Premières leçons des élections européennes par Patrick Farbiaz

 

  1. La fin de la domination du duopole européen PS PPE

Pour la première foi, les résultats des élections européennes en France et dans le reste de l’Europe concordent : hausse sans précédent de la participation, baisse du PSE et du PPE, montée en puissance des Verts et des libéraux centristes, forte poussée de l’extrême droite et des partis nationaux populistes, tassement de la gauche radicale.  Enfin, la gauche radicale s’effondre ( – 23% de députés pour la GUE). Ce n’est pas seulement le cas de la France Insoumise, mais aussi de Podemos, de Die Linke, du Sinn Fein. Inexistante à l’Est, elle devient résiduelle à l’Ouest.

La gouvernance du parlement Européen va être partagée sur la base de l’accord sur les traités européens avec deux groupes les centristes libéraux et les écologistes engagés de fait dans la construction d’une coalition.  Le Groupe des Verts connaît une progression certaine mais est dominé par une majorité d’écologistes qui, hormis en France, sont engagés dans des majorités à géométrie variable, ici avec la droite, là avec la gauche. Le Groupe des Verts au PE ne conteste pas les traités actuels utilisés pour instaurer l’austérité contre les peuples, permettant la domination des logiques financières. Contrairement aux aspirations des jeunes de la génération climat, le résultat du scrutin ne permet pas d’engager l’Europe vers la transformation écologique, et la sortie des énergies carbonées et nucléaires. Cette nouvelle majorité en construction, dont la plus grande partie est déjà soumise aux lobbies et au Capital n’a pas de la volonté politique, pour opérer une transition énergétique et développer des projets utiles aux systèmes de transports non-polluants, à la protection de l’environnement, à la sauvegarde de la biodiversité, à la lutte contre le réchauffement climatique, à la sortie du nucléaire.

  1. La crise de la représentation politique s’amplifie

Au niveau français, le dégagisme généré par la présidentielle de 2017 s’amplifie. La gauche et la droite traditionnelle sortent exsangues du scrutin de même que LFI, force qui s’était imposé comme structurant le populisme de gauche. Et si la dynamique écologique est réelle, elle est issue d’abord d’un transfert de voix entre la Macronie, LFI et Générations vers EELV. Car malgré une hausse de participation, la décomposition du système politique représentatif est la leçon principale à retenir de ces élections :  Les listes Macron et Le Pen totalisent autour de 20 % des Inscrits, la liste écolo 6 ,5 % et les listes du PS et de LFI 3 %. Les classes populaires se sont abstenues (notamment les banlieues) ou ont voté pour le RN, notamment dans les zones rurales ou dans les villes périphériques des métropoles. 

 La deuxième leçon c’est la victoire relative de LREM. Malgré le mouvement des Gilets Jaunes, le mécontentement généralisé des secteurs en lutte contre sa politique, Macron tient bon. Même si son opération – transformer l’élection en plébiscite pour sa politique, a échoué au seul profit du Rassemblement National, le Président de la République garde après 6 mois d’une crise sociale historique, un socle fort. Le bloc bourgeois s’est soudé et Macron a réussi à installer une alternative mortifère. Ce qui s’est joué dans le mouvement social ne s’est pas traduit dans les urnes et accentue la déconnexion entre le champ politique es les classes populaires.

  1. La centralité de l’écologie politique

Si tous les partis la mettent désormais en bonne place de leur programme, EELV, comme en 2009, apparaît comme la force principale de l’écologie. Nous ne pouvons que nous féliciter d’un résultat ( amplifié par les 4 % des voix attribué aux listes du Parti Animaliste et d’Urgence écologie ) qui montre que l’écologie politique s’affirme en France comme en Europe, affirmée comme le référentiel structurant du 21ème siècle à l’instar du socialisme au siècle précédent.  De plus ce vote répond à une demande d’espérance face à une situation bloquée par la mise en scène d’une alternative mortifère entre le fn et lrem. Mais ce résultat électoral a deux aspects : une apparence, celle d’une écologie mainstream rassemblée autour de la couleur verte et une réalité, une division réelle entre l’écologie libérale représentée par Canfin, Durant, De Rugy, Cohn-Bendit, l’écologie sociale démocrate de EELV qui en plus peut désormais avoir avec le Pacte Hulot Berger l’appui d’une base syndicale et associative importante. Ces deux écologies vont travailler directement en Europe à une coalition pour peser sur les politiques publiques en Europe. Plus l’impasse d’EELV et ses contradictions, comme après chaque élection européenne apparaitra, plus elle laissera un goût amer aux électrices et aux électeurs qui ont voté pour un autre modèle.

