MERCI À NOUS – PREMIERS RETOURS DE L’ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES DES GILETS JAUNES À COMMERCY LE 26 & 27 JANVIER

Merci à vous, merci à nous.

On peine à reprendre nos esprits après ce magnifique week-end du 26&27 janvier qui a dépassé toutes nos espérances ! À Commercy, jamais nous n’aurions imaginé, lorsque nous avons construit fin novembre notre petite cabane, lancés nos actions, et tourné notre première vidéo appelant à des assemblées populaires (https://www.youtube.com/watch?v=dfLIYpJHir4)… que deux mois plus tard nous aurions l’honneur de poser avec vous les premiers jalons d’une « coordination nationale démocratique » des groupes/rond-point/assemblée de gilets jaunes !

« C’est dingue, ils sont tous venus chez nous ! » On a ressenti une immense fierté et une grande joie à vous accueillir tous dans notre petit bout de Meuse, qu’on dit « territoire sacrifié » et relégué aux oubliettes. Eh bien oui ! Qu’on se le dise, la Meuse aussi peut être, le temps d’un week-end, une « capitale » des gilets jaunes !

Biarritz, Mont de Marsan, Bordeaux, Pau, La Rochelle, Poitiers, Aurillac, Toulouse, Le Mas d’Azil, Perpignan, Béziers, Sète, Montpellier, Le Vigan, Marseille, Toulon, Cannes, Nice, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, Lyon, Annonay, Tain l’Hermitage, Valence, La Voulte sur Rhône, Crest, Die, Grenoble, Chambéry, Crolles, Montceau les Mines, Beaune, Nangy, Genève, Bourges, Besançon, Brest, Quimper, Saint-Brieuc, Fougères, Rennes, Redon, Lorient, Nantes, Saint-Nazaire, Angers, Tours, Le Mans, Caen, Le Havre, Rouen, Calais, Dunkerque, Lille, Haluin, Bruxelles, Amiens, Beauvais, Paris, La Courneuve, Meaux, Pantin, Montreuil, Rungis, Nemours, Ivry, Reims, Troyes, Dijon, Lure, Belfort, Épinal, Nancy, Bruyères, Colmar, Horbourg, Mulhouse, Remiremont, Strasbourg, Metz, Longuyon, Kanfen, Verdun, Jarny, Saint-Mihiel, Saint-Dizier, Troyes, Orléans, Commercy.

Nous en attendions maximum 250 mais ce sont plus de 400 gilets jaunes venus de plus de 87 villes/rond-points/assemblée locales qui ont répondu à l’appel. Près d’une soixantaine de déléguées mandatés par des rond-points/groupes/assemblées locales, et plus d’une vingtaine de délégations d’observateurs, sans compter tous les participants individuels, les curieux et journalistes.

Ça en fait du monde, des rencontres, des numéros échangés, des expériences partagées, des projets échaffaudés, tout ça condensé dans cette bouillante petite salle des fêtes de Sorcy-Saint-Martin qui n’avait peut-être jamais accueillie autant de personnes venues d’endroits différents…

Ce week-end a été beau, pour certains d’entre nous sans doute un des moments les plus forts de nos vies. Quelque chose qu’on n’avait jamais vécu auparavant et jamais imaginé pouvoir organiser. Quelque chose qui nous a tiré les larmes.

S’il y a déjà bien un acquis de cet incroyable mouvement des gilets jaunes c’est cette solidarité, cette entraide et cette joie d’être ensemble que nous avons retrouvé. Malgré le mur de mépris et de violence auquel nous nous heurtons (et sans doute aussi à cause de lui). Il y avait ce week-end là dans cette petite salle des fêtes l’énergie de celles et ceux qui ont passé des Noël et des Nouvel An avec leurs familles (l’ancienne et la nouvelle) sur des ronds-points, la détermination de ceux qui ont du reconstruire 6 fois leurs cabanes et qui savent qu’ils et elles risquent gros en manifestation, l’amour et la dignité de ceux et celles qui se battent pour leurs enfants.

