Le choix de l’insoumission, à propos de la présidentielle de 2017 et du choix de présenter un candidat EELV autonome

La situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons depuis l’élection de Donald Trump et la désignation de François Fillon comme candidat de la droite et du centre nous oblige à réaffirmer les choix, finalement minoritaires, que nous avions portés lors du dernier Congrès d’EELV et alors même que les primaires de l’écologie viennent de s’achever.

Ce billet a été publié sous forme de tribune sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/021216/le-choix-de-l-insoumission

  1. La situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons depuis l’élection de Donald Trump et la désignation de François Fillon comme candidat de la droite et du centre nous oblige à réaffirmer les choix, finalement minoritaires, que nous avions portés lors du dernier Congrès d’EELV et alors même que les primaires de l’écologie viennent de s’achever. La victoire sans appel de deux réactionnaires sur les bases d’une révolution ultralibérale, conservatrice, et souverainiste dans deux des six plus grandes puissances du monde conjuguée avec le poutinisme et le renforcement de la prédominance de Xi Jinping en Chine, ou encore d’Erdogan en Turquie change la donne. Le monde dans lequel nous entrons rompt non seulement avec les Trente glorieuses mais aussi, en Occident, avec la promesse de progrès social et démocratique. Le chaos géopolitique se double maintenant d’une hypothèse autoritaire. Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie, nulle part.

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Edito semaine 42 par Patrick Farbiaz "EELV : l’éclatement d’une bulle spéculative"

En 2009, les 16 % d’EELV aux élections européennes ont créé l’euphorie chez les écologistes . Un peu à la manière des start up sur Internet ou de la fièvre de la ruée vers l’or, ceux-ci se mont mis à rêver à ce que sous l’effet Cohn-Bendit , ils pourraient devenir la première formation politique… sans rien changer ni de leur fonctionnement ni de leur orientation. Ce fut l’erreur de trop qui les entraina dans une dynamique fatale renforcée par l’illusion plurielle de l’accord tissé entre les dirigeants D’EELV emmenés par Jean Vincent Placé et Cécile Duflot et Martine Aubry. Mais cette descente aux enfers était comme toute bulle spéculative programmée. La crise venait de loin. Elle reposait sur des croyances jamais fondées sur le réel mais qui sont devenues des évidences que personne au sein d’EELV n’a jamais voulu combattre de front :

Première évidence : celle d’une prétendue majorité culturelle. Les français seraient en passe de devenir majoritairement écologistes. La majorité culturelle, conception gramciste adaptée à l’écologie par Alain Lipietz repose sur une série de constatations jamais argumentées. Les français auraient changé majoritairement de comportements et trieraient leurs déchets, mangeraient sain, feraient du vélo… On comprend bien la nécessité, pour la majorité des Verts, de trouver une théorie justifiant le rôle dirigeant d’un parti de gouvernement ayant des résultats électoraux qui sont loin de ses prétentions au pouvoir. On substitue ainsi au nom de l’hégémonie culturelle censée advenir comme une marée montante, une légitimité médiatique indéterminée mêlant sondages et pénétration des concepts écologistes à une légitimité démocratique. La version sophistiquée de la majorité culturelle fût avec la naissance de EELV, la pollinisation des abeilles vertes butinant pour infuser de l’écologie à l’insu de leur plein gré les classes populaires. Tous ces raccourcis permettent en réalité de ne pas répondre au rapport impensé entre écologie et classes sociales.

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Que penser de la primaire des écologistes et des élections présidentielles de 2017 ?

Cette tribune a été publiée par Mediapart le 23 septembre 2016

Une étape de plus dans la crise de la politique

La multiplication des primaires (Droite, PS, EELV) et des candidat-e-s putatifs aux présidentielles sont une étape supplémentaire de la décomposition du système partidaire hérité de la révolution industrielle.

Ces partis ne représentent plus qu’eux-mêmes et tentent à tout prix de retarder leur fin en se transformant en écuries présidentielles régulées par des élections ouvertes aux sympathisant-e-s. En réalité, celles et ceux qui votent à la primaire – ce fut le cas par exemple à la primaire socialiste de 2012 – sont élu-e-s, collaborateurs ou collaboratrices d’élu-e-s ou comptent parmi les plus âgés, les plus éduqués et les plus aisés des militant-e-s et sympathisant-e-s. Par conséquent, les primaires, tout en mobilisant au-delà du socle partidaire, sont loin d’être un véritable instrument de mobilisation des citoyen-ne-s ; dans le contexte que nous vivons, elles consacrent la politique comme domaine réservé à une nomenklatura qui s’auto-reproduit légitimée par un système censitaire ou, dans le meilleur des cas seulement élargi aux citoyen-ne-s les plus intégrés électoralement.

Elles alimentent aujourd’hui le cirque médiatique en assurant la feuilletonisation de la vie politique et contribuent à notre divertissement en masquant les enjeux politiques réels. D’autant qu’ici, la présence d’écologistes de cour aux primaires du parti socialiste constitue une aubaine supplémentaire pour les rédactions qui ne manqueront pas de mettre en scène leur affrontement indirect avec les candidat-e-s EELV.

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La coopérative écologie sociale participe au festival Effet de Cer

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L’écologie sociale fait son cinéma

Face aux crises écologiques et climatiques, au chaos géopolitique, à la numérisation et à la marchandisation du monde, nous nous sentons toujours plus impuissants. Pourtant rien n’est inéluctable. Il y a une autre voie possible, celle d’une écologie de libération, sociale et populaire. Cette écologie en rupture avec les pratiques politiciennes est issue des luttes des peuples indigènes en Amérique latine contre l’extractivisme et pour la justice environnementale, née dans le refus du racisme environnemental aux Etats-Unis dans les années 80. Elle vit au rythme des combats contre les multinationales. Elle s’affirme dans les ZAD (Zones à défendre) et les coopératives ouvrières, germes d’un nouveau monde, utopies réalisables ici et maintenant. En rupture avec l’écologie politicienne et la croissance verte, l’écologie sociale est une écologie convivialiste du commun et du cosmopolitisme.

La septième édition du Festival Effet de CER (Cinéma, Ecologie, Résistances) se déroule sous le parrainage de l’écologiste sociale Janet Biehl.

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Lettre ouverte à Emmanuelle Cosse

Chère Emmanuelle,

Tu as pris la décision d’accepter la proposition qui t’était faite de devenir ministre du logement dans le gouvernement de Manuel Valls sous la présidence de François Hollande. Tu nous as expliqué que cette décision était personnelle et tu as souhaité te mettre en retrait d’Europe Ecologie-Les Verts. Tu savais, en effet, que nous aurions été nombreux-ses à ne pas accueillir la nouvelle avec plaisir.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu soutiens de fait ses politiques anti-écologiques. Il y eut d’abord le non respect des engagements sur Fessenheim et la poursuite de l’EPR de Flamanville. L’abandon de l’écotaxe et le maintien d’une fiscalité avantageuse pour le Diesel. Puis, il y eut la mort de Rémi Fraisse. La poursuite des grands projets inutiles et cette proposition d’un référendum sur l’aéroport Notre Dame des Landes qualifié de « jeu de dupes » par les premier-e-s concerné-e-s. Mais aussi les boues rouges à Marseille, le scandale d’Areva, le soutien à l’agriculture productiviste et aux fermes usines.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu cautionnes ses politiques anti-démocratiques et l’émergence d’un état sécuritaire. Il y eut les expulsions des Roms et des sans papiers et les déclarations inadmissibles de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, bientôt intronisé premier ministre. Les renoncements sur les mesures promises pour limiter les contrôles aux faciès et le harcèlement policier dont sont victimes les jeunes de banlieue. Puis, la prolongation de l’état d’urgence, une première fois, une deuxième fois, et sa constitutionalisation avec la déchéance de nationalité, une loi discriminatoire de division de notre société. Et, les persécutions des migrant-e-s à Calais, l’absence de solidarité avec les pays du sud de l’Europe face à la crise migratoire, la négation de fait des principes humanistes qui constituent la meilleure part de nous-mêmes. Bientôt, il y aura la réforme du code de procédure pénal qui donnera aux policiers le droit d’autodéfense et le permis de porter leurs armes en dehors du service.

Parce qu’en entrant au gouvernement tu cautionnes ses politiques anti-sociales. Il y eut le CICE, 50 milliards d’euros versés aux entreprises et l’absence de revalorisation du SMIC. La poursuite d’une politique de restriction budgétaire et des collectivités locales qui augmentent les impôts et le prix des services. Puis, la première loi Macron, le travail du dimanche, la libéralisation des transports en autocar, une première remise en cause des dispositions légales de protection des salarié-e-s et les condamnations de syndicalistes qui défendaient leur droit au travail. Aujourd’hui, il y a la loi El Khomri ; le démantèlement du code du travail, la remise en cause des droits des syndicats, la possibilité pour les entreprises de faire travailler leurs salarié-e-s jusqu’à 12 heures par jour et 46 heures par semaines, d’augmenter le temps de travail sans augmenter les salaires et de licencier les salarié-e-s qui s’y opposent.