 La troisième écologie, l’écologie de transformation, n’aura pas de représentation directe même si certains députés du Groupe des Verts et de la GUE peuvent légitimement s’en revendiquer. Cette écologie en rupture avec le capitalisme vert, présente fortement dans les ZAD, les marches climats, les Gilets Jaunes, diverse dans sa composition (écologie sociale, éco socialisme, éco féminisme, justice environnementale, objection de croissance …) n’a pas jusqu’à présent de représentation politique. Une partie de ses militants sont organisés dans des formations qui ne se revendiquent pas du paradigme écologique (LFI, NPA, AL, Génération.S…). Cette dispersion de l‘écologie de transformation est nous semble -t- il le premier obstacle à la construction d’une force politique nouvelle, une plate-forme d’écologie populaire et sociale. Il ne s’agit pas là non plus de construire cette force en réalisant un cartel de l’écologie de transformation mais d’organiser l’écologie populaire par en bas, dans les communes, les lieux de travail et de formation les zad et les Luttes sociales écologistes.

  1. L’effondrement de LFI 

L’autre enseignement du scrutin du 26 mai est l’effondrement de LFI. Nous ne pouvons pas nous en tenir à la seule abstention ( réelle)  des classes populaires. Si l’électorat de JLM s’est réfugié dans l’abstention mais aussi dans le vote EELV. Ce n’est pas uniquement due à l’affaire de la perquisition, à l’aspect clivant des positions de JLM.  D’autres raisons s’y ajoutent : 

  • Une fausse interprétation du vote des présidentielles qui n’était pas un vote d’adhésion à la FI, à son programme ou à son leader mais un vote de rejet du quinquennat Hollande
  • L’incapacité de mettre en scène une coalition majoritaire pour le changement
  • L’absence de lieu de débat pluraliste permettant aux militants de contribuer à l’élaboration de l’orientation politique de la FI
  • L’incapacité de mettre en musique la centralité de l’écologie et son lien avec les classes populaires. 
  • La mise en crise du populisme de gauche par les Gilets Jaunes qui tout en étant un mouvement populaire refuse toute incarnation issue de l’extérieur. Pour paraphraser le Manifeste, l’émancipation des Gilets Jaunes sera l’œuvre des Gilets Jaunes eux mêmes. 

Ce constat n’est pas pour autant un reniement de notre soutien de 2017 à la candidature de JLM. Les Groupes d’Action de LFI comptent un grand nombre de militants écosocialistes. Le programme de LFI a eu l’immense mérite d’écologiser en profondeur la gauche. Mais maintenant il faut pouvoir réellement discuter des erreurs, des faiblesses et des limites de LFI. Ce serait une erreur grossière de faire porter à JLM, le seul poids de l’échec, de chercher un bouc-émissaire au lieu d’entamer une débat politique Son projet de fédération populaire, en particulier, peut être un élément de la recomposition, s’il permet de dépasser le seul cadre de LFI. 

