Pour la liberté de manifester & contre la répression

La CooPES est au côté des lycéen-nes qui manifestent contre l’abandon du service public d’éducation en général, la réforme du bac et parcours-sup en particulier

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Bénédicte Monville, membre de la CooPES, conseillère régionale d’Île de France et commissaire à l’éducation a écrit aux ministres de l’Education Nationale, de l’Intérieur et au préfet de police de Paris pour dénoncer la répression du mouvement lycéen demander qu’ils y mettent un terme et qu’ils entendent ses revendications.

Pour l’écologie, dans la rue le 17 novembre !

Un mouvement d’opposition à l’augmentation de la fiscalité des carburants sur les ménages est né sur les réseaux sociaux. 

Il appelle « à bloquer la France » le 17 novembre, par une interruption du trafic routier à laquelle des milliers d’automobilistes entendent d’ores et déjà participer. Ce mouvement, né en-dehors de tout cadre partisan ou associatif, fait aujourd’hui l’objet de tentatives grossières de récupération de l’extrême-droite qu’il faut dénoncer et combattre, et d’une violente campagne de stigmatisation de la part du gouvernement. On ne peut déclarer cette colère légitime, et détourner les yeux.

Cette colère est juste, et rappelle que les questions environnementales sont des enjeux politiques. Il ne peut y avoir de véritable transition écologique sans une transformation en profondeur des systèmes de transports et de la fiscalité.

Cette colère est juste car, sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, la politique gouvernementale est une tromperie écologique et une arnaque sociale. Alors que depuis le début de son quinquennat, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a cessé de concéder des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, il voudrait faire croire que l’augmentation de la fiscalité sur les carburants pesant sur les seuls ménages et la fin de la niche dont bénéficiait le Diesel seraient le prix à payer pour la transition écologique. Il n’en est rien. Seulement 19% de cette fiscalité abusivement qualifiée de verte va à l’écologie, le reste vient combler les manques à gagner des cadeaux fiscaux du macronisme.

Cette colère est juste car la pression de cette fiscalité est beaucoup plus forte par ailleurs sur les populations les plus démunies, dans les zones rurales et péri-urbaines. La fin de la niche fiscale dont bénéficiait le diesel annoncée par le gouvernement pénalisera encore plus fortement les catégories populaires habitant ces zones-là. D’après les données de l’Ifop, le taux de possession de véhicules diesel est bien plus élevé dans ces zones.

Il atteint dès qu’on s’éloigne de seulement 10 kilomètres du centre-ville 68 % pour atteindre jusqu’à 77 % pour les personnes habitant à plus de 60 kilomètres d’une grande agglomération. 

Cette colère est celle des exclus de la gentrification et des agglomérations, qui concentrent transports et services publics.

Aux yeux du gouvernement, jouer sur la fiscalité doit tout régler.

Pour lutter contre les émissions de la circulation automobile, on taxe le carburant des ménages, en espérant des changements vertueux. Mais cette logique du marché rationnel et de ses agents ne fonctionne pas. Une grande partie des automobilistes n’ont pas de modes de transports alternatifs, notamment dans les zones rurales. La politique gouvernementale n’en crée pas; elle les détruit même lorsqu’elles existent comme c’est le cas avec les petites lignes férroviaires.

Ces territoires du tout bagnole, fruits de politiques d’étalement urbain et de suppressions des services publics, nés d’un imaginaire productiviste, sont par ailleurs dépourvus même d’infractures liées à la voiture électrique: les habitants doivent se déplacer pour tout.

Dans un contexte d’explosion des inégalités et d’écarts de revenus, la politique environnementale de ce gouvernement se réduit à un alourdissement de la facture à la pompe pour les seuls ménages, aggrave la fracture territoriale, et suscite une colère légitime.

Nous partageons donc cette colère contre la politique du gouvernement Macron. 

Nous savons que cette prétendue « taxe écologique » n’est que l’habituel enfumage promu par le capitalisme vert, car elle ne sert en rien à financer une transition vers d’autres régimes de transport mais participe d’un rééquilibrage de la politique fiscale en faveur des hauts revenus et des grands patrimoines. La taxe perçue abondera les caisses de l’Etat, qui doit compenser les avantages fiscaux qu’il a offert aux riches et aux entreprises. Sur les 9 ou 10 milliards de taxe carbone perçus en 2018, 1,9 milliards seulement est destiné aux énergies renouvelables. Au-delà, plus grand-chose à voir avec la transition écologique. 3 milliards vont au Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), et pour le reste les ressources vont au budget général – un budget marqué en 2018 par le trou créé, entre autres, par la suppression de l’ISF et de ses 4 milliards d’euros de recettes. Le produit des taxes sur le pétrole (le TITCP) n’est alloué que marginalement au financement de la transition écologique, alors qu’il devrait aider les ménages à changer leur voiture, accompagner des transformations des modes de transport, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et permettre une planification plus soutenable de la localisation des populations et des activités.

Nous savons que le principe, « pollueur – payeur », que nous soutenons, n’est pas appliqué aux grandes entreprises polluantes chimiques ou pétrolières. Au contraire, ce gouvernement reprend la rhétorique des industriels et entend faire porter la responsabilité des pollutions aux consommateurs·trices et usager·e·s, quand les responsables sont celles et ceux qui s’enrichissent, empêchant toute transformation des systèmes de production, au nom du profit. Ici, l’État est directement responsable, puisqu’il a soutenu la filière du moteur diesel et incité les gens à acheter des voitures au diésel durant deux décennies. L’État est aussi coupable d’avoir permis et encouragé l’étalement urbain qui rend aujourd’hui la voiture si nécessaire. Les adversaires de l’écologie ne sont pas les classes moyennes et populaires, ce sont les intérêts financiers et les pouvoirs publics inertes, c’est ce gouvernement qui octroie de nouvelles autorisations pour des forages d’hydrocarbures, qui subventionne encore la production d’énergies fossiles. La priorité du gouvernement n’est pas la transition écologique, mais l’organisation d’un transfert de richesse vers le secteur privé et les plus riches.

◦Nous savons que ce gouvernement ne prend aucune des mesures indispensables pour décarboner nos transports, et réduire les inégalités face à la mobilité. Pire, ses mesures en la matière sont autant d’attaques contre une organisation soutenable et juste des transports. Sa contre-réforme de la SNCF, par exemple, entrainera la suppression d’encore plus de trains de desserte locale et de petites gares, accroissant la dépendance à l’automobile. De même, le sous-investissement dans le fret ferroviaire est largement responsable de la multiplication des camions sur nos routes.

◦Nous savons que les constructeurs automobiles, notamment Renault et PSA, font tout pour augmenter les ventes des modèles de type SUV, extrêmement chers et rentables, qui sont des abominations écologiques. Au lieu de chercher des solutions propres à bas coût, l’industrie automobile continue à produire des automobiles hauts de gammes, chères, destinée aux plus riches. Les industriels de l’automobile sont les principaux responsables de conséquences environnementales dramatiques de notre système de mobilité. Ils doivent financer les mutations qui s’imposent.

◦Nous savons que l’injustice fiscale est la marque de ce gouvernement. Par sa politique fiscale injuste, le gouvernement a lui-même alimenté le « ras-le-bol fiscal » d’autant plus qu’il n’a rien fait contre la précarité énergétique et les difficulté des transports. Sa politique est injuste socialement et inefficace écologiquement.  Une stratégie « pro-climat » doit mettre en cause radicalement les formes du développement des territoires, le modèle agricole, le volume des transports, la masse de marchandises produites, leur qualité et leur utilité réelle. Il n’y a pas d’autre voie pour réduire les émissions de 80 à 95 % d’ici 2050.

