Le peuple catalan a le droit de décider de son avenir ; L’avenir est au confédéralisme démocratique

Depuis six ans, le peuple catalan se manifeste massivement pour le droit à l’autodétermination. Le Parlement de Catalogne a voté à une large majorité pour la tenue d’un référendum le 1er octobre. Le gouvernement de la droite espagnole de monsieur Rajoy fait tout pour l’interdire : arrestation d’un ministre et perquisitions au siège de la Généralitat, mises sous tutelle des finances de la Généralitat, menaces contre les élu.e.s, les journalistes, les imprimeurs, saisies de matériel. La présence de la Guardia civil organisant une répression rappelle les années de plomb du franquisme s’abat sur la Catalogne. Quelle que soit notre opinion sur l’indépendance, rien ne justifie un tel usage de la force. D’autant plus que cet usage est en train d’introduire un Etat d’exception permanent déjà imposé au Pays Basque sous la forme d’une occupation militaire. Soutenir le droit des peuples à disposer d’eux mêmes est pour les écologistes un principe et une évidence. Les catalans ont le droit de voter et de décider. Nous appelons le gouvernement français, à dénoncer les violences actuelles ainsi que l’acharnement de Madrid contre le peuple catalan et ses institutions. La France doit appeler l’Union Européenne à reconnaître le référendum, quel qu’en soit le résultat.

Mais le référendum catalan est aussi l’expression d’une des révolutions les plus importantes de notre temps : celle de l’autogouvernement des peuples. Le référendum en Ecosse, comme celui décidé par les Kurdes d’Irak ou encore le vote sur l’autodétermination en Kanaky ou encore celui demandé depuis des décennies par les sahraouis, l’autogouvernement des communes du Chiapas au Mexique comme au Rojava au kurdistan syrien sont les effets d’un même mouvement historique, celui du droit des peuples à disposer d’eux mêmes.

L’actualité politique de ce droit reconnu par l’ONU a deux raisons essentielles. La première réside dans le chaos suscité par la chute du Mur de Berlin, la fin de l’affrontement entre les deux camps, le soviétique et celui de l’impérialisme américain qui figeait les situations nationales. Ce chaos géopolitique a été amplifié par la mondialisation économique, financière et numérique qui loin d’uniformiser le monde a exacerbé les demandes identitaires fondées sur la langue, la religion, le territoire, la culture. La seconde raison en est le processus inachevé des décolonisations. Les frontières nationales, figées par la constitution des Empires et des Etats nation des XIXème et XXeme Siècles n’ont pas été soldées par les années soixante. Lorsque Daech s’attaque à la frontière Syrie – Irak, l’Etat islamique remet en cause les frontières décidées arbitrairement par la France et l’Angleterre, il y a cent ans. La guerre des Balkans dans les années 90 a montré comment en Europe même ce tracé des frontières est remis en cause. La situation en Catalogne rouvre le dossier de l’unité espagnole imposé par un régime franquiste qui musela les peuples d’Espagne pendant quarante ans et auquel la transition apporta une réponse timide, celle de l’autonomie relative.
Ce qui se pose aujourd’hui dans le monde, c’est la question du confédéralisme démocratique, qui permettrait à des nations et des peuples de coexister pacifiquement sans être soumis à des logiques autoritaires d’Etats qui prétendent leur imposer une loi d’airain. L’Union Européenne qui a essayé de définir un nouveau modèle fondé sur la coopération d’Etats souverains aurait pu être le creuset de ce nouveau fédéralisme. Hors loin de jouer ce rôle, elle se retranche derrière les Constitutions des Etats la constituant. Cette hypocrisie risque de déboucher sur de nouvelles crises. La notion de confédéralisme démocratique repose sur un projet sociétal où un autogouvernement autonome reposant sur des communautés locales elles même démocratiquement dirigées permettent aux peuples de décider librement de leur destin. Les Etats nations se sont constitués autour de la notion de frontières. Or la nation française matricielle de l’Etat nation moderne est issu d’une révolution par en bas, celle du Tiers Etat en révolte contre la monarchie et l’Eglise. Ce sont les sections révolutionnaires et les communes qui en furent le creuset. Bonaparte et ses successeurs en furent les bouchers. Nous sommes en train de sortir de cette préhistoire dans lesquels se sont engouffrés d’Atatürk à Erdogan, de Franco à Rajoy, tous les nationalistes étatiques qui ont voulu imposer une seule langue, une seule culture, une seule histoire, un seul Etat à leurs peuples. L’heure est à la diversité, au multiculturalisme et à un cosmopolitisme insurgé, reposant sur une souveraineté, celle des peuples qui refusent qu’on leur impose de l’extérieur un corset étatique. L’écologie sociale, inspiré par le militant écologiste libertaire Murray Bookchin considère que la lutte contre toutes les dominations de genre, de classe, de race est inséparable de la lutte contre la domination étatique. C’est pour cela que la question du confédéralisme démocratique ne se résout pas dans l’indépendance nationale. La souveraineté des peuples c’est l’autogestion et l’autogouvernement à tous les niveaux, de l’entreprise au quartier, de la ville à la région, de la région à la nation et au monde. Nous sommes un peuple –monde.

Publicités
Cet article, publié dans L'édito de la semaine, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s