En faisant le choix d’entrer dans ce gouvernement, tu soutiens des valeurs contraires aux nôtres et à ton histoire. Cette histoire qui d’Act’up à Regards a permis que résonne cette voix « dissidente » et « insolente » que tu as portée jusqu’à devenir notre secrétaire nationale. A l’époque, tu n’aurais eu que mépris pour ce gouvernement là. Certes, une femme politique est toujours libre de ses positions et peut s’opposer aux résolutions prises par son parti, même, sans doute, quand elle en a incarné la parole en tant que secrétaire nationale pendant plusieurs mois. Mais cela relève, en effet, d’un choix personnel qui doit être clairement dissocié de notre parti. C’est à toi d’en tirer toutes les conséquences. « Se mettre en retrait » ce n’est pas démissionner d’Europe Ecologie Les Verts et tu n’as pas non plus démissionné du groupe que nous formons au Conseil Régional d’Île de France. Il t’incombe d’assumer jusqu’au bout les conséquences de ton choix. C’est aussi une question de dignité politique.

Cette lettre a été publiée le 24 février 2016 sur Les Invités de Mediapart

A propos de la proposition de primaires ouvertes à gauche

Après les élections régionales et les attentats du 13 novembre, la crise politique s’approfondit. La démission de Christiane Taubira comme la proposition de primaires à gauche, le débat sur la déchéance de la nationalité et la remise en cause des acquis sociaux et du droit du travail démontrent que les fractures dans ce qui s’appelait «la gauche» sont désormais irrémédiables. Les partisan.e.s du social libéralisme basculent dans le néo conservatisme et font partie du même bloc que le centre droit, tandis que les sarkozystes se rapprochent toujours plus du bloc nationaliste. La question d’une candidature rassemblée du bloc cosmopolite de l’écologie sociale est donc posée. C’est dans ce cadre qu’il nous faut examiner si la question des primaires a un sens.

1. La proposition de Dany Cohn Bendit et de ses ami.e.s, si elle ouvre un débat nécessaire n’est pas une solution à la crise de la représentation démocratique.
Le processus des primaires ouvertes initiés notamment à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012 peut apparaître comme un moyen de renouvellement de la démocratie initiant un nouveau rapport entre les citoyen.ne.s et la politique et un renouvellement générationnel et social d’une classe politique devenue hors sol. En donnant un espace de liberté permettant un débat ouvert, les primaires pourraient permettre de recomposer le paysage politique. Malheureusement ce processus est depuis le début préempté par des appareils défaillants, et des entrepreneurs politiques qui cherchent à proposer leurs services sans se soucier des enjeux politiques fondamentaux. Nous devons répondre à LA vraie crise : celle de la politique. Celle-ci s’exprime à travers la désaffection de la politique politicienne, de ses rites électoraux et de ses représentant.e.s professionnel.le.s et à travers la vacance de la représentation politique des classes populaires et des intellectuel.le.s précaires. Peut-il y avoir un espace commun de débat et d’intervention ? La primaire pourrait être un tel espace si elle partait d’un socle commun de valeurs, de principes et d’axes politiques communs. Nous ne voulons pas nous engager dans un concours Lépine de la meilleure technique pour la présidentielle. Nous avons déjà les Primaires de l’écologie, les primaires de la gauche de la gauche, les primaires de la gauche et des écologistes, les primaires de l’Alternative. La question dès lors n’est pas le périmètre des primaires mais leur objectif politique. Avons-nous besoin d’un.e seul.e candidat.e de toute la gauche et des écologistes pour être présent au second tour ? Avons-nous besoin d’une candidature de témoignage ? Avons-nous besoin de rééquilibrer la gauche en faisant apparaître un quatrième bloc qui fasse revenir les déçu.e.s de la gauche face aux candidat.e.s de droite, sociaux libéraux et d’extrême droite ? Devons-nous faire l’impasse sur les présidentielles et préparer la recomposition de l’après 2017 ? C’est d’abord le choix entre ces options qui doit nous orienter et pas le piège du « bougisme » qui par la magie de quelques personnalités et d’une bonne opération de com’ nous entrainerait dans une impasse.
2. A l’heure actuelle les primaires fonctionnent comme un leurre.
Les scénarios peuvent se résumer ainsi :
Soit le président ne participe pas et se représente ce qui est la logique naturelle des institutions. On ne voit pas un président de la République descendre dans l’arène face à des candidat.e.s des différentes tendances de la gauche et de l’écologie.
Soit il ne se représente pas et les primaires peuvent avoir lieu. Mais si par exemple Manuel Valls les remporte, les candidats d’EELV, du Pcf ou d’autres accepteront-ils/elles de se ranger comme un seul homme ou une seule femme derrière le chef du social libéralisme autoritaire ? Accepteront-ils/elles ainsi d’avaliser la déchéance de nationalité, le Pacte de responsabilité, la politique étrangère et européenne, le bilan de ce gouvernement. Et si malgré ces primaires, un.e candidat.e issu.e de la gauche se présente et exprime l’indignation d’une gauche se sentant flouée par une politique de droite, iront-ils/elles jusqu’à le dénoncer ?
On le voit : Dés que l’on en parle concrètement, cette proposition apparemment séduisant se dégonfle comme une baudruche. Elle empêche pendant ce temps de concentrer les efforts de milliers de militant.e.s visant à lutter contre la politique gouvernementale, l’état d’urgence, la déchéance de nationalité, le chômage, le démantèlement de l’Etat social…. Elle empêche de se battre contre la droitisation et le néo-conservatisme d’une gauche de gouvernement qui n’a plus de limites dans sa course à la triangulation. En effet, prendre son propre camp à contre-pied et affaiblir son opposition en allant sur son terrain et ainsi espérer élargir sa base électorale, si cela devient l’essentiel des comportements politiques, tue la Politique. Les primaires sont le stade suprême de l’électoralisme et de l’individualisation de la politique.
3. Les primaires sont donc une fausse bonne idée qui aboutit à son contraire : le renforcement du présidentialisme et des institutions de la Vème République.
Les primaires étendent les maux de la présidentialisation de la vie politique à toute l’activité des partis en les transformant en clubs de supporters. Les primaires sont à la politique ce que sont les soldes à la consommation. Un moment où chacun s’engouffre pour acheter le dernier produit au meilleur prix avant la nouvelle saison. Les primaires sont comme les sondages ; Une photographie de l’opinion à un moment précis qui permet de construire une opinion publique. Les primaires nient aux partis la partie de leur fonction qui avec le temps est devenue la principale activité : celle de sélectionner des candidat.e.s aux différents échelons institutionnels. Elles soulignent la crise des partis politiques en les désaisissant et en les dévitalisant. En cela elles sont l’expression achevée du « coup d’Etat permanent », celui réalisé par les Institutions de la Vème République. Avec ce processus apparemment démocratique, il s’agit de donner sa voix à un candidat.e censé.e nous représenter alors que l’enjeu d’une citoyenneté active réelle est de reprendre la parole. Cette prise de parole est la condition préalable de la reconquête du pouvoir par celles et ceux qui en sont privés par les professionnel.le.s. Cette prise de parole du peuple est donc la condition préalable au renouvellement indispensable de la politique et des responsables politiques.
4. Les primaires sont une des conséquences de la crise de représentation démocratique et de l’affaiblissement des corps intermédiaires.
La peoplisation de la vie politique est un composé de buzz sur les réseaux sociaux, de la « BFMisation » de l’information, rythmé par la publication des sondages et de la marchandisation de la politique. Aux Etats Unis, les primaires sont la matrice d’un système politique où l’abstention règne en maître et l’argent des grandes compagnies détermine en grande partie les candidatures. Dans le cas français les primaires renforcent la présidentialisation de la vie politique française en hystérisant la personnalisation, la soumission à la communication politique et la professionnalisation des élites. Des écuries se forment pour propulser leur cheval dans la course d’obstacles. Le dernier effet pervers de la primaire a été l’extension de la triangulation à gauche comme à droite. Il faut pour les candidat.e.s de gauche construire leur crédibilité à droite et à l’inverse pour les candidat.e.s de la droite et de l’extrême droite reprendre des thèses de la gauche comme la laïcité, le travail, ou même les services publics. Dés lors penser que les primaires peuvent être un apport à la démocratisation de la vie politique est un leurre. De fait les primaires vont renforcer le conservatisme de la classe politique française. L’exemple de la primaire du PS en 2011 montre que ce sont les sondages qui ont fait la désignation du candidat Hollande. SI l’opinion publique penche à droite, comme l’a montré Patrick Champagne dans « Faire l’opinion », il est dès lors cohérent que les votant.e.s désignent un.e candidat.e exprimant cette tendance de l’opinion.
5. Pour des primaires du projet : modestes propositions pour renouveler la classe politique :
• D’abord demander que les vraies primaires, celles du premier tour des présidentielles puissent être démocratisées. Ce n’est pas aux seul.e.s élu.e.s de désigner les prétendants. Ce sont les citoyen.ne.s qui devraient pouvoir parrainer les candidat.e.s. SI cent mille personnes étaient mobilisées à travers une campagne de mobilisation citoyenne, le débat ne se ferait plus seulement sur les plateaux de télévision mais aussi dans la rue ; dans les quartiers, les universités et les entreprises.
Dans le même temps, exiger que soit imposé l’inversion du calendrier électoral entre législatives et présidentielles pour redonner du sens aux élections législatives. Et enfin obtenir la proportionnelle, élément indispensable du rééquilibrage à gauche comme à droite de la vie politique française. Si l’ensemble de ces modifications étaient apportées, elles pourraient être parachevées par un mandat unique de 7 ans pour le président de la République, permettant à ce que nous ne soyons plus soumis.es au seul lobbying de sa réélection. Ce n’est pas notre priorité. Nous préférerions en finir avec l’élection présidentielle mais tant que celle ci apparaît impossible à obtenir le mandat unique nous semble la meilleure solution.
• Elaborer un contrat de mandature citoyenne. Même si le programme est indissociable du candidat qui l’incarne, nous devons avoir un socle commun. La première étape est donc de fédérer un maximum de clubs, d’associations, de sites, de revues qui animent la société civile pour créer une dynamique de débats autour de ce socle commun. Ce qu’il faut d’abord casser c’est la coupure, la séparation totale entre les syndicats, les associations et les partis. Les militant.e.s de la société civile doivent prendre parti c’est-à-dire exercer leur capacité politique et déprofessionaliser la politique. Le candidat.e n’émergera pas de ce débat mais par contre les éléments programmatiques issus de ce mouvement de la citoyenneté active, devront être pris en compte. Nous devons mutualiser les savoirs citoyens de façon à irriguer et à peser sur les programmes de tou.te.s les candidat.e.s. Pour cela nous devons organiser des comités d’action politiques qui rassemblent de manière transpartidaire des personnes engagées localement. Nous savons bien que l’espace local, celui du quartier, de la cité, de l’arrondissement, de la ville, du village, est la dimension préférentielle de l’engagement. Même si nombre de jeunes se mobilisent à travers les réseaux citoyens, il faut d’abord s’enraciner dans l’action locale pour politiser l’indignation et la révolte qui s’exprime au quotidien.
• Nous avons besoin d’un ATTAC politique qui prenne ses responsabilités en permettant de préparer un Podemos à la française. Il s’agit d’initier une dynamique d’universités populaires en mobilisant les intellectuel.le.s autour de thèmes que nous souhaitons porter : cosmopolitisme, commun, société globalisée, autonomie, revenu de base, crise écologique, extractivisme, écocides, égalité des citoyen.ne.s, reconstitutionalisation de la société. Rien ne se fera sans qu’il y ait un mouvement social faisant bouger les lignes. Les meilleures primaires ne remplaceront jamais le mouvement d’émancipation social et écologique issu d’en bas. Les échecs répétés de renouvellement (NPA, FDG, EELV) ne s’expliquent pas autrement. Dés lors notre énergie doit d’abord être de redonner du sens politique aux mouvements sociaux, d’aller à la rencontre des nouvelles générations, de mettre en place des processus de transmission de l’histoire du mouvement d’émancipation.
• Pour que les propositions issues d’en bas puissent être reprises « en haut », la logique du référendum d’initiative populaire à l’instar de la Suisse ou de l’Italie est une possibilité pour la prise de parole populaire de permettre une pression permanente sur la représentation nationale. Un changement substantiel de la loi Sarkozy qui avait été votée dans ce sens le permettrait.
6. Privilégier la recomposition politique à la bataille de chefs. Privilégier les législatives à l’élection présidentielle.
• A l’heure actuelle, force est de constater que le bloc cosmopolite, celui de l’écologie sociale, de l’écosocialisme, de la gauche critique n’a pas trouvé de moyen de se départager. Les épisodes précédents se sont toutes soldés par des échecs avant, pendant ou après le processus électoral, comme en 2007 : avant, avec les Comités antilibéraux, pendant, avec la primaire de désignation du candidat écologiste, comme en 2012, après, avec la faillite du Front de Gauche dont pourtant la campagne de son candidat avait été couronnée d’un très bon résultat. C’est pour cela que nous devons d’abord nous demander qui est le plus à même pour représenter notre camp en fonction de l’orientation politique suivie. Nombre de personnalités (comme par exemple Nicolas Hulot, Christiane Taubira, Noël Mamère, Jean Luc Mélenchon, Olivier Besancenot) ont chacun des atouts et des inconvénients pour représenter ce pôle. Ils ont démontré, chacun à leur manière à la fois leur ténacité et leur capacité d’être en phase avec le camp de l’écologie sociale, leur souci de se battre pour l’égalité des droits, l’écologie, la justice sociale et les libertés. Chacun défend un projet de transformation de la société qui répond au niveau d’exigence. En outre, ils présentent l’avantage d’être en situation de dépasser les 5 % et de permettre une recomposition et un rééquilibrage de la gauche. Soit ces personnalités décident que les primaires sont un moyen de confronter leurs propositions soit elles s’y refusent et alors rien ne pourra empêcher le morcellement et la division du camp de l’Alternative pour 2017. Dans tous les cas, nous estimons que ce sera seulement au lendemain du résultat des présidentielles que le processus de recomposition se décantera. Car que François Hollande se représente ou pas, qu’il soit battu ou non, il sera désormais clair que cette gauche de droite est passée de l’autre côté du Rubicon et que les forces de l’émancipation n’ont plus rien à partager avec eux. C’est pour cela que quel que soit le/la ou les candidat.e.s, nous estimons que nous devons privilégier une stratégie, celle de l’alliance des forces que regroupent EELV, le FDG et le mouvement informel de la citoyenneté active autour du contrat de mandature citoyenne, autour de comités de circonscriptions désignant leurs candidat.e.s sur la base de ce contrat de mandature. Nous connaissons le poids des logiques de partis dans la désignation des candidat.e.s. Mais nous estimons qu’une vague citoyenne peut à l’image de ce qui s’est fait en partie à Grenoble aux municipales, en Midi Pyrénées Languedoc Roussillon aux élections régionales, peut s’imposer au bout de ce processus.
Ce qui se passera en 2017 ne sera que la continuation de la décomposition du paysage politique quel qu’en soit le résultat. La seule nouveauté c’est la disparition actée de l’hypothèse d’une nouvelle gauche plurielle. Il faut reconnaître qu’il y a désormais une coupure irrémédiable entre la gauche sociale libérale conservatrice et autoritaire et le bloc de la transformation écologique et sociale de la société quelques soient leurs différences. SI, sortant du leurre du candidat.e unique de la gauche pour 2017, les différentes initiatives pouvaient converger pour arriver à un mode de désignation constituant validé par un ensemble conséquent de citoyens, avec la participation de tous les acteurs/actrices s’engageant réellement à défendre un socle commun, alors ces primaires du projet auraient un sens. Dans l’état actuel, la probabilité de réaliser ce processus est très faible. Dire le contraire est un mensonge qui au bout du compte contribuera au désengagement. En conséquence, la Coopérative soutiendra et s’engagera dans tout processus permettant l’émergence d’un mouvement de citoyenneté active, permettant qu’hors des appareils se reconstitue une capacité d’agir autour des grands enjeux de la période : contre la société de surveillance, de soupçon et l’Etat sécuritaire, contre l’ubérisation de la société et pour un revenu de Base garantissant l’accès aux droits fondamentaux, pour une politique européenne de rupture avec le néolibéralisme, contre les grands projets inutiles, pour une société fondée sur une production et une consommation écologiquement responsable. Pour l’Autonomie, le Commun, le Cosmopolitisme et l’écologie