Pour Écologie Sociale, justice sociale et lutte contre le dérèglement climatique vont de pair. La transition énergétique doit être payée par celles et ceux qui ont construit leurs fortunes sur la destruction de notre environnement. Pour mieux s’attaquer à l’imaginaire du tout bagnole, et faire décroître la place de l’automobile dans nos vies, il faut plus de services publics, de transports collectifs, il faut faire décroître les inégalités.

Le 17 novembre, les « illetrés, les alcooliques, les abrutis, les cyniques et les fainéants » victimes du mépris de classe de la bande à Macron descendront dans la rue. Mépriser la colère du 17 novembre et qualifier participants et organisateurs de « fachos » est une erreur politique. Car si ce mouvement que l’on peut caractériser comme une jacquerie antifiscale est confus, il résulte de la conjonction de trois facteurs politiques :

-la révolte de ceux d’en bas qui n’en peuvent plus de ce gouvernement des riches,

– l’impuissance de ceux d’en haut à gouverner en donnant des perspectives d’amélioration de vie,

– l’absence de réelle perspective politique alternative immédiate.

Or les jacqueries antifiscales dans l’histoire ne peuvent être réduites au poujadisme. Elles ont souvent été la préfiguration d’aspirations politiques profondes. 

L’écologie populaire doit y être pour dialoguer, quitte à le faire durement, pour construire une coalition pour la justice sociale et environnementale; 

– avec les retraité·e·s qui voient leurs pensions amputées et non revalorisées,

  • avec les précaires qui voient la fin des contrats aidés et la baisse des APL,
  • avec les fonctionnaires et les services publics, victimes des choix budgétaires : moins de profs pour les enfants, pas de personnel suffisant pour se soigner décemment,

– avec les chômeurs quand le gouvernement demande à l’assurance chômage de réaliser entre 3 et 4 milliards d’euros d’économies par an sur les allocations chômage

– avec toutes les victimes de la précarité énergétique.

Le 17 novembre nous serons dans la rue pour l’écologie, contre Macron et contre l’extrême-droite. Pour promouvoir les transports publics, et sortir de la dépendance aux hydrocarbures. 

Nous serons dans la rue pour convaincre de la nécessité et l’urgence de la lutte contre le changement climatique. Pour construire les conditions nécessaires d’un soutien populaire à la transition écologique. La transition doit être lisible, ses mesures irreversibles, le produit de la fiscalité verte affectée à l’écologie. La transition écologique doit être juste socialement.

Propositions d’Ecologie Sociale 

Pour une transition écologique 

1. Affecter la totalité des recettes de la composante carbone au compte d’affectation spéciale « Transition énergétique » et pas uniquement l’augmentation d’une année à l’autre. Nous exigeons que les recettes de la fiscalité écolo soient entièrement destinées au financement de la transition écologique sous ses deux volets :

– Energie : économies d’énergie, énergies renouvelables, solutions de déplacement alternatif à la voiture individuelle et aux poids lourds, accompagnement social des ménages à faibles ressources.

– Economie :  Reconversion, relocalisation, recyclage, agro écologie, forêts et espaces naturels, biodiversité, éco urbanisme, 

2. Redistribuer la taxe en l’inversant : faire payer pour les 2/3 les entreprises,  et 1/3 pour les ménages. Création à partir de 2020 d’un Fonds pour la transition juste (accompagnement de la reconversion des salariés des secteurs fragilisés) ; Aider les PME de la transition écologique.

3. Mettre en place une « commission ficalité verte » avec des représentants de l’Etat, des collectivités, des ONG environnementales, des syndicats pour réévaluer la valeur carbone au vu des dernières connaissances scientifiques du climat et et en cohérence avec les contraintes posées par l’Accord de Paris (trajectoire 1,5° C) qui prendra en compte la variabilité des prix des énergies fossiles. Une planification écologique décentralisé organisera un cadre légal de déphasage planifié des combustibles fossiles nécessaire pour ne plus dépendre des fluctuations de marché.

4. Mettre le crédit au service de la transition. Refuser que les 106 milliards d’euros des livrets d’épargne de « développement durable et solidaire » servent encore à financer les 200 entreprises « fossiles » ayant le plus de responsabilités dans le dérèglement climatique. 

5. Appliquer le principe pollueur – payeur aux entreprises qui polluent, aux constructeurs automobiles qui truquent les tests anti-pollution, aux sociétés concessionnaires d’autoroute, chimiques, de l’agro business ; Les entreprises pétrolières comme Total doivent notamment être imposées car non seulement elles contribuent à la crise climatique mais elles exploitent un sans vergogne un commun de l’humanité ; Imposer une taxe sur toutes les transactions financières pour renforcer l’économie de pollinisation et la transition énergétique

6. – Pour une fiscalité verte juste socialement

  • Adopter une tarification progressive solidaire (tarification en vertu de laquelle la première tranche est accessible à un coût socialement acceptable et ensuite augmente progressivement, au prorata des quantités consommées) pour les biens environnementaux (eau, électricité…) considérés comme des besoins humains fondamentaux ;
  • Améliorer la qualité de vie par des bonus cantines bio pour offrir un repas de qualité à tous les enfants scolarisés et aux personnes hospitalisées. Aucun enfant ne doit être privé de cantine. 

7.   Contre la précarité énergétique, permettre aux consommateurs de se chauffer mieux, pas plus cher.

 –  Augmenter le chèque énergie perçu par 4 millions de ménages pendant la période de transition par des chèques énergies sur critères géographiques et sociaux. Il est prévu que le montant augmente à 200 euros en 2019. Nous proposons qu’il atteigne les 500 euros en 2022.

– Investir dans l’isolation. Une meilleure isolation conduit aussi à une économie sur les coûts de l’énergie. Pour une rénovation donnant accès à chacun à un logement économe en énergie grâce au recours à un système de tiers payant. L’État avance le montant et les familles remboursent le prêt par tranches à un taux d’intérêt nul, avec de plus un gain sur leur facture énergétique. Les propriétaires d’immobilier commercial devraient obligatoirement conclure un tel prêt à tiers payant.

– Prise en charge du coût de l’audit énergétique dans le cadre de l’accession aux programmes « Habiter Mieux » destinée aux 7 millions de foyers vivant dans des passoires énergétiques ; Rendre plus accessible le CITE pour les habitations isolées, notamment pour sortir du chauffage au fioul ; Doublement du fond “Chaleur” pour favoriser une baisse de la consommation dans les habitats collectifs. 

– Développement et amélioration des réseaux de chauffage publics permettant de chauffer des quartiers entiers d’une manière moderne et écologique. 

– Octroyer des prêts à taux réduit ou à taux zéro pour des investissements économiseurs d’énergie (à destination des bas revenus).

 8. Permettre de se libérer d’une voiture polluante et énergivore : 

  • Réduire la TVA sur les véhicules propres et renforcer le dispositif de la prime à la conversion, transformée en véritable prime à la mobilité, ouverte à l’acquisition de vélos à assistance électrique et à l’adhésion à des services de véhicules partagé. Soutenir le service public du rail fondé sur des trains à la fois confortables, sûrs et accessibles. Cette prime à la conversion, qui accompagne des ménages qui n’ont d’autre choix que la voiture, devrait évoluer pour exclure les véhicules diesels puis essence neufs de la prime ainsi que l’achat de véhicules surdimensionnés et donc, plus gourmands en carburant (comme les hybrides SUV par exemple). Et ce, afin de ne pas maintenir les Français dans le piège du diesel et de l’essence. Via ce recentrage, son montant pourrait être revu à la hausse pour les ménages qui en ont le plus besoin. La logique actuelle d’austérité doit faire place à des investissements à grande échelle dans les TER et la SNCF et la défense des petites lignes de trains menacées :plus de personnel, un maillage plus fin du réseau et une capacité accrue garantiront des liaisons rapides et fréquentes partout et à toute heure. Accès gratuit pour les mineurs, les étudiants, les plus de 65 ans et les demandeurs d’emploi. Rénovation du matériel roulant des trains de nuit. Le transport de marchandises sur des longues distances se fera obligatoirement par voie ferroviaire ou fluviale.
  • Réduire la TVA sur les transports collectifs pour améliorer quantitativement et qualitativement l’offre de transports en commun 
  • Arrêter la concentration des entreprises, des services et des administrations principalement autour des grandes agglomérations qui oblige les salarié-es à travailler de plus en plus loin de chez eux-elles.

