Après le 24 novembre : qui sème le vent récolte la tempête

  1. Le mouvement des Gilets Jaunes est le premier mouvement social de masse qui met au centre la question de l’écologie populaire et sociale. En plaçant l’accès à l’énergie au centre de ses préoccupations, il lie les conditions de vie des classes populaires à la résolution écologique et sociale des problèmes posés par les transports, la précarité énergétique et l’absence des services publics. Loin de l’écologie libérale et d’une recherche du consensus introuvable, le mouvement des Gilets jaunes redonne de la conflictualité politique au débat démocratique en plaçant au cœur des tensions sociales les questions écologistes. Car les questions environnementales, loin de demeurer des questions périphériques qui ne devraient intéresser que les seules classes aisées, doivent au contraire être placées dans le creuset de la problématique de transformation sociale. Il ne peut y avoir de justice sociale sans justice environnementale. Il suffit d’observer les conditions de vie des plus démunis socialement pour se convaincre qu’elles et ils subissent le plus durement les atteintes portées à l’environnement. Celles et ceux qui vivent dans les zones dites périphériques, dans un habitat dégradé et pollué, sont les mêmes qui ne peuvent s’offrir une nourriture biologique, ni prendre des vacances, et qui sont les plus contraints par une politique de transports mal aménagée.  Ce mouvement est aussi  social écologique  parce qu’il lutte contre la relégation spatiale, engendrée par les mobilités contraintes. Il est directement issu des poches de pauvreté structuré par le chômage de masse et la précarité. Les Gilets jaunes sont enracinés dans des territoires déshérités, qu’on appelle « périphériques », il refuse la gentrification et la métropolisation accélérée qui ont aggravé la fracture territoriale et sociale, largement présente en raison de la désertification des zones rurales et de l’apartheid social des quartiers populaires. 
  1. Les Gilets jaunes sont un mouvement social écologique parce qu’il est communaliste par essence. Se structurant à partir des ronds points, des villages, des parkings de centres commerciaux, des péages, il s’organise en fonction du principe de proximité au plus près de l’espace de vie des populations, la commune. Tout en utilisant les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement, il s’allie souvent avec les maires ruraux dont de nombreux sont rentrés en résistance passive depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, la moitié d’entre eux refusant de se représenter en 2020, de nombreux démissionnant en cours de mandat. Il est communaliste parce qu’il allie principe de proximité et souveraineté populaire.
  1. La composition sociale du mouvement des Gilets Jaunes transforme le rapport entre l’écologie et la société. Les « bloqueurs » sont des ouvriers, des employés, des artisans, du petit patronat en voie de paupérisation. C’est-à-dire des catégories qui ensemble sont la majorité du pays. C’est un renversement de perspective qui permet aux classes populaires de se réapproprier la question écologique en la liant à la répartition des richesses et à la contestation du système capitaliste. Jusqu’ici, celles et ceux qui étaient au cœur du mouvement écologique représentaient les couches moyennes salariées (intermédiaires et supérieures) au capital culturel aisé. Il s’agit, dés lors, de construire une dynamique  social écologique qui réunisse les  groupes sociaux dont les intérêts ne sont pas divergents quant au fond mais qui ont été mis souvent en opposition par les décisions du pouvoir privilégiant les uns contre les autres. 
  1. Une feuille de route pour l’écologie sociale : Unir les Gilets jaunes et Gilets Verts, articuler lutte pour la justice sociale et la justice écologique. Il s’agit de faire émerger des revendications écolo-sociales dans le mouvement des Gilets jaunes en appuyant les plates-formes allant dans ce sens dans la Meuse, à Saint Nazaire ou ailleurs. Travailler à cette articulation prépare en même temps des revendications unifiantes autour d’Etats Généraux de la solidarité sociale et climatique accompagnée des Cahiers de Doléances. Ce processus ne pourra se faire sans qu’il y ait un moratoire sur l’augmentation des taxes durant ces Etats Généraux. 

Dans l’immédiat, il s’agit de préparer une plate-forme avant et après la marche pour le climat du 8 décembre à l’occasion de la COP 24 organisée en Pologne. Unir les forces associatives environnementales, les syndicats, les forces politiques sur un programme « changer le système pas le climat » est essentiel.

  1. Pour développer la convergence des luttes, il faut comprendre le mouvement des Gilets jaunes comme un mouvement de sécession plébeienne. Le refus de toute ingérence politique et syndicale, de tout porte parolat auto proclamé, l’organisation par en bas rappelle les épisodes des jacqueries paysannes mais surtout des mouvements plébéiens interclassistes comme ceux de la Plèbe, des Ciampi, des Sans-culottes, des Communards où des artisans, des ouvriers, des petits patrons, des retraités sans conscience de classe pour soi se mobilisaient.  La défiance de toutes les confédérations syndicales empêche que d’une simple révolte dénonçant l’augmentation du prix du diesel, le mouvement de protestation populaire contre la vie chère, passe à une lutte globale contre la politique antisociale du macronisme.
  1. L’écologie et la gauche populaire ne doivent pas regarder ce mouvement en spectateur mais s’engager pour susciter une convergence par le bas pour politiser la colère populaire. La prise des Champs – Elysées le 24 novembre a été une journée des Barricades dans la tradition des émeutes plébéiennes de la rébellion française. Comme toute révolte plébéienne, elle est l’expression d’une dialectique entre un repli sur l’Aventin, le 17 novembre à travers les 3000 blocages et un assaut des institutions. Si elle ne se consolide pas en se donnant des structures démocratiques adaptées à l’époque et en se politisant, elle échoue. C’est pourquoi, il nous faut comme écologistes sociaux à la fois lutter contre les tendances d’extrême droite au sein des Gilets jaunes et nous opposer au mépris de classe qui existe au sein des Gilets Verts. La stratégie de Macron consiste à faire de la peur des pauvres une politique en soi. En amalgamant le FN aux Gilets jaunes, aux casseurs, il espère réunir autour de lui une partie de l’électorat écologiste des centres villes, sceptique vis à vis de sa politique depuis entre autres la démission de Nicolas Hulot et qui hésite à voter pour EELV, Hamon, voire Ségolène Royal. Il pratique cette stratégie car ce mouvement est insaisissable parce qu’il vient de loin. Cette révolte populaire est issue de 35 ans d’une politique d’austérité appliquée depuis 1983 par tous les gouvernements de droite et de gauche, d’un mépris de la volonté populaire issue du référendum de 2005, de la trahison des engagements de François Hollande sur la lutte contre la finance, de la morgue d’Emmanuel Macon qui tourne depuis son irruption sur la scène publique envers les pauvres, qu’on pourrait qualifier de pauvrophobie. Qui sème la violence récolte la tempête.

 Cet article peut être lu ici : https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/261118/qui-seme-la-violence-recolte-la-tempete-ledito-de-patrick-farbiaz

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s