Pour une Europe du Tout-Monde :  Désobéir pour reconstruire

Europe : déclaration de la Coopérative politique Écologie Sociale

Les élections européennes de 2019 seront après la séquence de 2017, la seconde phase de la recomposition politique. Même si « Ecologie sociale » considère que le moment « municipaliste » de 2020 est pour l’écologie de transformation, l’occasion majeure de la recomposition à partir des territoires, les élections européennes seront en France un moment d’affrontement avec le macronisme et son monde, ce sera certainement l’occasion pour l’écologie sociale de confronter les autres écologies, libérale et sociale-démocrate. Cette confrontation entre le macronisme écologique, reprenant les positons euro-béates de Daniel Cohn-Bendit, la sociale démocratie écologisée du PS ou de Génération-s campant sur les positons d’une Europe sociale néo-keynésienne mais impuissante et l’écologie de transformation sociale, insoumise. Elle permettra de choisir entre des projets clairement identifiés. C’est ce débat auquel ce texte prétend contribuer. 

D’autre part, ces élections européennes seront aussi l’occasion de tirer les leçons des quatre crises politiques majeures qui se sont succédées en Europe depuis la précédente consultation : la crise grecque, la crise migratoire, le Brexit, le référendum catalan et ses suites, auxquelles nous ajoutons le suivisme diplomatique de l’Europe, incapable de faire entendre une voix propre en faveur de la paix face aux guerres contemporaines. Toutes ont en commun d’avoir révélé la fragilité de l’Union européenne en tant que construction institutionnelle, réduite la plupart du temps à être le véhicule des politiques de dérégulation.

Dépasser et déconstruire les faux clivages, sortir du dogmatisme euro béat :

Etre pour ou contre l’Europe est un faux débat. Les débats sur l’Europe sont depuis des décennies des débats convenus fondés sur des clivages dans lesquelles nous ne nous reconnaissons pas à commencer par le premier d’entre eux, entre « pro » et « anti européens ». Ce faux dilemme empêche toute approche nouvelle, centrée non autour du seul rapport entre la France et l’Europe, mais entre l’Europe et le monde tel qu’il est devenu. Si l’Union européenne continue dans l’état, elle n’aura qu’un sombre avenir.

Sa survie dépend de la capacité des peuples européens à remettre en cause ses fondements, à construire les perspectives d’une autre orientation. Sortir du dogmatisme européiste suppose de déconstruire le discours des élites qui estiment que la seule Union qui vaille est celle du libre-échange au service de la finance et contre les biens communs.

Cette Europe libérale et productiviste est devenue un repoussoir pour la majorité des populations européennes. Refuser le cadre institutionnel de cette Union ne fait pas de toutes celles et tous ceux qui le contestent des antieuropéens. De même celles et ceux qui transforment l’Europe en un fétiche pour défendre la concurrence libre et non faussée ne sont pas des « pro européens » mais des promoteurs du capitalisme mondialisé.

Ce texte définit trois objectifs : lutter conte le projet européen actuel, libéral et productiviste, l’apartheid européen et l’état d’exception. Il propose une nouvelle architecture : le cosmopolitisme, les bio-régions et le confédéralisme démocratique. Il présente une méthode pour la refondation de l’Europe :  construire un bloc social écologiste européen, désobéir aux traités, construire une Europe de la mondialité, proposer un nouveau récit : celui d’une Europe du tout-monde.

A Les objectifs :

1. Ne demandons plus l’Europe sociale, accédons à la citoyenneté sociale et à la démocratie sociale européenne en nous fédérant par le bas

Les quatre crises grecque, anglaise, catalane, migratoire ont reposé la question sociale. Comment se battre pour un espace européen démocratique et défendre les droits de chacun•e à la dignité et au bien vivre alors que les classes dirigeantes et institutions européennes imposent un rapport de force défavorable ? Cela fait près de 40 ans qu’on nous bassine avec l’objectif d’une Europe sociale qui n’a aucune chance de se réaliser en l’état actuel des traités. Nous savons par ailleurs que le parlement européen à peu de poids face à la commission, au conseil, et aux gouvernements. Dès lors, il doit être une tribune pour nos combats contre l’austérité, le libéralisme ; un lieu pour livrer bataille contre le poids des lobbys et de la finance ; un point d’appui pour les luttes des peuples européens.

L’enjeu est dans la construction d’une nouvelle souveraineté populaire à l’échelle transnationale. Cela implique de dépasser le débat entre les partisan·e·s de la sortie de l’Europe et celles et ceux d’une « autre Europe » qui par magie renverseraient dans les urnes la majorité néolibérale actuelle.  L’Europe sociale est aujourd’hui un leurre parce que :

•L’Union européenne a été construite pour construire d’abord un grand marché, où prédominent actuellement les intérêts de l’oligarchie à travers le dumping social, la mise en concurrence des travailleuses et des travailleurs, la primauté de la libre circulation des capitaux, la fraude fiscale, l’écrasement des plus vulnérables, à l’intérieur des États et entre eux.

•Partout en Europe, l’avènement d’une société du précariat où chaque individu est appelé à être entrepreneur de lui-même se manifeste par la paupérisation des populations, leur absence d’autonomie, la croissance des inégalités et une concentration sans précédent des moyens de production et de la richesse.

•La vision libérale des rapports sociaux fondée sur l’opposition entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, les insiders et les outsiders, a invisibilisé les classes populaires et leurs conditions de vie et de travail de plus en plus fragiles partout sur le continent. En France et en Europe, il faut opposer au discours dominant le droit des peuples à choisir, à décider leur contrat social, à protéger les communs face à la logique de marchandisation et de privatisation.

Rompre avec cette logique libérale suppose que nous revendiquions dans chaque pays une citoyenneté sociale européenne construite autour d’un protectionnisme solidaire européen, d’une relocalisation de l’économie, d’une harmonisation des politiques sociales et fiscales, d’une planification écologique à partir de bio-régions, de la généralisation des communs, de l’extension de la gratuité, du partage de la richesse, d’une écologie des revenus avec un minimum et un maximum décents. Cela suppose l’auto-organisation du travail, la réorganisation des temps sociaux, la rupture avec la logique du profit, la subordination du marché aux besoins sociaux et écologiques, le renforcement des droits des travailleuses et des travailleurs, l’intervention citoyenne à tous les niveaux de l’entreprise et de son environnement. La remise en question de la propriété privée des moyens de production commence par la reconnaissance de la notion de « bien commun » et son intégration dans les textes législatifs européens. La protection des biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises. Ils doivent être gérés démocratiquement et leur accès garanti à tou·te·s. Le droit de propriété doit être soumis à l’intérêt général, la propriété commune protégée et les services publics développés.

2. Pour une refondation démocratique de l’Union européenne autour d’un Traité de la Transition sociale et écologique.

Face au désordre et au chaos du monde, il s’agit de redonner une perspective à l’Europe, celle de fédérer un mouvement mondial de la justice climatique. La centralité de l’écologie politique, sa force propulsive est déterminée par la destruction programmée d’une partie de l’humanité par le dérèglement climatique et la disparition massive des espèces qui s’imposent comme les nouvelles questions sociales. Pour rompre avec le projet européen libéral productiviste, il nous faut refonder l’Union autour d’un Traité de transition sociale et écologiste pour une Europe des Communs. Nous voulons instaurer un Traité Européen du climat :

•Une Règle verte européenne, instaurant l’obligation ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu’elle peut supporter

•La refondation de la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, à travers la relocalisation de la production agricole et le soutien à l’agriculture écologique et paysanne.

•Un traité européen de l’énergie fondé sur l’abandon du marché carbone, la mise en œuvre d’une véritable politique de réduction des émissions de gaz à effets de serre avec des critères de convergence impératifs : la sobriété, le 100% énergie renouvelable, la sortie programmée du nucléaire

3. Contre l’apartheid européen, pour le droit à l’hospitalité.

Les politiques xénophobes européennes ont entrainé la montée de l’extrême droite partout sur le continent. En faisant de la question migratoire le critère essentiel de la « protection » des populations européennes contre la crise, elles ont pour objectif de mettre en place une modernisation régressive fondée sur la précarité du travail, de la vie, de l’environnement et sur des lois d’exception permanentes. Cette double rhétorique est devenu le ciment politique d’un bloc bourgeois rassemblant les bourgeoisies européennes de droite et de gauche, bras politique d’un capitalisme largement mondialisé. Si elle se construit dans le consensus mou, elle n’en est pas moins au service d’une politique barbare. Le tri entre réfugié•e•s politiques et migrant•e•s économiques est aujourd’hui partout la règle. Il y aurait plusieurs catégories de migrant•e•s allant des bons aux mauvais. Une hiérarchie nauséabonde s’installe. Or les migrations ne sont pas sécables en tranches. Parmi les raisons du soulèvement en Syrie, le réchauffement climatique, les dérèglements qu’il provoque et leurs conséquences sur nos ressources alimentaires sont désormais reconnus par les spécialistes. Les migrations font partie intégrante de l’histoire de l’humanité. Contre les politiques xénophobes, il faut un discours d’hospitalité et de fraternité.

Abolir les accords de Dublin qui reportent sur les pays frontières de l’Europe comme la Grèce, l’Italie, ou la Hongrie toutes les charges. Nous devons étudier aussi la possibilité de visas de transit pour les réfugié•e•s, établir des procédures d’admission plus rapides. Il faut remplacer Frontex car ce système est mortifère et criminel.

– Une solution à l’échelle mondiale qui réponde aux phénomènes migratoires dans leur ensemble. En 2016, les Nations-Unis crée l’OIM, (Office international des migrations) à côté de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ou de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Mais la politique migratoire européenne répond aux intérêts de celles et ceux qui ont intérêt à ne pas répondre à la crise des réfugié•e•s pour des raisons de politique intérieure. Elle ignore les recommandations et le travail de l’OIM. Nous devons contribué au niveau européen à créer les conditions d’une Conférence mondiale sur les migrations entre des forces populaires qui posent la question migratoire en lien avec les politiques impérialistes des multinationales et des Etats qui produisent les migrations forcées. La planète est en état d’urgence démocratique. La crise européenne des réfugié•e•s montre le recul de la conscience politique sur la question migratoire.

L’institution d’une citoyenneté européenne fondée sur le principe d’hospitalité et la libre circulation des personnes 

•L’institution immédiate d’une carte de l’Union pour les peuples sans Etat, comme les tziganes qui se définissent par la langue, le mode de vie et non par le sol ou le sang.

•L’instauration du principe de l’égalité des droits civiques et politiques pour toutes celles et ceux qui résident en Europe, quel que soit leur origine.

4. Contre l’Etat d’exception européen, pour une Europe des Droits fondamentaux

Depuis le 11 septembre, l’Union Européenne a suivi la voie choisie par les Etats-Unis en mettant ses politiques intérieures et extérieures sous influence américaine. Privés de souveraineté sur les politiques économique et sociale, les Etats n’ont plus que des stratégies sécuritaires en défense d’intérêts entrepreneuriaux transfrontaliers instables. Régulations globales et multilatéralisme sont attaqués de toutes parts. Les Etats sont tous, à des degrés divers, sous l’influence des stratégies d’entreprises et au nom de la protection de leurs intérêts, sont appelés à adopter des législations sécuritaires et liberticides, à contrôler et réprimer. Le libéralisme autoritaire et productiviste s’installe partout dans le monde ; dans la Russie de Poutine, la Chine de XI Jin Ping, les USA de Trump, l’Inde de Modi et dans les pays de l’UE. Si la paix a été effectivement un des fondements de la construction européenne, c’est la division de l’Europe entre Est et Ouest et l’occupation des deux Allemagne par les alliés qui a engendré une paix relative pendant plus de quarante ans. Relative car elle n’a pas empêché les conflits de basse intensité en Irlande du Nord ou au Pays basque, l’occupation de la Tchécoslovaquie, les guerres de décolonisation …  Après la fin de la guerre froide et la chute du Mur, l’UE n’a empêché ni la guerre dans l’ex-Yougoslavie, ni celles de Géorgie, de Tchetchénie et de l’Ukraine.

Lutter contre l’Etat d’exception en Europe, c’est d’abord refuser la guerre de civilisations, le remplacement de l’affrontement social par la guerre identitaire et la chasse aux migrant•e•s.

Mais c’est aussi refuser la militarisation des sociétés civiles et la surveillance de masse à travers le contrôle numérique de nos vies. Partout, une surveillance administrative de masse, réputée prédictive, se met en place sans véritable débat démocratique. L’État de droit cède devant l’ère du soupçon.