9 – En finir avec les niches fiscales anti-écologiques, estimée à 20 milliards d’euros, 

Il est temps de fiscaliser le « carburant des riches », le kérosène. C’est dores et déjà possible pour les vols intérieurs. Il faut également l’obtenir au moins au niveau européen pour les vols internationaux (Convention de Chicago) et la fiscalisation du fioul lourd pour les porte-containers et les bateaux de croisière.

La cohérence, c’est aussi la réduction des niches fiscales anti-écologiques, mais c’est aussi renoncer à l’augmentation de TVA de 7 à 10 %, pour revenir au taux de 5%, pour tous les secteurs qui sont au cœur de la transition écologique : les transports en commun, la rénovation énergétique, le recyclage des déchets, le bois-énergie…

10. Mettre fin immédiatement à toutes les subventions aux énergies fossiles et engager une sortie programmée du nucléaire, et interdire de nouveaux investissements. Ceux qui travaillent dans le secteur des industries fossile et nucléaire auront droit à un plan de reclassement social équitable.

Cet article peut également être lu ici :

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/141118/pour-l-ecologie-dans-la-rue-le-17-novembre

Perquisitions au siège de la France Insoumise et au domicile de plusieurs de ses responsables – Déclaration politique d’Ecologie Sociale

Ecologie Sociale condamne le caractère totalement disproportionné des perquisitions opérées au siège de La France insoumise, premier parti d’opposition, et au domicile de plusieurs de ses responsables, dans le cadre d’une enquête préliminaire, sous le conduite du parquet, sans les garanties offertes par l’ouverture d’une information judiciaire et un juge d’instruction.

Ces perquisitions ont eu lieu après une séquence politique ouverte par les violences exercées par un collaborateur du chef de l’état, Alexandre Benalla, où le peu de cas que ce pouvoir pouvait faire de la justice et du respect de l’état de droit a été mis en exergue. Ce qui est apparu de manière très claire, dans cette affaire, c’est la volonté de dissimuler des faits délictueux à la justice, la volonté d’obstruction même, un pouvoir executif qui se considère au-dessus des lois, et s’affranchit des obligations qui sont les siennes. Or, nul n’est au-dessus des lois.

Cette intervention démesurée est l’expression de plusieurs phénomènes concomitants qui tous marquent un rétrécissement du champ de nos libertés, et mettent en lumière l’affaiblissement des droits des justiciables face à l’appareil judiciaire et répressif de l’état.

Un parquet assujéti

Il est légitime d’interroger la dimension politique de cette affaire. Il n’y a là aucun complotisme ni remise en cause de la légitimité de la justice à faire son travail, ou encore une volonté de couvrir les responsables politiques, qui doivent être des justiciables comme les autres.

Il s’agit simplement de dénoncer une procédure conduite par le parquet qui est hiérarchiquement soumis à l’autorité de la Chancelerie, alors même qu’un juge d’instruction aurait du être nommé afin d’ouvrir une information judiciaire. Dénoncer cette opération voulue par le pouvoir contre La France Insoumise, qui est aujourd’hui la première force d’opposition au gouvernement, et la situation très française marquée par la persistance de liens et de sujétions entre la justice et le pouvoir exécutif est nécessaire. Fut-ce en des termes vifs ! C’est bien la dépendance du parquet au pouvoir exécutif et ses extravagants pouvoirs d’enquête qui posent problème.

Le deux poids deux mesures

Où sont les perquisitions à grand spectacle pour « La République en Marche » ?  Incriminée elle aussi pour le financement  de la campagne présidentielle et dans l’affaire Benalla ? Comment a été traité ce dernier au moment de la perquisition où il a pu reprendre et dissimuler des armes ? Poser ces questions c’est interroger  « l’Etat de droit ».

Sous la Vème République, la séparation des pouvoirs, fondement d’un Etat de droit, n’existe qu’en théorie. Sous la Ve République, les pouvois judiciaire et législatif sont assujettis à l’exécutif. Le pouvoir de nomination des procureurs dépend du ministre de la justice. Les conséquences en sont simples : les parquets liés, hiérarchiquement soumis à l’exécutif se voient de plus en plus confier de pouvoirs quasi juridictionnels. Un Etat sans bornes représente un risque pour les libertés.

La criminalisation de la vie politique et sociale

Depuis l’application de l’Etat d’urgence, de nombreux militant.es écologistes, syndicalistes, associatifs, étudiant.es et lycéen.nes ont été soumis à une répression sociale et politique. Sous Macron, l’Etat d’urgence est entré dans le droit commun. La nouvelle majorité ne fait que renforcer, au nom de l’urgence, l’empilement de mesures sécuritaires et de restriction des libertés publiques, commencées depuis les années 80, et se refuse à consacrer l’indépendance de la justice. Les perquisitions chez le principal parti d’opposition sous la conduite du parquet sont une anomalie démocratique et il est donc légitime de les dénoncer.

La domination sans partage des lobbys

Le jour même de la perquisition, le remaniement permettait à une représentante de Danone de devenir secrétaire d’Etat à l’écologie, rejoignant ainsi Muriel Pénicaud, ancienne collègue, et Edouard Philippe, ex-lobbyste d’Areva.

Ces lobbys, eux, sont visiblement intouchables. Ils sont maintenant à la tête de l’Etat, soutenant le glyphosate, l’huile de palme et le nucléaire. Ces lobbyistes sont aujourd’hui le pouvoir.

Une nouvelle censure se développe de fait par la soumission de l’espace public à la médiatisation «pro-Macron » organisée par des groupes de presse aux mains de quelques financiers. Si nous soutenons sans réserve les journalistes y compris dans leur travail d’investigation, si nous défendons la liberté de la presse, nous considérons que le 4ème pouvoir ne peut être une féodalité sans contrôle qui soumet la vie politique à son bon vouloir. Les journalistes de plus en plus précarisés sont sommés de participer au buzz généralisé des chaines d’infos où de pseudos-experts, commentateurs et éditorialistes recyclent la pensée dominante quand ils ne donnent pas aux Zemmour, Finkelkraut, Onfray, Bastié la possibilité d’y instiller leurs bouffées d’exclusion.

La Vème République, ce sont des institutions démocratiques, policières, judicaires, médiatiques en décomposition soumises au pouvoir de la finance.

Ne laissons pas la République aux mains de ceux qui la privatisent et la réduisent chaque jour à ses fonctions répressives.

La République, c’est nous, ceux d’en bas ; les millions de gens qui refusent le consensus néolibéral mortifère installé par l’extrême centre et sa caste. Face à ces nouvelles conditions de la politique, il est légitime pour celles et ceux qui veulent résister à ce rouleau compresseur de montrer qu’ils ne lâchent rien, qu’ils ne sont pas dupes de l’opération en cours visant à délégitimer l’opposition politique.

La réaction des responsables de La France Insoumise aux perquisitions est légitime politiquement.

Toutes celles et tous ceux qui se battent pour leurs droits sur le terrain savent bien que le respect de la légalité et de « l’Etat de droit » sont toujours invoqués par les puissants pour faire taire les désobéissants et maintenir le statu quo : faucheurs d’OGM, porteurs de chaise d’Attac, zadistes de Notre Dame des Landes ou de Bure, défenseurs du Droit au logement, syndicalistes d’Air France ou de Goodyear, de GMS ou de Continental. A chaque fois c’est la même rengaine. Taisez vous et laissez passer les abus de pouvoir. L’enjeu est donc considérable. Il s’agit de discréditer par avance toute possibilité de convergence entre la principale force politique et le mouvement social en anesthésiant les deux par l’invocation du respect de l’ « Etat de droit », rempart bien commode pour délégitimer toute conflictualité. Nous répondons : Oui, on a raison de se révolter et de désobéir.

