Après le 24 novembre : qui sème le vent récolte la tempête

  1. Le mouvement des Gilets Jaunes est le premier mouvement social de masse qui met au centre la question de l’écologie populaire et sociale. En plaçant l’accès à l’énergie au centre de ses préoccupations, il lie les conditions de vie des classes populaires à la résolution écologique et sociale des problèmes posés par les transports, la précarité énergétique et l’absence des services publics. Loin de l’écologie libérale et d’une recherche du consensus introuvable, le mouvement des Gilets jaunes redonne de la conflictualité politique au débat démocratique en plaçant au cœur des tensions sociales les questions écologistes. Car les questions environnementales, loin de demeurer des questions périphériques qui ne devraient intéresser que les seules classes aisées, doivent au contraire être placées dans le creuset de la problématique de transformation sociale. Il ne peut y avoir de justice sociale sans justice environnementale. Il suffit d’observer les conditions de vie des plus démunis socialement pour se convaincre qu’elles et ils subissent le plus durement les atteintes portées à l’environnement. Celles et ceux qui vivent dans les zones dites périphériques, dans un habitat dégradé et pollué, sont les mêmes qui ne peuvent s’offrir une nourriture biologique, ni prendre des vacances, et qui sont les plus contraints par une politique de transports mal aménagée.  Ce mouvement est aussi  social écologique  parce qu’il lutte contre la relégation spatiale, engendrée par les mobilités contraintes. Il est directement issu des poches de pauvreté structuré par le chômage de masse et la précarité. Les Gilets jaunes sont enracinés dans des territoires déshérités, qu’on appelle « périphériques », il refuse la gentrification et la métropolisation accélérée qui ont aggravé la fracture territoriale et sociale, largement présente en raison de la désertification des zones rurales et de l’apartheid social des quartiers populaires. 
  1. Les Gilets jaunes sont un mouvement social écologique parce qu’il est communaliste par essence. Se structurant à partir des ronds points, des villages, des parkings de centres commerciaux, des péages, il s’organise en fonction du principe de proximité au plus près de l’espace de vie des populations, la commune. Tout en utilisant les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement, il s’allie souvent avec les maires ruraux dont de nombreux sont rentrés en résistance passive depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, la moitié d’entre eux refusant de se représenter en 2020, de nombreux démissionnant en cours de mandat. Il est communaliste parce qu’il allie principe de proximité et souveraineté populaire.
  1. La composition sociale du mouvement des Gilets Jaunes transforme le rapport entre l’écologie et la société. Les « bloqueurs » sont des ouvriers, des employés, des artisans, du petit patronat en voie de paupérisation. C’est-à-dire des catégories qui ensemble sont la majorité du pays. C’est un renversement de perspective qui permet aux classes populaires de se réapproprier la question écologique en la liant à la répartition des richesses et à la contestation du système capitaliste. Jusqu’ici, celles et ceux qui étaient au cœur du mouvement écologique représentaient les couches moyennes salariées (intermédiaires et supérieures) au capital culturel aisé. Il s’agit, dés lors, de construire une dynamique  social écologique qui réunisse les  groupes sociaux dont les intérêts ne sont pas divergents quant au fond mais qui ont été mis souvent en opposition par les décisions du pouvoir privilégiant les uns contre les autres. 
  1. Une feuille de route pour l’écologie sociale : Unir les Gilets jaunes et Gilets Verts, articuler lutte pour la justice sociale et la justice écologique. Il s’agit de faire émerger des revendications écolo-sociales dans le mouvement des Gilets jaunes en appuyant les plates-formes allant dans ce sens dans la Meuse, à Saint Nazaire ou ailleurs. Travailler à cette articulation prépare en même temps des revendications unifiantes autour d’Etats Généraux de la solidarité sociale et climatique accompagnée des Cahiers de Doléances. Ce processus ne pourra se faire sans qu’il y ait un moratoire sur l’augmentation des taxes durant ces Etats Généraux. 

Dans l’immédiat, il s’agit de préparer une plate-forme avant et après la marche pour le climat du 8 décembre à l’occasion de la COP 24 organisée en Pologne. Unir les forces associatives environnementales, les syndicats, les forces politiques sur un programme « changer le système pas le climat » est essentiel.