Déclaration de la Coopérative politique Ecologie Sociale.

Après les élections régionales : la crise démocratique, la faillite des gauches et de l’écologie politique et nos tâches
1. La décomposition du paysage politique et social continue.
Ces élections régionales auront été une nouvelle étape dans la désintégration du système politique issu du putsch de 1958 : la Vème République. Créée à la suite des pouvoirs spéciaux votés dans l’union sacrée par tous les partis en 1958, elle se délite sous l’état d’urgence, voté dans le même unanimisme, suite aux attentats du 13 novembre. Cette décomposition politique, sociale, morale est le produit du chaos géopolitique, des crises écologiques et sociales, de la mutation du capitalisme mondialisé et de l’incapacité de l’Europe à devenir une entité politique cohérente. Mais elle est aussi le produit d’un système politique national à bout de souffle caractérisé par la faillite des élites qui n’ont plus de projet autre que la gestion de leurs carrières, en dehors de toute défense de l’intérêt général. L’impossibilité de construire un espace politique européen indépendant de la logique de financiarisation et de déréglementation a accéléré ce processus de défiance à l’égard de l’oligarchie. Face à la montée du national populisme et de la guerre identitaire dans toute l’Europe, l’instrumentalisation par des gouvernements déconsidérés du sursaut citoyen face à l’extrême droite n’est qu’un artifice qui masque la simple volonté de continuer à gérer le système productiviste tel qu’il est. Or ce système est rentré dans une crise systémique à travers des spasmes épileptiques qui accélèrent la décomposition : marche aveugle et dérégulée des marchés financiers, destruction bientôt irréversible de notre écosystème, crises alimentaires, appauvrissement culturel général avec langues et cultures qui disparaissent, croissance comme seul crédo, malbouffe, déplacements de population, guerres énergétiques, conflits religieux sont autant de signaux d’une perte de conscience collective. L’individu bombardé par le flux permanent d’informations se replie sur soi et sur sa sphère familiale et identitaire.
2. Le Front National est en passe de conquérir la majorité culturelle.
A cause de ce contexte et de la guerre de reconquête idéologique menée depuis plus de quarante ans par la Nouvelle Droite, il impose son agenda politique et sa vision du monde. Ce que le FN représente ne peut être résumé par sa seule nature de parti national populiste, xénophobe et raciste. La paresse consistant à le qualifier de fasciste empêche toute réflexion sur son orientation réelle et la manière de le combattre. Le fascisme est un mouvement qui se caractérise par la volonté affirmée de détruire les organisations sociales, démocratiques et ouvrières et par la volonté de construction d’un homme nouveau. Le FN n’est pas un parti fasciste au sens classique du terme mais un parti qui représente l’aile radicale d’un bloc social réactionnaire qui rassemble une partie des Républicains, la mouvance Buisson, De Villiers, Zemmour, une partie des souverainistes autour de Nicolas Dupont Aignan et une partie de la mouvance issue de la Manif pour tous. En ce sens sa dynamique potentielle est encore à venir car le FN cannibalise l’axe souverainiste, laïciste intégriste, nationaliste. A gauche, son influence ne se dément pas non plus, et la meilleure preuve en est la proposition du Président de la République de constitutionnaliser la déchéance de la nationalité pour des citoyens nés Français, piochant ainsi l’une des revendications de l’extrême droite.
Si ce parti national populiste est constamment en progression depuis trente ans, c’est qu’il a trois caractéristiques qui le distinguent du reste de la classe politique :
– Il n’a cessé de représenter la seule force anti système permettant à des millions d’exclus d’être représentés même de façon déformée dans l’espace politique.
– C’est un parti transformiste et caméléon qui s’adapte aux transformations de la société et du territoire. Au nord et dans l’est, il adopte un programme souverainiste ; dans le sud un programme libéral et identitaire. Dans tous les cas, son récit repose sur la recherche de boucs émissaires, l’islamophobie, l’exaltation du nationalisme et la démagogie anti élites
– Il propose un récit national identitaire, autoritaire, inégalitaire, xénophobe et nationaliste, et qui s’oppose à la vision économiciste de la société proposé par les forces néolibérales de droite et de gauche, qui sont le cœur de la technocratie d’Etat.
En creux, il montre l’incapacité de la gauche et des écologistes à produire un nouvel imaginaire collectif et un nouveau récit global, à refonder leur projet et leur programme, à mettre en question leurs formes d’organisation, à passer le témoin à une nouvelle génération d’hommes et de femmes engagés.
Casser la dynamique du FN ne se fera pas par une nouvelle diabolisation mais par le développement d’une alternative de masse antisystème radicale. Le sauve qui peut cynique du PS dans trois régions au profit de la droite alimente au contraire la montée de l’extrême droite, seul contre tous.
3. La débâcle d’une gauche de droite qui s’est progressivement confondue avec le système qu’elle prétendait combattre.
Il n’y a pas de hasard en politique. La faillite de la gauche gouvernementale vient de loin. La gauche s’est auto dissoute dans la pratique institutionnelle, renonçant à comprendre ce qui se jouait dans les années 80 à travers la mondialisation de l’économie, elle a abandonné celles et ceux qu’elle aurait du soutenir et représenter dans leurs combats. Les ouvriers des grands centres industriels ont été les premiers touchés par la désindustrialisation tandis que la question clef de la relocalisation des activités et de l’emploi passait par pertes et profits. Les employés de la fonction publique ont été victimes du bradage des services publics (1 fonctionnaire sur 2 non remplacé, privatisation, délégation des services publics, création d’agences de tout poil…). La déqualification a appauvri les classes moyennes comme les ouvriers professionnels tandis que la grande distribution et les banques détruisaient le petit commerce et la paysannerie. Le résultat ne s’est pas fait attendre sur le plan politique. La gauche a perdu ses bases sociales sans en regagner de nouvelles. La société continue à se désagréger.
Avec François Hollande, la génération Mitterrand a accédé au pouvoir. Elevée dans le cynisme et la manipulation du mode de scrutin, utilisant le FN en se glissant dans les postures « morales », « républicaines », pour mieux esquiver le combat politique, pour soumettre la gauche et les écologistes à ses propres ambitions, cette gauche de droite décomplexée est prête à tout. La fusion de la Promotion Voltaire de l’ENA avec celle de l’UNEF ID des années 80 constitue une rupture avec la formation des anciennes structures militantes de la sociale démocratie ou du PC. Le carriérisme est devenu une fin en soi pour ces réseaux reposant sur la connivence générationnelle et évoluant dans des milieux sociaux coupés de la population.
4. La gauche de gauche s’est autodétruite.
Le Front de Gauche s’est fracassé sur l’autel de ses divisions, de son incapacité à rompre avec les vieux logiciels de la gauche des années soixante, de ses stratégies à géométrie variable, inconséquentes, contradictoires et illisibles. Surfant sur la victoire de Syriza au début de l’année, le Front de Gauche a été incapable d’avoir une position commune sur la Grèce et la question européenne après l’acceptation par Tsipras du diktat de la Troïka. Ses composantes représentées à l’Assemblée Nationale (PCF et Ensemble) en votant pour l’Etat d’urgence, se sont déconsidérées auprès même de leur base militante. Le Parti Communiste Français principal « actionnaire » du Front de Gauche conclut des alliances en fonction de ses intérêts d’appareil, tant aux élections municipales que régionales. Il est toujours lié au lobby des syndicats du nucléaire et soutient plusieurs grands projets inutiles et imposés comme celui de Notre Dame des landes. Surtout sa volonté de préserver son appareil – qui se matérialise par ses rapports erratiques avec le PS – immobilise la capacité d’entrainement du Front de gauche et stérilise ses cadres. Le Parti de Gauche est lui soumis aux humeurs de son fondateur qui se veut porteur d’une révolution citoyenne où le peuple est incarné exclusivement par son dirigeant charismatique. Quant à la troisième composante, Ensemble, elle a montré ses limites ressemblant de plus en plus à une sorte de PSU des années 2010, trop faible pour peser sur ses deux partenaires et paralysé par la peur de se confronter à ses contradictions.
Au total, avec la mort clinique du NPA, la gauche de gauche n’a jamais été aussi faible depuis les années 80 où elle avait pratiquement disparu. Trois ans après le relatif succès de la campagne de Jean Luc Mélenchon, elle est dans une crise existentielle, incapable, si elle ne s’auto dépasse pas, de représenter un pôle politique crédible.
5. La déroute d’EELV minorise l’écologie.
EELV en raison de ses positions illisibles et confuses, de ses divisions récurrentes, a été assimilé par les électeurs à un appendice du PS.
L’écologie a accompagné la gauche traditionnelle dans sa chute car elle s’est coupée de ses combats fondateurs et de sa logique anti système. Les écologistes qui auraient pu capter cette nouvelle radicalité ont en un temps record adopté une stratégie dite de « longue marche dans les institutions » qui en leur permettant de participer à la distribution des places, les a assujettis au parti dominant à gauche ces dernières décennies, le PS.
Celui-ci en étant le meilleur défenseur du système et du mode de scrutin tient en laisse, par ce que l’on appelle une alliance contractuelle, ses alliés et au premier chef les écologistes.