B Une nouvelle vision de la construction européenne

5. Pour répondre aux aspirations de souveraineté et d’autonomie des peuples : le confédéralisme.

Si l’Europe reste un échelon pertinent pour construire un modèle de société « glocal » reposant sur les territoires d’Etats-nations, l’Union européenne n’a pas su se dépasser autrement qu’en produisant un appareil bureaucratique, la Commission européenne, devenue le cheval de Troie du capitalisme mondialisé.  Après la négation du résultat du référendum de 2005 en France, la crise grecque, le Brexit, la Catalogne, maintenant l’Italie et devant la montée des mouvements d’extrême droite, la dislocation de l’Europe est désormais une hypothèse. Car l’Union Européenne organise de fait la régression démocratique des sociétés qui la constituent et crée paradoxalement les conditions de sa propre dissolution : le repli nationaliste. Repenser l’Europe dans le cadre de la mondialité en brisant son carcan institutionnel et en la refondant à partir du bas, est la tâche que nous nous donnons. L’objectif n’est pas une sortie de l’Europe pour se replier sur des Etats-Nations affaiblis et bien souvent impuissants, et dont la seule force est d’être un des cadres de la souveraineté populaire, mais de pouvoir articuler le local, le national, le « régional européen » et le mondial.

Ce réagencement passe par la construction par le bas d’un système d’auto-gouvernement au niveau local (municipalisme), régional (bio régionalisme) et confédéral (paneuropéen). Nous savons bien qu’en l’état cela relève d’une utopie. Mais le regain des demandes de souveraineté en Europe (Catalogne, Pays basque, Ecosse, Irlande, Corse….) ne peut que nous inciter à chercher une nouvelle voie déjà explorée au Chiapas, au Rojava ou sous d’autres formes en Bolivie (Etat plurinational). Ce qui se cherche à travers ces expériences, c’est une forme d’administration politique non étatique, ni nationale, démocratique et écologique.

6. Pour une Europe des bio-régions contre la métropolisation.

Pour les écologistes, la souveraineté européenne ne se construira que par le bas en rendant effective la décision et sa mise en oeuvre au plus près des populations. Dans ce sens, nous proposons que soit institutionnalisé le principe de bio-régions, pouvant faire l’objet de traités multilatéraux entre les Pays membres de l’Union européenne. Ces bio-régions, organisées autour d’institutions locales, régionales ou intercommunales, pourraient se doter d’un statut juridique leur permettant de mettre en place des projets communs de développement soutenable. Une bio-région correspond à une entité spatiale cohérente traduisant une réalité géographique, sociale et historique. Une bio-région est constituée d’un ensemble complexe de systèmes territoriaux locaux, dotée d’une forte capacité politique, elle vise à l’auto-soutenabilité écologique. Plus une entité démocratique est petite, et donc directement contrôlable par ces citoyen•ne•s, plus ses domaines de souveraineté sont restreints. La bio-région, est l’échelon à partir duquel la planification écologique peut s’organiser, permettant un contrôle démocratique du principe de subsidiarité.

La bio-région intègre les domaines économiques (système local territorial), politiques (auto-gouvernement), environnementaux (écosystème territorial) et d’habitation (lieux fonctionnels et lieux de vie dans un ensemble de villes, bourgs et villages). Elle peut être aussi définie comme un système socio-territorial qui cultive un équilibre dynamique entre établissement humain et milieu ambiant, rétablissant sous une forme nouvelle les relations de longue durée entre ville et campagne pour atteindre l’équité territoriale. Faire du contexte écologique dans lequel nous vivons à l’échelle d’une bio-région le lieu premier de la décision politique est le premier pas vers une société qui repose à la fois sur le respect des écosystèmes et des communautés humaines, non déterminée par les frontières nationales.

7. Pour la souveraineté des peuples d’Europe, construire la Confédération Démocratique Européenne.

Tracer une perspective politique claire suppose un cadre institutionnel qui rompt avec la juxtaposition des Etats-Nations, chapeautés par la technocratie européenne et soumis aux pouvoirs des marchands et des banques. Dépasser cet état de fait suppose de penser l’Europe comme une coalition à géométrie variables qui intègrent Etats, bio-régions, régions ultra périphériques, citoyen•ne•s européen•ne•s non « nationaux », résident•e•s à égalité de droits. Ce que démontre la Catalogne mais aussi l’Ecosse, ou encore la situation des Roms ou des minorités nationales dans toute l’Union européenne est l’incapacité des Etats-nations à gérer la question des peuples sans Etats. Ce n’est pas nouveau. Mais les deux guerres mondiales et la guerre froide ont gelé ce débat sur la question nationale. En 1789, la Révolution française a dépassé les provinces en détruisant les privilèges féodaux. De nos jours, la révolution européenne ne pourra passer que par la destruction des privilèges des nouveaux féodaux du CAC 40. Avec la mondialisation, nous sommes rentrés dans un processus de dépérissement de l’Etat-nation démocratique et d’effondrement des souverainetés populaires nationales. Ce processus est bien engagé. Parallèlement la mondialisation redéfinit les rapports sociaux en faisant apparaître de nouveaux acteurs globaux : les multinationales, les ONG, des institutions mondiales comme l’OMC, le FMI, la Banque mondiale.

Si en tant qu’écologistes, notre objectif ne peut être que la construction à long terme d’une Confédération Démocratique Européenne dans le cadre d’un monde solidaire, la nécessité d’une rupture avec l’institution européenne telle qu’elle est aujourd’hui s’impose.

La question institutionnelle est primordiale. Viser à un confédéralisme démocratique fondé sur une citoyenneté européenne redonnerait à l’idée européenne la crédibilité politique qu’elle a perdue. Il est temps de redonner à l’idée européenne une impulsion politique décisive par en bas. La défense de la souveraineté populaire passe par la promotion du municipalisme et la mise en réseau de villes ou territoires rebelles. C’est un des outils pour répondre aux aspirations à la souveraineté et à l’autonomie des peuples.

Pour concrétiser ce confédéralisme européen, nous demandons l’institution immédiate d’une carte de l’Union pour les peuples sans Etat.

C. Pour une nouvelle méthode :

8. Un nouvel internationalisme.

Les quatre crises européennes ont démontré au moins une chose. L’absence totale de solidarité entre les Etats de l’Union. Les Grecs comme les Catalans, sans rien dire des migrant•e•s, ont été abandonnés à leur sort comme du reste les révolutionnaires syriens ou kurdes. L’incapacité à concevoir une politique internationaliste est aujourd’hui un fait. Il s’agit de reprendre la tradition du mouvement ouvrier qui s’est constitué à partir de la défense des intérêts de la classe ouvrière par delà des frontières. Cette tradition a été celle des Internationales et notamment de la première qui réunissait non des partis mais une partie du mouvement ouvrier. S’inscrire dans cette perspective c’est d’abord tenir compte de la transformation de la classe ouvrière, de sa diffraction et de la multiplication des subalternités. Cela signifie dépasser les différences entre syndicat et parti, réseaux nationaux ou régionaux et initiatives locales, jusqu’à ce que soit posée une perspective qui réconcilie le Sud et le Nord, l’Est et l’Ouest sur la base d’un modèle de société qui doit se fonder sur trois éléments :

– Pour une Europe de la mondialité, défendre le cosmopolitisme :

L’Union européenne se réclame de l’universalisme européen, du modèle économique et politique de la civilisation occidentale, des valeurs des droits humains et du marché. En réalité cet universalisme a été impérialiste, expansionniste et colonisateur. Il a servi à légitimer un système monde de domination des peuples et des ressources naturelles, qui a engendré les inégalités contemporaines au nom de la « modernité ». L’universalisme européen est aujourd’hui le dernier argument du « Choc des civilisations » que nous refusons. Il ne prend en compte ni les peuples des Sud, ni les citoyen•ne•s de l’Europe, ni la planète. Il ignore que l’incroyable plasticité des sociétés humaines, leur capacité d’invention que manifeste notre diversité culturelle a été une des conditions de la préservation des écosystèmes et de la pérennité de notre espèce. Au contraire, l’intégration du monde au capitaliste industriel et financiarisé s’accompagne de leur destruction au point de compromettre les cycles fondamentaux de la nature. C’est pourquoi nous nous référons au cosmopolitisme.

– Construire un peuple – monde : 

Une nouvelle définition du peuple s’impose par l’émergence de citoyen•ne•s de plus en plus caractérisé•e•s, dans le contexte de la globalisation, par la multi-appartenance, le métissage, le besoin d’autonomie, l’ouverture sur les autres … forgée en référence à l’expression « économie monde » chère à Fernand Braudel, cette notion déborde très largement le champ économique. Son exploration est le prétexte à une réflexion sur les rapports sociaux, l’éthique et le droit à l’heure de la « mondialité ». Nous ne partons pas de rien, nous savons que des alternatives existent déjà à l’échelle mondiale qu’il faut faire converger. L’expérience des manifs anti G8, des réunions intergalactiques au Chiapas, des Forums Sociaux a permis de constituer des réseaux transnationaux dans beaucoup de domaines. Mais jusqu’ici, le lien stratégique a manqué pour que ces réseaux se fédèrent autour d’objectifs communs.

– Concevoir une nouvelle géopolitique européenne :

L’Europe n’est pas le centre du monde. Le déclassement géopolitique des États européens est avéré. Dans le nouveau monde, recentré sur le Pacifique, c’est-à-dire sur le face à face sino-américain, et qui est un monde régenté par les intérêts financiers et industriels, les gouvernements européens n’ont plus prise sur les réalités. L’Europe actuelle est resté un nain politique qui est incapable de produire une seule position commune face aux USA ou face aux conflits du Moyen Orient. Elle est devenue par défaut une branche de l’atlantisme et auxiliaire de l’OTAN. Nous devons oser un partenariat assumé avec la Russie, sans renier nos principes. Construire un axe euro – méditerranéen fort capable de dialoguer avec la Mittle Europa.

9. Construire un bloc social et écologiste européen pour recomposer le paysage politique européen

Pour qu’une nouvelle offre politique puisse se constituer, il faut partir des mouvements réels au niveau européen et de leurs aspirations : les mouvements écologistes, les minorités nationales, les mouvements sociaux contre l’austérité. Le socle social, ce sont les luttes qui l’imposeront.

La construction d’une contre société européenne

Edifier une fédération de mouvements sociaux et écologistes ne se fera qu’à partir de l’existence d’un espace public commun. Le cycle ouvert par les Indignés et le mouvement des Places en Espagne, Occupy Wall Street, les révolutions arabes, Nuit Debout, n’est pas terminé. En Italie à travers les Centres sociaux, les mouvements écologistes de défense des territoires, en Allemagne sur la scène alternative et antifasciste, à l’Est dans la lutte anticorruption se construit une contre société. Cette contre société passe par la constitution de plateformes communes et d’initiatives communes trans-européennes.

De nouvelles alliances de classes

Le nouveau rapport de force européen passe par de nouvelles alliances entre les classes moyennes issues du secteur public et des secteurs des nouvelles technologies du privé, du mouvement de la jeunesse en formation et des quartiers populaires. Nous avons un besoin urgent de tisser des liens politiques entre les groupes sociaux aujourd’hui divisés à la fois au sein d’un même pays et au niveau de l’Union. L’expérience des métallurgistes allemands autour de la RTT par ex. n’est pas partagée par les salariés européens. L’organisation des luttes au sein des grands groupes est balbutiante. Seuls les nouveaux mouvements comme les ZAD travaillent dans un espace politique commun parce qu’ils ont su créer un espace imaginaire commun. A cet égard, la déclaration de Lisbonne signée par La FI, Podemos et le Bloco, rejoints par les Rouge et Vert danois et Potere al Popolo en Italie, est une avancée, qui doit s’illustrer dans la campagne contre la fraude fiscale lancée de manière transnationale. C’est un premier pas dans l’émergence d’une souveraineté populaire transnationale.

Recomposer le champ politique européen autour des enjeux sociaux écologistes

Après les crises européennes (Brexit, Grèce, Catalogne…), les forces politiques organisées en Europe apparaissent hors-sol. Nous sommes dans un espace temps de recomposition. Dans nombre de pays, écologistes sociaux, écosocialistes, objecteurs de croissance, partisan•ne•s de la justice environnementale, zadistes libertaires et autonomes ont tissé des liens dans les luttes. Nous devons renforcer ces liens et faire émerger une coordination politique des écologistes européens qui travaillera avec les forces politiques qui se reconnaissent dans les réunions du plan B et les mouvements sociaux écologistes anticapitalistes internationalistes et parfois indépendantistes comme la CUP. Les mouvements politiques européens doivent se retrouver à partir de projets de société identifiables par les peuples. De cette recomposition doivent émerger des forces politiques nouvelles correspondant à l’attente des citoyen•ne•s européens. L’exigence démocratique qui se conjugue avec la révolution numérique entraîne et accélère la fin des vieilles formes de la politique. L’enjeu, et l’avenir, est dans la construction de mouvements politiques de masse liés aux révolutions numériques, écologistes, féministes, internationalistes et décoloniaux. Ces mouvements sont à la fois sur les places et sur les réseaux, s’organisant dans l’horizontalité tout en pouvant s’incarner à travers des figures emblématiques.

10. L’Union européenne, on la change ou on la combat ! Le Pouvoir constituant européen sera le produit de la désobéissance citoyenne aux traités.

Avec l’échec de Tsipras, 10 ans exactement après les référendums français et irlandais c’est la même illusion qui a conduit à la même défaite : celle qui a consisté à croire que l’on peut construire une issue favorable aux peuples sans autre stratégie qu’un rapport de force national et sans préparation. Il s’agit maintenant de se doter de scénarios alternatifs permettant de construire une sortie de crise crédible.