Cette disproportion dans l’usage de la force policière avait pour fonction de discréditer La France Insoumise. Lorsque la police et la justice traitent une force politique résistant à l’ordre dominant comme une association de malfaiteurs, le résultat politique est connu d’avance. Soit elle cède et elle avalise l’accusation portée, soit elle s’indigne et elle est taxée de ne pas respecter les institutions.

A ce moment là, les résistants se replient sur leur noyau le plus déterminé et ils perdent momentanément les hésitants. A tous les coups le pouvoir gagne. Cette disproportion est également révélatrice d’une polarisation croissante au niveau international qui s’exprime par une judiciarisation croissante du conflit politique (en Europe avec la Pologne et la Hongrie, avec Poutine et Erdogan, en Amérique Latine au Brésil, au Nicaragua, en Colombie, en Argentine, au Venezuela).

Partout on utilise les mêmes méthodes d’intimidation, on masque la répression politique par la mise sous tutelle, voire l’incarcération des opposants politiques. Nous refusons ce processus qui pourrait menacer la France la transformant en une « démocratie illibérale ».

Dans ce cadre Ecologie Sociale regrette que la solidarité des organisations de la gauche ne se soit pas manifestée et ait laissé au contraire la place soit à un silence assourdissant soit  à des postures de dénonciation de La France Insoumise qui masquent mal la volonté de revanche électorale par des appareils défaits suite à la séquence électorale de 2017.

Ce manque de dignité politique ne grandit pas ces responsables.

A l’instar de La France Insoumise, Ecologie Sociale demande la nomination d’un juge d’instruction dans cette affaire.

Marée populaire #26mai Déclaration de la Coopérative Ecologie Sociale Pour une unité populaire @CoopEcoloSocial

Convergence des luttes ou Mai rampant  

Pour une unité populaire 

1. Le mouvement social actuel fait partie d’une séquence débutée en 2016 sous François Hollande avec la loi El Khomry. De Nuit Debout aux cortèges de tête et aux blocages, les nouvelles formes d’expression et de lutes ont commencé à se généraliser au moment précis où la sociale démocratie se décomposait. Il n’y a pas de mai 2018 mais un mouvement de longue durée qui peut se définir comme une période de lutte de masse prolongée sans grève générale, au sens d’un mouvement de toute la classe salariée au même moment avec les mêmes objectifs et pour une durée plutôt limitée. Et pourtant le niveau de conflictualité y est très développé tant au niveau développement de formes de lutte auto-organisées et de contre-pouvoirs que des objectifs mis en avant. C’est pourquoi il est essentiel de combattre les illusions qui altèrent l’analyse de ce mouvement et risquent dans une période de reflux de démobiliser les équipes militantes qui en sont au cœur. 

2. Ce mouvement a plusieurs caractéristiques : minoritaire, radical, autonome, anticapitaliste.
I
l est structurellement minoritaire même si dans certaines parties du salariat, il représente la majorité des salariés comme à la SNCF ou Air France. Il est minoritaire parce que dominé par l’hégémonie de deux idées réactionnaires développées par les gouvernements de gauche et de droite depuis le début de la mondialisation. 

La première consiste dans le TINA « il n’y a pas d’alternative ». La seconde c’est l’idéologie de la réussite individuelle et le recul du collectif, la lutte de tous contre tous pour s’en tirer, la loi de la jungle présentée comme le nouvel idéal. Construire une majorité dans ces conditions quand il n’y a ni programme commun, ni revendications unifiantes pour des classes populaires qui peuvent parfois avoir des intérêts contradictoires implique que le mouvement reste minoritaire. D’autant plus qu’il reflète la division profonde des classes populaires entre fonctionnaires et salariés du privés, CDI et précaires, habitants des zones rurales ou périurbaines et quartiers populaires. Il est minoritaire car il diverge profondément sur les buts de guerre. Que faut-il gagner dans la période actuelle : un retour au programme du CNR ?, une auto organisation des précaires débouchant sur un revenu universel ou la défense du statut-quo ?, des revendications transitoires écologistes  ou une nouvelle croissance industrielle ? Ce mouvement est autonome. Dans les secteurs en lutte, celles et ceux qui luttent se regroupent et s’organisent sans hiérarchies, expérimentent de nouvelles formes d’association qui parlent en leur propre nom. Ces mouvements refusent les dirigeants, les partis et les programmes. Ils réunissent simplement des individus révoltés et luttent contre toute récupération politicienne. Cette nouvelle forme d’autoémancipation rappelle l’associationisme des débuts du mouvement ouvrier au XIXème siècle.  Ce mouvement est radical car il utilise un répertoire d’actions qui vont du blocage des universités à l’occupation sauvage comme celle du lycée Arago ou de zones industrielles, de carrefours routiers ou de zone de plateformes de transport et de logistique, de plateformes portuaires…Les luttes actuelles des travailleurs précaires permettent d’expérimenter de nouvelles stratégies de combat qui s’affranchissent de l’arbitrage de l’État. 

Ce mouvement est anticapitaliste. Il ne se contente pas de lutter pour la défense des acquis sociaux mais combat aussi la capacité de destruction du modèle social par le gouvernement. Le niveau de conscience qu’il génère même minoritaire est élevé. Sans rupture avec la domination, l’aliénation et l’exploitation capitaliste et productiviste, rien ne changera. L’agonie de la sociale démocratie en Europe et particulièrement en France montre que le seul choix réel à moyen terme est entre la gestion ultra libérale et une politique de transformation écologiste et sociale. 

3. La grève générale est le premier mythe à déconstruire. Les mouvements sociaux actuels reproduisent indéfiniment des archaïsmes qui sont des obstacles plutôt que des moteurs. La fragmentation des classes populaires, la fin des grandes concentrations ouvrières, les différenciations ethnico-sociales, l’affaiblissement des liens sociaux et des organisations syndicales et associatives, explique cette absence de projet commun et mêmes d’intérêts communs. L’idée de grève générale n’est pas fausse en soi : elle part du constat qu’il vaut mieux frapper ensemble que lutter séparément. A condition qu’elle se présente comme une exigence de généralisation et d’extension à partir d’expériences concrètes dans des situations concrètes, et pas comme une directive qui s’applique d’en haut, comme un « modèle » à appliquer de manière rigide, sans tenir compte des caractéristiques de la situation. Mais elle est devenue un leitmotiv, un nouveau fétichisme. Ce fétichisme pourrait entraver le prolongement de l’actuel mouvement social en ce sens que tout arrêt du mouvement devant l’obstination du gouvernement TINA apparaitrait comme une défaite sans appel. L’invocation à « la grève générale », se réfère à un passé qui ne reviendra plus, celui d’une classe ouvrière de l’ère industrielle qui par sa seule force d’inertie pouvait en s’arrêtant en finir avec le pouvoir du capital. Quand cela s’est produit en 1936, comme en 1968, les victoires ont été substantielles mais éphémères et n’ont pas débouché sur la conquête du pouvoir. Mais dans les conditions présentes, le concept de grève générale est un mot d’ordre passe-partout, qui indépendamment des circonstances, interdit de penser la stratégie du mouvement en cours en le réduisant à une seule option. Cette vision mécanique et étriquée de « la grève générale » empêche d’envisager d’autres possibilités, plus adaptés à la situation présente. Elle nous enferme dans un « tout ou rien » mortifère et à terme démobilisateur. Elle nous enferme dans un passé incertain, et ne permet pas de penser un avenir fait de possibles.