Europe Ecologie les Verts en se refondant en 2007 aurait pu échapper à ce piège mortel. Mais son appareil a rejeté cette option en voulant constituer un nouveau PRG. Ce projet a abouti en 2012 par la constitution de groupes parlementaires au Sénat et à l’Assemblée et à la mise sous le boisseau de la campagne présidentielle d’Eva Joly. Le projet de la coopérative politique a été liquidé pour les mêmes raisons. Il ne fallait pas que l’autonomie d’une capacité d’intervention militante brouille le projet politique initial de la Firme. Si la scission provoquée de l’extérieur par l’Elysée et Matignon pour constituer un groupe de mercenaires force d’appoint au PS, a été un élément de clarification, l’illisibilité nationale des positions d’Europe Ecologie dans les départementales et les régionales a renforcé les tendances au repli sur soi et l’adoption d’une ligne politique pouvant servir de référence.
L’incroyable auto-célébration par les dirigeants d’EELV d’un accord sur le climat, mieux expliqué et mieux évalué par les négociateurs eux-mêmes, participe de cette confusion. Alors que la COP 21 n’a débouché que sur un compromis a minima face à l’inexorable progression du dérèglement climatique, le spectacle des dirigeants écologistes fêtant la victoire de la diplomatie française était d’un ridicule achevé. Ceux qui ont gagné dans cette COP, ce ne sont pas les peuples, les réfugiés climatiques ou les énergies renouvelables, ce sont l’Arabie Saoudite et les majors du pétrole qui en gagnant du temps n’ont rien cédé sur le fond. C’est l’industrie nucléaire qui s’est refait une légitimité après Fukushima, ce sont les Etats Unis et l’Union européenne qui continuent à négocier en secret les accords TAFTA qui balaieront les quelques avancées faites dans cette Cop des dupes.
La refondation de l’écologie politique se fera par en bas. Elle sera longue et difficile tant EELV s’est décrédibilisée. Si les idées écologistes irriguent la société, les écologistes politiques n’ont pas rempli leur mission historique, celle de devenir la force majoritaire culturelle et politique. C’est de ce constat qu’il nous faut partir pour refonder l’écologie. Ses atouts sont pourtant toujours les mêmes. Elle est la seule vision politique et idéologique globale de l’avenir, la seule qui prend en compte l’auto émancipation des humains, la seule qui prône la réconciliation avec la nature. C’est à partir de cette vision globale que nous appelons l’écologie de libération, synthèse entre la justice environnementale, l’écologie des pauvres et l’écologie sociale que nous pourrons reconstituer une force cohérente capable de fédérer des forces sociales en leur donnant une grille de lecture et une orientation adaptée à la période. Construire une orientation et de nouvelles pratiques sur les décombres exige du temps et de l’opiniâtreté. Elle reposera sur une nouvelle génération de militant-e-s issues des mouvements sociaux, des mouvements de désobéissance, des secteurs de l’économie sociale et solidaire, de toutes et ceux qui construisent à leur échelle un autre monde. La refondation ne se fera pas, nous le savons maintenant avec certitude, par le haut, par des appareils vérolés et auto satisfaits. Elle se fera par le bas, à travers la co – construction de pratiques sociales et de propositions politiques communes.
6. La première condition de la recomposition est de passer à la contre offensive culturelle pour que l’écologie politique et la gauche de gauche ne soient plus dépendantes des thèmes et du récit social libéral.
Ce renouvellement passe par un changement radical de l’imaginaire de la gauche. Passer de l’universalisme des Lumières apportant la civilisation au reste du monde à une vision cosmopolite de la société est un impératif majeur. Ce qui coupe la gauche de la société ce n’est pas seulement sa vision sociale libérale, c’est d’abord son incapacité à prendre en charge la lutte pour la reconnaissance des identités collectives de populations précarisées, où le lien social a été détruit. Si la gauche et les écologistes passent à côté de ce besoin de dignité, ils abandonnent ces populations précarisées au Front national. Il s’agit de recréer un imaginaire collectif s’appuyant sur un récit qui ne soit plus limité au cadre national mais relie une vision cosmopolite de la société, antinationaliste et antiracialiste à la défense des territoires fracturés par la mondialisation de l’économie. La vision cosmopolite suppose un autre rapport à la fracture identitaire. On ne peut résumer les luttes sociales actuelles à des luttes pour la seule répartition des richesses. Si nous voulons tout en rompant avec l’ethnicisme, le nationalisme et tous les racismes s’inscrire dans le réel, nous devons prendre en charge les luttes pour la reconnaissance des individus et de leurs appartenances diverses. Mettre la lutte pour la dignité au centre de notre action est un impératif politique. Au moment des régionales, un mot d’ordre qui traduisait cette nécessité s’est répandu : #pas de justice, pas de voix ! C’est en luttant pour le cosmopolitisme et contre la stigmatisation xénophobe, raciste et islamophobe des populations pauvres et des migrants que l’on combattra le plus efficacement le FN et sa haine du vivre ensemble. Mettre en avant l’idée de réconciliation dans les banlieues face à l’apartheid social et ethnique est une condition préalable. Face à la lepénisation des esprits qui divise, nous devons être capables d’instituer dans les quartiers populaires des organismes de type « comités Vérité et Réconciliation ». Ils permettraient que la souffrance sociale des invisibles, des « citoyens manquants », celle des Roms, des sans papiers, comme celle des «petits blancs », victimes du déclassement et de la précarité, des personnes âgés ou des jeunes sans qualification, soient pris en compte et débouche sur un renforcement de la capacité d’agir des habitants ; Apaiser plutôt qu’hystériser. Voilà notre proposition pour l’égalité et la dignité.
7. La deuxième condition de la recomposition : démocratiser la démocratie.
Il ne s’agit pas seulement de retrouver la société mais de la défendre. Dans la phase politique actuelle, décréter l’état d’urgence démocratique est une nécessité existentielle pour ce qui reste de la gauche et de l’écologie. Le projet libéral autoritaire ne passe pas seulement par le FN. La droite traditionnelle et le PS jouent dans la même division, celle qui restreint les libertés et les droits fondamentaux et cherche à imposer une société de l’hyper surveillance. La crise politique est d’abord une crise de régime qui repose sur quatre éléments structurants : la monarchie présidentielle, la crise de représentation d’une partie de la société, la corruption des élites (affaires Cahuzac, Platini, Tapie, Lagarde…), la défiance à l’égard d’une caste politique discréditée par son absence de résultat contre le chômage. Pour les générations émergentes, la sclérose des structures politiques, accélérée par les effets des nouvelles technologies, rend obsolète le jeu institutionnel mené par des caciques de la politique, inamovibles depuis des décennies. L’urgence démocratique c’est de refonder les pratiques politiques. Les mouvements sociaux des années 2010 ont tous les mêmes mots d’ordres : « Vous ne nous représentez pas », « dégage », « qu’ils s’en aillent tous ! ». C’est vrai à l’extérieur comme à l’intérieur des partis où le refus de la logique oligarchique des partis amène la création de listes citoyennes aux municipales ou à la création de nouveaux partis comme Podemos. Si les lois contre le cumul des mandats comme celles sur la parité ont permis de desserrer l’étau, la vassalisation des forces à gauche du PS en raison du mode de scrutin est devenue insupportable. Refonder un pluralisme radical passe par la relance du combat pour la VIème république, à travers notamment la bataille pour la proportionnelle. Si les directions d’EELV et du Front de gauche ont un seul message après ses tragédies illisibles, ce serait de construire un rapport de force pour imposer ce préalable aux sociaux libéraux durant l’année 2016.
8. Troisième condition : contre l’hypercommunication, repolitiser les mouvements sociaux, rompre avec l’événementiel militant, défendre le droit à l’information et à des médias indépendants.
La politique de la gauche radicale et de l’écologie politique depuis la phase ouverte par les forums sociaux mondiaux est rythmée par des rendez vous et des rencontres militantes, des contres sommets qui se suffisent à eux mêmes et qui permettent de cacher le délitement des collectifs permanents de travail politique dans les secteurs fondamentaux de la jeunesse, des salariés et des chômeurs, ou de l’écologie de terrain. Seuls les ZAD et quelques syndicats échappant au corporatisme constituent des exceptions à la règle. Cette gestion évènementielle de la politique est un cache misère qui en convergeant avec la professionnalisation continue des appareils politiques et syndicaux devient en soi un frein au mouvement d’émancipation.
La décomposition du mouvement social est aussi une crise de l’hypercommunication. Les médias et les réseaux sociaux déversent un flot d’informations inutiles, nous communiquons plus que de raison et cette communication massive transforme notre conscience collective. Nous avons créé un réseau de communication hyper développé, mais les informations qui y circulent sont d’une pauvreté affligeante. Nous sommes en train d’assister à une perte de conscience généralisée Le monde est rentré dans une crise entropique, que l’on peut considérer comme une crise d’épilepsie où la conscience collective s’est déstructurée en raison de l’hyper communication et aboutit à la perte de conscience. Face à ce phénomène, la bataille pour la démocratisation de la communication à travers les réseaux sociaux sera l’une des batailles stratégiques qui devra être menée pour notamment participer à la repolitisation de la jeunesse. Elle devra être liée à une campagne pour la démocratisation des moyens de communication. Sous François Hollande, la concentration financière des médias s’est accélérée. Bolloré, Drahi, Dassault, Lagardère et Bouygues, ont le contrôle de la majorité des médias de masse et organisent la formation de l’opinion à travers la « BFMIsation » de la communication. Relancer le débat autour d’une appropriation sociale des médias, pour la défense des lanceurs d’alerte, pour le contrôle de l’information par les usagers est une tâche politique majeure. Introduire le droit à l’information et à l’indépendance des médias dans la Constitution pourrait être le socle de cette campagne visant à redonner vie au pluralisme, en interdisant les situations de monopoles pour des groupes financiers et industriels.