  1. Pour développer la convergence des luttes, il faut comprendre le mouvement des Gilets jaunes comme un mouvement de sécession plébeienne. Le refus de toute ingérence politique et syndicale, de tout porte parolat auto proclamé, l’organisation par en bas rappelle les épisodes des jacqueries paysannes mais surtout des mouvements plébéiens interclassistes comme ceux de la Plèbe, des Ciampi, des Sans-culottes, des Communards où des artisans, des ouvriers, des petits patrons, des retraités sans conscience de classe pour soi se mobilisaient.  La défiance de toutes les confédérations syndicales empêche que d’une simple révolte dénonçant l’augmentation du prix du diesel, le mouvement de protestation populaire contre la vie chère, passe à une lutte globale contre la politique antisociale du macronisme.
  1. L’écologie et la gauche populaire ne doivent pas regarder ce mouvement en spectateur mais s’engager pour susciter une convergence par le bas pour politiser la colère populaire. La prise des Champs – Elysées le 24 novembre a été une journée des Barricades dans la tradition des émeutes plébéiennes de la rébellion française. Comme toute révolte plébéienne, elle est l’expression d’une dialectique entre un repli sur l’Aventin, le 17 novembre à travers les 3000 blocages et un assaut des institutions. Si elle ne se consolide pas en se donnant des structures démocratiques adaptées à l’époque et en se politisant, elle échoue. C’est pourquoi, il nous faut comme écologistes sociaux à la fois lutter contre les tendances d’extrême droite au sein des Gilets jaunes et nous opposer au mépris de classe qui existe au sein des Gilets Verts. La stratégie de Macron consiste à faire de la peur des pauvres une politique en soi. En amalgamant le FN aux Gilets jaunes, aux casseurs, il espère réunir autour de lui une partie de l’électorat écologiste des centres villes, sceptique vis à vis de sa politique depuis entre autres la démission de Nicolas Hulot et qui hésite à voter pour EELV, Hamon, voire Ségolène Royal. Il pratique cette stratégie car ce mouvement est insaisissable parce qu’il vient de loin. Cette révolte populaire est issue de 35 ans d’une politique d’austérité appliquée depuis 1983 par tous les gouvernements de droite et de gauche, d’un mépris de la volonté populaire issue du référendum de 2005, de la trahison des engagements de François Hollande sur la lutte contre la finance, de la morgue d’Emmanuel Macon qui tourne depuis son irruption sur la scène publique envers les pauvres, qu’on pourrait qualifier de pauvrophobie. Qui sème la violence récolte la tempête.

 Cet article peut être lu ici : https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/261118/qui-seme-la-violence-recolte-la-tempete-ledito-de-patrick-farbiaz

Leçons du 26 mai 

 

