21 thèses pour l’écologie populaire au XXIème siècle

Ce texte, daté de juillet 2014, a été à la naissance du projet de coopérative politique d’écologie sociale. Il a permis d’entamer avec des courants comme LMP ou Love au sein d’EELV, mais aussi avec Ensemble et le MOC (Mouvement des Objecteurs de Croissance) un débat politique et idéologique depuis plus d’un an.
L’écologie populaire est la réponse politique des écologistes qui refusent de se résigner à la domination, à l’exploitation, à l’aliénation du système capitaliste. Elle renouvelle la pensée écologique en proposant un nouveau récit de l’écologie reposant sur une vision non consensuelle de l’histoire de l’écologie et de l’humanité. Loin d’un modèle abstrait, elle propose une alternative concrète pour affronter la crise écologique qui menace l’humanité. Construire l’écologie populaire est le moyen de refondre le projet d’écologie à partir de la force historique des pauvres et de sa conjonction avec la défense de la planète et des communs.
Ce manifeste part de l’idée simple qu’il y a deux écologies, celle d’en haut et celle d’en bas. Celle d’en haut a créé un discours écologiquement correct privilégiant le développement d’une économie fondée sur la croissance verte. Elle est la roue de secours du système capitaliste mondialisé. Celle d’en bas part de la lutte pour la survie et des besoins des classes populaires en terme d’accès aux ressources écologiques. Entre ces deux âmes de l’écologie le fossé se creuse chaque jour un peu plus et il faudra choisir.
Face au choc qui vient, l’alternative de l’écologie politique
1) La crise globale que nous connaissons est une crise multidimensionnelle, financière, économique, sociale, culturelle, identitaire, écologique. Cette dernière caractéristique est l’élément radicalement nouveau qui entraine le monde vers un choix existentiel : la barbarie engendrée par le fondamentalisme marchand ou une politique de civilisation, la Terre du « bien vivre ». Le système capitaliste, engagé dans une logique de destruction, n’est pas réformable même si l’économie verte est une ultime tentative pour trouver une issue à sa crise. La « mission civilisatrice du capitalisme » fondée sur le développement des forces productives et défendue aussi bien par les penseurs libéraux que les socialistes, a entrainé le bouleversement des grands équilibres du système terre qui y rendra à terme la vie des humains impossible. Il y a incompatibilité entre le capitalisme et le respect des limites naturelles. La destruction de plus en plus rapide des écosystèmes, le dérèglement climatique, la pollution chimique, et les maladies qu’elle entraine, le déclin rapide de la biodiversité, la dégradation des sols, la destruction de la forêt tropicale, l’apartheid social planétaire produit par le développement brutal des inégalités, la montée des violences identitaires et religieuses, en sont les principaux symptômes. Cette crise renvoie au mode de production devenu dominant il y a deux siècles environ – le capitalisme – et aux modes de consommation et de mobilité qui en découlent. Ce mode de développement insoutenable écologiquement et socialement nous amène à l’effondrement.
2) La seule force qui ait anticipé cette crise est l’écologie politique. Le paradigme écologiste est partagé par tous les courants de l’écologie politique. L’écologie politique, seule parmi toutes les familles politiques, considère qu’il faut changer de modèle de développement en réduisant notre empreinte écologique, en défendant les écosystèmes de la planète contre les prédateurs, en protégeant les biens communs tout en répondant aux besoins sociaux fondamentaux. L’écologie fondée sur les principes d’autonomie, de responsabilité, d’équilibre prône des valeurs universalistes, celles de la défense de la terre et des droits humains et non humains. Ce mouvement est devenu politique dans les années 80 en Europe et dans d’autres pays riches lorsque la défense d’une culture du quotidien a convergé avec la question de la survie de l’espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie. Il s’est organisé à travers les partis Verts dont la base sociale correspondait à l’évolution de cette génération étudiante post68, élevée durant les « Trente Glorieuses ». Cette base sociale que l’on peut désigner comme des classes moyennes disposant d’un capital culturel élevé et habitant dans les centres urbains des grandes métropoles a configuré l’écologie politique à son image et en fonction de ses intérêts. Elle a débouché sur une politique de verdissement fondée sur des normes fixées d’en haut et d’adaptation au capitalisme à travers l’économie verte devenue l’horizon indépassable de l’écologie politique.