9. Trois tâches politiques immédiates attendent les militant-e-s de l’Ecologie Sociale.
1°) préparer le prochain congrès de EELV pour décider d’une orientation. Le manque de démocratie durant toute la séquence écoulée depuis le choix des candidats aux élections législatives, le mode d’entrée au gouvernement, le non-respect, voire le mépris des votes du Conseil fédéral, le mode de rupture de cette participation gouvernementale, sont l’expression d’un déficit de démocratie. Mais elles illustrent aussi le manque de pensée stratégique démontrées par les prises de paroles publiques tant du secrétariat national que des groupes parlementaires. Il faut en finir avec la Firme ou ses avatars qui verrouillent le débat. Les courants issus du dernier Congrès ne correspondent plus à rien et leur recomposition a d’ailleurs commencé depuis longtemps.
Ce congrès devra être illustration d’une volonté de rompre avec la soumission stratégique au Parti Socialiste et avec l’écologie libérale représentée par CAP 21 ou l’UDE. Même si les dernières élections n’ont pas été concluantes, EELV doit affirmer son autonomie stratégique et sa volonté de reconstituer un camp « du social et de l’écologie » avec les forces locales et nationales disponibles.
Nous devons aussi participer au renouveau de l’écologie politique à partir de la jeunesse. Nous proposons de mettre en place des cercles écologistes dans les universités pour transmettre l’expérience du mouvement écologiste à une nouvelle génération politique. L’écologie ne se réduit pas aux bons gestes pour sauver la planète. L’écologie politique a une histoire, une idéologie, des principes, une éthique, un projet, un programme. La formation et la transmission ont été délaissées au profit de querelles de personnes et d’écuries de courants qui sont des facteurs puissants de blocage et de non renouvellement. Nous devons en finir avec cet état de fait et mettre en place par exemple avec des revues comme Ecorev ou Multitudes des espaces d’autoformation.
2°) Nous devons également donner une voix à la gauche et l’écologie radicale en proposant à la fois des moyens d’exprimer la colère et les frustrations accumulées ces derniers mois et des perspectives à des centaines de militants. La période actuelle ressemble à bien des égards à celle allant de 1962 à la fin de la guerre d’Algérie à Mai 68 quand des clubs de réflexion avaient surgi dans toute la France par dizaines. Le renouvellement de la gauche des années soixante à quatre vingt est en partie issue de cette étape. Le Mouvement commun, UTOPIA, plusieurs Think Tanks comme la Fondation Copernic ou ATTAC sont partie prenantes de cet arc de force. L’écologie sociale est souvent peu représentée dans ces lieux. Elle doit faire la jonction avec des intellectuels, des penseurs, des experts qui lui permettent de renouveler sa pensée.
Nous devons dans cet esprit poursuivre les débats stratégiques menés avec les composantes du Front de Gauche, de l’écologie radicale, des décroissants. Ces débats ne doivent plus être menés sur la base du plus petit dénominateur commun comme l’exemple délétère des Chantiers de l’Espoir l’a montré de façon caricaturale. Il s’agit au contraire à travers l’examen et le dépassement de nos divergences stratégiques de voir où cela bloque, comment dépasser les points de blocage qui paraissent insurmontables. Ces débats nous les connaissons : Europe, Laïcité, questions sécuritaires, migratoires, géopolitiques, nucléaire, productivisme… La méthode de débat est un préalable pour lever les blocages politiques existants. L’écologie sociale doit aussi pouvoir irriguer les débats d’autres partis, en tissant des partenariats avec des groupes de militants, des courants ou mouvements, en aidant à susciter des débats comme par exemple dans le Pcf qui tiendra son congrès en 2016, Nouvelle Donne en crise, ou le courant animé par Olivier Besancenot au NPA en recherche de perspective.
Enfin l’écologie sociale doit se constituer comme pôle idéologique identifié. C’est pourquoi, au printemps 2016, avec d’autres militants de cette mouvance, nous mettrons en place un espace de l’écologie sociale avec des rencontres consacrées à ce concept.
3°) Organiser la résistance à l’état d’urgence et à l’Union Sacrée. L’autoritarisme du pouvoir devient une stratégie du choc assumée par le Parti Socialiste pour se recentrer et construire une troisième force unissant centre droit et centre gauche. Rassembler toutes les forces visant à casser cette stratégie de régression démocratique qui ouvre la voie au Front national est une nécessité politique. Les six députés qui, à l’Assemblée Nationale, ont voté contre l’état d’urgence, ont brisé l’Union Sacrée. Des milliers de gens ont signé plusieurs Appels et créent des collectifs locaux et nationaux pour s’opposer aux mesures visant à limiter les droits de manifester, de se réunir, de s’exprimer. L’urgence démocratique c’est d’abord la levée immédiate de l’état d’urgence. Sous couverts de combat contre le terrorisme et de guerre de civilisation selon la rhétorique de Manuel Valls, le pouvoir introduit une logique d’état d’exception permanent qui menace les libertés et délégitime le contrôle de la justice sur la police. Cette généralisation de la surveillance sur les mouvements sociaux comme on l’a vu durant la COP 21 crée ainsi les conditions politiques et les conditionnements mentaux qui pourraient, s’ils étaient constitutionnalisés, être demain utilisées par le FN. La feuille de route d’Ecologie Sociale durant toute la période qui vient, est d’être au cœur des initiatives pour la levée immédiate de l’état d’urgence et de toutes les mesures qui comme la déchéance de la nationalité sont des marqueurs d’une révolution conservatrice et raciste qui renforce le bloc réactionnaire et in fine le Front national. Ecologie sociale participe et participera à toutes les initiatives visant à créer un front de défense des libertés démocratiques. Elle soutiendra en particulier toutes les résistances du mouvement écologique contre les tentatives d’action contre les ZAD en général et la ZAD de Notre – Dame – des – Landes en particulier. L’existence des ZAD est en soi la preuve que la politique autoritaire et libérale de l’Etat ne marche pas. C’est pour cela que droite et gauche gouvernementale veulent les criminaliser. Nous ne les laisserons pas faire !
10. Reconstruire par le bas une stratégie de rassemblement à partir d’un projet d’écologie sociale.
Construire un bloc social et écologiste indépendant du Parti Socialiste ne se fera pas avec les vieilles recettes de la gauche critique (Ramulaud 1, 2, 3,…).
L’Alternative n’est pas l’affaire des partis existants. Elle ne peut dépendre de l’alliance des appareils défaillants ou des virages à 180 degrés de dirigeants pris de panique, préconisant lundi matin ce qu’ils condamnaient la veille en proposant de tendre la main à des dirigeants qui eux assument pleinement leur politique. La refondation sera longue et difficile La construction d’un parti de la plèbe passe par une convergence des luttes sociales et écologiques où puissent se retrouver les classes moyennes et les intellectuels précaires, une partie des classes populaires ; non seulement à travers l’action collective mais en liant la dimension collective au nouvel individualisme contemporain à travers la construction de l’autonomie. Pour l’instant malgré les tentatives répétées de refondation en France mais aussi en Europe, la construction de ces nouvelles formes politiques reste au milieu du gué. Les reculs et les divisions de Syriza, les avancées de Podemos ou du Bloc de gauche au Portugal, montrent qu’une alternative est possible mais qu’elle est bloquée par ses deux faiblesses congénitales : son rapport à l’Union européenne et à la croissance. Le contournement de ces deux questions par le seul recours à la mobilisation du peuple contre la caste, l’oligarchie et les élites ne peut constituer la recette miracle même si elle est nécessaire pour rassembler les forces de rupture. Il n’y a pas de raccourci possible ; nous devons persévérer car sans dépassement de la forme parti, l’alternative restera à l’état d’embryon.
Faute d’être porté par un mouvement social conséquent, un tel rassemblement ne peut se faire que du bas vers le haut, en imposant aux directions des partis, de nouvelles formes d’organisation à la base et dans l’action. C’est pourquoi, en nous inspirant de l’histoire du mouvement populaire, de Juin 36 à Mai 68, jusqu’aux différentes Coordinations dans les années 80, nous préconisons que se développent des Comités d’Action, partout où c’est possible réunissant dans les quartiers, les entreprises, les établissements d’enseignement, les citoyens, hommes et femmes, encartés ou non encartés, les militants politiques, syndicalistes, associatifs. Ces comités d’action, en favorisant des pratiques et des réflexions communes, en mutualisant des échanges d’expérience, en s’enracinant dans chacune des circonscriptions du pays, construiront un mouvement fédératif des gauches et de l’écologie, ouvert à tous les citoyens selon le principe, une personne, une voix. La constitution de ce mouvement fédératif commun est le préalable à un processus permettant de désigner le ou la candidat(e) aux présidentielles. Les campagnes ratées ou réussies de 2007 (Bové, Voynet, Besancenot) ou de 2012 (Mélenchon, Joly) n’ont débouché que sur des échecs. Nous refusons de jouer le jeu de la ou du candidat miracle. Si l’échéance des élections présidentielles est incontournable, elle est autodestructrice pour le mouvement social. Podemos vient de le démontrer à contrario. Quand on territorialise un mouvement et que l’on fixe quelques objectifs simples à atteindre, une situation apparemment bloquée peut se déverrouiller. C’est cette dynamique que nous avons la responsabilité de construire. Notre candidat c’est le mouvement ! Notre méthode, la refondation !
Le 22 décembre 2012,
Pour la Coopérative Politique Ecologie Sociale : Francine Bavay, Sergio Coronado, Patrick Farbiaz, Bénédicte Monville – De Cecco
Pour tout contact : coopecologiesociale@gmail.com