  1. L’affirmation d’un nouveau mouvement des quartiers populaires prenant la tête du cortège de tête en alliance avec sa composante autonome, notamment représenté par les antifa est une excellente nouvelle. La convergence entre jeunes précaires des quartiers populaires et jeunes intellectuels est un pas important dans la construction de nouvelles alliances. Le fait que quoi qu’en pensent les mouvements ayant appelé à la marée populaire du 26 mai, cette reconnaissance ait eu lieu sans opposition et avec le soutien visible de milliers de manifestants est un aspect positif du Mai rampant ouvert depuis le printemps 2016. 
  2. La manifestation n’a pas été un échec contrairement à ce qu’en disent les médias dominants et les portes paroles du macronisme ; Outre que les chiffres de la police sont manifestement faux, que la manifestation était décentralisée contrairement à la Fête à Macron, le cortège de Paris était massif ( plus de 60 000 personnes ) , combatif, populaire, marquée par sa diversité. Ce n’est pas un recul mais un approfondissement de la mobilisation.
  3. Toutes les composantes des luttes sociales et écologiques multiples étaient représentées. , de la ZAD à Air France, de la SNCF aux sans papiers, des luttes contre les violences policières à la justice climatique, du soutien à la Palestine aux Postiers du 92, des étudiants et des lycéens en lutte conte Parcours Sup au DAL. . La jeunesse des manifestants étaient une des caractéristiques de ce cortège. Ce renouvellement et cette transmission de témoin entre générations sont un fait important pour l’avenir.
  4. Ce qui compte c’est le caractère novateur de l’unité populaire en construction. Le dépassement de la séparation entre syndicats, associations, partis politiques dégage des potentialités importantes dans la construction d’une alternative populaire. Le cadre unitaire de la marée populaire doit être préservée, étendue et décentralisée à la base au maximum.
  5. Au delà du mot d’ordre «Stop Macron », la radicalisation antilibérale et anticapitaliste transparaissait clairement . Ce n’est pas un des moindres paradoxes du mouvement actuel que malgré le caractère défensif des revendications exprimées contre le démantèlement du service public, de la SNCF, des acquis des Jours Heureux …, ce qui est dominent c’est la demande d’une rupture avec l’ordre social dominant et non un simple retour à la situation des Trente Glorieuses. le mouvement ‘autoémancipation se  cherche, hésite mais progresse dans cette direction.
  6. La question médiatique est une question politique. Cette banalité de base est connue depuis longtemps. Mais aujourd’hui, nous avons semble t il atteint un pont de non retour. Le 26 mai bashing a un objectif : minoriser à tout prix lla manifestation, montrer l’isolement de secteurs en lutte, déconsidérer auprès de celles et ceux qui n’y étaient pas la possibilité même de convergence. ‘il est vrai que le mouvement est minoritaire, il est beaucoup moins isolé qu’il n’y parait du fait de ses orientations . Comment organiser une contre information efficace, créer nos propres médias, , organiser les usagers des médias doit devenir un axe politique de la résistance.
  7. Nous n’avons pas le récit de notre mouvement. Ce ne peut être le Front Populaire, mémoire d’une grève générale adossée à un gouvernement populaire venant de gagner l’élection. Cette référence ne peut être celle qui structure le mouvement. De plus,  un Front nécessite un minimum d’accord entre de grandes organisations . Nous n’en sommes pas encore là. Le mot d’ordre d’Unité populaire nous semble< plus adapté à ce stade adossé à celui de Zone à Défendre. Une zone c’est à la foi un territoire concret et politique, celui de NDDL mais aussi celui des services Publics modèle de civilisation, celui des biens communs que sont la santé, l’éducation, la culture, l’eau, la terre ou l’air ,  mais aussi la <z<a<d en tant que possibilité d’agir en commun, de capacité à agir là où on habite, o se forme , on travaille.
  8. La question européenne commence à être dans toutes les têtes. Ce qui vient de se passer en Italie démontre que si nous laissons abdiquer toute souveraineté populaire, ce qui reste de combattant-e-s  sera broyée par le pouvoir financier et ses bras armées ( Commssion européenne, FMI, Banque mondiale , BCE….ce qui veut dire aussi que nous devons penser notre stratégie de lutte du territoire à l’Europe et au monde. Les luttes actuelles à la SNCF ou dans l’éducation ne peuvent se résoudre siplement à l’échelle franco française. Il nous faut repenser comme à l’aube du mouvemenbt ouvrier des stratégies à l’échelle transnationale.

Le peuple catalan a le droit de décider de son avenir ; L’avenir est au confédéralisme démocratique

Depuis six ans, le peuple catalan se manifeste massivement pour le droit à l’autodétermination. Le Parlement de Catalogne a voté à une large majorité pour la tenue d’un référendum le 1er octobre. Le gouvernement de la droite espagnole de monsieur Rajoy fait tout pour l’interdire : arrestation d’un ministre et perquisitions au siège de la Généralitat, mises sous tutelle des finances de la Généralitat, menaces contre les élu.e.s, les journalistes, les imprimeurs, saisies de matériel. La présence de la Guardia civil organisant une répression rappelle les années de plomb du franquisme s’abat sur la Catalogne. Quelle que soit notre opinion sur l’indépendance, rien ne justifie un tel usage de la force. D’autant plus que cet usage est en train d’introduire un Etat d’exception permanent déjà imposé au Pays Basque sous la forme d’une occupation militaire. Soutenir le droit des peuples à disposer d’eux mêmes est pour les écologistes un principe et une évidence. Les catalans ont le droit de voter et de décider. Nous appelons le gouvernement français, à dénoncer les violences actuelles ainsi que l’acharnement de Madrid contre le peuple catalan et ses institutions. La France doit appeler l’Union Européenne à reconnaître le référendum, quel qu’en soit le résultat.