L’erreur de la gauche européenne, écologistes compris, a été de considérer qu’un pouvoir constituant doit être issu nécessairement des élections au Parlement européen ou de l’adoption d’une Constitution européenne. Car comment faire quand il n’existe pas de souveraineté européenne et que les règles établies par les traités ne sont pas discutables. Les limites de l’Europe viennent de ses origines.  Aujourd’hui, c’est la loi du plus fort qui domine, c’est-à-dire, en régime capitaliste, celle des pays les plus puissants économiquement. La seule voie envisageable pour que l’Union devienne l’expression de la volonté des citoyen•ne•s est celle qui organise la souveraineté populaire partagée. C’est pourquoi, se donner pour stratégie d’organiser le pouvoir constituant par le bas, c’est construire la fédération des communs en commençant par le développement d’un mouvement social européen. Mais ce mouvement social doit se doter d’une stratégie. Car, dans le passage de l’Europe actuelle à une autre Europe, il n’y a pas de continuité possible ; une rupture est nécessaire. C’est pourquoi nous considérons qu’il faut deux fers au feu : un Plan A et un Plan B.

Si le Plan A correspond à un mouvement social écologiste ayant institué une nouvelle hégémonie en Europe, il ne peut exister aujourd’hui sans une rupture réelle avec les Traités. Il nous faut donc un Plan B conséquent qui passe par une mobilisation sociale capable de bloquer l’application des Traités européens. Le Plan B ce n’est pas la régression nationaliste par une sortie de l’Euro et le retour au franc, c’est l’organisation de la désobéissance des populations et des Etats. Cette désobéissance aux Traités est la condition préalable à l’émergence d’un pouvoir constituant.

Concrètement, la désobéissance européenne comporte deux niveaux : un niveau défensif et un niveau offensif. Elle englobe :

  • La désobéissance aux traités européens et le respect des droits humains fondamentaux inscrits dans de multiples textes, en particulier de droit international ;
  • Le non-paiement de la part de la dette publique, réputée illégale, illégitime, odieuse et insoutenable par un Comité d’Audit telle qu’il a été organisé en Grèce ou en Equateur ;
  • Le contrôle des capitaux notamment comme mesure défensive contre le chantage de la BCE ;
  • L’arrêt des privatisations des biens communs et l’annulation de celles qui ont déjà été réalisées ;
  • le refus de transposition de directives contraires à l’intérêt général (par exemple, la directive 2001/18 sur les OGM, la directive postale…)
  • la dénonciation de directives déjà transposées ou de règlements en vigueur (par exemple, la directive 96/92/CE « marché intérieur de l’électricité »)
  • le refus d’abonder le budget communautaire lorsque ces fonds sont utilisés pour mener des politiques libérales.
  • La désobéissance européenne offensive correspond à la nécessité de ne plus seulement résister, mais d’inverser la tendance et de mettre en œuvre des politiques émancipatrices contrariées par l’Union. Ceci inclut notamment la mise en œuvre de mesures fiscales redistributives, la fin de la gestion d’apartheid des migrations, l’instauration d’un protectionnisme écologique et social, un paquet législatif anti-délocalisation…

Avec le plan B nous devons envisager de se nous mettre dans l’illégalité vis-à-vis du droit communautaire par le refus de payer des astreintes en dépit des condamnations qui ne manqueront pas d’arriver de la part de l’Union.

L’article 11 de la Constitution française stipule qu’il est possible de « soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ».

La question centrale n’est pas de construire des institutions mais de savoir comment reprendre le contrôle de nos vies. Les peuples européens doivent devenir ce peuple-monde. La Terre est notre seul pays. L’humanité, notre seule patrie.

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Texte Europe – Ecologie Sociale

Le jour d’après, déclaration de La coopérative politique Ecologie Sociale

1 – Avec le deuxième tour des législatives, une séquence politique se referme. L’élection d’Emmanuel Macron et de 350 députés d’En Marche et du Modem, ouvre une nouvelle ère politique en France, celle des managers. Macron est l’incarnation de l’unification d’un bloc bourgeois néo libéral allant de la droite à la gauche de gouvernement. Cet […]

1 – Avec le deuxième tour des législatives, une séquence politique se referme. L’élection d’Emmanuel Macron et de 350 députés d’En Marche et du Modem, ouvre une nouvelle ère politique en France, celle des managers. Macron est l’incarnation de l’unification d’un bloc bourgeois néo libéral allant de la droite à la gauche de gouvernement. Cet extrême centre de l’extrême finance à la sauce bonapartiste, se présente comme la vitrine d’une mondialisation libérale à visage humain. Mais, avec le démantèlement du Code du travail et l’Etat d’urgence transcrit dans la loi ordinaire, ce « progressisme » là sera libéral-autoritaire, dérégulateur et fera la guerre contre les pauvres. Macron c’est aussi une nouvelle phase de la crise démocratique qui, avec plus de 56,6 % d’abstention aux législatives, atteint un sommet inégalé. Les classes populaires “votent avec leurs pieds” et se retirent sur leur Aventin. Pour l’écologie politique enfin, l’éradication du groupe EELV à l’Assemblée a au moins un intérêt. Si les vainqueurs en sont les député.e.s élu.e.s ou réélu.e.s grâce au soutien d’En Marche, le débat entre l’écologie libérale et l’écologie sociale peut enfin s’ouvrir. Il montrera les limites d’une écologie qui accompagne le marché, qui s’inscrit dans une démarche antisociale, productiviste et anti écologiste. Les innovations technologiques conjuguées à des Continuer à lire … « Le jour d’après, déclaration de La coopérative politique Ecologie Sociale »

Manifeste fondateur de La coopérative politique Ecologie Sociale : Pour une écologie de libération !

Nous vivons une période à la fois destructrice et créatrice, innovante et inventrice de nouveaux rapports sociaux. Nous avons vécu de tels moments privilégiés dans la décennie 68. Le chaos et la mutation caractérisent ces époques. Pas seulement en France mais à l’échelle de la planète.

Le chaos prédomine.

Chaos écologique engendré par la crise climatique, la sixième extinction de la biodiversité, les catastrophes industrielles comme à Tianjin, la raréfaction des ressources naturelles et de l’eau. Le productivisme entraine l’artificialisation galopante de la Terre. L’extractivisme favorise l’accaparement des terres des paysans pauvres et des peuples indigènes. L’emprise de l’homme sur la terre fait disparaître une partie de plus en plus importante des terres cultivables. L’Anthropocène arrive au bout de sa logique mettant en danger l’humanité elle même.

Chaos économique et social par l’installation d’un ordre invisible mais écrasant des multinationales, qui s’attaque aux conquêtes sociales arrachées durant les derniers siècles, et met des nations entières comme la Grèce à genoux et menacent les autres du même traitement.

Chaos financier qui, par delà les multiples bulles spéculatives détachées de l’économie réelle tout comme en 2008, entraine la fragilisation extrême du système par la robotisation du high speed trading.

Chaos géopolitique enfin avec des guerres sans fin au Moyen Orient et en Afrique et leurs répercussions dans le reste du monde, notamment dans nos cités. L’obsession identitaire s’empare des esprits et le retour au religieux, à l’ethnicisme, au nationalisme fait partout reculer l’esprit critique, la raison et l’humanisme, tournant ainsi le dos à la société cosmopolite.

« Le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Dans ce désordre, la mutation technologique s’installe. La révolution numérique bouleverse les conditions de l’exploitation capitaliste. elle ouvre des espaces de liberté et de création mais l’ubérisation n’est jamais loin… Le numérique et les nouvelles générations d’automates modifient les conditions de la production capitaliste, provoquant de véritables saignées parmi les salariés et généralisant la « prolétarisation » de tous les métiers.
Le précariat est la réalité des nouveaux entrants dans le salariat. La concurrence sur le marché du travail devient globale, et avec les guerres et la crise climatique se développent de nouvelles catégories d’immigrés et de réfugiés.

Ce ne sont pourtant pas les concurrents des salariés du Nord. Les « sweat shop » de Chine et du Bangladesh en sont les agents bien malgré les salariés victimes de leurs conditions de travail dignes des débuts de l’industrie.

L’internet pourrait aussi construire des rapports sociaux nouveaux fondés sur l’horizontalité, le partage et l’échange, mais c’est encore l’ubérisation du travail et la jungle sociale qui prédominent. Des pratiques sociales nouvelles apparaissent où la solidarité et le lien social deviennent la référence d’une société désaffiliée qui refuse l’assujettissement, l’exploitation, l’aliénation, la domination et la discrimination mais peine à se constituer en projet politique.

En réalité le capitalisme financiarisé – même repeint en vert – est inamendable.
Ceux qui estiment qu’un hypothétique retour à la croissance des Trente Glorieuses permettra de retrouver le chemin de la redistribution, ont tout faux, comme ceux qui estiment qu’une croissance verte régulera une machine devenue folle.

Le numérique va également modifier les conditions de l’exercice du pouvoir politique. La révolution industrielle du 19ème et du 20ème siècle avait forgé le pouvoir centralisé du capital et du contre- pouvoir ouvrier, concomitants de l’émergence des Etats nations. Les socialistes, les communistes s’étaient organisés dans cette verticalité par le centralisme démocratique. Le numérique met à l’ordre du jour l’horizontalisme. S’il tient ses promesses, la forme des regroupements politiques, des nouvelles formations s’en trouvera radicalement métamorphosée.

Devant ces forces contradictoires, le champ politique – lui – est resté figé. La politique se pratique comme dans les temps immémoriaux, mais elle est désormais sous influence de la finance à l’instar de l’économie.

Dans cette comédie du pouvoir, transformée en farce, on se trahit entre amis, on se reproduit dans l’entre soi, on reste à l’abri des tumultes du monde, en essayant de tenir le plus longtemps possible au pouvoir dans sa commune, sa région ou au niveau national. La politique est hors sol. Ses représentants tournent à vide, sans contrôle. La démocratie est devenue formelle. En France avec le présidentialisme, cette fusion de la monarchie et de la République, une caste technocratique pantouflarde bloque tout renouvellement générationnel, étouffe toute volonté de changement et freine de toutes ses forces, sous le poids des lobbys, la transition écologique. Le mâle blanc de plus de cinquante ans veut garder son pouvoir et, s’il ne peut plus empêcher la présence des femmes, de jeunes et de quelques personnes emblématiques issues des colonies aux responsabilités, les instrumentalise à son compte. Les diverses tentatives de renouvellement politique (NPA, EELV, Front de Gauche) se sont toutes soldées par des échecs comme si les logiques de concurrence d’appareils reprenaient toujours le dessus. Le mode associatif est aux mains des mêmes….

Notre écologie n’a rien à voir avec celle en vogue sur les plateaux des chaines info ou dans les coteries, les écuries d’EELV et des groupes parlementaires s’y référant. Notre écologie se veut libératrice et s’appuie sur la synthèse de trois courants fondamentaux qui renvoie aux trois écologies de Félix Guattari, l’écologie sociale, mentale, environnementale. Car l’écologie politique n’est pas un supplément d’âme du socialisme, du libéralisme ou du productivisme. Elle est le nouveau chemin de l’émancipation. L’écologie de libération ne nous a pas attendu pour se manifester.

Elle s’est constituée à travers l’écologie paysanne et indigène, celle des Sans-Terre Brésiliens, de la Guerre de l’eau en Bolivie, de la lutte contre l’extractivisme au Pérou et en Equateur, contre les grands barrages et le brevetage du vivant en Inde ou dans les émeutes populaires contre les pollutions et les catastrophes industrielles en Chine.
Elle trouve ses racines dans l’écologie ouvrière incarnée par le mouvement de la Justice environnementale qui considère que les inégalités environnementales s’agglomèrent aux inégalités sociales et qu’elles doivent être combattues simultanément.

L’écologie sociale et libertaire, décentralisatrice, partisane du municipalisme libertaire qui lutte contre toutes les formes de domination est la troisième source de l’écologie de libération. L’écologie de libération est une écologie qui prône l’autonomie, le cosmopolitisme et le commun comme réponse aux trois crises démocratiques, identitaires et sociales qui rongent le mouvement populaire en général et le mouvement écologiste en particulier. Autonomie ou barbarie, voilà la question qui sera posé au XXIème siècle. Nous nous inscrivons dans ce projet d’autonomie théorisé par Cornélius Castoriadis mais issu de siècles de luttes collectives pour l’émancipation de la société et de l’individu. Ce projet d’égalité et de justice a pour nom aujourd’hui l’écologie. Il intègre la prudence dans le rapport au despotisme de la technoscience, la simplicité volontaire face à l’hyperconsumérisme et la sagesse dans les affaires publiques, de solidarité à l’égard de toutes et tous, de dignité, de convivialisme, valeurs rassemblées dans le projet de

société du « bien vivre » . Mais fondamentalement il repose toujours sur la volonté d’auto représentation du peuple et de transformation de la société. L’autonomie c’est d’abord la capacité des classes populaires à renforcer leur pouvoir d’agir là où elles sont, indépendamment des lobbies de toute nature.