Manifeste fondateur de La coopérative politique Ecologie Sociale : Pour une écologie de libération !

Nous vivons une période à la fois destructrice et créatrice, innovante et inventrice de nouveaux rapports sociaux. Nous avons vécu de tels moments privilégiés dans la décennie 68. Le chaos et la mutation caractérisent ces époques. Pas seulement en France mais à l’échelle de la planète.

Le chaos prédomine.

Chaos écologique engendré par la crise climatique, la sixième extinction de la biodiversité, les catastrophes industrielles comme à Tianjin, la raréfaction des ressources naturelles et de l’eau. Le productivisme entraine l’artificialisation galopante de la Terre. L’extractivisme favorise l’accaparement des terres des paysans pauvres et des peuples indigènes. L’emprise de l’homme sur la terre fait disparaître une partie de plus en plus importante des terres cultivables. L’Anthropocène arrive au bout de sa logique mettant en danger l’humanité elle même.

Chaos économique et social par l’installation d’un ordre invisible mais écrasant des multinationales, qui s’attaque aux conquêtes sociales arrachées durant les derniers siècles, et met des nations entières comme la Grèce à genoux et menacent les autres du même traitement.

Chaos financier qui, par delà les multiples bulles spéculatives détachées de l’économie réelle tout comme en 2008, entraine la fragilisation extrême du système par la robotisation du high speed trading.

Chaos géopolitique enfin avec des guerres sans fin au Moyen Orient et en Afrique et leurs répercussions dans le reste du monde, notamment dans nos cités. L’obsession identitaire s’empare des esprits et le retour au religieux, à l’ethnicisme, au nationalisme fait partout reculer l’esprit critique, la raison et l’humanisme, tournant ainsi le dos à la société cosmopolite.

« Le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Dans ce désordre, la mutation technologique s’installe. La révolution numérique bouleverse les conditions de l’exploitation capitaliste. elle ouvre des espaces de liberté et de création mais l’ubérisation n’est jamais loin… Le numérique et les nouvelles générations d’automates modifient les conditions de la production capitaliste, provoquant de véritables saignées parmi les salariés et généralisant la « prolétarisation » de tous les métiers.
Le précariat est la réalité des nouveaux entrants dans le salariat. La concurrence sur le marché du travail devient globale, et avec les guerres et la crise climatique se développent de nouvelles catégories d’immigrés et de réfugiés.

Ce ne sont pourtant pas les concurrents des salariés du Nord. Les « sweat shop » de Chine et du Bangladesh en sont les agents bien malgré les salariés victimes de leurs conditions de travail dignes des débuts de l’industrie.