Mais le référendum catalan est aussi l’expression d’une des révolutions les plus importantes de notre temps : celle de l’autogouvernement des peuples. Le référendum en Ecosse, comme celui décidé par les Kurdes d’Irak ou encore le vote sur l’autodétermination en Kanaky ou encore celui demandé depuis des décennies par les sahraouis, l’autogouvernement des communes du Chiapas au Mexique comme au Rojava au kurdistan syrien sont les effets d’un même mouvement historique, celui du droit des peuples à disposer d’eux mêmes.

L’actualité politique de ce droit reconnu par l’ONU a deux raisons essentielles. La première réside dans le chaos suscité par la chute du Mur de Berlin, la fin de l’affrontement entre les deux camps, le soviétique et celui de l’impérialisme américain qui figeait les situations nationales. Ce chaos géopolitique a été amplifié par la mondialisation économique, financière et numérique qui loin d’uniformiser le monde a exacerbé les demandes identitaires fondées sur la langue, la religion, le territoire, la culture. La seconde raison en est le processus inachevé des décolonisations. Les frontières nationales, figées par la constitution des Empires et des Etats nation des XIXème et XXeme Siècles n’ont pas été soldées par les années soixante. Lorsque Daech s’attaque à la frontière Syrie – Irak, l’Etat islamique remet en cause les frontières décidées arbitrairement par la France et l’Angleterre, il y a cent ans. La guerre des Balkans dans les années 90 a montré comment en Europe même ce tracé des frontières est remis en cause. La situation en Catalogne rouvre le dossier de l’unité espagnole imposé par un régime franquiste qui musela les peuples d’Espagne pendant quarante ans et auquel la transition apporta une réponse timide, celle de l’autonomie relative.
Ce qui se pose aujourd’hui dans le monde, c’est la question du confédéralisme démocratique, qui permettrait à des nations et des peuples de coexister pacifiquement sans être soumis à des logiques autoritaires d’Etats qui prétendent leur imposer une loi d’airain. L’Union Européenne qui a essayé de définir un nouveau modèle fondé sur la coopération d’Etats souverains aurait pu être le creuset de ce nouveau fédéralisme. Hors loin de jouer ce rôle, elle se retranche derrière les Constitutions des Etats la constituant. Cette hypocrisie risque de déboucher sur de nouvelles crises. La notion de confédéralisme démocratique repose sur un projet sociétal où un autogouvernement autonome reposant sur des communautés locales elles même démocratiquement dirigées permettent aux peuples de décider librement de leur destin. Les Etats nations se sont constitués autour de la notion de frontières. Or la nation française matricielle de l’Etat nation moderne est issu d’une révolution par en bas, celle du Tiers Etat en révolte contre la monarchie et l’Eglise. Ce sont les sections révolutionnaires et les communes qui en furent le creuset. Bonaparte et ses successeurs en furent les bouchers. Nous sommes en train de sortir de cette préhistoire dans lesquels se sont engouffrés d’Atatürk à Erdogan, de Franco à Rajoy, tous les nationalistes étatiques qui ont voulu imposer une seule langue, une seule culture, une seule histoire, un seul Etat à leurs peuples. L’heure est à la diversité, au multiculturalisme et à un cosmopolitisme insurgé, reposant sur une souveraineté, celle des peuples qui refusent qu’on leur impose de l’extérieur un corset étatique. L’écologie sociale, inspiré par le militant écologiste libertaire Murray Bookchin considère que la lutte contre toutes les dominations de genre, de classe, de race est inséparable de la lutte contre la domination étatique. C’est pour cela que la question du confédéralisme démocratique ne se résout pas dans l’indépendance nationale. La souveraineté des peuples c’est l’autogestion et l’autogouvernement à tous les niveaux, de l’entreprise au quartier, de la ville à la région, de la région à la nation et au monde. Nous sommes un peuple –monde.