3) Une autre écologie, celle issue de la force historique des pauvres, l’écologie d’en bas, s’est levée en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Cette écologie plébéienne, largement majoritaire sur la planète, anime partout les luttes pour la survie de l’humanité et de la biodiversité. Issue de la périphérie sociale, elle mobilise des millions de femmes et d’hommes face à l’oligarchie financière et industrielle qui détruit la planète et menace la survie de l’humanité et les conditions de vie des dépossédé-e-s du monde entier : contre la destructions des forêts, contre les grands barrages, contre l’extraction des ressources pétrolières et minières, pour la survie de leurs langues et de leurs diversités culturelles, contre les catastrophes industrielles, contre le racisme environnemental… Cette écologie d’en bas n’a pour le moment pas de traduction politique formelle. Lorsqu’elle est présente au sein des partis verts, elle est le plus souvent minoritaire. Elle s’exprime dans les mouvements sociaux organisés (MST au Brésil, Via Campésina, mouvements indigènes…) ou dans les soulèvements populaires (Guerre de l’eau en Bolivie, émeutes en Chine,mouvements anti barrages en Indes… ). Elle cherche encore ses références mais, d’ores et déjà, elle est devenue incontournable, notamment lors des grands rendez vous de l’écologie politique comme à RIO + 20 ou des dizaines de milliers d’écologistes manifestèrent contre l’économie verte et ses conséquences et exprimèrent à travers le réseau Justice climat, les exigences des mouvements sociaux écologistes…Progressivement, l’écologie populaire se répand dans les pays occidentaux, dans les milieux paysans en lutte contre l’agriculture productiviste et l’industrie chimique, dans les quartiers populaires où se concentrent les pollutions invisibles, les maladies liées à l’environnement, la consommation de la mal bouffe et ses conséquences comme l’obésité. Face à l’accumulation des injustices sociales et environnementales, une nouvelle écologie politique est nécessaire et possible.
4) Ces deux âmes de l’écologie politique plongent leurs racines dans une histoire plus ancienne qui la divise depuis son origine. Dés le XIXème siècle un fossé invisible se creuse entre d’un côté une écologie scientifique d’en haut, façonnée en grande partie par la science coloniale, l’hygiéniste, le conservationnisme et le darwinisme social. Portée par l’idéologie positiviste et la religion du progrès sans limites, l’écologie d’en haut a influencé les premiers écologistes,souvent naturalistes et environnementalistes au XXème siècle. De l’autre, une écologie d’en bas, une écologie de transformation, l’écologie populaire, issue de l’histoire des luttes ouvrières, paysannes, anti-coloniales des peuples en lutte pour leur survie. La lutte pour la survie est fondatrice de l’écologie populaire. Les classes populaires ne défendent pas seulement leurs conditions de vie matérielles mais aussi la défense de leur milieu de vie naturel, de leur civilisation détruite par la modernité capitaliste.
Le capital a détruit les conditions de vie et de travail des communautés paysannes et des artisans au nom du Progrès, de la Science et de la Raison. Dans ce sens Droite comme Gauche ont réalisé un compromis historique fondé sur l’individualisme libéral. Si nous voulons enrayer ce processus, la première tâche de l’écologie populaire est de décoloniser l’imaginaire collectif de la gauche et de l’écologie en luttant contre cette religion du Progrès et du scientisme qui est à la base de la domination des classes moyennes aisées sur les classes populaires. Lorsque la Fondation Terra Nova appelle la gauche à ne plus se préoccuper que de l’avenir des « bobos » en abandonnant de fait les classes populaires à l’abstention ou au Front National, elle va jusqu’au bout de ce raisonnement qui a vu le socialisme et l’écologie scientifique dés ses débuts mépriser le socialisme ouvrier, les peuples indigènes, et les mouvements paysans en raison de leur prétendu archaïsme. Cette décolonisation de l’imaginaire passe donc par la redécouverte des valeurs et de l’histoire des déshérité-e-s qui sont à l’exact opposé de la société de marché fondée sur le profit et la compétition exacerbé entre les individus : convivialité, souci des autres, rapport à la propriété commune de la terre, don, entraide, coopération et civilité.