Il y avait aussi le grand sérieux de ceux qui savent que les enjeux historiques de notre mouvement sont immenses et que les pouvoirs que nous affrontons sont prêts à tout pour nous détruire et nous affaiblir. Ce week-end, nous ne pouvions pas échouer, pas après avoir vécu tout ce que nous avons vécu, depuis nos « ronds-points » et nos manifs, depuis 2 mois.

Nous n’avons pas échoué : malgré la grande diversité des délégations, l’imprécision ou la limitation des mandats, le cadre de fonctionnement encore à définir, nous avons réussi à nous en sortir par le haut en faisant preuve de souplesse, de maturité et d’intelligence. Nous qui étions ensemble ce jour là avons réussi, tour à tour en tant que mandatés, ou bien comme gilets jaunes de partout, à partager des réflexions riches et tracer quelques grandes lignes collectives dont il faut espérer qu’elles fassent date.

Notre « Appel de l’Assemblée des Assemblées » (en PJ), fruit d’un long processus d’écriture de texte et d’amendements, commence déjà à circuler largement en texte et en vidéo. Forcément imparfait, il nous paraît toutefois juste, équilibré et sensible à la très grande diversité des gilets jaunes que nous sommes. Il trace un chemin possible sur lequel nous pourrions, avec nos gilets, marcher de plus en plus nombreux, mieux nous connaître et agir ensemble avec toutes nos différences.

Pour comprendre l’esprit qui flottait dans la salle des fêtes de Sorcy-saint-Martin ce week-end, certains articles de presse n’ont pas hésité à convoquer l’héritage du « Serment du Jeu de Paume » pris en 1789 par les représentants du Tiers-État à l’ouverture des États Généraux. Chacun invoquera ses références. Mais si, contrairement aux députés du Tiers, nous refusons toute forme de « représentation » au profit de mandats impératifs, il y avait bien une promesse que nous nous sommes fait durant ce week-end, une « résolution » : celle d’en sortir avec « quelque chose ».

Reste à savoir comment cette promesse et ce qu’elle a fait naître va nous lier maintenant. Des bases ont été posées mais tout est à construire. Et si certains qualifient peut-être ce moment « d’historique » bien malin qui pourrait vraiment en interpréter toute la portée.

Par ce premier mail de retour nous mettons à disposition :

1) le texte de « L’Appel de l’Assemblée des Assemblées » en PJ en PDF, pour faire circuler dans vos groupes/AG et à tous les groupes GJ avec qui vous êtes en contact. Nous avons déjà reçu une dizaine de remontées de signatures et nous en attendons au bas mot plusieurs dizaines vu le nombre que nous étions. Faites le tourner svp dans vos groupes locaux et renvoyez nous dés que possible vos remontées pour savoir si vous signez ou pas cet appel à l’adresse assembleedesassemblees@gmail.com

2) la vidéo disponible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=gJI5_us3RJI), à faire tourner massivement. Nous recherchons des personnes pour faire des traductions et des sous-titres dans un maximum de langues – n’hésitrez pas envoyer des propositions à l’adresse assembleedesassemblees@gmail.com

Nous avons aussi pris la liberté de créer avec toutes les adresses collectées cette liste de diffusion intitulée « Assemblée des assemblées », et qui regroupe la plupart des participants des rencontres du 26 & 27 janvier et d’autres qui sont intéressés par l’initiative et/ou signataires de l’appel. En attendant le développement d’autres outils de communication et de coordination plus perfectionnés qui devraient arriver sous peu, cette liste est pour le moment une liste de diffusion à sens unique pour ne pas qu’elle soit directement saturée. Si vous ne souhaitez pas y être merci de nous envoyer un message à l’adresse citée avant !