La démission forcée du général Pierre de Villiers

Nous ne pleurons pas le départ de Pierre de Villiers mais nous ne nous réjouissons pas plus de son remplacement par François Lecointre, un militaire qui a apparemment trempé dans les méfaits de l’armée française au Rwanda durant le génocide des Tutsis. Les cris d’orfraie sur la défense du budget militaire de l’ensemble de la classe politique ne nous conviennent pas. La politique austéritaire du gouvernement Macron- Philippe s’attaque à tous les secteurs mais nous sommes plus sensibles aux coupes sombres chez les fonctionnaires les allocataires d e l’APL ou aux atteintes aux services publics gérés par les collectivités locales, qu’aux lamentations des hauts gradés ou des marchands d’armes. Car si l’Etat major se plaint de coupes qui n’en sont pas puisque le Président Macron leur garantit que le budget des Armées sera porté à 2% à 2018, c’est que l‘Armée participe depuis une dizaine d’année à des opérations extérieures au dessus de ses moyens, qu’elle continue malgré la fin de la guerre froide, a gérer une dissuasion nucléaire hors de propos et surtout qu’elle a de plus en plus  en mal à définir les objectifs de la politique de défense de la France. Ce qu’on discerne surtout c’est une politique qui se traduit pour nous écologistes sociaux par des orientations inacceptables :

  1. La défense acharnée de la Françafrique, fondé sur les 3 « E »: Etat Major, Entreprises, Elysée. Dés le début de son mandat, Emmanuel Macron a reçu à Paris ou au sommet du G5 sur le Sahel le 2 Juillet plusieurs chefs d’états corrompus et il a tenu à être adoubé par le Roi Mohamed VI en pleine révolte des rifains. Dans la grande tradition inaugurée par jacques Foccard, il a nommé son camarade de promotion de l’ENA ; Frank Paris comme responsable de la cellule Afrique de l’Elysée.
  2. La guerre au Moyen Orient et au Sahel qui depuis l’opération libyenne de Sarkozy a été une des constantes de la politique extérieure française et qui engage la France dans une politique de guerre de civilisation qui ne dit pas son nom.
  3. Les ventes d’armes qui font de la France la quatrième nation exportatrice d’armes. Cette politique s’accompagne d’une aide à la formation, en coopération militaire avec des pays comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite qui alimentent les guerres civiles à l’échelon régional.
  4. la dissuasion nucléaire qui va de pair avec une politique d’exportation du nucléaire civil. Le nucléaire militaire ne peut être découplé du nucléaire civil. L’un et l’autre se renforcent et participent à la dissémination du nucléaire sur la planète.
  5. La militarisation en France même où l’Armée est de plus en plus présente, avec 10 000 hommes de troupe patrouillant dans les quartiers jusque dans l’école ou au nom de la guerre antiterroriste, on accoutume les enfants et leurs parents à l’ordre militaire.

 

Fidèles à nos convictions, nous n’allons pas pleurer la diminution du budget des Armées. Ce que nous voulons c’est que la politique de défense fasse l’objet d’un débat public. Le livre blanc de la défense 2017 devrait être l’occasion d’un tel débat sur les priorités de la France . AU lieu de cle , le président de la République en recevant Trump a confirmé la continuité d el apolitique atlantiste de la France et son rôle de sous traitant en Afrique. Des partenariats de défense ont été conclus avec huit États : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Cameroun, la Centrafrique et le Gabon en Afrique de l’Ouest, Djibouti et les Comores sur la face est du continent africain. Partenariats auxquels il faut ajouter seize accords techniques de coopération dits de sécurité avec des États africains. Ce rôle de Gendarem de l’Afrique va de pair avec son engagment plus fort au Moyen Orient. Car il faut pallier au recentrage de l’Amérique autour du Pacifique

 

Ces jours-ci l’Etat Major fait croire que ce débat n’est que de sa seule compétence : Silence dans les rangs et laissez-nous gérer en paix la défense de la France ! La Grande Muette ne l’est plus quand ses intérêts vitaux sont en jeu.

La Vème république est de ce point de vue fidèle à elle même : Née d’un coup d’Etat en 1958, elle reste sensible à la pression du lobby militaire. Pas nous, ni les citoyens qui doivent se serrer la ceinture et subir en même temps une militarisation de la vie quotidienne, ni les peuples concernés par les interventions militaires à répétition.