Le cosmopolitisme c’est la forme renouvelée d’un universalisme métissé qui lie directement le citoyen et la planète, d’hospitalité par rapport à l’Autre, et le fait agir comme citoyen responsable du monde. Le commun ce n’est pas seulement la défense des biens communs, l’eau, l’air, la terre, les cultures, l’éducation, c’est d’abord la co – construction, la co-élaboration de nouvelles institutions permettant aux classes populaires exclues d’être auto représentées dans les processus de décision.

L’écologie de libération est donc l’horizon de l’écologie politique, tout à la fois contre récit historique de l’écologie d‘en bas face à l’écologie d’en haut, celle des élus et des partis qui les fabriquent, et vertébration de l’écologie de transformation face à une écologie d’accompagnement qui a définitivement choisi de se résigner à être le cache sexe de l’économie libérale.

Après la firme, la frime !
Notre écologie n’a rien à voir avec celle qui fait le quotidien des commentateurs stipendiés. L’écologie politique en France qui aurait pu être l’alternative émancipatrice s’est repliée sur elle même vérolée par la lutte des places et a explosé en vol en laissant place à la valse des égos, paravent de toutes les ambitions. Certains, plus opportunistes que d’autres en profitent pour partir à la chasse au poste ministériel et aux opportunités qu’il ouvre. Ce qui reste de la Firme qui a verrouillé EELV s’affirme comme le molletisme du mouvement écologiste : un coup à droite, un coup à gauche mais surtout aucune structuration du parti devenu un sous PRG. Elle refuse aujourd’hui de faire face à la division provoquée par François Hollande qui vingts ans après tente de recréer un Génération Ecologie bis pour sauver le bateau socialiste en perdition.

La sortie du gouvernement, après les affirmations perpétuellement réitérées, qu’il fallait en être à tout prix, a été mal comprise par l’électorat car jamais débattue, elle amoindrit un bilan gouvernemental qui sous les coups du Premier ministre est devenu bien maigre. On retiendra le blocage des loyers.

Le plan de soutien à la rénovation thermique du bâti n’a pas créée des milliers d’emplois ! La seule loi ALUR a été rayée en une demi heure de conférence de presse sans que personne ne s’en émeuve tandis que la loi sur le développement ne mit pas fin à la Françafrique qui continue à imprégner les relations inégalitaires entre la France impériale et son pré carré.

Issus depuis 20 ans et plus des rangs de l’écologie politique, ayant participé aux présidentielles au côté de Noël Mamère, José Bové ou Eva Joly, ayant pour certains mené campagne sur le non au référendum de 2005, en ayant participé aux expériences de la Zone d’écologie populaire ou d’Alterekolo, nous voulons désormais transmettre les acquis de cette expérience accumulée à la nouvelle génération militante écologiste qui se lève qu’elle soit dans ou hors EELV. Nous le ferons sous la bannière d’Ecologie Sociale, qui sera une coopérative d’action politique et d’éducation populaire transpartidaire menant publiquement des débats politiques en refusant de s’enfermer dans le seul jeu interno – interne du parti EELV.

Nous appelons les militantes et les militants d’EELV et tous ceux qui se réclament de l’écologie à relever le défi de la reconstruction de l’écologie politique et à engager la métamorphose de l’écologie politique autour de quatre axes :

Repolitiser l’écologie au travers d’un débat stratégique sur le rôle cristallisateur de l’écologie comme force radicale centrale d’un vaste mouvement politique et social. On ne pourra pas le faire si l’on continue à éviter et à contourner les débats décisifs comme celui de l’Europe, des migrations, de la refondation de la République, du rapport au capitalisme, même Vert. On ne pourra pas le faire en évitant de se confronter politiquement aux forces de l’écologie et de la gauche radicale. C’est ce que nous avons commencé à initier avec Ensemble et le Mouvements des Objecteurs de Croissance (en liaison avec LMP) depuis un an…. Nous le faisons car nous avons la conviction que la construction d’un pôle de l’écologie radicale/sociale (?) est un élément indispensable de la construction d’un mouvement pour une démocratie radicale et approfondie, dépassant les frontières actuelles du Front de gauche, de EELV, de Nouvelle Donne ou des frondeurs, allant jusqu’aux frontières de la social-démocratie. Nous le faisons parce que l’évolution des composantes de la gauche va dans ce sens. Ensemble et Le Parti de gauche se réclament de l’écosocialisme, qui part pour une partie des mêmes analyses que l’écologie de libération. Même au parti communiste, des évolutions notables commencent à se faire sentir dans ce parti longtemps resté le bastion du productivisme. Nous le faisons parce que les

écologistes ont l’obligation de construire une alternative à la politique actuelle, sauf à laisser la place à une droite alliée de fait à l’extrême droite pour longtemps. La question du projet manquant est incontournable, mais celle du contenu des alliances n’est pas anecdotique. SI un projet de transformation écologique et sociale sans vocation majoritaire est une impasse, l’alliance structurelle avec le Parti Socialiste désormais passé dans le camp de l’ordolibéralisme est devenue impraticable pour exercer ensemble des responsabilités au gouvernement. Pouvons nous soutenir la loi Macron, la remise en cause des 35 heures et du code du travail, la loi scélérate sur le renseignement, le soutien délibéré au nucléaire, les ventes d’armes à tous les dictateurs de la planète, la négation du principe même de la fiscalité écologique à travers la fin de l’écotaxe, les expulsions des immigrés et des Roms ou la répression à tout va contre les zadistes ? François hollande et Manuel Valls ont considéré que l’accord que nous avions passé n’était qu’un chiffon de papier. Nous devons cette fois ci en tirer des conclusions. S’il n’y a pas deux gauches irréconciliables, il y a bien un gouvernement qui applique une politique qui n’est ni de gauche ni écologiste.

Il nous faut à la fois penser la transformation et la dynamique politique capable d’en faire une aspiration crédible et appropriable par nos concitoyens. Cela passera par des ruptures au sein du Parti Socialiste Mais cela passera aussi avec une confrontation avec les souverainistes. La bonne nouvelle des listes présentées avec tout ou partie du Front de Gauche ou de Nouvelle Donne dans plusieurs régions ne doit pas cacher l’absence de volonté de construire une nouvelle alliance populaire avec ces forces et les composantes du mouvement social dans leur nécessaire diversité et prêt à s’engager dans la construction d’une force citoyenne crédible. Rompre avec l’isolationnisme de EELV et son tropisme électoraliste envers le PS telle sera la tâche d’Ecologie sociale.

Notre conviction c’est que comme le montrent les militants verts dans les régions, le changement viendra d’une stratégie par en bas où du local au national, les militants retrouveront leur capacité d’intervention pour imposer au forceps, à la base, en lien avec les autres forces sociales et politique anti austéritaires, sociales et écologistes, une stratégie de rupture avec le social libéralisme et d’ouverture à la société.

Constituer une mouvance écologique autour d’un nouvel imaginaire: l’écologie de libération. Il faut décoloniser les esprits. L’écologie politique n’est pas une idée morte. Elle est en marche partout, sur tous les continents, mise en mouvement par les déshérités, les invisibles, les classes populaires. L’écologie populaire dans le monde entier n’est pas une écologie des riches, une écologie de l’abondance. C’est d’abord une écologie de la survie. Elle se construit dans les luttes populaires contre les inégalités écologiques qui sont des inégalités sociales: pour la santé environnementale, pour de nouvelles formes d’organisations du travail, contre les pesticides qui tuent les paysans, contre les cancers qui rongent les ouvriers. La lutte contre tous les types d’inégalités écologiques est notre boussole: inégalités territoriales, inégalités dans l’exposition aux risques industriels, inégalités face aux nuisances urbaines. Nombreux sont les militants écologistes qui se battent sur ces questions mais ils le font seuls et pas en tant que force politique. La lutte pour la survie comme l’ont définit les intellectuels antillais ne se limitent pas à la lutte pour les produits de première nécessité. Elle passe aussi par la défense des produits de haute nécessité comme la culture, l’éducation, la santé, l’environnement. Définir un projet de transformation écologiste et sociale est indispensable pour toute la gauche si nous voulons donner corps à une alternative, qui retrouve des chances de mobilisation et de conviction à la base. Un projet économique clair, qui explique ce que nous voulons en France et en Europe, et dans le monde en s’attaquant aux inégalités entre Sud et Nord, pour démontrer que l’anti productivisme et la lutte contre les inégalités et la démolition sociale sont la base d’une refondation autour d’une société du « bien vivreest possible. Ce contre récit face à l’imaginaire inégalitaire et productiviste, autoritaire, identitaire et raciste, nous devons le produire.

3. Transformer le lien entre l’écologie politique et les classes populaires. L’écologie politique est un peu partout victime d’une maladie sénile ; celle de l’électoralisme. EELV est l’expression d’une base sociale réduite à une seule composante, celle des classes moyennes à capital culturel élevé. Elle est absente des combats pour l’accès aux droits fondamentaux menés par les victimes des inégalités écologiques et sociales et son personnel militant est composé majoritairement d’élus et de collaborateurs d’élus. Si les ouvriers, les jeunes, les immigrés sont soit si peu présents soit instrumentalisés par ses cadres dirigeants, c’est d’abord que les mouvements sociaux et écologistes menées par ces catégories sont absents du champ de préoccupation des partis qui se réclament de l’écologie à commencer par EELV. Que ce soit la lutte contre l’amiante, le plomb, les pesticides, le bruit, les toxiques industriels, les acteurs qui mènent ces combats se sentent délaissés par un parti plus préoccupé à gérer ses querelles internes que d’assumer ces combats pour la survie. En réorientant notre action vers les classes populaires, nous n’abandonnons par les bases vertes constituées dans les centre villes pour la bonne raison que la pollinisation, le métissage des pratiques comme les jardins partagés, les AMAP, les SEL, monnaies locales, l’action des mouvements de la justice climatique et des villes en transition sont en train d’irriguer les quartiers populaires. Il s’agit d’abord de réorienter l’activité politique des écologistes autour d’une politique qui fusionne l’écologie et le social. De même la création d’une dynamique éco-syndicale doit être au coeur de cette réorientation. Le mouvement ouvrier traditionnel est en crise et la question de l’écologie au travail est un des axes de recomposition de ce mouvement. Ce lien avec les classes populaires passera aussi par l’immersion dans la contre société qui s’est formée en marge des partis à travers les ZAD, les lanceurs d’alerte, les réseaux sociaux, les multiples expérimentations sociales en rupture avec le champ politique officiel. Cette société « à côté » n’a pas besoin de feuille de route fournie par des professionnels de la politique. Elle a par contre besoin de relais dans les institutions et d’alliés fidèles et inventifs.

4. Repenser les formes mêmes de l’engagement et du militantisme. EELV est touchée par la désaffiliation militante comme d’autres formations mais sa base de départ étant réduite, elle se rabougrit plus que les autres. Transformer ce handicap, c’est militer autrement en favorisant de nouvelles expériences démocratiques. La coopérative a été un échec mais c’était une excellente idée, une nécessité mêmee Le tirage au sort, les conférences de consensus, les primaires ouvertes, toutes les formes de démocratie délibérative ne doivent pas être abandonnées au prétexte que ces pratiques ont été dévoyées, transformées en mesurettes sans conséquences pour le seul enjeu qui prévaut aux yeux du groupe dirigeant: la redistribution des places. Les fonctions non électorales doivent être revalorisées comme la fonction de formation et de transmission et celle de l’éducation populaire, celle des campagnes d’initiatives militantes et du soutien aux projets locaux. Militer autrement c’est d’abord contribuer à la construction d’une démocratie radicale en inventant une

citoyenneté dans tous ses États, national, européen, mondial, en répondant aux défis de la complexité. Rompre avec l’idée que la politique appartient aux partis, qu’ils soient avant-gardistes ou conservateurs. Rompre avec la marchandisation, la financiarisation, la commercialisation de la politique qui est devenue un marché où l’on s’affronte pour l’accroissement de parts de marques qui se concurrencent à l’intérieur d’un star system où seul l’égo et le carriérisme tient lieu de ligne politique L’alternative, si elle est possible, ne peut résulter que d’une confrontation avec la société, avec les associations, les syndicats, les mouvements représentant les minorités dans toute leur diversité. L’avenir se joue dans la confrontation et le débat avec toutes les forces qui font société. Des milliers de militants de bonne volonté rêvent de renouveau politique. Beaucoup ont depuis longtemps déserté les partis, machines à gérer la démocratie formelle plutôt qu’à animer la participation citoyenne aux décisions. Notre rôle c’est d’aller à leur rencontre et de reconstruire l’espoir. Notre rôle c’est d’organiser la transmission entre générations d’une histoire des mouvements populaires, des formes et des contenus de la stratégie de ces mouvements qui ne se fait plus dans des partis vidés de leur substance. Le mouvement écologiste doit retrouver cette fonction d’éducation populaire et d’école de formation qui a permis à des générations entières au XXème siècle de développer sa capacité d’initiative.