L’internet pourrait aussi construire des rapports sociaux nouveaux fondés sur l’horizontalité, le partage et l’échange, mais c’est encore l’ubérisation du travail et la jungle sociale qui prédominent. Des pratiques sociales nouvelles apparaissent où la solidarité et le lien social deviennent la référence d’une société désaffiliée qui refuse l’assujettissement, l’exploitation, l’aliénation, la domination et la discrimination mais peine à se constituer en projet politique.

En réalité le capitalisme financiarisé – même repeint en vert – est inamendable.
Ceux qui estiment qu’un hypothétique retour à la croissance des Trente Glorieuses permettra de retrouver le chemin de la redistribution, ont tout faux, comme ceux qui estiment qu’une croissance verte régulera une machine devenue folle.

Le numérique va également modifier les conditions de l’exercice du pouvoir politique. La révolution industrielle du 19ème et du 20ème siècle avait forgé le pouvoir centralisé du capital et du contre- pouvoir ouvrier, concomitants de l’émergence des Etats nations. Les socialistes, les communistes s’étaient organisés dans cette verticalité par le centralisme démocratique. Le numérique met à l’ordre du jour l’horizontalisme. S’il tient ses promesses, la forme des regroupements politiques, des nouvelles formations s’en trouvera radicalement métamorphosée.

Devant ces forces contradictoires, le champ politique – lui – est resté figé. La politique se pratique comme dans les temps immémoriaux, mais elle est désormais sous influence de la finance à l’instar de l’économie.

Dans cette comédie du pouvoir, transformée en farce, on se trahit entre amis, on se reproduit dans l’entre soi, on reste à l’abri des tumultes du monde, en essayant de tenir le plus longtemps possible au pouvoir dans sa commune, sa région ou au niveau national. La politique est hors sol. Ses représentants tournent à vide, sans contrôle. La démocratie est devenue formelle. En France avec le présidentialisme, cette fusion de la monarchie et de la République, une caste technocratique pantouflarde bloque tout renouvellement générationnel, étouffe toute volonté de changement et freine de toutes ses forces, sous le poids des lobbys, la transition écologique. Le mâle blanc de plus de cinquante ans veut garder son pouvoir et, s’il ne peut plus empêcher la présence des femmes, de jeunes et de quelques personnes emblématiques issues des colonies aux responsabilités, les instrumentalise à son compte. Les diverses tentatives de renouvellement politique (NPA, EELV, Front de Gauche) se sont toutes soldées par des échecs comme si les logiques de concurrence d’appareils reprenaient toujours le dessus. Le mode associatif est aux mains des mêmes….

Notre écologie n’a rien à voir avec celle en vogue sur les plateaux des chaines info ou dans les coteries, les écuries d’EELV et des groupes parlementaires s’y référant. Notre écologie se veut libératrice et s’appuie sur la synthèse de trois courants fondamentaux qui renvoie aux trois écologies de Félix Guattari, l’écologie sociale, mentale, environnementale. Car l’écologie politique n’est pas un supplément d’âme du socialisme, du libéralisme ou du productivisme. Elle est le nouveau chemin de l’émancipation. L’écologie de libération ne nous a pas attendu pour se manifester.

Elle s’est constituée à travers l’écologie paysanne et indigène, celle des Sans-Terre Brésiliens, de la Guerre de l’eau en Bolivie, de la lutte contre l’extractivisme au Pérou et en Equateur, contre les grands barrages et le brevetage du vivant en Inde ou dans les émeutes populaires contre les pollutions et les catastrophes industrielles en Chine.
Elle trouve ses racines dans l’écologie ouvrière incarnée par le mouvement de la Justice environnementale qui considère que les inégalités environnementales s’agglomèrent aux inégalités sociales et qu’elles doivent être combattues simultanément.

L’écologie sociale et libertaire, décentralisatrice, partisane du municipalisme libertaire qui lutte contre toutes les formes de domination est la troisième source de l’écologie de libération. L’écologie de libération est une écologie qui prône l’autonomie, le cosmopolitisme et le commun comme réponse aux trois crises démocratiques, identitaires et sociales qui rongent le mouvement populaire en général et le mouvement écologiste en particulier. Autonomie ou barbarie, voilà la question qui sera posé au XXIème siècle. Nous nous inscrivons dans ce projet d’autonomie théorisé par Cornélius Castoriadis mais issu de siècles de luttes collectives pour l’émancipation de la société et de l’individu. Ce projet d’égalité et de justice a pour nom aujourd’hui l’écologie. Il intègre la prudence dans le rapport au despotisme de la technoscience, la simplicité volontaire face à l’hyperconsumérisme et la sagesse dans les affaires publiques, de solidarité à l’égard de toutes et tous, de dignité, de convivialisme, valeurs rassemblées dans le projet de

société du « bien vivre » . Mais fondamentalement il repose toujours sur la volonté d’auto représentation du peuple et de transformation de la société. L’autonomie c’est d’abord la capacité des classes populaires à renforcer leur pouvoir d’agir là où elles sont, indépendamment des lobbies de toute nature.

Le cosmopolitisme c’est la forme renouvelée d’un universalisme métissé qui lie directement le citoyen et la planète, d’hospitalité par rapport à l’Autre, et le fait agir comme citoyen responsable du monde. Le commun ce n’est pas seulement la défense des biens communs, l’eau, l’air, la terre, les cultures, l’éducation, c’est d’abord la co – construction, la co-élaboration de nouvelles institutions permettant aux classes populaires exclues d’être auto représentées dans les processus de décision.

L’écologie de libération est donc l’horizon de l’écologie politique, tout à la fois contre récit historique de l’écologie d‘en bas face à l’écologie d’en haut, celle des élus et des partis qui les fabriquent, et vertébration de l’écologie de transformation face à une écologie d’accompagnement qui a définitivement choisi de se résigner à être le cache sexe de l’économie libérale.

Après la firme, la frime !
Notre écologie n’a rien à voir avec celle qui fait le quotidien des commentateurs stipendiés. L’écologie politique en France qui aurait pu être l’alternative émancipatrice s’est repliée sur elle même vérolée par la lutte des places et a explosé en vol en laissant place à la valse des égos, paravent de toutes les ambitions. Certains, plus opportunistes que d’autres en profitent pour partir à la chasse au poste ministériel et aux opportunités qu’il ouvre. Ce qui reste de la Firme qui a verrouillé EELV s’affirme comme le molletisme du mouvement écologiste : un coup à droite, un coup à gauche mais surtout aucune structuration du parti devenu un sous PRG. Elle refuse aujourd’hui de faire face à la division provoquée par François Hollande qui vingts ans après tente de recréer un Génération Ecologie bis pour sauver le bateau socialiste en perdition.

La sortie du gouvernement, après les affirmations perpétuellement réitérées, qu’il fallait en être à tout prix, a été mal comprise par l’électorat car jamais débattue, elle amoindrit un bilan gouvernemental qui sous les coups du Premier ministre est devenu bien maigre. On retiendra le blocage des loyers.

Le plan de soutien à la rénovation thermique du bâti n’a pas créée des milliers d’emplois ! La seule loi ALUR a été rayée en une demi heure de conférence de presse sans que personne ne s’en émeuve tandis que la loi sur le développement ne mit pas fin à la Françafrique qui continue à imprégner les relations inégalitaires entre la France impériale et son pré carré.

Issus depuis 20 ans et plus des rangs de l’écologie politique, ayant participé aux présidentielles au côté de Noël Mamère, José Bové ou Eva Joly, ayant pour certains mené campagne sur le non au référendum de 2005, en ayant participé aux expériences de la Zone d’écologie populaire ou d’Alterekolo, nous voulons désormais transmettre les acquis de cette expérience accumulée à la nouvelle génération militante écologiste qui se lève qu’elle soit dans ou hors EELV. Nous le ferons sous la bannière d’Ecologie Sociale, qui sera une coopérative d’action politique et d’éducation populaire transpartidaire menant publiquement des débats politiques en refusant de s’enfermer dans le seul jeu interno – interne du parti EELV.

Nous appelons les militantes et les militants d’EELV et tous ceux qui se réclament de l’écologie à relever le défi de la reconstruction de l’écologie politique et à engager la métamorphose de l’écologie politique autour de quatre axes :

Repolitiser l’écologie au travers d’un débat stratégique sur le rôle cristallisateur de l’écologie comme force radicale centrale d’un vaste mouvement politique et social. On ne pourra pas le faire si l’on continue à éviter et à contourner les débats décisifs comme celui de l’Europe, des migrations, de la refondation de la République, du rapport au capitalisme, même Vert. On ne pourra pas le faire en évitant de se confronter politiquement aux forces de l’écologie et de la gauche radicale. C’est ce que nous avons commencé à initier avec Ensemble et le Mouvements des Objecteurs de Croissance (en liaison avec LMP) depuis un an…. Nous le faisons car nous avons la conviction que la construction d’un pôle de l’écologie radicale/sociale (?) est un élément indispensable de la construction d’un mouvement pour une démocratie radicale et approfondie, dépassant les frontières actuelles du Front de gauche, de EELV, de Nouvelle Donne ou des frondeurs, allant jusqu’aux frontières de la social-démocratie. Nous le faisons parce que l’évolution des composantes de la gauche va dans ce sens. Ensemble et Le Parti de gauche se réclament de l’écosocialisme, qui part pour une partie des mêmes analyses que l’écologie de libération. Même au parti communiste, des évolutions notables commencent à se faire sentir dans ce parti longtemps resté le bastion du productivisme. Nous le faisons parce que les

écologistes ont l’obligation de construire une alternative à la politique actuelle, sauf à laisser la place à une droite alliée de fait à l’extrême droite pour longtemps. La question du projet manquant est incontournable, mais celle du contenu des alliances n’est pas anecdotique. SI un projet de transformation écologique et sociale sans vocation majoritaire est une impasse, l’alliance structurelle avec le Parti Socialiste désormais passé dans le camp de l’ordolibéralisme est devenue impraticable pour exercer ensemble des responsabilités au gouvernement. Pouvons nous soutenir la loi Macron, la remise en cause des 35 heures et du code du travail, la loi scélérate sur le renseignement, le soutien délibéré au nucléaire, les ventes d’armes à tous les dictateurs de la planète, la négation du principe même de la fiscalité écologique à travers la fin de l’écotaxe, les expulsions des immigrés et des Roms ou la répression à tout va contre les zadistes ? François hollande et Manuel Valls ont considéré que l’accord que nous avions passé n’était qu’un chiffon de papier. Nous devons cette fois ci en tirer des conclusions. S’il n’y a pas deux gauches irréconciliables, il y a bien un gouvernement qui applique une politique qui n’est ni de gauche ni écologiste.