Nous ne nions pas en soi la nécessité d’une défense mais celle ci doit se placer dans le cadre de l’ONU et non de l’OTAN, bras armé de l’Occident. Elle doit se fonder sur des orientations qui soient à la mesure des changements qui vont être ceux du XXème siècle, pas du XXème : lutte contre le changement climatique, préservation de la biodiversité face aux pilleurs de ressources naturelles, surveillance des océans, protection des minorités … L’Armée française a souvent été en retard d’une guerre, que ce soit en 1870, 1914, en 1940 face à l’Allemagne ou durant les guerres de décolonisation au Vietnam ou en Algérie. Elle s’acharne à défendre des lignes Maginot obsolètes.

 

Les quatre couleuvres de Monsieur Hulot ou l’écologie libérale en marche

En quelques semaines, Nicolas Hulot a avalé quatre couleuvres : perturbateurs endocriniens, Taxe sur les transactions financières, CETA, Trump parade. C’est beaucoup pour un homme qui voulait paraître comme un défenseur intransigeant de l’écologie.

Face aux lobbies, à la Commission européenne et au gouvernements anti écolos le Ministre de la transition écologique et solidaire a laissé adopter le 4 juillet une définition des perturbateurs endocriniens qui est une victoire pour les lobbies de la pétrochimie. Alors que Ségolène Royal avait bloqué ce texte aux garanties insuffisantes, M. Hulot a capitulé en rase campagne. Non Monsieur le Ministre ce n’est pas une avancée mais un recul : Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement ; l’exemption accordée aux pesticides ayant pour mode d’action, justement, la perturbation endocrinienne. Cette disposition est la seule qui permettrait d’exclure le glyphosate de la liste des pesticides perturbateurs endocriniens.  Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement. Le changement de position de la France a fait basculer et a permis ce vote qui ouvre la porte aux lobbies. Seuls le Danemark, la Suède et la République tchèque ont voté contre la proposition de la Commission. La politique des petits pas de Mr Hulot est dangereuse. Sous prétexte d’avancées, elle légitime l’inacceptable en mettant en cause la santé des plus pauvres Demain, les pesticides qui recouvrent les fruits et légumes industriels vont aggraver les problèmes de santé.

 

La deuxième couleuvre c’est le double langage du gouvernement d’Edouard Philippe à propos de la Taxe sur les transactions financières pourtant demandée avec force par le créateur d’Ushuaïa. La discussion sur l’adoption de la taxe sur les transactions financières (TTF) a été retirée de l’ordre du jour de la dernière réunion des ministres de Finances de l’Union européenne (Ecofin) du 22 mai, à la demande de la France. Contrairement aux discussions que le Président Macron avait eu avec les ONG à propos du changement climatique où il estimait que la TTF était une des pistes à envisager, il a enterré rapidement cette taxe qui aurait permis d’abonder 35 milliards pour le Fonds Vert destiné à soutenir les efforts des pays du Sud.

 

La troisième couleuvre est celle du CETA, le traité de libre échange avec le Canada, frère jumeau du TAFTA. Emmanuel macron est le le seul candidat à l’avoir soutenu durant la campagne présidentielle. Motif : «Il améliore objectivement les choses dans notre relation commerciale» avec Ottawa. Là aussi, les ONG, La Fondation Nicolas Hulot en tête en demande l’arrêt. L’Accord Hulot Macron débouche sur l’installation d’une commission d’évaluation. Comme sur Notre Dame des Landes. Mais dans le cas du CETA, pas de suspens, l’accord sera appliqué. La commission est le cache sexe d’un double langage. Côté cour, elle le prix du maintien de Monsieur Hulot au gouvernement. Côté jardin, l’axe Trudeau Macron, celui d’un courant libéral – mondialisateur est stratégique et il sera maintenu.