Nous vous enverrons d’ici la fin de semaine – si nous ne devons pas nous mobiliser H24 pour défendre notre cabane menacée de destruction – les compte-rendus synthétiques et détaillés du week-end, ainsi que tous les documents de travail qu’on vous y a distribué… De nombreuses demandes nous arrivent pour réussir à faire des retours à temps dans les AG locales : merci pour votre patience, nous y travaillons au mieux.

Nous vous demandons également de nous envoyer vos notes des compte-rendu des groupes de travail du dimanche matin, pour être sûr de n’avoir rien oublié !

Voilà pour ce premier retour.

Sur ce, nous continuons entre nous de nous remémorer ce week-end incroyable les yeux encor écarquillés. Les applaudissements à tout rompre, les « ahou ! », les récits de lutte des quatre coins de l’Hexagone, les chants chantés ensemble, les discussions enflammées, tous vos messages, vos remerciements, vos mots gentils… tous ces gestes nous émeuvent au plus profond et renforcent la solidarité de notre groupe.

Après un tel week-end nous nous sentons encore plus forts pour continuer la lutte et construire de belles choses par ici.

L’histoire continue, pourvu que nous l’écrivions ensemble.

À très bientôt !

MACRON DÉMISSION !

VIVE LES GILETS JAUNES DANS LEUR DIVERSITÉ !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

NOUS, GILETS JAUNES à COMMERCY le 17 novembre. Témoignage : des Gilets Jaunes au municipalisme libertaire, combattre l’injustice sociale et environnementale, revendiquer la démocratie

Quand on habite tout près d’une petite bourgade de 5000 habitant•e•s, quand on y fait ses courses, qu’on y va chez le toubib ou qu’on y prend le train, on a l’impression de connaître tout le monde.
En fait on connaît personne.
Je veux dire on ne connaît personne vraiment bien. On ne sait pas leur vie, leur travail, leur souffrance. On ne sait pas leur colère.
Ces 17 et 18 novembre en gilet jaune me l’ont prouvé. Les dizaines de discussions que j’ai pu avoir, facilitées par le fait de retrouver là des visages connus, ont été autant de bonnes surprises. Et de liens tissés.
On m’avait dit qu’il y aurait des patrons qui en avaient rien à foutre de nous, je n’en ai pas vu.
On m’avait dit qu’il y aurait des racistes, je n’en ai pas vu ou si peu.
Je n’ai vu quasiment que des petites gens qui en chient, qui payent cher pour aller bosser, ou d’autres qui touchent des minimas sociaux parce qu’ils sont malades ou tout simplement parce qu’ils trouvent complètement con d’aller bosser pour 1000€ avec 300€ de transports par mois.
Alors oui bien sûr quand on en bave, on a tendance à s’en prendre aux « cas soc » qui branlent rien. Mais on sait bien qu’au fond, c’est pas eux le problème. Je n’ai pas arrêté de répéter ces deux chiffres toute la journée : fraude au RSA = 100 millions par an. Fraude fiscale des gros bonnets = 100 MILLIARDS par an, mille fois plus! (sans compter les 200 milliards de cadeaux fiscaux et sociaux qui leur sont faits). Alors qui sont les parasites ? A qui va le pognon qu’on devrait se partager ?
La réponse est claire et à chaque assemblée générale de ce week end, les intervenants le répètent: tout va dans la poche des capitalistes ! Quant à l’écologie ! Quelle arnaque ! Les gros pollueurs ne seront même pas touchés. On nous prend vraiment pour des truffes.
Des discussions là-dessus, on en a eu ! Et pas qu’un peu ! Autour des braseros où grillait la bouffe et autour des quelques bonnes boutanches apportées par des potes.
Et ça a commencé de bonne heure. Le matin dès 6h30 : déjà 250 personnes chaudes bouillantes qui se répartissent les points de blocage, tous les supermarchés, les 2 stations services et les entrées de la ville.
Pour beaucoup, c’est leur première manif. Deux dames viennent me voir : « dis on te connaît toi ; Tu te bats contre Bure non ? C’est notre première manif on est contente d’être là mais on a quand même un peu les jetons, comment ça se passe si ya de la bagarre ? »
Je les rassure : quand y a de la bagarre dans une manif, on n’est jamais obligé d’y participer, on reste en retrait et ça se passe bien; surtout quand y a du monde comme aujourd’hui.
Et du monde il y en a eu : sur la journée c’est impossible à estimer combien on était, plus de 500 personnes ça c’est sûr, certains disent mille je ne sais pas. En tout cas c’est incroyable pour une petite ville comme la nôtre.
Des ouvriers, des routiers, des retraités, des chômeurs, des jeunes …
Et même une quinzaine de paysans en tracteur qui viennent nous prêter main forte sous les hourras et les klaxons. Beaucoup de bonheur !
Sur mon point de blocage, je me retrouve avec une trentaine de personnes. Très peu de bagnoles, en fait toute la Meuse est tellement bloquée qu’on n’a pas beaucoup de taf ! Celles et ceux qu’on arrête sont le plus souvent sympas, ont le gilet jaune sur le tableau de bord, et cherchent à aller bosser. On les en empêche et on se laisse photographier pour qu’ils puissent prouver à leur patron qu’ils ont été bloqués. On leur propose le jus. Et ils repartent avec notre tract.
Certains décident carrément de nous rejoindre et passent une heure ou deux à discuter.
Plus la journée avance, mieux on se connaît et plus les vannes fusent ; des conneries ça on en raconte ! mais on est sérieux quand même, déterminés, et on fait gaffe à calmer les
excités en leur indiquant des itinéraires lointains mais dégagés.
Ici ça se passe bien mais on entend dire qu’il y a eu une morte et des blessé-es ailleurs en France. Les visages se crispent. On peut rien y faire, y’a des cons partout même dans notre mouvement ; les salopards du gouvernement vont certainement en profiter pour essayer de nous discréditer ; On s’en fout, on lâchera rien! Tout le monde est super déterminé.