  1. L’effacement de la gauche des Trente Glorieuses

Si le PS sauve la mise, il continue sa descente aux enfers, le PC et Génération.S n’auront pas de députés européens, LO fait un de ses pires scores malgré l’absence du NPA. Ce n’est pas la division qui a engendré la crise de la gauche mais son éloignement des classes populaires, son absence de compréhension des mutations du monde du travail ou de la crise écologique.  La division de la gauche n’est qu’une conséquence de sa vitrification. La gauche française croit qu’en recourant aux recettes de l’Union de la gauche repeinte en Vert et de la Gauche plurielle, l’appel magique à l’unité (ou pou  l’extrême gauche  à la grève générale) tient lieu de remède à son incapacité à comprendre, à analyser, à s’adapter au monde né de la mondialisation. C’est pourquoi il nous semble inutile de s’associer aux appels lancés, avant même le résultat des européennes, par des responsables politiques de différents partis, pour reconstituer l’union des gauches, pour la refonder, la remodeler, la rénover. Nous avons déjà donné dans ces opérations de rafistolage et de replâtrage qui ne débouchent sur rien. Cela, les électeurs n’en veulent plus. Ils l’ont vécu et c’est d’ailleurs ce qui a ouvert la voie à l’effondrement de ces partis et à l’élection de Macron et à sa politique désastreuse. Si un éventuel Rassemblement se concrétisait, nous y participerions en tant que composante à part entière, celle de l’écologie populaire et sociale. La seule unité́ qui pour nous a du sens, c’est l’unité́ pour la défense des communs, pour la défense de la planète et des humains, pour le droit de bien vivre dignement, pour la décroissance soutenable, pour le droit à décider ici et maintenant. C’est pourquoi, nous pensons que la reconstruction de la gauche passe non pas par des appels incantatoires et sans contenu à la refondation d’une Gauche qui n’existe plus mais par trois campagnes de terrain qui puissent apporter des victoires conséquentes : le référendum contre ADP, la lutte contre la répression et pour la démocratie, la bataille pour le climat en la liant aux villes en transition. Les militants de gauche et écologistes n’ont pas besoin de discours. Ils ont besoin de gagner ensemble, d’être fiers de ces victoires.

  1. Pour une stratégie municipaliste.

Les municipales vont être un élément essentiel de la recomposition politique car elles permettront aux Gilets jaunes verts, rouge, de s’organiser dans des Assemblées populaires locales permettant de constituer des listes municipalistes. Notre rôle est de favoriser de telles listes, d’en être à l’initiative là ou nous le pouvons, d’aider concrètement ces listes à exister (en terme de projets et de programmes, de mutualisation des bonnes expériences …). L’écologie populaire et sociale doit se mettre au service de cette dynamique municipaliste qui ne se réduit pas à présenter des listes dites citoyennes. Notre feuille de route est issue de l’Appel de l’Assemblée des Assemblées de St Nazaire : « Nous, Gilets jaunes réunis en Assemblée des assemblées appelons l’ensemble des Gilets jaunes ainsi que toutes nos concitoyennes et nos concitoyens à s’engager dans la réappropriation de notre pouvoir politique. Une étape importante de cette reconquête passe par le niveau local. Nous appelons à créer dans chaque commune de France où cela est possible une ou plusieurs assemblées citoyennes et populaires. Car ce pouvoir nous a enté confisqué comme nous le constatons dans de multiples domaines : écologie, public/privé (privatisation), démocratie, etc.. Ces assemblées sont l’expression de la volonté populaire. Chaque assemblée mène ses propres expériences en toute autonomie dans le respect de l’intérêt collectif (en lien avec des associations, Gilets jaunes seuls, groupes de citoyens, associations de quartiers, présentation de listes ou non, etc.). Nous appelons les assemblées citoyennes et populaires, ainsi créées, à se fédérer en réseau par l’échange de leurs expériences. Réapprenons à partager nos préoccupations pour définir ensemble ce que nous voulons ! Réapprenons à vivre ensemble où nous habitons !».  Nous avons besoin d’avoir un maximum d’élus issus de ces listes et labellisés sous la bannière de l’écologie social pour refonder l’écologie politique sur les bases politiques de l’écologie et sociale. Les élus communalistes seront un des piliers de l’écologie de transformation.

  1. Construire l’écologie populaire et sociale 

Ces résultats montrent aussi que les petits calculs boutiquiers ne peuvent plus être de mise. Personne ne peut prétendre représenter à lui seul l’écologie politique. Il y a urgence dans une perspective de rupture avec le capitalisme vert à regrouper les forces et à construire une représentation politique de d’écologie populaire et sociale, C’est pourquoi, pour notre part, nous nous sommes engagés dans la construction d’une Assemblée Constituante de l’Ecologie Populaire et Sociale, afin de fédérer dans un mouvement toutes celles et tous ceux qui revendiquent la couleur verte de leur drapeau sans le confondre avec le greenwashing du capitalisme vert. La politique ayant horreur du vide, nous devons faire émerger maintenant et rapidement cette autre écologie. En raison du résultat du 26 mai les échéances s’accélèrent pour notre courant d’idée. Notre appel à une Assemblée Constituante de l’écologie Populaire et Sociale doit maintenant passer à la vitesse supérieure en s’organisant à l’échelle nationale, en se rendant visible sur le plan politique, en aidant les listes municipalistes écologistes et sociales, en s’homogénéisant (Charte commune, projet affirmé, organisation assembléiste et fédéraliste). Nous appelons toutes celles et tous ceux, les signataires de notre appel, les groupes locaux d’activistes écologistes ou décroissant, les groupes locaux issus de la FI, du mouvement libertaire et ou de l’écologie, les Gilets Jaunes et ceux de la Génération Climat à s’organiser à travers cette Constituante en organisant des Assemblées locales, départementales,  régionales, en participant à une rencontre d’été et  en désignant leurs représentants à l’Assemblée Constituante qui aura lieu début octobre.