 

La quatrième couleuvre est l’accueil triomphal faite à Donald Trump, le négationniste climatique en chef. Voir derrière ce criminel de l’environnement, Monsieur Hulot au garde-à-vous fut un crève cœur pour tous les écologistes. Trump, en plus d’être un climato-sceptique acharné, est un ennemi juré de l’environnement, de l’écologie et donc de la planète :  Réduction drastique des moyens de l’Agence de protection de l’environnement des Etats Unis, démantèlement du plan énergie propre, levée de l’interdiction faite aux mines à ciel ouvert de ne pas polluer les rivières, révision des standards d’émission de carbone des voitures, libéralisation de la fracturation hydraulique des gaz de schiste et enfin autorisation de la construction de l’oléoduc géant et très controversé Keystone XL… A quoi pensait Nicolas Hulot aux Champs Elysées derrière ce président sexiste, homophobe, raciste et xénophobe ? trouvait-t-il là matière à inspiration ?

Ces batailles perdues sont pour les écologistes une leçon de choses. Il n’y a pas d’homme providentiel pour défendre les intérêts des victimes de l’environnement. Il n’y a pas de politique des petits pas, du cycle vertueux ou des gestes citoyens qui vaillent si on ne s’attaque pas aux racines de la crise écologique. Le capitalisme même « vert » c’est la marchandisation et la loi des multinationales. Le « Macronisme » n’en est que son expression modernisée. Les illusions entrainées par la personne de Nicolas Hulot ne dureront que le temps d’un été.  C’est maintenant aux citoyens, de se battre résolument pour faire respecter leurs exigences. Entre l’écologie libérale de marché et l‘écologie sociale, les écologistes doivent choisir.

En requérant le non lieu dans l’homicide Rémi Fraisse, …

En requérant le non lieu dans l’homicide Rémi Fraisse, le parquet de Toulouse, comme nous nous l’avons anticipé, vient une fois de plus de légitimer le monopole de la violence arbitraire de l’Etat libéral. Dans ce cadre rien ne justifiait en effet que soit mis en cause (demain, l’homicide sera classé sans suite ) « la proportionnalité de l’action de la gendarmerie dans un climat quasi insurrectionnel ». 

Sachant que la qualification « d’état insurrectionnel » ne relève que du Parquet qui dispose pour son interprétation de plus de dix lois sécuritaires, du flou des dispositions de l’Etat d’urgence, et prochainement d’un cadre encore plus contraignant, les intégrant dans le droit commun, on pourrait trembler.

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Edito semaine 42 par Patrick Farbiaz "EELV : l’éclatement d’une bulle spéculative"

En 2009, les 16 % d’EELV aux élections européennes ont créé l’euphorie chez les écologistes . Un peu à la manière des start up sur Internet ou de la fièvre de la ruée vers l’or, ceux-ci se mont mis à rêver à ce que sous l’effet Cohn-Bendit , ils pourraient devenir la première formation politique… sans rien changer ni de leur fonctionnement ni de leur orientation. Ce fut l’erreur de trop qui les entraina dans une dynamique fatale renforcée par l’illusion plurielle de l’accord tissé entre les dirigeants D’EELV emmenés par Jean Vincent Placé et Cécile Duflot et Martine Aubry. Mais cette descente aux enfers était comme toute bulle spéculative programmée. La crise venait de loin. Elle reposait sur des croyances jamais fondées sur le réel mais qui sont devenues des évidences que personne au sein d’EELV n’a jamais voulu combattre de front :

Première évidence : celle d’une prétendue majorité culturelle. Les français seraient en passe de devenir majoritairement écologistes. La majorité culturelle, conception gramciste adaptée à l’écologie par Alain Lipietz repose sur une série de constatations jamais argumentées. Les français auraient changé majoritairement de comportements et trieraient leurs déchets, mangeraient sain, feraient du vélo… On comprend bien la nécessité, pour la majorité des Verts, de trouver une théorie justifiant le rôle dirigeant d’un parti de gouvernement ayant des résultats électoraux qui sont loin de ses prétentions au pouvoir. On substitue ainsi au nom de l’hégémonie culturelle censée advenir comme une marée montante, une légitimité médiatique indéterminée mêlant sondages et pénétration des concepts écologistes à une légitimité démocratique. La version sophistiquée de la majorité culturelle fût avec la naissance de EELV, la pollinisation des abeilles vertes butinant pour infuser de l’écologie à l’insu de leur plein gré les classes populaires. Tous ces raccourcis permettent en réalité de ne pas répondre au rapport impensé entre écologie et classes sociales.