Oui mais la suite ? qu’est-ce qu’on va faire si ça s’arrête, si les fumiers d’en face nous la font à l’envers une fois de plus ?

On veut pas y penser il faut tenir ! C’est ce que tout le monde dit
Les blocages doivent continuer même si on est moins nombreux parce que c’est dur, parce qu’on peut pas tous faire grève ou parce que plein de choses de la vie nous en empêchent. Maintenant, il va falloir être intelligents, se relayer. Et déjà tenir jusqu’à vendredi (le black friday) et samedi et au-delà s’il le faut.

Mais ici à Commercy, on voit encore plus loin. On se dit que quoi qu’il arrive, il va falloir conserver ces liens qu’on a tissés et maintenir en vie cette solidarité. On se dit qu’il y a des trucs qu’on pourra faire en commun, qu’ils ne pourront pas nous en empêcher de faire.
C’est dans notre tract.
On propose carrément une réunion à toute la population le 7 décembre prochain pour jeter les bases de l’assemblée populaire et du municipalisme libertaire. C’est à dire ?
Ben voilà : même si on gagne pas sur le plan national, il y a une chose qu’on aura comprise, c’est que dans ce système, on ne nous laisse décider de rien ! On vote et puis après ils font leur petite sauce au service des puissants et on a juste à fermer nos gueules.
Avec l’assemblée populaire en local eh bien c’est les gens qui choisissent ce qu’ils pensent être bon pour leur cadre de vie, pour leur ville.
Ca nous apprend à réfléchir ensemble, à reprendre nos affaires en main.
Comment faire pour mettre ça en place ? On en discutera le 7. et il va y avoir du monde ça c’est certain !

Mais d’ici là courage à toutes et à tous !

Et bravo !!

On a montré qu’on était capable de s’organiser sans maîtres, sans hiérarchie ; et on a montré qu’on pouvait leur faire peur. Et quelque chose me dit que là-haut, ils n’ont pas fini de trembler …