4. Pas de convergence des luttes sans convergence des buts. « Convergence : action de tendre vers un même but ». Des droites parallèles convergent à l’infini. « Converger ne signifie pas avoir le même but, ce n’est pas avoir quelque chose en commun, ni partager quoique ce soit… Non, c’est tendre vers cela sans jamais y parvenir. On ne peut converger que sur un projet, pas sur des refus différenciés. La convergence pour la convergence des luttes est un mot d’ordre vide de sens ; autant la convergence des buts est un objectif à atteindre : défendre les services publics, construire les communs, refuser la criminalisation des mouvements sociaux, développer l’objection de croissance. C’est pourquoi dans cette étape nous appelons à des convergences solidaires autour des enjeux sociaux et environnementaux : la planification écologique, la relocalisation de l’économie, le refus des projets climaticides, le revenu d’existence… La vraie convergence des luttes est celle des luttes sociales et environnementales. La question écologique est occultée par l’intensité de la stratégie du choc social entreprise par Emmanuel Macron. Mais une même logique de privatisation des biens communs est à l’œuvre en matière d’environnement. Le capitalisme vert que défend Nicolas Hulot au nom de l’écologie de marché montre ses limites et quand le Ministre de la transition écologiste et solidaire défend la réforme de la SNCF, cède devant le lobby du glyphosate, autorisé Total à exploiter l’huile de palme, cautionne les violences policières contre les zadistes de Bure ou de Notre- Dame -des -Landes, il est logique avec lui même. Mais la gravité de la crise écologique impose de refonder les logiques économiques ; la notion de « biens communs », sociaux et naturels, pourrait être le pivot de cette refondation ; mais les écologistes doivent formuler et mettre en œuvre des alternatives positives, capables de convaincre la masse des citoyens du caractère bénéfique de la sortie du capitalisme. L’écologie sociale a un rôle particulier, celle de s’appuyer sur les luttes les plus avancées, celle des ZAD, des facs et des travailleurs précaires pour mettre en avant le contenu et les formes écologique et sociale du mouvement actuel. Si nous ne croyons pas à l’abstraction de la convergence des luttes, des moments de convergences vécus comme des moments de dépassement et de rassemblement peuvent être crées pour construire cette convergence des buts. C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau récit. Si nous voulons organiser la contre-attaque, on ne peut plus se contenter de se défendre contre telle ou telle loi en demandant leur retrait. C’est juste mais c’est insuffisant de se battre contre la Loi ORE, la loi sur la SNCF, la loi sur les migrants.  S’il n’y a pas de débouchés aux luttes actuelles c’est d’une part qu’il manque un mouvement politique puissant pour leur donner une traduction en terme de représentation y compris institutionelle. Cette absence présente à terme un risque majeur, celui du dévoiement de la lutte des classes vers des mouvements contre l’émancipation comme on le voit en Italie ou en Europe centrale. Mais d’autre part nos luttes doivent avoir un caractère offensif et global pour changer la société. Ce qui se joue dans nos luttes, c’est la volonté de changer le mode de consommation, de production et d’échanges. SI nous devons converger, c’est autour d’un même imaginaire collectif. Ce n’est pas encore le cas.

5. L’idée de recommencer Mai 68 qui traverse en partie le mouvement actuel est une impasse. Elle ne permet pas de comprendre pourquoi le mouvement ne s‘élargit pas. En mai 68, les étudiants étaient pour beaucoup les enfants de la bourgeoisie. Aujourd’hui 50 % travaillent dans des petits boulots pour simplement survivre durant leurs études.  Ce qu’on retient le moins quand on parle de mai 68, ce sont les comités d’action, les comités de grève ou de quartier qui sont les formes d’organisation qui émergent spontanément dans le mouvement comme création sociale, sorties de l’imagination collective. Ces organisations prennent l’initiative d’exister et de décider pour elles-mêmes, allant jusqu’à inventer des formes langagières propres et réellement radicales parce que s’enracinant dans un mouvement qui débouche sur la grève générale. Mais ces organisations nées de la rupture avec l’ordre établi ne réussiront pas à s’imposer comme nouveau pouvoir démocratiquement et collectivement institué. Mai 68 a pu coaguler diverses forces et déboucher sur l’une des deux grèves générales avec Juin 36 parce qu’il existait encore une classe ouvrière industrielle concentrée dans de grandes entreprises et structurée par des organisations puissantes (CGT, PCF). Le chômage était résiduel et les aspirations à une rupture avec l’ordre ancien progressait dans toute la jeunesse. Rien de tel aujourd’hui. C’est pourquoi la comparaison avec Mai 68 si elle est une source d’inspiration ne peut être en aucun cas un modèle.

6. La crise du syndicalisme et du mouvement ouvrier s’amplifie parce qu’il se replie sur une partie du salariat et sur des stratégies corporatistes. La stratégie des grèves perlées de 2 jours définie par l’intersyndicale cheminote est une impasse. Les directions syndicales sont à la fois divisées sur la stratégie, les formes d’action et ne veulent pas être débordés par un mouvement d’auto émancipation. Les grèves parlées à la SNCF présentées comme une tactique efficace redonnent la main à ces directions en des reprenant l’initiative aux AG de bases. De fait les AG dans ce secteur ont été dévitalisées. Pourquoi se réunir puisque les décisions sont prises à l’échelon national par les fédérations ? Si l’intersyndicale continue à être soutenue du bout des lèvres par la CFDT et l’UNSA, c’est que ces deux confédérations attendent pour sauter dans le wagon gouvernemental que la grève s’essouffle par elle-même. Si le mouvement à la SNCF continue malgré ses insuffisances, c’est parce qu’il exprime au delà de la mobilisation des salariés pour la défense du statut, la volonté de défendre un modèle de civilisation, celui du service public. Les habitants de ce pays voient bien que dans la santé, l’éducation, la culture, le processus de privatisation s’accélère pour déboucher sur une société de marché. La question du rail est une question écologique. Elle pose le problème du transport, de l‘aménagement du territoire, de la justice climatique. Pourtant il n’y a pas aujourd’hui de mouvement massif d’usagers en soutien à la grève du rail sur des bases écologiques. La pétition lancée par Paul Ariès (pour un Plan B écologique et social,  planbecoloetsocialpourlasncf@gmail.com) sur cette base n’a pas eu de traduction en termes d’actions concrètes en raison de la faiblesse du mouvement social environnemental. La tâche des écologistes sociaux est de contribuer à cette convergence en initiant aussi à l’intérieur du mouvement syndical la construction d’un courant écosyndicaliste pour développer de véritables convergences anti productivistes, alternatives et autogestionnaires. La commission Ecologie de Solidaires, le courant Emancipation, certains syndicats CGT peuvent en être les vecteurs.  Mais au delà de la question écologique, le syndicalisme français est confrontée à son histoire et notamment aux limites de la Charte d’Amiens votée en 19O6 par le Congrès de la CGT. Sans même parler de l’étanchéité entre syndicalisme et politique, l’indépendance syndicale revendiquée ne permet pas aux syndicats de rassembler en leur sein ou de créer des dynamiques de l’ensemble du mouvement social. Or avec un salariat fragmentée, avec le développement des nouveaux mouvements sociaux, la lutte syndicale ne peut être réduite à la seule défense des salariés. Elle doit s’élargir à celle des locataires, des femmes, de la jeunesse en formation, des migrants, des discriminé-e-s, des LGBT. Un syndicat  brésilien comme la “Csb con lutas” regroupe les sans toits, le mouvements noirs et LGBTI et les mouvements sociaux en son sein, il montre qu’un syndicalisme intersectionnel, décolonial et écologiste est possible.