Patrick Farbiaz

(membre de la Coopérative de l’écologie sociale et du Comité d’Animation de l’Appel pour une Assemblée Constituante de l’écologie populaire et sociale)

Les Gilets jaunes sont le premier mouvement social écologiste de masse par Patrick Farbiaz

Cette tribune de Patrick Farbiaz, membre de la CooPES est parue dans Reporterre le 21 janvier 2019

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Pour un Grenelle de la justice par Patrick Farbiaz, Continuer et gagner :  Après le 24 novembre

Il faut un Grenelle de la justice sociale, fiscale et environnementale et un moratoire sur l’augmentation des taxes

En tant qu’écologistes, nous soutenons le mouvement des Gilets Jaunes, un des plus importants mouvements populaires de la France contemporaine (des centaines de milliers de personnes auto organisées occupant les ronds points, imposant la gratuité aux péages et gérant les accès aux centres commerciaux, bloquant les routes et les autoroutes, organisant des opérations escargot et des occupations de préfecture. La confrontation a été dure : 2 morts et et au moins 552 blessés dont 17 gravement. Oui c’est une jacquerie ! la Révolution française a commencé par une jacquerie. Certains parlent de jacqueries pour déconsidérer des mouvements -souvent paysans- qui se sont affrontés aux seigneurs et aux puissants de l’époque ; La fronde s’est souvent étendue de la lutte contre les taxes de l’époque à la remise en cause du système social.  De même la présente révolte ne se réduit cependant pas à une jacquerie anti fiscale.  Elle s’apparente à une levée en masse inter-classiste contre la mal-vie d’une France d’en bas qui ne veut plus être gouvernée par une oligarchie financière et technocratique d’en haut. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que parmi ce mouvement, on trouve des gilets bruns homophobes, racistes, sexistes. Mais tous les grands mouvements de transformations sociales ne sont pas « chimiquement purs ». Ils ont tous charrié des opinions, des affects contradictoires. Ce qu’il nous faut donc comprendre, c’est le sens de la marée populaire qui a submergé la France depuis le 17 novembre .

Cette colère exprime la révolte contre un gouvernement qui applique systématiquement la feuille de route du néo libéralisme :

– Stigmatiser en permanence les classes populaires.  Ce cynisme technocratique n’en finit pas de valoriser «  les premiers de cordée  – les patrons du CAC 40,  les plus riches, ceux qui réussissent  en faisant preuve d’un mépris de classe, les . Contre « ceux qui ne sont rien » les « illettrés, les alcooliques, les abrutis, les extrémistes et les fainéants », « ceux qui fument des clopes et roulent au diésel «

– Affaiblir systématiquement les corps intermédiaires (partis, syndicats, associations, élus). Macron ne fait qu’amplifier cette politique de destruction programmée de la force collective des salariés qui n’ont plus de pouvoir de négociation pour lui substituer la seule politique de compétitivité et la concurrence entre les individus. Cette stratégie du choc est devenue un mode de gouvernance au point que Macron se vante ouvertement de ses victoires contre les syndicats, sur le Code du travail et la SNCF.

– Criminaliser et judiciariser le mouvement social par l’institutionnalisation d’un état d’urgence permanent

– Ubériser et marchandiser tous les aspects de la vie quotidienne et du travail pour transformer notre mode de vie en civilisation de la consommation mercantile et en source de profit. L’exaltation du statut d’auto-entrepreneur signifie pour la Macronie que la seule démocratie est celle de l’entrepreunariat où le citoyen devient lui même une entreprise et se met en concurrence avec tous les autres individus dans la société de marché néolibérale.

