ou collaboratrices d’élu-e-s ou comptent parmi les plus âgés, les plus éduqués et les plus aisés des militant-e-s et sympathisant-e-s. Par conséquent, les primaires, tout en mobilisant au-delà du socle partidaire, sont loin d’être un véritable instrument de mobilisation des citoyen-ne-s ; dans le contexte que nous vivons, elles consacrent la politique comme domaine réservé à une nomenklatura qui s’auto-reproduit légitimée par un système censitaire ou, dans le meilleur des cas seulement élargi aux citoyen-ne-s les plus intégrés électoralement.

Elles alimentent aujourd’hui le cirque médiatique en assurant la feuilletonisation de la vie politique et contribuent à notre divertissement en masquant les enjeux politiques réels. D’autant qu’ici, la présence d’écologistes de cour aux primaires du parti socialiste constitue une aubaine supplémentaire pour les rédactions qui ne manqueront pas de mettre en scène leur affrontement indirect avec les candidat-e-s EELV.

Dans cette séquence, l’écologie risque bien d’être réduite au spectacle ridicule d’un décompte de votes afin de départager les vrais des faux écologistes. Il n’est pas besoin d’imaginer l’effet délétère que produira probablement une telle situation pour comprendre que les primaires contribueront à renforcer le désintérêt populaire pour la politique institutionnelle.

En outre, et ce n’est pas la moindre des contradictions pour des écologistes, elles consacrent notre incapacité à traduire en acte notre critique fondamentale du présidentialisme et de la Vè République.

La limite des candidatures de témoignage

Ce système oblige les courants minoritaires à présenter des candidatures de témoignages pour ne pas disparaître au moment où, pense-t-on, est décidé l’avenir de la France. Les écologistes depuis René Dumont n’ont, de fait, jamais dépassé ce stade.

Pourtant, il ne s’agit plus aujourd’hui de faire progresser la conscience des enjeux écologiques dans la population : ceux là sont bien identifiés.

La question qui se pose est comment créer les conditions d’un rapport de force qui, dans et hors des institutions, nous permettent d’accélérer le processus de destitution de la Vè République et de produire les conditions d’une République et d’une Europe sociale et écologique. Or cela ne se fera pas sans une alliance des forces écologistes et sociales autour d’un projet de transformation radicale des institutions nationales et européennes ni sans un soutien populaire. Nous n’avons pas pris ce chemin.

C’est pourquoi nous considérons que la campagne des primaires de l’écologie est en deçà des enjeux de la période.

Leur logique d’affirmation identitaire ne correspond pas à nos objectifs de rassemblement d’une force de transformation et de la construction en son sein d’un courant d’écologie sociale à vocation majoritaire.

Les quatre candidats ont en commun de vouloir rassembler le peuple de l’écologie. Pourtant, ce « peuple » n’a pas d’autre identité que des pratiques sociales (AMAP, jardins partagés, alimentation biologique, rapport à la nature et, parfois, aux animaux) qui ne constituent pas en soi un socle politique. Ce peuple constitue parfois des espaces de vie, de production et de pratiques alternatives, il n’est à pas en soi un projet de transformation. Il y a au sein de ce peuple de l’écologie des conflits et des divisions de fond dans le rapport à la propriété, à l’Europe, au cosmopolitisme, à la laïcité, à l’égalité, etc.

Invoquer un rassemblement mythique, c’est entretenir l’illusion que le souci de l’écologie suffirait à transcender les rapports de classes et les conflits. Une stratégie qui a déjà produit ses désillusions avec le départ d’une partie de ses cadres vers l’écologie courtisane et le repli d’une partie de ses militant-e-s sur le militantisme de terrain dans les associations, les luttes, les nouvelles pratiques de désobéissance.

Nous pensons également qu’il faut entendre et répondre à la proposition formulée par différents acteurs du champ progressiste de la contestation sociale et écologique, d’un contre espace politique qui dénonce l’élection présidentielle en tant qu’elle constitue une farce électorale et intervienne dans la campagne pour interpeller les candidat-e-s sur leurs déclarations anti-syndicalistes, anti-zadistes, anti-réfugiés, racistes, islamophobes, sexistes, homophobes, anti-pauvres ou anti-écolos, ces tentatives répétées de diviser le corps social, de nier son caractère fondamentalement politique et de renverser la charge de la preuve contre celles et ceux qui résistent à la violence sociale et écologique du capitalisme. Dans un moment de crise de la représentation et d’ubérisation de la politique par des aventuriers comme Macron, où les classes populaires s’abstiennent massivement ou sont tentées par le vote FN, il ne faut pas que le jeu politicien l’emporte sur l’affrontement idéologique.