7. La question de la violence revient au devant de la scène à travers les cortèges de tête et les modes d’action des blacks blocks. Elle est pour le pouvoir un moyen de criminaliser et de diviser la sécession sociale. Les écologistes sociaux, partisans de la désobéissance civile n’ont pas une position morale face au recours à la violence. Nous nous interrogeons simplement sur l’efficacité tactique de pratiques qui devraient allier une guérilla symbolique à un élargissement continu du mouvement. A toutes les époques il y a eu des confrontations dans les manifestations. Entre les deux guerres, elles étaient même ponctuées par des morts d’hommes et de femmes. Ce que nous vivons est aujourd’hui un ersatz de ces manifestations dans les cortèges de tête qui expriment plutôt une radicalisation des manifestants qui de fait cautionnent les affrontements. Ces cortèges de tête sont devenus massifs et même comme durant la manifestation du 1 Mai, ils vont jusqu’à constituer les deux tiers du cortège dit syndical parce que la capacité d’encadrement des organisations traditionnelles s’est effondrée, que les manifestants n’en peuvent plus des manifestations traîne-savate derrière des ballons et surtout que la colère qui s’exprime à travers les cortèges de tête reflète la révolte sociale généralisée par rapport à la marchandisation de la vie sous toutes ces formes. Ce sont des “jacqueries urbaines” qui faute de pouvoir utiliser la grève comme moyen d’action exprime la révolte des précaires comme les “jacqueries paysannes” qui reviennent régulièrement au cœur des villes sont une des formes de luttes de la paysannerie  ( destruction de préfectures, de stocks de nourriture dans les supermarchés …). C’est pourquoi le débat interne au mouvement ne doit pas porter sur la question de la légitimité de la violence mais sur le développement efficace d’une guérilla pacifique multiforme fondée sur la désobéissance civile : blocages des facs, des lycées et de l’économie, occupations sauvages, débaptisation de rues, hacking informatique des entreprises concernées ou des services de l’état, organisation de circuits courts… Nous devons construire indépendamment de l’Etat notre contre-société, nos bases de résistance pour imposer un rapport de force favorable.

8. La stratégie du “Mai rampant” à la française est celle d’une guérilla sociale et citoyenne durable. Le mouvement actuel s’apparente au Mai rampant italien qui court sur la décennie 1968-78. L’enjeu du mouvement actuel, c’est l’émergence d’une ère de libération humaines et écologiques dans une société fracturée par la violence de la mondialisation libérale. D’un côté le précariat, de l’autre une classe salariée encore intégrée qui cherche à défendre légitimement ses acquis. Le Mai rampant, formule expliquant la période post 68 du mai Italien une expression faisant référence au caractère progressif, voire sinueux de la mobilisation. Ce mouvement social protéiforme, associant des mobilisations localisées et professionnelles fortes avec des journées nationales de manifestations, des grèves et des manifestations, des grèves ponctuelles et des grèves reconductibles, des va-et-vient entre les deux, des paralysies partielles (SNCF, métro et transports collectifs urbains, raffineries et dépôts pétroliers, routiers, etc.), des grèves tournantes ou la répétition de grèves sporadiques limitant le coût de la grève sur les salariés, la constitution de caisses de solidarité en direction des secteurs engagés de manière la plus durable dans la grève reconductible, des liaisons inédites avec les milieux intellectuels et artistiques critiques pour amplifier la délégitimation du pouvoir macroniste, la promotion de passages entre combats revendicatifs et expériences alternatives (pourquoi des AMAP n’approvisionneraient-elles pas gratuitement des grévistes ? pourquoi des universités populaires ne se déplaceraient-elles pas sur les lieux de grève en mettant à disposition des savoirs critiques ? pourquoi des artistes alternatifs ne seraient-ils pas davantage présents dans les manifestations ? etc.), des actions moins massives mais plus spectaculaires sur d’autres fronts où la légitimité macroniste résiste davantage au sein de la population (racialisation, logique sécuritaire, etc.), etc. Les caisses de grève sont un des moments forts de cette entraide. Reconstruire une cohésion et un réseau d’action d’abord au plan local. Les luttes des cheminots peuvent servir de point de départ unificateur L’objectif doit être de reconstruire une cohésion et un réseau d’action d’abord au plan local, de trouver des modes d’action complémentaires de l’indispensable arrêt de travail, qui bloque la production… Ici encore, nous avons besoin de temps pour renforcer un pôle social et écologique de combat. Ce temps paradoxalement, la volonté du macronisme de tout détruire nous en donne. Macron estime qu’il peut en finir avec « le vieux monde » en un quinquennat.  Il est en train de coaliser contre lui un mouvement social de type nouveau, à la fois résistant et créatif.

9. Dans cette stratégie de mai rampant, l’insubordination sociale se concentre autour des ZAD, du mouvement dans les universités et des luttes des précaires comme dans les MacDo ou les Deliveroo. Ces groupes sont engagés dans une guérilla sociale contre l’ubérisation du travail, de la formation et les “Grands Projets Inutiles et Imposés”. Ils défendent leurs intérêts de précaires et en même temps l’intérêt général quand ils contestent la modernisation capitaliste de l’aménagement du territoire. Ce mouvement ne doit pas se lire comme l’affrontement idéologique entre des groupes minoritaires et l’Etat mais comme l’émergence d’une nouvelle conscience de classe, celle des travailleurs précaires intellectuels et manuels. Ce précariat est formé notamment par des étudiants salariés ( au moins 50% des étudiants travaillent pour financer leurs études),  qui, à partir de leur condition,  forment une sorte de direction stratégique autonome du précariat. Ils inventent dans les ZAD comme dans les occupations de fac des pratiques liées à leur vie quotidienne : cantine et refus de la male bouffe, entraide, jardins, squats, lutte contre la publicité et la marchandisation, partage des savoirs… Cette émergence d‘une nouvelle conscience de classe s’affronte à un problème essentiel: les discriminations ethnico-raciales. Si les lycées professionnels ou classiques de banlieues n’entrent pas dans le combat massivement, si dans de nombreuses facs le mouvement ne prend pas, c’est que ce mouvement apparaît comme un mouvement déconnecté des préoccupations sociales de la jeunesse des quartiers populaires: racisme, violence policières, discriminations sont des angles morts de la mobilisation actuelle. C’est aussi parce que dans les quartiers périphériques, la faillite de l’état est une réalité, et que la culture de l’individualisme y a désormais de solides racines.

De même pour le moment, même des formes de convergence avancées comme celle de la «fête à Macron» laissent dans l’invisibilité ces questions essentielles. Les luttes des quartiers populaires ou celles des migrants ne sont pas prises en charge par le mouvement et ouvrent la voie à une montée du nationalisme et de l’extrême droite comme en Allemagne ou en Italie. Or le débat autour du plan Borloo a encore démontré que c’est dans les quartiers populaires où les services publics sont en déshérence, que les taux de chômage sont les plus élevés, que des millions de gens se sentent abandonnés. A quoi sert un mouvement social s’il oublie celles et ceux pour qui il est censé se battre ?

