Perquisitions au siège de la France Insoumise et au domicile de plusieurs de ses responsables – Déclaration politique d’Ecologie Sociale

Ecologie Sociale condamne le caractère totalement disproportionné des perquisitions opérées au siège de La France insoumise, premier parti d’opposition, et au domicile de plusieurs de ses responsables, dans le cadre d’une enquête préliminaire, sous le conduite du parquet, sans les garanties offertes par l’ouverture d’une information judiciaire et un juge d’instruction.

Ces perquisitions ont eu lieu après une séquence politique ouverte par les violences exercées par un collaborateur du chef de l’état, Alexandre Benalla, où le peu de cas que ce pouvoir pouvait faire de la justice et du respect de l’état de droit a été mis en exergue. Ce qui est apparu de manière très claire, dans cette affaire, c’est la volonté de dissimuler des faits délictueux à la justice, la volonté d’obstruction même, un pouvoir executif qui se considère au-dessus des lois, et s’affranchit des obligations qui sont les siennes. Or, nul n’est au-dessus des lois.

Cette intervention démesurée est l’expression de plusieurs phénomènes concomitants qui tous marquent un rétrécissement du champ de nos libertés, et mettent en lumière l’affaiblissement des droits des justiciables face à l’appareil judiciaire et répressif de l’état.

Un parquet assujéti

Il est légitime d’interroger la dimension politique de cette affaire. Il n’y a là aucun complotisme ni remise en cause de la légitimité de la justice à faire son travail, ou encore une volonté de couvrir les responsables politiques, qui doivent être des justiciables comme les autres.

Il s’agit simplement de dénoncer une procédure conduite par le parquet qui est hiérarchiquement soumis à l’autorité de la Chancelerie, alors même qu’un juge d’instruction aurait du être nommé afin d’ouvrir une information judiciaire. Dénoncer cette opération voulue par le pouvoir contre La France Insoumise, qui est aujourd’hui la première force d’opposition au gouvernement, et la situation très française marquée par la persistance de liens et de sujétions entre la justice et le pouvoir exécutif est nécessaire. Fut-ce en des termes vifs ! C’est bien la dépendance du parquet au pouvoir exécutif et ses extravagants pouvoirs d’enquête qui posent problème.

Le deux poids deux mesures

Où sont les perquisitions à grand spectacle pour « La République en Marche » ?  Incriminée elle aussi pour le financement  de la campagne présidentielle et dans l’affaire Benalla ? Comment a été traité ce dernier au moment de la perquisition où il a pu reprendre et dissimuler des armes ? Poser ces questions c’est interroger  « l’Etat de droit ».

Sous la Vème République, la séparation des pouvoirs, fondement d’un Etat de droit, n’existe qu’en théorie. Sous la Ve République, les pouvois judiciaire et législatif sont assujettis à l’exécutif. Le pouvoir de nomination des procureurs dépend du ministre de la justice. Les conséquences en sont simples : les parquets liés, hiérarchiquement soumis à l’exécutif se voient de plus en plus confier de pouvoirs quasi juridictionnels. Un Etat sans bornes représente un risque pour les libertés.

La criminalisation de la vie politique et sociale

Depuis l’application de l’Etat d’urgence, de nombreux militant.es écologistes, syndicalistes, associatifs, étudiant.es et lycéen.nes ont été soumis à une répression sociale et politique. Sous Macron, l’Etat d’urgence est entré dans le droit commun. La nouvelle majorité ne fait que renforcer, au nom de l’urgence, l’empilement de mesures sécuritaires et de restriction des libertés publiques, commencées depuis les années 80, et se refuse à consacrer l’indépendance de la justice. Les perquisitions chez le principal parti d’opposition sous la conduite du parquet sont une anomalie démocratique et il est donc légitime de les dénoncer.

La domination sans partage des lobbys

Le jour même de la perquisition, le remaniement permettait à une représentante de Danone de devenir secrétaire d’Etat à l’écologie, rejoignant ainsi Muriel Pénicaud, ancienne collègue, et Edouard Philippe, ex-lobbyste d’Areva.

