Les quatre couleuvres de Monsieur Hulot ou l’écologie libérale en marche

En quelques semaines, Nicolas Hulot a avalé quatre couleuvres : perturbateurs endocriniens, Taxe sur les transactions financières, CETA, Trump parade. C’est beaucoup pour un homme qui voulait paraître comme un défenseur intransigeant de l’écologie.

Face aux lobbies, à la Commission européenne et au gouvernements anti écolos le Ministre de la transition écologique et solidaire a laissé adopter le 4 juillet une définition des perturbateurs endocriniens qui est une victoire pour les lobbies de la pétrochimie. Alors que Ségolène Royal avait bloqué ce texte aux garanties insuffisantes, M. Hulot a capitulé en rase campagne. Non Monsieur le Ministre ce n’est pas une avancée mais un recul : Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement ; l’exemption accordée aux pesticides ayant pour mode d’action, justement, la perturbation endocrinienne. Cette disposition est la seule qui permettrait d’exclure le glyphosate de la liste des pesticides perturbateurs endocriniens.  Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement. Le changement de position de la France a fait basculer et a permis ce vote qui ouvre la porte aux lobbies. Seuls le Danemark, la Suède et la République tchèque ont voté contre la proposition de la Commission. La politique des petits pas de Mr Hulot est dangereuse. Sous prétexte d’avancées, elle légitime l’inacceptable en mettant en cause la santé des plus pauvres Demain, les pesticides qui recouvrent les fruits et légumes industriels vont aggraver les problèmes de santé.

 

La deuxième couleuvre c’est le double langage du gouvernement d’Edouard Philippe à propos de la Taxe sur les transactions financières pourtant demandée avec force par le créateur d’Ushuaïa. La discussion sur l’adoption de la taxe sur les transactions financières (TTF) a été retirée de l’ordre du jour de la dernière réunion des ministres de Finances de l’Union européenne (Ecofin) du 22 mai, à la demande de la France. Contrairement aux discussions que le Président Macron avait eu avec les ONG à propos du changement climatique où il estimait que la TTF était une des pistes à envisager, il a enterré rapidement cette taxe qui aurait permis d’abonder 35 milliards pour le Fonds Vert destiné à soutenir les efforts des pays du Sud.

 

La troisième couleuvre est celle du CETA, le traité de libre échange avec le Canada, frère jumeau du TAFTA. Emmanuel macron est le le seul candidat à l’avoir soutenu durant la campagne présidentielle. Motif : «Il améliore objectivement les choses dans notre relation commerciale» avec Ottawa. Là aussi, les ONG, La Fondation Nicolas Hulot en tête en demande l’arrêt. L’Accord Hulot Macron débouche sur l’installation d’une commission d’évaluation. Comme sur Notre Dame des Landes. Mais dans le cas du CETA, pas de suspens, l’accord sera appliqué. La commission est le cache sexe d’un double langage. Côté cour, elle le prix du maintien de Monsieur Hulot au gouvernement. Côté jardin, l’axe Trudeau Macron, celui d’un courant libéral – mondialisateur est stratégique et il sera maintenu.

 

La quatrième couleuvre est l’accueil triomphal faite à Donald Trump, le négationniste climatique en chef. Voir derrière ce criminel de l’environnement, Monsieur Hulot au garde-à-vous fut un crève cœur pour tous les écologistes. Trump, en plus d’être un climato-sceptique acharné, est un ennemi juré de l’environnement, de l’écologie et donc de la planète :  Réduction drastique des moyens de l’Agence de protection de l’environnement des Etats Unis, démantèlement du plan énergie propre, levée de l’interdiction faite aux mines à ciel ouvert de ne pas polluer les rivières, révision des standards d’émission de carbone des voitures, libéralisation de la fracturation hydraulique des gaz de schiste et enfin autorisation de la construction de l’oléoduc géant et très controversé Keystone XL… A quoi pensait Nicolas Hulot aux Champs Elysées derrière ce président sexiste, homophobe, raciste et xénophobe ? trouvait-t-il là matière à inspiration ?

Ces batailles perdues sont pour les écologistes une leçon de choses. Il n’y a pas d’homme providentiel pour défendre les intérêts des victimes de l’environnement. Il n’y a pas de politique des petits pas, du cycle vertueux ou des gestes citoyens qui vaillent si on ne s’attaque pas aux racines de la crise écologique. Le capitalisme même « vert » c’est la marchandisation et la loi des multinationales. Le « Macronisme » n’en est que son expression modernisée. Les illusions entrainées par la personne de Nicolas Hulot ne dureront que le temps d’un été.  C’est maintenant aux citoyens, de se battre résolument pour faire respecter leurs exigences. Entre l’écologie libérale de marché et l‘écologie sociale, les écologistes doivent choisir.

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