10. « Stop Macron » ne peut être le seul mot d’ordre politique. Puisque la séquence de lutte ouverte en 2016 n’est pas prête de se refermer, ce qui est en jeu n’est pas la simple contestation du macronisme mais bien celui de la lutte contre le monde qu’il représente. Si la question du pouvoir ne se pose pas, c’est que le macronisme n’est que l’expression du capitalisme mondialisé et de la haute technocratie d’un Etat nation devenu impuissant à réguler les ravages de la finance mondiale, transformé aujourd’hui en agent facilitateur de la finance. La question n’est pas de faire démissionner Macron mais de construire un levier politique pour impulser une transition, c’est-à-dire un processus de « transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » (dictionnaire de la pensée écologique). La transition entraîne une profonde mutation des modes d’action des acteurs et des infrastructures qui organisent leurs relations. La transition écologique et sociale repose sur la double prise de conscience de la finitude des ressources sur lesquelles repose la croissance économique mondiale et de l’empreinte environnementale issue de notre consommation énergétique. C’est pourquoi l’unité populaire en formation doit en finir avec l’idée du grand soir. L’absence d’alternative politique à court terme ne doit pas empêcher de développer un mouvement populaire par en bas, qui remet en cause le droit de propriété par l’entraide et la coopération par la construction d’un mouvement mature de contre-pouvoir et de contre-société s’appuyant sur des institutions alternatives, des zones d’autonomie démocratiques, des espaces de liberté, des coordinations de coopératives et d’entreprises autogérées, des communs partagés à tous les niveaux.  Des dizaines de milliers de militants commencent à comprendre que c’est dans les territoires et non au niveau des appareils et de leurs logos dévalués qu’émerge la force dont ils ont besoin pour ouvrir le chemin d’une nouvelle espérance. Le 5 mai comme le 26 mai permettent l’agrégation de forces politiques, syndicales, associatives dépassant les logiques d’étanchéité à l’intérieur du mouvement social, de construire une convergence de forces sociales, politiques, syndicales, associatives permettant de construire un cadre susceptible de se développer dans chaque quartier, villes, villages, entreprises, lieux de formations pour déboucher sur un mouvement d’unité populaire, fait de mobilisations et de luttes, pouvant dépasser la fragmentation actuelle et permettre tant dans les prochaines luttes sociales qu’au moment des municipales de 2020 de construire une nouvelle étape de l’insoumission. 

Le 25 mai 2018

Villes rebelles, La coopérative écologie sociale participe au débat organisé par la mairie du 1er arrondissement de Lyon ce jeudi 24 mai 2018 @Mairie1Lyon

Pour la défense des biens communs et la promotion de l’écologie sociale?

Le programme de la rencontre :
– 18h 30 : accueil des publics
– 19h – 19h30 : mot d’accueil de Nathalie Perrin-Gilbert, Maire du 1er arrondissement de Lyon, qui nous parlera des politiques de proximité et du réseau européen des villes refuges.
Présentation de DiEM25 Lyon, Democracy
in Europe Mouvement 2025.
– 19h 30 – 19h 45 : Bénédicte Monville, militante écologiste, membre de la Coopérative Écologie Sociale. Anthropologue de formation, conseillère régionale d’Île de France EELV
– 19h 45 – 20h : Beppe Caccia, chercheuren histoire de la pensée politique, travaille pour plusieurs institutions de recherche internationales, maire adjoint aux affaires sociales de la
ville de Venise de 2001 à 2005
– 20h – 20h 10 : échanges avec le public.
– 20h10 – 20h 20 : Pause.
– 20h20 – 20h35 : Marc Lascorz, ingénieur, membre fondateur de
Barcelona en Comú
– 20h 35 – 20h50 : Sergio Catello, professeur d’italien au lycée (Melun) et à l’université (Paris 3 Evry)
– 20h50 – 21h : échanges avec le public.
– 21h – 21h 30 : buffet de l’amitié.

 

Pourquoi défendre la #ZAD ? Déclaration de la #CoopérativeÉcologieSociale #NDDL  

L’intervention de 2500 policiers contre la ZAD de NDDL, après celle de Bure, les attaques qui se multiplient contre les Communes libres de Tolbiac et les facs occupées nous concernent toutes et tous. En une semaine, plus de 20 lieux ont été détruits, 148 personnes blessées, plus d’une dizaine de personnes arrêtées. Macron entreprend la destruction de tout ce qui est social, collectif et solidaire et il fait matraquer toutes celles et tous ceux qui résistent, comme à NDDL, au nom d’une société soumise à la dictature du profit. Ce climat n’est pas sans rappeler celui qui avait conduit à la mort de Rémi Fraisse à Sivens, en 2014. Les forces de l’ordre tirent dans la foule avec des armes qui ont déjà prouvé qu’elles pouvaient provoquer des séquelles irréversibles voire être létales. La solidarité contre la répression étatique doit être considérée comme un rempart composé de lieux de mobilisation communs à construire. Développons ces lieux, ramifions ces réseaux. Unissons nos efforts contre les violences et renforçons nos alternatives. Organisons-nous en reliant les ZAD : Zones de Solidarités Populaires – Zones Sans Police –, Zones sans OGM, Zones de Gratuité … pour un autre monde, celui du « bien vivre ». Mutualisons les expériences et construisons les outils autonomes de nos solidarités : assemblées, squats, récup collectives et cantines et toutes les autres formes de l’entraide … L’usage de la violence d’Etat a un but : en finir avec tout projet d’émancipation collective qui ne passe pas par le marché ou l’Etat au service du marché. C’est pourquoi défendre les ZAD, c’est construire un projet d’écologie sociale. 

1) Les ZAD sont des zones d’autogestion, d’entraide et d’expérimentation collective. Autogestion et subsistance sont les principes de l’occupation du terrain.  Dans ces lieux de vie se construisent des choix fondamentaux que nous partageons, comme le refus de l’omniprésence de l’argent et des hiérarchies dans la vie quotidienne, la mise en place collective de « communs », l’autonomie alimentaire, une critique radicale des institutions et des hiérarchies sociales et politiques.

La préfète défend des projets individuels et veut détruire tout projet collectif. L’emploi de la force menace des habitant.e.s de plusieurs lieux de vie, qui n’ont pas demandé, ou qui ont refusé de demander, individuellement, la régularisation de leur situation. La ferme des « 100-Noms », lieu de travail et de vie considéré comme emblématique, a été détruite alors même que ses occupants auraient marqué leur volonté de régulariser leur situation, mais sans vouloir se plier à l’obligation d’une démarche individuelle. C’est au nom des valeurs de l’individualisme, de la compétition et du productivisme que sont détruites les habitations collectives comme les « 100-Noms ». Oser dire « Nous » c’est la première étape pour reprendre le pouvoir sur nos vies.

2) Les ZAD sont des zones d’abolition des dominations et des oppressions : Elles permettent de continuer d’inventer des possibles, de changer la vie ici et maintenant en étant intergénérationnelles, intersectionnelles (classe, genre, race), anti-patriarcales et anticapitalistes. Les ZAD luttent contre les formes d’oppression contre toutes les formes de racisme et de sexisme : hommes / femmes, hétéros / LGBT, jeunes / vieux, français.e.s / immigré.e.s, valides/ handicapé.e.s … Les ZAD sont des Zones pour défendre l’égalité qui consiste à assurer l’accès de toutes et tous aux mêmes opportunités, droits, occasions de choisir, conditions matérielles tout en respectant leurs spécificités. Les ZAD ont choisi de sortir volontairement du système en s’organisant sur la base de l’égalité, de l’autonomie et d’une émancipation libératrice des capacités humaines enchainées par le capitalisme. Dans les ZAD, nous sommes tous des Camille. Nous n’avons ni dieux ni maitres.

3) Les ZAD sont des zones de résistance à la marchandisation du monde. Ce sont des zones de gratuité face à un monde où tout se vend et tout s’achète. Les ZAD expérimentent la démarchandisation comme moyen et comme objectif. Dans les ZAD, on cherche à démarchandiser les échanges en appliquant le droit d’usage plutôt que le droit de propriété, la participation libre et consciente plutôt que la tarification fixe à outrance comme dans le « non-marché » du jeudi sur la ZAD de Notre Dame Des Landes.

Dans les ZAD, toute personne doit pouvoir avoir accès à ce dont elle a besoin pour vivre sans pour cela devoir consentir de contrepartie. Avoir un toit se nourrir, s’éduquer, se soigner, se vêtir, se chauffer, s’éclairer, n’a rien d’une option. C’est un droit. Les ZAD sont un élément de protection sociale pour quiconque souhaite développer une activité qui réponde aux besoins primaires de la communauté, tout en diminuant progressivement l’emprise de l’économie sur le quotidien des participant.e.s. 