La force du néolibéralisme est sa capacité à faire de chaque individu un être résigné, asservi par l’hyperconsumérisme ou par les petits arrangements pour survivre, replié sur soi, hors de toute action collective. Non l’idée de politique comme moteur du changement social n’est pas morte. Jamais au contraire son rôle n’a été aussi important. Si le milliardaire Warren Buffet considère que pour le moment les riches ont gagné une bataille décisive dans la lutte des classes, nous considérons au contraire que la période n’a jamais été aussi propice à la libération des femmes et des hommes. A nous de concevoir et de mettre en œuvre ce projet émancipateur. Oui, comme le disait Félix Guattari, « l’avenir immédiat, il faut le reconnaître, se présente généralement sous un jour assez sombre. Mais les possibilités d’intelligence et de créativité collective n’en demeurent pas moins immenses et laissent également augurer d’extraordinaires retournements de situation ; A nous d’y travailler, chacun à notre façon et à la mesure de nos moyens. » Tout est possible. A nous d’en prendre le chemin.

21 thèses pour l’écologie populaire au XXIème siècle

Ce texte, daté de juillet 2014, a été à la naissance du projet de coopérative politique d’écologie sociale. Il a permis d’entamer avec des courants comme LMP ou Love au sein d’EELV, mais aussi avec Ensemble et le MOC (Mouvement des Objecteurs de Croissance) un débat politique et idéologique depuis plus d’un an.
L’écologie populaire est la réponse politique des écologistes qui refusent de se résigner à la domination, à l’exploitation, à l’aliénation du système capitaliste. Elle renouvelle la pensée écologique en proposant un nouveau récit de l’écologie reposant sur une vision non consensuelle de l’histoire de l’écologie et de l’humanité. Loin d’un modèle abstrait, elle propose une alternative concrète pour affronter la crise écologique qui menace l’humanité. Construire l’écologie populaire est le moyen de refondre le projet d’écologie à partir de la force historique des pauvres et de sa conjonction avec la défense de la planète et des communs.
Ce manifeste part de l’idée simple qu’il y a deux écologies, celle d’en haut et celle d’en bas. Celle d’en haut a créé un discours écologiquement correct privilégiant le développement d’une économie fondée sur la croissance verte. Elle est la roue de secours du système capitaliste mondialisé. Celle d’en bas part de la lutte pour la survie et des besoins des classes populaires en terme d’accès aux ressources écologiques. Entre ces deux âmes de l’écologie le fossé se creuse chaque jour un peu plus et il faudra choisir.
Face au choc qui vient, l’alternative de l’écologie politique
1) La crise globale que nous connaissons est une crise multidimensionnelle, financière, économique, sociale, culturelle, identitaire, écologique. Cette dernière caractéristique est l’élément radicalement nouveau qui entraine le monde vers un choix existentiel : la barbarie engendrée par le fondamentalisme marchand ou une politique de civilisation, la Terre du « bien vivre ». Le système capitaliste, engagé dans une logique de destruction, n’est pas réformable même si l’économie verte est une ultime tentative pour trouver une issue à sa crise. La « mission civilisatrice du capitalisme » fondée sur le développement des forces productives et défendue aussi bien par les penseurs libéraux que les socialistes, a entrainé le bouleversement des grands équilibres du système terre qui y rendra à terme la vie des humains impossible. Il y a incompatibilité entre le capitalisme et le respect des limites naturelles. La destruction de plus en plus rapide des écosystèmes, le dérèglement climatique, la pollution chimique, et les maladies qu’elle entraine, le déclin rapide de la biodiversité, la dégradation des sols, la destruction de la forêt tropicale, l’apartheid social planétaire produit par le développement brutal des inégalités, la montée des violences identitaires et religieuses, en sont les principaux symptômes. Cette crise renvoie au mode de production devenu dominant il y a deux siècles environ – le capitalisme – et aux modes de consommation et de mobilité qui en découlent. Ce mode de développement insoutenable écologiquement et socialement nous amène à l’effondrement.
2) La seule force qui ait anticipé cette crise est l’écologie politique. Le paradigme écologiste est partagé par tous les courants de l’écologie politique. L’écologie politique, seule parmi toutes les familles politiques, considère qu’il faut changer de modèle de développement en réduisant notre empreinte écologique, en défendant les écosystèmes de la planète contre les prédateurs, en protégeant les biens communs tout en répondant aux besoins sociaux fondamentaux. L’écologie fondée sur les principes d’autonomie, de responsabilité, d’équilibre prône des valeurs universalistes, celles de la défense de la terre et des droits humains et non humains. Ce mouvement est devenu politique dans les années 80 en Europe et dans d’autres pays riches lorsque la défense d’une culture du quotidien a convergé avec la question de la survie de l’espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie. Il s’est organisé à travers les partis Verts dont la base sociale correspondait à l’évolution de cette génération étudiante post68, élevée durant les « Trente Glorieuses ». Cette base sociale que l’on peut désigner comme des classes moyennes disposant d’un capital culturel élevé et habitant dans les centres urbains des grandes métropoles a configuré l’écologie politique à son image et en fonction de ses intérêts. Elle a débouché sur une politique de verdissement fondée sur des normes fixées d’en haut et d’adaptation au capitalisme à travers l’économie verte devenue l’horizon indépassable de l’écologie politique.
3) Une autre écologie, celle issue de la force historique des pauvres, l’écologie d’en bas, s’est levée en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Cette écologie plébéienne, largement majoritaire sur la planète, anime partout les luttes pour la survie de l’humanité et de la biodiversité. Issue de la périphérie sociale, elle mobilise des millions de femmes et d’hommes face à l’oligarchie financière et industrielle qui détruit la planète et menace la survie de l’humanité et les conditions de vie des dépossédé-e-s du monde entier : contre la destructions des forêts, contre les grands barrages, contre l’extraction des ressources pétrolières et minières, pour la survie de leurs langues et de leurs diversités culturelles, contre les catastrophes industrielles, contre le racisme environnemental… Cette écologie d’en bas n’a pour le moment pas de traduction politique formelle. Lorsqu’elle est présente au sein des partis verts, elle est le plus souvent minoritaire. Elle s’exprime dans les mouvements sociaux organisés (MST au Brésil, Via Campésina, mouvements indigènes…) ou dans les soulèvements populaires (Guerre de l’eau en Bolivie, émeutes en Chine,mouvements anti barrages en Indes… ). Elle cherche encore ses références mais, d’ores et déjà, elle est devenue incontournable, notamment lors des grands rendez vous de l’écologie politique comme à RIO + 20 ou des dizaines de milliers d’écologistes manifestèrent contre l’économie verte et ses conséquences et exprimèrent à travers le réseau Justice climat, les exigences des mouvements sociaux écologistes…Progressivement, l’écologie populaire se répand dans les pays occidentaux, dans les milieux paysans en lutte contre l’agriculture productiviste et l’industrie chimique, dans les quartiers populaires où se concentrent les pollutions invisibles, les maladies liées à l’environnement, la consommation de la mal bouffe et ses conséquences comme l’obésité. Face à l’accumulation des injustices sociales et environnementales, une nouvelle écologie politique est nécessaire et possible.
4) Ces deux âmes de l’écologie politique plongent leurs racines dans une histoire plus ancienne qui la divise depuis son origine. Dés le XIXème siècle un fossé invisible se creuse entre d’un côté une écologie scientifique d’en haut, façonnée en grande partie par la science coloniale, l’hygiéniste, le conservationnisme et le darwinisme social. Portée par l’idéologie positiviste et la religion du progrès sans limites, l’écologie d’en haut a influencé les premiers écologistes,souvent naturalistes et environnementalistes au XXème siècle. De l’autre, une écologie d’en bas, une écologie de transformation, l’écologie populaire, issue de l’histoire des luttes ouvrières, paysannes, anti-coloniales des peuples en lutte pour leur survie. La lutte pour la survie est fondatrice de l’écologie populaire. Les classes populaires ne défendent pas seulement leurs conditions de vie matérielles mais aussi la défense de leur milieu de vie naturel, de leur civilisation détruite par la modernité capitaliste.
Le capital a détruit les conditions de vie et de travail des communautés paysannes et des artisans au nom du Progrès, de la Science et de la Raison. Dans ce sens Droite comme Gauche ont réalisé un compromis historique fondé sur l’individualisme libéral. Si nous voulons enrayer ce processus, la première tâche de l’écologie populaire est de décoloniser l’imaginaire collectif de la gauche et de l’écologie en luttant contre cette religion du Progrès et du scientisme qui est à la base de la domination des classes moyennes aisées sur les classes populaires. Lorsque la Fondation Terra Nova appelle la gauche à ne plus se préoccuper que de l’avenir des « bobos » en abandonnant de fait les classes populaires à l’abstention ou au Front National, elle va jusqu’au bout de ce raisonnement qui a vu le socialisme et l’écologie scientifique dés ses débuts mépriser le socialisme ouvrier, les peuples indigènes, et les mouvements paysans en raison de leur prétendu archaïsme. Cette décolonisation de l’imaginaire passe donc par la redécouverte des valeurs et de l’histoire des déshérité-e-s qui sont à l’exact opposé de la société de marché fondée sur le profit et la compétition exacerbé entre les individus : convivialité, souci des autres, rapport à la propriété commune de la terre, don, entraide, coopération et civilité.
5) L’écologie populaire naît au XIXème siècle de l’associationnisme ouvrier, du populisme agraire, du luddisme, de la désobéissance civile, et de la géographie libertaire. L’associationnisme ouvrier est à l’origine de l’économie sociale et solidaire ; le luddisme est fondateur de la critique de l’industrialisme et du machinisme ; le populisme agraire issue des luttes et des guerres des communautés rurales pour la défense de la survie de leur mode de vie et de leur existence développe un autre rapport à la terre et à la marchandisation ; la désobéissance civile est à l’origine des méthodes de lutte de non coopération utilisée de Thoreau à Gandhi en passant par les Sans-Terre du Brésil ; la géographie libertaire de Reclus et de Kropotkine contre la sociobiologie a développé le concept d’entraide et de coopération.
L’histoire officielle de l’écologie nous raconte l’émergence de l’écologie comme un passage de témoin entre les écologistes scientifiques et les mouvements environnementaliste et naturaliste souvent composés de bourgeois sensibilisés à la nature. Après 68, l’écologie politique rassemblant un ensemble de courants, nés dans les années 1970 d’un mouvement culturel et générationnel nourri d’influences diverses (mouvements féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non-violents, libertaires, socialistes autogestionnaires…) a donné naissance aux partis verts. Ce récit est faux car il oublie volontairement l’écologie des pauvres qui n’a cessé au XIXème et au XXème Siècle de se battre contre la modernité capitaliste et les dégâts du Progrès.
6) L’écologie populaire est, dés ses prémisses, en rupture avec le système capitaliste engendré par l’exploitation sans limite des ressources, le commerce mondialisé et l’accumulation du capital. Les quatre mondialisations ont engendré les principales caractéristiques à la base de la crise écologique.
– La première mondialisation dont l’énergie reposait sur l’esclavage humain a entrainé la destruction des peuples indigènes, le commerce triangulaire et mis en place l’extractivisme, c’est à dire l’accaparement des ressources naturelles et des matières premières.
– La seconde mondialisation, fondée sur l’énergie du charbon et de la vapeur a engendré le salariat, le travail forcé et le productivisme, c’est à dire la religion de la production basée sur le profit des empires coloniaux. Parallèlement le système des enclosures en finissait avec la propriété commune de la terre et transformaient des millions de paysan-ne-s en bras pour les machines. La destruction de la communauté paysanne est contemporaine de la naissance du prolétariat industriel.
– La troisième, générée par l’exploitation pétrolière a été celle du fordisme et de l’électricité, celle du consumérisme et de l’aliénation.
– La quatrième mondialisation prise entre l’atome, le pic pétrolier et les énergies renouvelables est contemporaine de l’obsolescence programmée des produits comme de l’humanité. Cette époque ne peut avoir comme horizon que la barbarie et le chaos ou une Renaissance humaniste fondée sur la citoyenneté mondiale et l’empathie. La globalisation actuelle met en danger l’existence même de l’humanité.
La lecture écologique de ces quatre mondialisations montre que la modernité capitaliste s’est toujours appuyée sur l’exploitation des classes populaires et la destruction de leurs écosystèmes. Les dominé-e-s n’ont jamais cessé de contester la domination de l’humain et de la nature comme en témoignent les résistances indiennes, le marronnage et les révoltes d’esclaves, les émeutes et les guerres paysannes, les luttes pour les droits et la santé des ouvriers et de nos jours les résistances contre l’extractivisme, les grands barrages, la déforestation, les grands projets inutiles.
La définition de l’écologie populaire
7) L’écologie populaire n’est ni consensuelle ni neutre. L’écologie n’échappe pas aux rapports sociaux et aux affrontements qui en découlent du local au global. D’emblée, elle a mis au centre de sa réflexion le conflit entre les classes populaires et l’oligarchie politique et économique, pour la simple raison que l’humanité ne subit pas la crise écologique de la même manière. Les inégalités de revenu, de pouvoir, de capacité culturelle, qui sont à l’origine des crises écologiques expliquent que nous n’ayons pas les mêmes capacités à nous prémunir de ses effets. L’objectif de l’écologie populaire est l’éradication des inégalités sociales, de pouvoir et écologiques et, pour commencer, la démarchandisation de l’eau, de l’air, de la terre et en général de tous les biens communs (santé, éducation, culture). La financiarisation du monde est le stade suprême de ce fétichisme de la marchandise dont le seul étalon est l’argent roi et le degré de richesse matérielle comme indice de calcul du bonheur. L’écologie populaire, contre cette dictature de l’économie, a choisi son camp, celui de l’option préférentielle pour les pauvres qui puise sa force dans la défense des conditions de vie des pauvres, des déshérité-e-s, des dépossédé-e-s, des parias, des invisibles pour mieux en retour combattre la crise écologique. La crise climatique, énergétique et écologique ne se résoudra pas dans le consensus mais dans l’affrontement entre les forces de l’économie globale et les peuples directement menacés par les effets de cette crise.
8) L’écologie populaire est un courant politique et idéologique du mouvement Vert et écologiste international. Au sein de ce mouvement, elle se différencie radicalement :
– du courant environnementaliste qui réduit l’écologie à la défense de l’environnement au sens strict. L’écologie politique est une approche globale et systémique des relations entre l’homme, la société et la Nature. L’environnementalisme en défendant la faune et la flore n’est qu’un aspect de l’écologie qui se transforme en un corporatisme de type NIMBY (Not in my backyard) quand il cherche à s’imposer sur le champ politique.
– de l’écologie profonde qui est un antihumanisme. Issue du conservationnisme, qui dés son origine exclut les êtres humains de l’écosystème. Fondée par le philosophe norvégien Arne Ness, cette école de pensée repose sur le biocentrisme qui se réduit souvent à un anti-humanisme. Même si l’écologie populaire critique l’anthropocentrisme, elle ne se confond pas avec une écologie qui place l’homme en dehors de la Nature
– de l’écologie d’accompagnement, l’écologie libérale et ses faux nez ; le développement durable, l’économie verte, de la sociale écologie et en général à toutes celles et ceux qui veulent mettre l’écologie au service d’un capitalisme vert. L’écologie libérale se définit comme une écologie de l’efficience et repose sur la marchandisation de l’écologie. Elle considère que la Nature a un prix, que son économie peut être régulée pour préserver l’avenir des générations futures. Partisane d’un compromis historique avec le système capitaliste considéré comme indépassable, elle élabore des mécanismes adaptées : marché carbone, ….
– L’écologie populaire est partie prenante de l’écologie de transformation, cette écologie radicale qui regroupe les partisans de la décroissance, de l’écologie sociale, de l’éco-socialisme. L’écologie de transformation estime que le capitalisme n’étant pas réformable, il s’agit de créer les conditions de son dépassement, à travers les pratiques sociales, les luttes concrètes, et l’élaboration d’un projet politique qui cherche sa voie ni dans les lois du marché ni dans le recours à l’Etat, comme sauveur suprême.