Ces lobbys, eux, sont visiblement intouchables. Ils sont maintenant à la tête de l’Etat, soutenant le glyphosate, l’huile de palme et le nucléaire. Ces lobbyistes sont aujourd’hui le pouvoir.

Une nouvelle censure se développe de fait par la soumission de l’espace public à la médiatisation «pro-Macron » organisée par des groupes de presse aux mains de quelques financiers. Si nous soutenons sans réserve les journalistes y compris dans leur travail d’investigation, si nous défendons la liberté de la presse, nous considérons que le 4ème pouvoir ne peut être une féodalité sans contrôle qui soumet la vie politique à son bon vouloir. Les journalistes de plus en plus précarisés sont sommés de participer au buzz généralisé des chaines d’infos où de pseudos-experts, commentateurs et éditorialistes recyclent la pensée dominante quand ils ne donnent pas aux Zemmour, Finkelkraut, Onfray, Bastié la possibilité d’y instiller leurs bouffées d’exclusion.

La Vème République, ce sont des institutions démocratiques, policières, judicaires, médiatiques en décomposition soumises au pouvoir de la finance.

Ne laissons pas la République aux mains de ceux qui la privatisent et la réduisent chaque jour à ses fonctions répressives.

La République, c’est nous, ceux d’en bas ; les millions de gens qui refusent le consensus néolibéral mortifère installé par l’extrême centre et sa caste. Face à ces nouvelles conditions de la politique, il est légitime pour celles et ceux qui veulent résister à ce rouleau compresseur de montrer qu’ils ne lâchent rien, qu’ils ne sont pas dupes de l’opération en cours visant à délégitimer l’opposition politique.

La réaction des responsables de La France Insoumise aux perquisitions est légitime politiquement.

Toutes celles et tous ceux qui se battent pour leurs droits sur le terrain savent bien que le respect de la légalité et de « l’Etat de droit » sont toujours invoqués par les puissants pour faire taire les désobéissants et maintenir le statu quo : faucheurs d’OGM, porteurs de chaise d’Attac, zadistes de Notre Dame des Landes ou de Bure, défenseurs du Droit au logement, syndicalistes d’Air France ou de Goodyear, de GMS ou de Continental. A chaque fois c’est la même rengaine. Taisez vous et laissez passer les abus de pouvoir. L’enjeu est donc considérable. Il s’agit de discréditer par avance toute possibilité de convergence entre la principale force politique et le mouvement social en anesthésiant les deux par l’invocation du respect de l’ « Etat de droit », rempart bien commode pour délégitimer toute conflictualité. Nous répondons : Oui, on a raison de se révolter et de désobéir.

Cette disproportion dans l’usage de la force policière avait pour fonction de discréditer La France Insoumise. Lorsque la police et la justice traitent une force politique résistant à l’ordre dominant comme une association de malfaiteurs, le résultat politique est connu d’avance. Soit elle cède et elle avalise l’accusation portée, soit elle s’indigne et elle est taxée de ne pas respecter les institutions.

A ce moment là, les résistants se replient sur leur noyau le plus déterminé et ils perdent momentanément les hésitants. A tous les coups le pouvoir gagne. Cette disproportion est également révélatrice d’une polarisation croissante au niveau international qui s’exprime par une judiciarisation croissante du conflit politique (en Europe avec la Pologne et la Hongrie, avec Poutine et Erdogan, en Amérique Latine au Brésil, au Nicaragua, en Colombie, en Argentine, au Venezuela).

Partout on utilise les mêmes méthodes d’intimidation, on masque la répression politique par la mise sous tutelle, voire l’incarcération des opposants politiques. Nous refusons ce processus qui pourrait menacer la France la transformant en une « démocratie illibérale ».

Dans ce cadre Ecologie Sociale regrette que la solidarité des organisations de la gauche ne se soit pas manifestée et ait laissé au contraire la place soit à un silence assourdissant soit  à des postures de dénonciation de La France Insoumise qui masquent mal la volonté de revanche électorale par des appareils défaits suite à la séquence électorale de 2017.

Ce manque de dignité politique ne grandit pas ces responsables.

A l’instar de La France Insoumise, Ecologie Sociale demande la nomination d’un juge d’instruction dans cette affaire.

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