-Introduire au nom de la compétitivité et de l’efficacité managériale, la souffrance au travail et le recul du lien social et l’esprit de solidarité. Toutes celles et tous ceux qui ne sont pas productifs directement sont considérés comme des parasites (retraités, chômeurs, handicapés, jeunes sans qualifications…)

Cette coalition des colères est juste : Alors que depuis le début de son quinquennat, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a cessé de concéder des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, cette révolte cristallise le mécontentement qui s’exprime contre la politique ultra libérale qui s’est transformée en machine de guerre contre les classes populaires. Dans un contexte d’explosion des inégalités et d’écarts de revenus, la politique environnementale de ce gouvernement se réduit à un alourdissement de la facture à la pompe pour les seuls ménages, aggrave la fracture territoriale, Cette révolte est celle des exclus de la gentrification qui refusent la destruction de notre modèle de protection sociale, la précarité généralisée et la misère sociale, celle des existences gâchées à passer des heures chaque jour au volant pour subir des jobs précaires, toujours plus éloignés de nos lieux de vie. Les métropoles s’étendent, et de plus en plus de personnes sont contraintes de se loger toujours plus loin et rouler toujours plus longtemps pour aller rejoindre leurs lieux de travail. Ces territoires, fruits de politiques d’étalement urbain et de suppressions des services publics, obligent les habitants à se déplacer et à être dépendants de leurs automobiles.L’augmentation des taxes va s’ajouter au prix des loyers ou du foncier sans réduire la consommation de carburant. C’est la disparition des services publics en campagne qui contraint la population à parcourir des kilomètres pour trouver un bureau de poste, un médecin, un hôpital, l’agence Pôle Emploi ou une école. Ce n’est pas à la population de payer pour un amé.nagement du territoire absurde. C’est la disparition programmée des trains de proximité, la fermeture de km de « petites» lignes et de gares qui contraignent à utiliser une voiture individuelle. Le mouvement des Gilets jaunes.

Cette colère est juste parce que la politique du gouvernement Macron – Philippe est une politique anti écologique.  Il n’y a pas d’écologie sans justice sociale et fiscale.

Ce mouvement est une injonction forte à se pencher sérieusement sur les modalités opérationnelles de l’écologie et de la transition énergétique. Les taxes sur les carburants sont à la fois inefficaces sur le plan écologique et injustes socialement. Les taxes sur les carburants sont inefficaces pour l’écologie car ce qui contraint les travail-leurs.euses à utiliser leurs voitures individuelles est bien supérieur aux incitations fiscales à ne pas les utiliser . Cette révolte dit : ce n’est pas aux pauvres de payer la crise écologique. Ils ont raison : Sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, la politique gouvernementale est une arnaque et une tromperie écologique. Il voudrait faire croire que l’augmentation de la fiscalité sur les carburants et le diesel pesant sur les seuls ménages Diesel seraient le prix à payer pour la transition écologique. Il n’en est rien.  La prétendue éco taxe n’est que l’habituel enfumage des promoteurs·trices du capitalisme vert, car elle ne sert en rien à financer une transition vers d’autres régimes de transport.  La taxe perçue abondera les caisses de l’Etat, qui doit compenser les avantages fiscaux qu’il a offert aux riches et aux entreprises. La campagne actuelle contre le diesel est aussi un moyen de masquer la pollution due à l’essence. Et nous avons désormais les preuves que les Volkwagen, Renault et PSA ont triché sur les émissions polluantes.  La prime, qu’on nous présente comme créée pour lutter contre la pollution, sert en réalité à aider les constructeurs. Ainsi ses critères d’attribution sont liés à l’âge du véhicule et non à son caractère polluant. On peut donc l’utiliser pour acheter… un véhicule diesel ! Ou encore une voiture à moteur thermique, qui émet du CO2 dans des proportions deux fois et demie supérieures à ce que l’Union européenne veut interdire dès 2021.