9) L’écologie populaire n’est pas l’éco-socialisme. Elle n’est pas un copié-collé des thèses du socialisme scientifique et de l’écologie. Elle ne succède pas au socialisme comme un de ses succédanées. Elle existe d’emblée comme une alternative au socialisme productiviste. Le socialisme dit « scientifique » repose sur la croyance que le développement des forces productives voulu et porté par la bourgeoisie a permis de créer les conditions de son renversement par la classe qu’elle avait aidé à se constituer : le prolétariat industriel moderne. Cette conception s’accompagnait de l’idéologie du progrès, la déification de la science et de la technique, le développement de la technologie à tout prix quelles qu’en soient les conséquences, l’importance démesurée du rôle de l’Etat-nation, la négation des identités communautaires. Le capitalisme a au contraire détruit les communautés paysannes, les artisan-ne-s et ouvrier-e-s de métiers et a embrigadé des millions d’ouvrier-e-s dans une armée industrielle sans autre référence que la révolution industrielle et productiviste elle-même. Dans les colonies, il s’est attaqué aux civilisations ancestrales fondées sur la terre des peuples qu’il a prétendu assimiler et civiliser. Les classes populaires se sont donc défendues avec les mêmes armes soit en cherchant un compromis social–démocrate avec le système soit en créant le même système mais inversé, qu’on le nomme capitalisme d’Etat ou communisme autoritaire. La critique de la technique est une autre différence entre le l’éco-socialisme et l’écologie populaire. Le marxisme considère que la technique est un instrument neutre qui doit et peut être mis au service de la classe ouvrière, que la technique est un facteur décisif de transformation sociale et de progrès. L’écologie populaire considère au contraire que la technique devient de plus en plus autonome et met en danger la terre et l’espèce humaine. Pour autant, l’éco-socialisme est le courant de pensée le plus proche de l’écologie populaire. Les convergences sont nombreuses et peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’un même réseau international.
10) L’écologie populaire n’est pas la décroissance. Si les principes de la décroissance s’appliquent à l’ensemble du système monde, l’écologie populaire estime nécessaire de garantir aux classes populaires des conditions d’alimentation, d’éducation, de santé,de culture équitables nécessitant dans ces domaines un mode d’éco-développement fondée sur la justice sociale et écologique. Cela peut se traduire au Sud, dans les pays les plus pauvres, mais aussi dans les pays émergents et occidentaux par une politique de réparation (par ex ; remboursement de la dette financière ou écologique) impliquant pour les classes populaires exclues du système une relance par la croissance de la consommation et de la production dans certains domaines. Si la décroissance de l’empreinte écologique est une règle absolue, celle ci ne peut se faire au détriment des classes populaires. La décroissance ne peut signifier la récession. Il s’agit au contraire de substituer à la croissance quantitative du capitalisme et à sa logique d’accumulation une autre logique que l’on pourrait nommer croissance qualitative, laquelle implique une importante décroissance quantitative avant tout dans les pays capitalistes dominants.
11) L’écologie populaire est une écologie de libération. L’écologie de libération est une écologie des pauvres née en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ses figures fondatrices sont Chico Mendes, Vandana Shiva, Ken Saro Siwa. Elle considère que le rapport entre la Terre mère et les pauvres interdit la marchandisation de l’eau, de l’air, de la terre. En se libérant, les pauvres libéreront l’ensemble de l’humanité et préserveront la planète et toutes ses composantes. L’écologie de libération considère l’inapropriabilité de la terre comme un principe fondateur.
L’écologie de libération est une écologie de la survie. Elle met en avant l’accès aux droits définis dans la déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 dont les Droits au logement, à la santé et à l’alimentation.
L’écologie de libération a une dimension spirituelle caractérisée par le rapprochement entre la théologie chrétienne de la libération et l’idée de Terre–Mère que l’on retrouve dans les communautés paysannes des hauts plateaux andins ou autres.
12) L’écologie populaire est une écologie de la justice environnementale. Ce mouvement né aux USA dans les années 80 lutte contre le racisme environnemental. La crise écologique n’a pas le même impact dans les quartiers populaires, dans les zones rurales pauvres que dans les quartiers riches. Les inégalités environnementales fusionnent avec les inégalités sociales et ethniques et structurent une discrimination territoriale et éthnico-sociale. L’écologie populaire est une écologie anti-discriminatoire. En ce sens elle a un lien de parenté très forte avec l’écologie sociale théorisée par le militant écologiste libertaire Murray Brookchin.
13) L’écologie populaire est une écologie du commun. Le commun né comme un acquis de la communauté paysanne notamment dans la lutte contre les « enclosures », est devenu l’enjeu des luttes sociales et écologiques. Que ce soit contre la brevetabilité du vivant, contre les accaparements de terre,contre l’appropriation du cyberspace, contre la privatisation de la culture, contre le contrôle des ressources naturelles et des matières premières, la lutte pour le commun structure le nouveau combat écologique des peuples. Le commun c’est la réappropriation des biens communs et de l’intelligence collective, des savoir-faire ancestraux comme des pratiques informatiques qui résistent à la privatisation.
14) L’écologie populaire est un écologie transnationale et altermondialiste qui repose sur des forces sociales organisées telles que le mouvement paysan (Via Campesina), le mouvement contre la déforestation et les grands barrages, le mouvement pour la Justice climatique, le mouvement contre les grands projets inutiles et imposés, le mouvement des peuples indigènes pour leur survie, le mouvement pour les logiciels libres, l’éco-syndicalisme. Elle est partie prenante du mouvement altermondialiste des Forums sociaux.
15) L’écologie populaire se reconnaît dans l’éco-syndicalisme. Les combats ouvriers contre les injustices sociales et environnementales sont à la base de l’écologie populaire. Les luttes pour la santé au travail contre l’amiante, le saturnisme et les produits toxiques sont une dimension essentielle de l’écologie populaire. L’écologie populaire tout comme l’éco-syndicalisme prône l’autogestion. Cela passe par la gestion directe des entreprises sur un modèle fédéraliste et décentralisé mais aussi par un contrôle des usagers–citoyen-ne-s de la production et de son environnement.
16) L’écologie populaire est éco-féministe. Les femmes ont été opprimées et exploitées au même titre que la terre par le système capitaliste patriarcal. L’éco-féminisme considère que la défense de l’intégrité de la vie sous toutes ses formes contre la domination patriarcale est une seule et même lutte. L’industrialisme a transformé en marchandise aussi bien la nature que le corps de la femme. La domination de la Nature par l’humain est intrinsèquement lié à la domination des femmes par les hommes. Un rapport différent ne peut être installé entre les humains et la nature sans changer les rapports humains entre femmes et hommes. Les principes tels que la réciprocité, l’entraide mutuelle, la solidarité, le partage, la confiance, l’attention à l’autre, le respect de l’individu et la responsabilité vis à vis de tous les écosystèmes sont des éléments structurants de l’éco-féminisme.
17) L’écologie populaire est une écologie qui se revendique du cosmopolitisme. La préservation de la biodiversité humaine est un élément essentiel du combat pour la défense de la planète. La préservation des langues, des cultures, des identités des 6000 peuples composant la planète est un axe essentiel de la lutte écologique. La mondialisation financière tente d’uniformiser la culture en lui imposant une langue et une production culturelle normalisée. La guerre des civilisations prônées par les néoconservateurs américains au cours des années 90 est à l’origine d’un racisme globalisé qui s’exerce contre les peuples qui refusent le nouvel ordre mondial. Il n’y a pas d’écologie nationale. L’écologie populaire est sans frontière et se bat pour une citoyenneté mondiale. Le cosmopolitisme est le nouvel humanisme du XXIème siècle.
La stratégie de l’écologie populaire
18) L’écologie populaire lutte pour la constitution d’un nouveau bloc historique, la coalition pour les biens communs. La nouvelle alliance ne peut plus être dépendante des classes moyennes à capital culturel élevé des centres villes urbains mais doit rassembler celles et ceux qui représentent le prolétariat moderne : travailleurs-travailleuses intellectuel-le-s, précaires, fractions de la classe ouvrière industrielle, petits fonctionnaires, paysans-travailleurs/paysannes-travailleuses. Les bases sociales et les alliances de ce nouveau bloc historique de l’écologie populaire sont formées par tous les mouvements qui luttent pour l’accès aux droits pour tou-te-s et pour une démocratie écologique. Ce bloc peut se définir comme une coalition pour les biens communs, entre celles et ceux qui se battent pour les biens communs physiques (eau, terre, air..) et donc pour la survie de l’humanité et celles et ceux qui se battent pour les biens communs immatériels (information, culture, cyberspace…) contre les nouvelles enclosures. Ce bloc de l’écologie sociale est numériquement majoritaire. La grande masse du salariat et du prolétariat se retrouvent dans cette aspiration à une révolution du commun et de l’accès.
19) L’écologie populaire défend un programme de transition écologique fondé sur un autre mode de développement qui prenne en compte les besoins humains et les limites de la planète, repense l’utilité sociale de la production, les manières de consommer, la finalité de nos produits et la manière de les produire. Elle prône la relocalisation de l’activité et de l’économie, la reconversion des activités inutiles ou prédatrices, la redistribution des richesses et du travail. En lutte contre l’agriculture productiviste, elle met en avant l’agro-écologie comme appropriation des savoir-faire ancestraux de la paysannerie. Le programme de transition est axé autour d’une triple rupture écologique :
– avec la politique énergétique et industrielle pour notamment tendre à la sobriété énergétique, l’arrêt du nucléaire civil, la non-exploitation des énergies fossiles non conventionnelles et l’utilisation des énergies renouvelables locales,
– avec la délocalisation de l’économie et la précarisation des populations pour éviter les déplacements contraints des populations et reprendre la maîtrise et le juste partage des ressources au niveau local. Le développement d’une économie plurielle suppose le soutien à l’économie populaire informelle ou à des formes nouvelles d’économie post-capitalistes structurées comme l’économie solidaire.
– avec la politique des mégapoles qui organise la mise en concurrence des territoires.
Pour organiser la résilience de la société face à la crise écologique, nous devons agir collectivement en nous préparant à anticiper les chocs de la crise énergétique conséquences du pic pétrolier et du dérèglement climatique. Cette anticipation repose sur des dynamiques complémentaires :
– des politiques publiques mondiales, continentales, nationales et régionales qui permettent une planification écologique démocratique élaborée à partir et par les territoires,
– des luttes pour la récupération des ressources naturelles et des biens communs et la souveraineté alimentaire,
– la construction d’espaces de coopération économique à travers le développement d’une économie plurielle comprenant au côté du secteur privé, une économie sociale et solidaire et des services publics. Cette économie plurielle requiert une extension de la gratuité.
20) L’écologie populaire refuse la spécialisation de la politique et sa séparation avec les luttes pour l’émancipation sociale et écologique. Les classes populaires n’ont pas besoin des spécialistes de la politique. Elles veulent pouvoir décider des conditions de leur vie, de leur travail, de leur environnement du local au global. La politique est l’affaire de toutes et de tous. Elle repose sur la force des mouvements sociaux et environnementaux. Elle est forte là où ces mouvements existent. Elle est faible quand ces mouvements n’expriment pas leur force de transformation. L’écologie populaire n’est pas soluble dans un parti mais elle peut être une composante structurante de plusieurs mouvements, partis ou front. L’écologie populaire, au contraire repose sur l’initiative populaire, l’autogestion des luttes, la construction de la démocratie par en bas, le rapport au commun. Elle renoue donc avec les origines du socialisme utopiste et libertaire des débuts qui se voulait d’abord une réponse en terme de dynamique collective et solidaire à l’individualisme libéral, la destruction des métiers et des communautés rurales, la dépossession des classes populaires par la révolution industrielle et leur asservissement au système capitaliste. L’écologie populaire considère que la Charte d’Amiens est dépassée. La séparation formelle entre syndicats, association, partis correspond à la division imposée par la révolution industrielle. De même, l’organisation centralisée des partis politiques correspond à cette époque. Aujourd’hui, les mouvements de transformation sociale doivent co-élaborer un projet politique et le mettre en mouvement. Faire de la politique autrement suppose de pratiquer la démocratie jusqu’au bout en substituant aux valeurs de compétition interne pour les places rémunérées, la coopération. Cependant, confronté à cette tâche historique, le mouvement d’écologie populaire ne peut se développer sans disposer d’une instance capable d’élaboration politique et théorique, capable de regrouper des forces sociales engagées dans les luttes, capable de dégager les perspectives générales et de les proposer comme des politiques publiques. Le mouvement qui assumera ce rôle doit rejeter les schémas dépassés d’une avant-garde qui se rassemble sur la base d’un programme élaboré en vase clos et sur un modèle pré-établi d’organisation. Il doit donc se constituer en tendance organisée et autonome au sein du mouvement écologiste. Il peut aussi regrouper transversalement les militant-e-s de plusieurs mouvements politiques pour y porter le projet spécifique de l’écologie populaire.
La tentative de construction d’une coopérative politique mort né à EELV était une avancée dans le sens du dépassement de la forme parti, obsolète au XXIeme siècle. La séparation entre compétents et non compétents, militant-e-s politiques et associatifs ou syndicaux n’est que le résultat de l’adaptation de la politique à la révolution industrielle où les classes populaires étaient réduites aux tâches d’exécution. De fait, elle substituait à l’intelligence collective la domination d’un petit groupe qui s’imposait verticalement à l’ensemble du parti et de la société. Les conditions présidant à ce type d’organisation se sont effondrées. Inventer une forme parti adaptée à l’ère des réseaux, de l’horizontalité, est la tâche de l’écologie populaire.
21) L’écologie populaire défend la construction d’une démocratie du commun.
Une alternative fondée sur l’écologie populaire ne peut se faire sur la base des seules élections. Sans implication profonde de la population à tous les niveaux, la démocratie ne peut exister dans les conditions actuelles car elle devient de fait censitaire. L’oligarchie a la mainmise sur les médias, la publicité, les sondages et organise le débat démocratique en son sein. Si les citoyen-ne-s veulent se réapproprier la politique , elles et ils doivent le faire par en bas, en commençant par fédérer les initiatives de transition prises par les communautés de base permettant d’engager la transformation sociale et des mentalités à partir des valeurs de l’écologie populaire : l’autonomie, l’égalité, la dignité et l’entraide.
L’écologie politique ne veut pas prendre le pouvoir mais changer la société par le bas en utilisant simultanément la voie des institutions, de la protestation et de l’expérimentation sociale. Cette stratégie qui suppose un exercice du pouvoir issu d’en bas, contrôlé par les citoyens mobilisés se situe dans la droite ligne du mouvement fédéraliste et autogestionnaire. Elle se prolonge aujourd’hui dans les mouvements sociaux qui veulent libérer des espaces plutôt que s’attaquer frontalement au pouvoir de l’Etat. Elle n’exclut pas la question de l’Etat de sa réflexion mais considère que la transition doit faire émerger un système d’auto-gouvernement où les citoyen-ne-s instituent eux-mêmes leur pouvoir dans les communes, les régions, les entreprises. L’organisation politique doit aider à mettre en place ces pratiques d’auto-gouvernement et ne pas s’y substituer.
La démocratie du commun suppose la construction d’une république fédérative à tous les niveaux. Le principe fédéraliste ne peut s’appliquer au continent européen ou au système monde s’il ne s’applique pas au niveau national, régional, local .
Concernant les alliances politiques, l’écologie populaire considère que la participation à des coalitions majoritaires de transformation sociale est le moyen pour les écologistes de devenir majoritaire culturellement et politiquement mais que dans les pays où le social libéralisme a détruit les bases de la sociale démocratie en menant des politiques anti sociales et anti écologiques, la participation à des gouvernements sociaux libéraux marginalise l’écologie politique et la fait apparaître comme une caution accélérant la mise en place du capitalisme vert. Il faut donc participer à la construction d’une opposition sociale et écologique, renforcer la présence des écologistes dans toutes les élections locales, régionales et européennes où leur autonomie peut être construite, négocier des contrats majoritaires de législature mais refuser de participer à des gouvernements sociaux libéraux qui sont l’instrument le plus efficace de la modernité capitaliste.
Publié le 9 novembre 2015, 11:56
Ecologie sociale, juillet 2014