4) Les ZAD sont des zones de construction des Communs. La ZAD permet de redéfinir les rapports de propriété. Construire de nouvelles enclosures, c’est le projet d’une Etat autoritaire qui veut en finir avec les communs où des femmes et des hommes libres construisent ensemble des projets de vie fondés sur la réappropriation des biens communs privatisés que sont devenus la Terre, l’air, l’eau, la culture, l’éducation, la santé. Les coopératives sont devenues l’expression d’une alternative à l’économie, une alternative de plus en plus viable et étendue. Les communs ne se résument pas à la défense des biens communs mais sont d’abord l’implication de chacun dans la construction d’espaces communs. La ZAD est un commun qui met en application les idées et valeurs de l’écologie sociale à l’échelle locale. Les ZAD obligent ses habitants à mettre l’imagination au pouvoir en suscitant des inventions quotidiennes : celle des institutions « communes » et des règles de vie. Inventer des institutions est un processus collectif qui suppose de reconnaitre la part de liberté individuelle au sein d’une habitation et d’un territoire collectifs. 

5)  Les ZAD sont des Zones d’éducation populaire : La ZAD est une base arrière, un pôle de diffusion et un espace de rencontre pour les écologistes sociaux. C’est le lieu où la réflexion et l’autoformation sont partagées et où des cultures et des traditions nouvelles pourraient naitre. Les ZAD puisent leurs références dans le communalisme de Murray Bookchin, les Blacks Panthers, les néo luddites anglais, les Taz ( Zones d’autonomie Temporaire), d’Hakim Bay, les luttes au Rojava et au Chiapas, les communautés libertaires, l’associationisme, l’écoféminisme et le mouvement de la Justice environnementale.

6)  Les ZAD sont des zones d’autonomie démocratique. Elles sont une des formes du communalisme. Le communalisme ne se réduit pas au municipalisme, cette autogestion écologique et populaire des institutions municipales. Le communalisme, c’est d’abord le droit des peuples à décider de leur avenir, la capacité de reprendre le contrôle de nos territoires en créant des espaces libérés de l’emprise du capitalisme. Dans ce sens, la ZAD permet de construire un projet politique durable englobant l’ensemble des alternatives à une existence soumise au système capitaliste. C’est ce projet qui fonde les soubassements du territoire qui soude la ZAD, qui cimente les relations et les expériences. Les Zadistes préfèrent construire de manière pratique et empirique un « lieu-autre » où les règles de domination étatiques et capitalistes sont abolies et où une forme de vie sociale est testée et vécue.

7) Les ZAD sont des zones d’abolition des spécialisations instituées par le capitalisme entre travail manuel/intellectuel, ville/campagne, théorie/pratique, sachant.e.s/ignorant.e.s, compétent.e.s/sans qualifications, dirigeant.e.s/exécutant.e.s, connu.e.s/ anonymes. Les ZAD sont des Communautés Politiques Autonomes où la séparation entre les catégories de l’économie, du social, de la politique disparaît progressivement. Les mouvements de contestation des dernières années ont contribué à reposer la question ancienne de la place des intellectuel.le.s dans les mobilisations sociales. Les mouvements contre les Grands Projets Inutiles et Imposés manifestent une opposition directement politique en expérimentant, par la pratique, de nouveaux modes d’organisation et de représentation alternatif, notamment sur la place et la représentation du travail. Dans la ZAD, le travail est polymorphe, les ouvriers et les paysans sont philosophes, artistes et poètes. 

8) Les Zad sont des Zones de solidarité populaire, décoloniale et internationaliste. Les ZAD sont des lieux de solidarités actives avec des luttes contre des projets imposés, inutiles, nuisibles et mégalomanes. Les habitant.e.s de la ZAD sont investi.e.s dans la solidarité avec les migrant.e.s et réfugié.e.s, avec les quartiers populaires où subsistent des pratiques coloniales mais aussi avec les luttes indigènes au Mexique ou les kurdes du Rojava, la défense de la terre et des forêts. Les ZAD sont No border. La construction de l’Ambazada, espace de rencontres pour les luttes et les peuples du monde est le symbole de cette volonté de s’organiser à l’échelle planétaire en créant une base intergalactique de solidarité. 

9) Les ZAD sont des Zones engagés contre la destruction du vivant. Elles ne défendent pas la Nature. Les ZAD, c’est la nature qui se défend. Comme le dit un texte de la ZAD : « Nous sommes la communauté des êtres de nature qui se défend, nous sommes des milliers, vivants. Nous n’accepterons pas le jeu de dupe de l’expropriation de nos territoires millénaires pour finir désœuvrés dans des mares aseptisées, alignés sur des haies chimériques ou broyés sous les chenilles mécaniques. Nous ne serons pas la monnaie d’un marché qui confond la vie et le béton. Nous sommes le bocage, le marais, les mares et le jonc piquant, mais nous sommes aussi de chair et d’os, de sève et de fruits, l’âme de ce pays debout. S’ils osent venir, sachez que nous serons là, solidaires parmi les vivants. Nous ferons de nos crocs, de nos dards, des barbelés infranchissables. Nous serons les barricades, nous serons les tranchées et le fluteau nageant, la sirène enchantée qui guidera le troupeau de CRS hypnotisés au fond du marécage. »

10) Les ZAD sont des zones de convergence des luttes. Elles sont un moment et un espace de la convergence des luttes. La convergence a besoin de bases arrières organisées dans la guerre de positions qui l’oppose au capitalisme et à son monde. Les décalages dans les cycles de luttes, les oppositions idéologiques et les concurrences entre structures militantes, constituent autant d’obstacles dans la constitution de fronts de luttes qui convergent. Mais le but est le même dans les gares, les bureaux, les usines, les facs et les champs. Dans les services publics et les ZAD, nous sommes soumis.e.s à la même offensive néolibérale qui veut détruire un modèle de civilisation sociale pour le remplacer par le règne du profit et une sorte de darwinisme social. Face à Macron et son monde les ZAD sont un espace de rassemblement et de convivialité (concerts, fêtes…) mais aussi de lutte où les sigles, les sectes et les boutiques politiciennes disparaissent à travers la convergence des buts. Nos vies valent mieux que leurs profits.

Défendre la ZAD, c’est défendre la société face à Macron et à son monde. La Zad vivra ! 

La Coopérative Politique Ecologie Sociale, Le 15 avril 2018

Saint-Denis, Bourse du travail, mardi 10 avril 2018, de 19h à 21h30, discussion autour des enjeux et de l’avenir de l’écologie politique,  avec les animatrices et animateurs de la Coopérative Écologie sociale

A Saint-Denis, vous vous reconnaissez dans les valeurs d’une écologie politique de transformation et dans les actions des réseaux citoyens dyonisiens (Alternatiba SD, AMAP-Dionycoop, Collectif sans-papiers, Collectif Haguette, Collectif Eau publique, ESS alternative, Nuit Debout, syndicats, associations de quartier, collectifs, LFI, EELV…)?

Sonia Pignot, membre d’EELV et du groupe Rouge et Vert (REVE) et Insoumis

François Longérinas, ancien membre des Verts et membre des Insoumis.e.s

Bally Bagayoko, animateur du groupe Rouge et Vert (REVE) et Insoumis

vous proposent d’inaugurer un cycle régulier de rencontres conviviales et de réserver votre soirée du 10 avril 2018, de 19h à 21h30, à la Bourse du travail de Saint-Denis

pour un dialogue et des échanges amicaux sur les enjeux et l’avenir de l’écologie politiqueavec les animatrices et animateurs de la Coopérative Écologie sociale* :

Francine Bavay, Benédicte Monville, Patrick Farbiaz et Sergio Coronado

 

*Coopérative Politique Écologie Sociale, qu’est-ce que c’est ? Consulter

https://www.facebook.com/saintdenisinsoumise/                                                                                                                        Ou https://ecologiesociale.org/