L’État ne se contente pas de laisser les constructeurs produire des véhicules polluants, y compris en fermant les yeux quand ils trafiquent leurs moteurs pour les faire passer pour moins polluants, comme ça a été le cas au moment du Dieselgate. Il les aide à écouler leurs véhicules ! Ce n’est pas aux usager.e.s de payer pour les choix des industriels du pétrole et de l’automobile. C’est aux pollueurs, à l’industrie pétrolière, automobile, aux empoisonneurs de la chimie et de l’agro business. La transition écologique doit être fondée sur la justice sociale et la défense de notre modèle social (sécurité sociale, retraite, assurance chômage) menacé par la politique pro business de Macron.

L’ancrage de l’écologie politique dans les classes populaires est la condition première d’un renouveau de l’écologie politique. En France, l’écologie politique a été le plus souvent une écologie des centre villes, portée par les classes moyenne à capital culturel aisé . Grace aux Gilets jaunes, la question écologique devient un enjeu de politisation populaire. Ce mouvement oblige à adapter notre discours, nos orientations, à en finir avec la doxa d’une écologie libérale.  Qui déconsidère l’écologie ? N’est ce pas plutôt François De Rugy qui ne dit rien sur les inégalités sociales et environnementales, sur la taxation du kérozène pour les avions ou le transport pétrolier, sur le soutien aux industries polluantes et fait payer au nom de la lutte contre le réchauffement climatique l’abandon de l’ISF ?

Ce mouvement renouvelle les lieux et les formes d’action de la désobéissance civile en partant non des places des centre villes mais des périphéries, des ronds points, des parkings des centres commerciaux, en utilisant massivement les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement. Devons nous laisser un tel mouvement, en le snobant, aux mains de l’extrême droite ou devons nous proposer une alternative écologique et sociale de l’intérieur de ce mouvement ? Pour notre part nous appelons à soutenir les initiatives des Gilets Jaunes et notamment la manifestation du 24 novembre à Paris. Mais nous estimons qu’il faut maintenant que ce mouvement débouche sur une négociation et qu’il obtienne gain de cause à travers sans remettre en cause la nécessité d’une transition énergétique et écologique juste.

C’est pourquoi nous proposons qu’un Grenelle de la justice fiscale, sociale et environnementale soit convoqué dans les semaines qui viennent pour déboucher sur une transition écologique juste. Durant ce Grenelle, un moratoire sur l’augmentation des taxes pétrolières doit être institué car l’Etat doit prouver qu’il est le premier de la cordée de la vertu écolo. Ce Grenelle devra réunir des citoyens issus des assemblées citoyennes organisées par les Gilets Jaunes, les organisations syndicales, les ONG environnementales, les représentants des élus locaux. Il sera préparé par des Etats Généraux régionaux et des cahiers de doléances ouverts à tous les citoyens. Ce Grenelle devra proposer des solutions concrètes sur la précarité énergétique, sur l’accès à l’énergie, un produit de première nécessité qui conditionne l’accès aux droits fondamentaux comme celles de la mobilité, condition de l’accès à nombre de droits, à l’emploi et à la formation, l’accès aux soins ou à l’éducation par exemple.  Il devra prendre des décisions applicables immédiatement sur la taxation des entreprises polluantes, du transport aérien et maritime. Il faudra revenir sur la taxation du transport routier, que le gouvernement vient de suspendre afin d’empêcher la mobilisation. Mais il faudra surtout revoir la politique des salaires et des prix et les inégalités fiscales.

Pour sortir de la pauvreté, de la pollution, des bas salaires, de la dégradation des services publics, il faut une autre politique !

 

Cet article peut être lu là : https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/231118/pour-un-grenelle-de-la-justice-par-patrick-farbiaz

L’écologie grise de François de Rugy par Patrick Farbiaz

Vous pouvez lire ce texte dans le club de Mediapart :

https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/070918/ledito-de-patrick-farbiaz-lecologie-grise-de-francois-de-rugy