L’un des principaux enjeux de la présidentielle réside dans le jour d’après

Les politiques d’inspiration libérale ont coupé la gauche de son électorat, divisé profondément les organisations qui avaient oeuvré à la victoire du 6 Mai et suscité l’opposition des organisations syndicales : tout semble réuni pour un 21 avril bis. L’absence du président sortant au second tour marquerait l’achèvement de l’acculturation du gouvernement socialiste au libéralisme économique que manifestent de manière exemplaire les lois Macron et El Khomri, sa perméabilité aux thèses de la vague nationale-identitaire (proposition de loi sur la déchéance de nationalité, refus de mettre en place une politique d’accueil des réfugié-e-s, stigmatisation sous couvert de défense de la laïcité ou de défense du droit de femmes) et sécuritaires avec un affaiblissement des libertés fondamentales (Etat d’urgence), son alignement total sur l’OTAN et sa participation à des guerres en Afrique et au Moyen Orient.

Cette défaite signera, pour la gauche tout entière, la fin du cycle d’Epinay, initié par l’échec de la SFIO aux élections de 1967 et par sa dissolution et son remplacement par le Parti Socialiste à Epinay en 1971. Trois ans après le programme commun de l’union de la gauche était signé et portait la promesse d’une alternance sur une base de réformes profondes. On connait la suite, victoire de François Mitterrand en 1981 puis, 1983, l’amorce du virage social-libéral qu’achève de manière remarquable le quinquennat Hollande. Autrement dit, 2017 pourrait être le signal, l’année 0 pour les forces de transformation sociale-écologique. Cependant, pour que la recomposition autour des idées de justice sociale et écologique, de commun et de cosmopolitisme, de société post-croissance et de bien vivre ait lieu, il faut que toutes les composantes du champ de la transformation sociale et écologique qui remettent en cause les politiques d’inspiration social-libérale telles qu’elles nous sont proposées aujourd’hui, s’attèlent à penser les conditions de leur articulation et participation commune au projet de transformation sociale et écologique de notre société.

Soutenir les candidat-e-s de l’écologie et de la gauche, qui veulent prendre la tête de l’alternative !

Si l’enjeu c’est la recomposition, cette présidentielle devrait constituer l’occasion de préparer des candidatures d’unité et de rassemblement aux élections législatives qui ne peuvent se réduire à la seule présentation de candidat-e-s d’EELV dans toutes les circonscriptions. Nous devons tout faire localement pour favoriser des regroupements issus de dynamiques locales ancrées dans les luttes écologiques et sociales et les expérimentations démocratiques nouvelles, type Nuit Debout.

C’est pourquoi nous soutiendrons aux présidentielles les candidat-e-s qui se réclament de la gauche et de l’écologie, et qui veulent prendre le dessus sur la sociale-démocratie, rompant ainsi avec le PS tel qu’il est aujourd’hui.

Nous estimons qu’une candidature de témoignage du message écologiste sur la base du cosmopolitisme, du post-productivisme, du commun et de la défense des écosystèmes est complémentaire avec toutes les candidatures utiles à la recomposition comme celle de la France Insoumise. Il est nécessaire pour renverser la table de dépasser le seul périmètre de l’écologie politique, de construire un rassemblement dans lequel l’écologie politique serait une force motrice. Le féminisme, la gauche syndicale, la tradition communiste, la sociale démocratie quand elle n’a pas renoncé à transformer les rapports de production par la propriété sociale des moyens de production, le mouvement libertaire (et la liste n’est sans doute pas exhaustive) devront pouvoir y prendre place.

Francine Bavay, Conseillère fédérale EELV

Sergio Coronado, Député des Français de l’étranger 2e circonscription Amérique latine et Caraïbes (Groupe Écologiste), Conseiller fédérale EELV

Patrick Farbiaz, Conseiller fédéral EELV

Bénédicte Monville-De Cecco, Conseillère régionale d’Île de France (Groupe EELV-A, Elue écologiste d’opposition à Melun, Conseillère fédérale EELV

Membres de la Coopérative politique Ecologie Sociale

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