Il nous faut à la fois penser la transformation et la dynamique politique capable d’en faire une aspiration crédible et appropriable par nos concitoyens. Cela passera par des ruptures au sein du Parti Socialiste Mais cela passera aussi avec une confrontation avec les souverainistes. La bonne nouvelle des listes présentées avec tout ou partie du Front de Gauche ou de Nouvelle Donne dans plusieurs régions ne doit pas cacher l’absence de volonté de construire une nouvelle alliance populaire avec ces forces et les composantes du mouvement social dans leur nécessaire diversité et prêt à s’engager dans la construction d’une force citoyenne crédible. Rompre avec l’isolationnisme de EELV et son tropisme électoraliste envers le PS telle sera la tâche d’Ecologie sociale.

Notre conviction c’est que comme le montrent les militants verts dans les régions, le changement viendra d’une stratégie par en bas où du local au national, les militants retrouveront leur capacité d’intervention pour imposer au forceps, à la base, en lien avec les autres forces sociales et politique anti austéritaires, sociales et écologistes, une stratégie de rupture avec le social libéralisme et d’ouverture à la société.

Constituer une mouvance écologique autour d’un nouvel imaginaire: l’écologie de libération. Il faut décoloniser les esprits. L’écologie politique n’est pas une idée morte. Elle est en marche partout, sur tous les continents, mise en mouvement par les déshérités, les invisibles, les classes populaires. L’écologie populaire dans le monde entier n’est pas une écologie des riches, une écologie de l’abondance. C’est d’abord une écologie de la survie. Elle se construit dans les luttes populaires contre les inégalités écologiques qui sont des inégalités sociales: pour la santé environnementale, pour de nouvelles formes d’organisations du travail, contre les pesticides qui tuent les paysans, contre les cancers qui rongent les ouvriers. La lutte contre tous les types d’inégalités écologiques est notre boussole: inégalités territoriales, inégalités dans l’exposition aux risques industriels, inégalités face aux nuisances urbaines. Nombreux sont les militants écologistes qui se battent sur ces questions mais ils le font seuls et pas en tant que force politique. La lutte pour la survie comme l’ont définit les intellectuels antillais ne se limitent pas à la lutte pour les produits de première nécessité. Elle passe aussi par la défense des produits de haute nécessité comme la culture, l’éducation, la santé, l’environnement. Définir un projet de transformation écologiste et sociale est indispensable pour toute la gauche si nous voulons donner corps à une alternative, qui retrouve des chances de mobilisation et de conviction à la base. Un projet économique clair, qui explique ce que nous voulons en France et en Europe, et dans le monde en s’attaquant aux inégalités entre Sud et Nord, pour démontrer que l’anti productivisme et la lutte contre les inégalités et la démolition sociale sont la base d’une refondation autour d’une société du « bien vivreest possible. Ce contre récit face à l’imaginaire inégalitaire et productiviste, autoritaire, identitaire et raciste, nous devons le produire.

3. Transformer le lien entre l’écologie politique et les classes populaires. L’écologie politique est un peu partout victime d’une maladie sénile ; celle de l’électoralisme. EELV est l’expression d’une base sociale réduite à une seule composante, celle des classes moyennes à capital culturel élevé. Elle est absente des combats pour l’accès aux droits fondamentaux menés par les victimes des inégalités écologiques et sociales et son personnel militant est composé majoritairement d’élus et de collaborateurs d’élus. Si les ouvriers, les jeunes, les immigrés sont soit si peu présents soit instrumentalisés par ses cadres dirigeants, c’est d’abord que les mouvements sociaux et écologistes menées par ces catégories sont absents du champ de préoccupation des partis qui se réclament de l’écologie à commencer par EELV. Que ce soit la lutte contre l’amiante, le plomb, les pesticides, le bruit, les toxiques industriels, les acteurs qui mènent ces combats se sentent délaissés par un parti plus préoccupé à gérer ses querelles internes que d’assumer ces combats pour la survie. En réorientant notre action vers les classes populaires, nous n’abandonnons par les bases vertes constituées dans les centre villes pour la bonne raison que la pollinisation, le métissage des pratiques comme les jardins partagés, les AMAP, les SEL, monnaies locales, l’action des mouvements de la justice climatique et des villes en transition sont en train d’irriguer les quartiers populaires. Il s’agit d’abord de réorienter l’activité politique des écologistes autour d’une politique qui fusionne l’écologie et le social. De même la création d’une dynamique éco-syndicale doit être au coeur de cette réorientation. Le mouvement ouvrier traditionnel est en crise et la question de l’écologie au travail est un des axes de recomposition de ce mouvement. Ce lien avec les classes populaires passera aussi par l’immersion dans la contre société qui s’est formée en marge des partis à travers les ZAD, les lanceurs d’alerte, les réseaux sociaux, les multiples expérimentations sociales en rupture avec le champ politique officiel. Cette société « à côté » n’a pas besoin de feuille de route fournie par des professionnels de la politique. Elle a par contre besoin de relais dans les institutions et d’alliés fidèles et inventifs.

4. Repenser les formes mêmes de l’engagement et du militantisme. EELV est touchée par la désaffiliation militante comme d’autres formations mais sa base de départ étant réduite, elle se rabougrit plus que les autres. Transformer ce handicap, c’est militer autrement en favorisant de nouvelles expériences démocratiques. La coopérative a été un échec mais c’était une excellente idée, une nécessité mêmee Le tirage au sort, les conférences de consensus, les primaires ouvertes, toutes les formes de démocratie délibérative ne doivent pas être abandonnées au prétexte que ces pratiques ont été dévoyées, transformées en mesurettes sans conséquences pour le seul enjeu qui prévaut aux yeux du groupe dirigeant: la redistribution des places. Les fonctions non électorales doivent être revalorisées comme la fonction de formation et de transmission et celle de l’éducation populaire, celle des campagnes d’initiatives militantes et du soutien aux projets locaux. Militer autrement c’est d’abord contribuer à la construction d’une démocratie radicale en inventant une

citoyenneté dans tous ses États, national, européen, mondial, en répondant aux défis de la complexité. Rompre avec l’idée que la politique appartient aux partis, qu’ils soient avant-gardistes ou conservateurs. Rompre avec la marchandisation, la financiarisation, la commercialisation de la politique qui est devenue un marché où l’on s’affronte pour l’accroissement de parts de marques qui se concurrencent à l’intérieur d’un star system où seul l’égo et le carriérisme tient lieu de ligne politique L’alternative, si elle est possible, ne peut résulter que d’une confrontation avec la société, avec les associations, les syndicats, les mouvements représentant les minorités dans toute leur diversité. L’avenir se joue dans la confrontation et le débat avec toutes les forces qui font société. Des milliers de militants de bonne volonté rêvent de renouveau politique. Beaucoup ont depuis longtemps déserté les partis, machines à gérer la démocratie formelle plutôt qu’à animer la participation citoyenne aux décisions. Notre rôle c’est d’aller à leur rencontre et de reconstruire l’espoir. Notre rôle c’est d’organiser la transmission entre générations d’une histoire des mouvements populaires, des formes et des contenus de la stratégie de ces mouvements qui ne se fait plus dans des partis vidés de leur substance. Le mouvement écologiste doit retrouver cette fonction d’éducation populaire et d’école de formation qui a permis à des générations entières au XXème siècle de développer sa capacité d’initiative.

La force du néolibéralisme est sa capacité à faire de chaque individu un être résigné, asservi par l’hyperconsumérisme ou par les petits arrangements pour survivre, replié sur soi, hors de toute action collective. Non l’idée de politique comme moteur du changement social n’est pas morte. Jamais au contraire son rôle n’a été aussi important. Si le milliardaire Warren Buffet considère que pour le moment les riches ont gagné une bataille décisive dans la lutte des classes, nous considérons au contraire que la période n’a jamais été aussi propice à la libération des femmes et des hommes. A nous de concevoir et de mettre en œuvre ce projet émancipateur. Oui, comme le disait Félix Guattari, « l’avenir immédiat, il faut le reconnaître, se présente généralement sous un jour assez sombre. Mais les possibilités d’intelligence et de créativité collective n’en demeurent pas moins immenses et laissent également augurer d’extraordinaires retournements de situation ; A nous d’y travailler, chacun à notre façon et à la mesure de nos moyens. » Tout est possible. A nous d’en prendre le chemin.