La nomination du président de l’assemblée Nationale au Ministère de la transition écologique en remplacement du charismatique Nicolas Hulot a été vilipendé de toute part. Cependant cette nomination a une part de cohérence avec le personnage, sa fonction et les objectifs qui lui sont attribués. La cohérence d’abord. FDR n’a, depuis ses débuts en politique, jamais varié de ligne. Depuis ses premiers engagements, il n’a jamais cessé de prôner un centrisme de gauche modéré, fondé sur pondération et le refus du conflit. Il fonde, à moins de 20 ans, un courant de jeunes « écolos démocrates » dans Génération écologie avec son compère François Michel Lambert. Il soutiendra jusqu’au but Brice Lalonde permettant à ce dernier de gagner un Conseil national décisif en 1993 où Noël Mamère pouvait espérer l’emporter. Un an plus tard, constatant la dérive trop droitière et sans issue de Génération Ecologie, il rejoindra le groupe constitué par le maire de Bègles, Convergences Ecologie Solidarité, celui ci appuyant alors la candidature de Jacques Delors puis de Lionel Jospin. Puis ayant rejoint les Vets, il deviendra le clone de jean marc Ayrault à Nantes. En réalité dans toute sa carrière, le nouveau ministre de la Transition Ecologique a toujours prôné une écologie des petits pas, celle précisément dénoncé par Nicolas Hulot. Les écologistes sont comme les chats, on les croit tous de la même espèce et on en découvre des dizaines de variés différentes ? FDR appartient à une catégorie particulière, l’écologie grise. Ni verte, ni rouge, ni même rose, cette écologie est une écologie passe – murailles qui se confond avec les institutions et le marché   Cette écologie compatible avec le libéralisme, et droite et gauche est fondé sur la construction de majorité de consensus. Cette écologie grise, FDR la porte depuis qu’il est entré dans la carrière. Et c’est bien la seule chose à travers ses multiples manœuvres que l’on puisse lui reprocher. L’écologie grise qu’est ce que c’’est   finalement ?  Au nom de la tolérance elle tolère le glyphosate, les chasses à courre présidentielle, l’huile de palme, la Montagne d’Or en Guyane, j’en passe et des pires car son seul véritable adversaire, c’est le « gauchisme » quelque soit sa forme. DE EELV à Benoit Hamon, de Mélenchon au NPA, FDR n’a eu de cesse de combattre tel Donquichotte les moulins à vents qu’il s’inventait lui même.  Il transforme en sectes toutes ces variantes d’une opposition à ce centrisme libéral qui n’a de cesse de détruire le modèle social. L’écologie grise se fonde dans ce Parti gris, nommé En Marche, devenu une secte libérale qui au nom d’une coalition regroupant gauche et droite libérale tire sur tout ce qui relève la tête à gauche.  Ce marécage centriste a accouché d’un parti chèvre- chou, dirigé par un Sauveur bonapartiste qui sous le drapeau du progressisme est un nouveau Guizot, partisan d’une modernisation industrialiste à tout crin de la France sous direction de la commission européenne, c’est – à dire l’exacte contraire de l’écologie politique. FDR et son Maitre Macron reprennent le proverbe imagé de l’ancien leader chinois Teng Tsiao Ping : « Peu importe que le chat soit noir ou gris, ce qui importe c’est qu’il attrape la souris ». Le problème c’est que dans le cas de FDR, le chat c’est le capitalisme vert et la souris, l’écologie politique, le chat c’est l’économie carbonée et la souris la dégradation climatique et la 6ème extinction des espèces. Cette écologie de pisse froid où tous les chats sont gris, s’appuie sur la croissance verte, l’économie verte, le greenwashing. L’écologie grise est une fuite en avant face à la responsabilité immense qu’il conviendrait de tenir face à la crise climatique, à celle de la biodiversité, aux guerres de l’eau, à la déforestation, à la destruction programmée de la santé environnementale. En fait l’écologie grise prépare une fuite en avant qui s’appuiera sur les mêmes arguments comme par exemple « l’économie n’est pas l’ennemi de l’écologie ». Ce nouveau Grand bond en avant que préparent l’écologie grise, faute de prendre les mesures évidentes nécessaires ; fin des subventions publiques et privées à l’économie carbonée, sortie du nucléaire, arrêt de l’agriculture intensive chimique… c’est la géo ingénierie où sous prétexte de prendre des mesures ultimes contre le réchauffement climatique, le capitalisme vert construira des moyens de destructions massives qui accélèreront la crise écologique en changeant artificiellement le climat Et là  avec ce nouveau Projet Manhattan, nous passeront de l’écologie grise  à l’écologie autoritariste Vert de gris.  

Patrick Farbiaz, Ecologie Sociale