Pour une politique migratoire écologiste fondée sur l’égalité des droits, le devoir d’hospitalité, le cosmopolitisme et la libre circulation

Ce texte, portant sur une politique d’immigration porté par les écologistes, est proposé dans le cadre de La coopérative politique Ecologie Sociale à la libre discussion des militant.e.s de l’écologie sociale.

1) Le débat suivi par la mobilisation autour des réfugiés est salutaire.

Introduit par la photo du petit Aylan Kurdi, il révèle une fois de plus l’incohérence de la politique européenne marqué par l’hypocrisie et la montée des nationalismes ; il met en lumière les deux faces d’une Europe en crise ; il  exprime la crise morale et politique de la France, alors que notre pays a intégré des vagues de réfugiés russes, juifs allemands, républicains espagnols, rapatriés d’Algérie ou boat people du Vietnam ou du Cambodge et a connu le besoin intérieur de se réfugier pendant la seconde guerre . Les écologistes ne peuvent donc que saluer la mobilisation qui comme l’indique l’appel des artistes offre une main tendue aux réfugiés «parce que nous ne formons qu’une seule et même humanité », belle définition du cosmopolitisme face aux tenants de l’identitarisme forcené. Pour autant nous ne pouvons réduire notre politique à un accompagnement compassionnel. Le phénomène migratoire n’est pas conjoncturel. Il a toujours existé et il s’amplifiera à l’avenir. Les migrations concernent des centaines de millions de personnes. Elles englobent non seulement les réfugiés de guerre, politique mais aussi les réfugiés climatiques et les réfugiés économiques. La distinction entre migrants et réfugiés apparaitra à l’avenir de plus en plus dénué de sens en raison du chaos géopolitique entrainé par la crise climatique, écologique, l’appétit extractiviste et la mondialisation financière impliquant la misère et la guerre dans des zones de plus en plus grandes. La question migratoire est devenue une question centrale de politique intérieure mondiale puisqu’elle tend à créer un nouvel ordre social sur la planète. La politique de la gouvernance invisible des multinationales tend à trier, contrôler, limiter  l’immigration dans le cadre d’une réorganisation du marché de la main d’œuvre à l’échelle planétaire dans le but d’abaisser les coûts salariaux. C’est pourquoi, il faut désormais une solution à l’échelle planétaire autour du phénomène migratoire qui ne se réduit pas aux réfugiés de guerre. De même qu’il y a une OMS ou une OIT, nous devons avoir une Conférence mondiale sur les migrations mettant en place une politique et un organisme mondial sur cette question. La planète est en état d’urgence démocratique.

 2) Pour un statut  constitutionnel et européen de l’immigration

Le droit d’asile, élément fondateur de la République subit une crise profonde. En 2014, 60 millions de personnes se sont réfugiés dont près de 3 millions en Afrique et 216 000 dans toute l’Union européenne. La France  enregistrait en 2014 près de 65.000 demandes d’asile. Seuls 22 % ont obtenu le statut de réfugié. Parmi les 10 premières nationalités seulement 2071 Syriens et 1792 Soudanais ont obtenu l’asile… et aucun Érythréen.  La proposition d’accueillir 24.000 réfugiés sur 2 ans n’est pas seulement en décalage avec l’Allemagne ou la Suède. Il faut la comparer aussi au nombre de réfugiés accueillis en Turquie (1.140.000), au Liban (815.000) ou en Jordanie (608.000) Au Liban, c’est un quart de la population totale du pays… 24.000 réfugiés, c’est 0,03 % de la population française Pour ne rien dire de la politique honteuse des Visas Balladur dans l’océan indien où la France se rend coupable depuis des années de centaines de morts comoriens. Non la France n’est plus la terre du droit d’Asile et des Droits de l’homme..

 L’Union Européenne est à l’image de ses gouvernements qui se réfugient dans des frontières entourées de barbelés en prenant les migrants quelque soit leurs statuts comme des boucs émissaires. Contre cette politique de forteresse assiégée, il  faut prendre des mesures fortes et rapides comme celle de l’abolition des accords de Dublin qui reportent sur les pays frontières de l’Europe comme la Grèce, l’Italie, ou la Hongrie toutes les charges. Nous devons étudier aussi la possibilité de visas de transit pour les réfugiés, établir des procédures d’admission plus rapides Une directive européenne de 2001 prévoit l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées. Aujourd’hui, on pourrait l’appliquer. Quand l’afflux massif est constaté par le Conseil, les états membres doivent mettre en œuvre cette protection. Or personne aujourd’hui n’évoque ce texte. Il faut remplacer Frontex. Ce système ne marche pas. En remplaçant l’opération Mare Nostrum par l’opération Triton, Frontex est coresponsable de la mort de centaines de migrants en Méditerranée.

Mais nous ne pouvons en rester au désordre actuel. Il s’agit de coordonner une politique migratoire reposant sur les droits humains, et non sur le seul volet répressif. Nous devons inventer comme le proposait un droit positif de l’immigration à l’échelle de l’union européenne ce qui suppose la reconnaissance d’un statut constitutionnel et européen de l’immigration. L’actuel système migratoire est inadapté et incontrôlable et entraine l’autodestruction de l’Europe. Seule l’adoption de normes homogènes reconnaissant  une citoyenneté européenne de résidence garantissant les droits fondamentaux des migrants  comme celle des minorités comme les Roms permettra d’organiser une véritable régulation reposant sur des critères reconnus par tous et permettant de dépasser les réunion de maquignons sur les quotas  auxquelles nous assistons aujourd’hui. Le pouvoir constituant de l’Europe a été battu en brèche par la Constitution ultra libérale imposé par les multinationales en 2005 et repoussé à juste titre par les peuples de France et d’Irlande. La crise des réfugiés permet de faire réémerger cette question à partir des valeurs de solidarité et de fraternité  proclamées de Berlin à Paris  et d’Athènes à Barcelone. Cette revendication a une valeur stratégique importante parce que dans une montée générale en Europe du national populisme fondée sur le retour de «  la race blanche » et du droit du sang, elle affirme un principe de civilisation moderne et cosmopolite d’une citoyenneté facile à acquérir pour tous les citoyens quoi résident, vivent et travaillent dans l’Union européenne.

3) La crise des réfugiés est le produit direct de l’histoire coloniale et post coloniale des cent dernières années.

Le démantèlement des Etats – Nations en Irak et en Syrie, produits des accords Sykes – Picot en 1915, ne s’est pas réalisé comme par enchantement. Elle est le résultat de l’intervention américaine de 2003, de l’impuissance de la communauté internationale à créer une zone de protection des zones contrôlées par les rebelles syriens en 2012 et 2013, des interventions étrangères en Afghanistan, et en Lybie, du soutien total à la politique de colonisation israélienne contre les droits nationaux du peuple palestinien, de l’abandon des minorités qui comme les kurdes veulent leur droit à l’autodétermination. Ce chaos régional trouve ses racines dans l’extractivisme, partie intégrante de la crise écologique. Pour piller les matières premières de ces pays, les Etats Unis suivis par les puissances européennes ont tenu à bout de bras durant des décennies des monarchies du  Golfe dépendantes de la rente pétrolière tout en combattant toute velléité démocratique dans la région.  Le soutien aux régimes dictatoriaux et autoritaires en Afrique, l’échange inégal au niveau commercial, la dette odieuse, les politiques d’ajustement structurel menées par le FMI et la Banque Mondiale ont débouché sur un chaos politique en Afrique mettant à bas les Etats fragiles issus de la décolonisation. Les révolutions arabes de 2011 comme les printemps africains ont montré qu’une génération voulait en finir avec cette situation et ouvrir le chemin d’une nouvelle espérance. Face à ces mouvements, le djihadisme est apparu comme une autre issue, réactionnaire et pour ce qui concerne l’Etat Islamique, fascisante, de construire une nation arabo musulmane unifiée, débarrassée de ses composantes minoritaires et de ses aspirations démocratiques.