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Lettre ouverte à Emmanuelle Cosse

Chère Emmanuelle,

Tu as pris la décision d’accepter la proposition qui t’était faite de devenir ministre du logement dans le gouvernement de Manuel Valls sous la présidence de François Hollande. Tu nous as expliqué que cette décision était personnelle et tu as souhaité te mettre en retrait d’Europe Ecologie-Les Verts. Tu savais, en effet, que nous aurions été nombreux-ses à ne pas accueillir la nouvelle avec plaisir.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu soutiens de fait ses politiques anti-écologiques. Il y eut d’abord le non respect des engagements sur Fessenheim et la poursuite de l’EPR de Flamanville. L’abandon de l’écotaxe et le maintien d’une fiscalité avantageuse pour le Diesel. Puis, il y eut la mort de Rémi Fraisse. La poursuite des grands projets inutiles et cette proposition d’un référendum sur l’aéroport Notre Dame des Landes qualifié de « jeu de dupes » par les premier-e-s concerné-e-s. Mais aussi les boues rouges à Marseille, le scandale d’Areva, le soutien à l’agriculture productiviste et aux fermes usines.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu cautionnes ses politiques anti-démocratiques et l’émergence d’un état sécuritaire. Il y eut les expulsions des Roms et des sans papiers et les déclarations inadmissibles de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, bientôt intronisé premier ministre. Les renoncements sur les mesures promises pour limiter les contrôles aux faciès et le harcèlement policier dont sont victimes les jeunes de banlieue. Puis, la prolongation de l’état d’urgence, une première fois, une deuxième fois, et sa constitutionalisation avec la déchéance de nationalité, une loi discriminatoire de division de notre société. Et, les persécutions des migrant-e-s à Calais, l’absence de solidarité avec les pays du sud de l’Europe face à la crise migratoire, la négation de fait des principes humanistes qui constituent la meilleure part de nous-mêmes. Bientôt, il y aura la réforme du code de procédure pénal qui donnera aux policiers le droit d’autodéfense et le permis de porter leurs armes en dehors du service.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu cautionnes ses politiques anti-sociales. Il y eut le CICE, 50 milliards d’euros versés aux entreprises et l’absence de revalorisation du SMIC. La poursuite d’une politique de restriction budgétaire et des collectivités locales qui augmentent les impôts et le prix des services. Puis, la première loi Macron, le travail du dimanche, la libéralisation des transports en autocar, une première remise en cause des dispositions légales de protection des salarié-e-s et les condamnations de syndicalistes qui défendaient leur droit au travail. Aujourd’hui, il y a la loi El Khomri ; le démantèlement du code du travail, la remise en cause des droits des syndicats, la possibilité pour les entreprises de faire travailler leurs salarié-e-s jusqu’à 12 heures par jour et 46 heures par semaines, d’augmenter le temps de travail sans augmenter les salaires et de licencier les salarié-e-s qui s’y opposent.

En faisant le choix d’entrer dans ce gouvernement, tu soutiens des valeurs contraires aux nôtres et à ton histoire. Cette histoire qui d’Act’up à Regards a permis que résonne cette voix « dissidente » et « insolente » que tu as portée jusqu’à devenir notre secrétaire nationale. A l’époque, tu n’aurais eu que mépris pour ce gouvernement là. Certes, une femme politique est toujours libre de ses positions et peut s’opposer aux résolutions prises par son parti, même, sans doute, quand elle en a incarné la parole en tant que secrétaire nationale pendant plusieurs mois. Mais cela relève, en effet, d’un choix personnel qui doit être clairement dissocié de notre parti. C’est à toi d’en tirer toutes les conséquences. « Se mettre en retrait » ce n’est pas démissionner d’Europe Ecologie Les Verts et tu n’as pas non plus démissionné du groupe que nous formons au Conseil Régional d’Île de France. Il t’incombe d’assumer jusqu’au bout les conséquences de ton choix. C’est aussi une question de dignité politique.

Cette lettre a été publiée le 24 février 2016 sur Les Invités de Mediapart