4)  La crise européenne des réfugiés montre le recul de la conscience politique sur la question migratoire.

Nous faisons désormais même à gauche  le tri  entre réfugiés politiques et migrants économiques. Il y aurait désormais plusieurs catégories de migrants, distillés entre bons et mauvais migrants. Les « bons » que l’on pourrait accueillir – temporairement – ce seraient les réfugiés des guerres du Moyen Orient  avec un privilège pour les réfugiés chrétiens d’Orient par rapport aux musulmans syriens comme viennent de le faire la Slovaquie ou le maire UMP de Roanne.  Parmi les bons réfugiés, les « meilleurs » seraient les plus éduqués, ceux qui peuvent le mieux s’intégrer, ayant des diplômes et parlant anglais. Les moins bons seront les immigrés économiques, les « pires » étant les sans papiers, particulièrement ceux issus des pays de l’Afrique subsaharienne, pourchassés par les gouvernements de droite et de gauche mais qui jusqu’ici avaient au moins le soutien d’une opinion publique militante  au moment de l’occupation de l’église Saint Bernard ou celle de RESF envers les enfants sans papiers.

Une hiérarchie nauséabonde est en tain de s’installer. Or les migrations ne sont pas découpables en tranche. Les réfugiés climatiques seront des centaines de millions d’ici à 2050. Parmi les raisons du soulèvement en Syrie, le réchauffement climatique et la sécheresse et ses conséquences sur les récoltes sont désormais reconnus par les spécialistes.  Que fera – t –on , alors que ce problème n’est même pas à l’ordre du jour de la COP 21 ? Allons nous applaudir lorsque la police remplira des charters de « mauvais immigrés  clandestins » ?  Ou bien allons nous demander leur régularisation et exiger la liberté de circulation. L’incurie et l’improvisation de l’Etat, par manque de préparation et d’anticipation  en matière d’accueil des réfugiés, aggravent la situation et renforce le sentiment que l’Etat ne réagit qu’émotionnellement privilégiant les derniers arrivés sans se préoccuper des autres. Les CADA sont saturés depuis bien longtemps ; le département de Paris et la préfecture envoie les réfugiés évacués des campements dans des Centres d’Hébergement d’Urgence qui d’habitude reçoivent un public de SDF, déjà abimé par la précarité, de femmes qu’on doit placer d’urgence à l’abri de leur conjoint, des personnes sans abri particulièrement vulnérables. En Île-de-France, saturée il faut donc créer de nouveaux lieux, dédiés à l’accueil des réfugiés, -seuls et en famille- et non plus continuer à déshabiller Paul pour habiller Jacques, et créer ainsi une concurrence entre personnes en précarité pouvant entrainer une guerre entre les pauvres tout en alimentant la propagande xénophobe et raciste du FN et d’une partie des Républicains.

5) Les hommes et les femmes qui émigrent ne sont mêmes pas considérés comme des marchandises.

Les marchandises, elles, peuvent  aller et venir dans le cadre des politiques libre échangistes. Aux immigrés de toute nature on oppose au contraire un protectionnisme d’acier. En 1984, la gauche avait créé la carte de 10 ans pour les résidents étrangers. Celle ci était une garantie de stabilité. Depuis la droite est revenue sur ce système protecteur et la gauche au pouvoir a accepté cette politique d’exclusion qui pour reprendre la formule de Manuel Valls installe de fait une politique d’apartheid dans notre pays où chaque migrant est considéré comme un  délinquant en puissance. Les migrations de masse sont, avec la mondialisation, un phénomène qui va s’étendre. Le nier, vouloir empêcher la libre circulation des migrants est absurde. L’apartheid planétaire ne fait que s’accentuer, non esseulement entre le Sud et le Nord mais à l’intérieur de chaque continent  ; le nombre de zones déstabilisées augmente, jetant de plus en plus de réfugiés sur les routes et poussant l’asile ; la loi française fabrique des clandestins au travers des obstacles multipliés à l’obtention de papiers ou de la nationalité. En fait, on peut affirmer, après des décennies de fermeture des frontières, que le socle idéologique sur lequel reposait celle-ci est faux. Non seulement la fermeture des frontières n’a pas arrêté l’immigration, mais elle a en plus précarisé la situation des immigrés installés, permis l’émergence d’une pensée dangereuse et unique, celle de l’extrême droite, autour de laquelle, tant bien que mal, tout le monde de situe, et installé des lois qui mettent en danger la démocratie. Mais cette politique là est condamnée à terme. Nous devons oser rouvrir le débat sur l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’établissement. Si nous voulons rétablir les principes « républicains », il faut revenir à une politique d’ouverture des frontières fondé sur l’égalité des droits, l’hospitalité et la fraternité.

6) La politique de l’immigration est l’une des priorités de l’écologie politique, tant au niveau de notre pays, qu’à l’échelle de l’Union Européenne. Les migrations redéfinissent en permanence en enrichissant l’écosystème humain par le métissage et le brassage des populations. Parce qu’elles concernent le développement soutenable, l’égalité et la démocratie, les questions d’asile et d’immigration sont au cœur du projet politique des écologistes. Les écologistes considèrent que les migrations sont un phénomène naturel qui durera et s’amplifiera, que ni les  frontières, ni les murs ne peuvent  arrêter ce droit imprescriptible à la libre circulation des hommes.  Notre  politique de l’immigration doit se construire autour d’un projet de société fondé sur l’hospitalité et le cosmopolitisme, la liberté de circulation et l’organisation des conditions de la liberté d’établissement circulation, l’ouverture des frontières et le vivre ensemble. Ce projet est basé sur la solidarité et la coopération pour un développement soutenable, sur le respect des principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et sur la citoyenneté c’est à dire non l’appartenance à une nationalité mais à un lieu de résidence donnant des droits et des obligations.

 Ce projet est aujourd’hui minoritaire dans le pays comme en Europe. Raison de plus pour politiser le débat sur les migrations autour notamment des notions d’égalité et de démocratie. Une rupture s’impose donc avec la politique de la droite, qui cumule répression et populisme que de la gauche de gouvernement qui continue les expulsions de Roms, de reconduites à la frontière, de remise en cause du droit d’asile dans les faits.

7)  La question migratoire est un enjeu d’égalité.

Les migrations sont avant tout l’expression concrète des inégalités dans le monde globalisé et du chaos géopolitique. L’histoire de l’humanité s’est construite dans le creuset des migrations. Les immigrés ne viennent pas par choix mais par contraintes. Les plus grandes migrations sont d’ailleurs internes aux Etats puis aux continents et enfin entre les continents. Les migrations Sud Sud sont plus importantes que les migrations Sud Nord. Le combat pour la défense des droits des migrants est d’abord un combat pour l’égalité. Egalité à l’échelle planétaire où la lutte pour l’accès de tous les peuples à l’appropriation de leurs ressources naturelles et l’accaparement de leurs terres et le droit à la réparation écologique et au remboursement de la dette écologique est prioritaire. Egalité en France où la République si elle place l’égalité des droits au cœur de ses valeurs, oublie ses propres principes lorsqu’elle est confrontée à l’immigration et pratique une politique discriminatoire et de relégation. Egalité au sein des entreprises où la différence de statuts juridiques (sans papiers, avec papiers mais reconductibles annuellement… ) facilite l’aggravation de la concurrence entre les travailleurs et la pression sur les salaires. Ce n’est pas la présence des étrangers qui crée un marché pour le travail au rabais, mais leur maintien dans la clandestinité.  Les étrangers auront ainsi, depuis près de 40 ans, subi le sort de tous les « sans droits » victimes du dogme ultra libéral : déconstruire les droits pour en revenir au « tous contre tous », baser les rapports humains sur la valeur marchande et la prédation, en finir avec les principes de solidarité, d’égalité, de justice.  Refuser la société de « sans droits », c’est lutter pour l’égalité des droits entre étrangers et français, lutter pour les droits des travailleurs étrangers, c’est lutter aussi pour les droits de tous les salariés ; revendiquer l’égalité des droits, c’est la seule manière de sauvegarder les droits acquis, et d’en  créer  de nouveaux.

8)  La question migratoire est un enjeu démocratique.

Les immigrés n’ont pas de représentation politique alors qu’ils payent des impôts comme les autres. Même les sans papiers paient des impôts à commencer par la TVA. En les maintenant dans l’invisibilité et la clandestinité, la classe politique construit une république censitaire  où une partie de ses résidents ont des droits  et l’autre n’en a pas. C’est ce principe qui a prévalu jusqu’en 1946 pour les femmes qui, appliqué aux « migrants » maintient des quartiers populaires entiers dans l’exclusion.  C’est pourquoi l’enjeu du droit de vote des étrangers non communautaires est toujours d’actualité malgré son abandon dans les faits par une grande partie de la gauche.  Si nous devons reprendre ce combat, l’autre enjeu démocratique est de Combattre les idées reçues sur la réalité des migrations est une priorité pour pouvoir redonne du sens au débat démocratique vampirisé par le FN.

9) Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation. Le droit à la migration est un droit fondamental.

C’est pourquoi, il faut en finir avec les  politiques publiques de racialisation qui s’exprime à travers des lois d’exception et la mise en place de dispositifs d’apartheid, au niveau national tels les centres de répression, ou au niveau local comme la bataille au niveau des cantines scolaires ou celle des mamans voilées qui accompagnent les sorties scolaires. Réagir contre le racisme d’Etat et le racisme d’en haut qui s‘exprime aussi par des petites phrases récurrentes prononcées par des parlementaires, voire des ministres, c’est  proposer une politique réaliste, ouverte et humaniste fondée  sur  l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1948  qui instaure les deux principes fondamentaux de la liberté de circulation et d’installation des personnes : toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat ». Le respect de ces principes suppose un effort sans précédent d’explications et de déconstruction des idées fausses auprès d’une population soumis depuis des années aux discours xénophobes, l’élaboration de politiques publiques d’accompagnement dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement qui permette une véritable politique d’accueil et des mesures intermédiaires pour organiser l’avenir :

1. L’application stricte de la Convention de Genève sur les réfugiés

 2. L’abrogation du règlement de Dublin

 3. L’abolition de toute rétention administrative et la fermeture des centres de rétention

4. La régularisation de tous les sans papiers actuellement sur le territoire français avec carte de dix ans, l’arrêt des expulsions et la motivation individualisée de tous les refus de visas de long séjours.

5. La dépénalisation du séjour irrégulier, l’abolition de la pratique de la double peine, la fin des tests Adn et  des prises de mesures biométriques à des fins de contrôle de l’immigration

6. L ‘accès des migrants aux mêmes droits fondamentaux que ceux des citoyens nationaux et la ratification par la France de la Convention internationale de décembre 1990 sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille

10) Ni assimilation, ni intégration, ni communautarisme. Contre la lepénisation des esprits, les politiques racialistes, la xénophobie, l’islamophobie et l’antisémitisme, pour un cosmopolitisme assumé.

L’action des écologistes est un aller retour permanent entre le local et le global. La personne humaine est un citoyen du monde qui est partout chez lui.  Le principe d’hospitalité nous demande d’accueillir l’étranger comme un égal avec qui construire la maison commune de nos droits et de nos projets. C’est un combat pour le commun. Le principe d’hospitalité relativise la souveraineté étatique. Car sa reconnaissance contraint l’Etat à relâcher son emprise sur le contrôle de ses frontières Si nous voulons rompre avec cette politique, nous devons pratiquer un cosmopolitisme insurgé qui rompt avec les tabous français instauré par des lois d’inhospitalité.

Dans le même temps, le poison xénophobe et raciste, la haine de l’étranger ou de l’autre continue  à nourrir la désespérance sociale détournant le regard des citoyens des enjeux du chômage, des inégalités sociales et écologiques. Ce sont deux visions qui vont s’opposer, celle d’un apartheid qui ne dit pas son nom et celle d’un monde métissé, qui s’assume comme tel.

À la haine, l’urgence d’un nouveau pacte citoyen en France et en Europe, s’impose, quel que soit l’endroit où nous sommes nés. S’appuyant sur l’égalité des droits, la solidarité et l’ouverture au monde, ce pacte d’hospitalité doit promouvoir une véritable citoyenneté de résidence, afin d’en finir avec les discriminations, d’inventer un droit à la mobilité permettant de co construire notre maison commune.  La Terre est notre seul pays. L’humanité, notre seule patrie.

 Renaud Mandel et Patrick Farbiaz