5) L’écologie populaire naît au XIXème siècle de l’associationnisme ouvrier, du populisme agraire, du luddisme, de la désobéissance civile, et de la géographie libertaire. L’associationnisme ouvrier est à l’origine de l’économie sociale et solidaire ; le luddisme est fondateur de la critique de l’industrialisme et du machinisme ; le populisme agraire issue des luttes et des guerres des communautés rurales pour la défense de la survie de leur mode de vie et de leur existence développe un autre rapport à la terre et à la marchandisation ; la désobéissance civile est à l’origine des méthodes de lutte de non coopération utilisée de Thoreau à Gandhi en passant par les Sans-Terre du Brésil ; la géographie libertaire de Reclus et de Kropotkine contre la sociobiologie a développé le concept d’entraide et de coopération.
L’histoire officielle de l’écologie nous raconte l’émergence de l’écologie comme un passage de témoin entre les écologistes scientifiques et les mouvements environnementaliste et naturaliste souvent composés de bourgeois sensibilisés à la nature. Après 68, l’écologie politique rassemblant un ensemble de courants, nés dans les années 1970 d’un mouvement culturel et générationnel nourri d’influences diverses (mouvements féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non-violents, libertaires, socialistes autogestionnaires…) a donné naissance aux partis verts. Ce récit est faux car il oublie volontairement l’écologie des pauvres qui n’a cessé au XIXème et au XXème Siècle de se battre contre la modernité capitaliste et les dégâts du Progrès.
6) L’écologie populaire est, dés ses prémisses, en rupture avec le système capitaliste engendré par l’exploitation sans limite des ressources, le commerce mondialisé et l’accumulation du capital. Les quatre mondialisations ont engendré les principales caractéristiques à la base de la crise écologique.
– La première mondialisation dont l’énergie reposait sur l’esclavage humain a entrainé la destruction des peuples indigènes, le commerce triangulaire et mis en place l’extractivisme, c’est à dire l’accaparement des ressources naturelles et des matières premières.
– La seconde mondialisation, fondée sur l’énergie du charbon et de la vapeur a engendré le salariat, le travail forcé et le productivisme, c’est à dire la religion de la production basée sur le profit des empires coloniaux. Parallèlement le système des enclosures en finissait avec la propriété commune de la terre et transformaient des millions de paysan-ne-s en bras pour les machines. La destruction de la communauté paysanne est contemporaine de la naissance du prolétariat industriel.
– La troisième, générée par l’exploitation pétrolière a été celle du fordisme et de l’électricité, celle du consumérisme et de l’aliénation.
– La quatrième mondialisation prise entre l’atome, le pic pétrolier et les énergies renouvelables est contemporaine de l’obsolescence programmée des produits comme de l’humanité. Cette époque ne peut avoir comme horizon que la barbarie et le chaos ou une Renaissance humaniste fondée sur la citoyenneté mondiale et l’empathie. La globalisation actuelle met en danger l’existence même de l’humanité.
La lecture écologique de ces quatre mondialisations montre que la modernité capitaliste s’est toujours appuyée sur l’exploitation des classes populaires et la destruction de leurs écosystèmes. Les dominé-e-s n’ont jamais cessé de contester la domination de l’humain et de la nature comme en témoignent les résistances indiennes, le marronnage et les révoltes d’esclaves, les émeutes et les guerres paysannes, les luttes pour les droits et la santé des ouvriers et de nos jours les résistances contre l’extractivisme, les grands barrages, la déforestation, les grands projets inutiles.
La définition de l’écologie populaire
7) L’écologie populaire n’est ni consensuelle ni neutre. L’écologie n’échappe pas aux rapports sociaux et aux affrontements qui en découlent du local au global. D’emblée, elle a mis au centre de sa réflexion le conflit entre les classes populaires et l’oligarchie politique et économique, pour la simple raison que l’humanité ne subit pas la crise écologique de la même manière. Les inégalités de revenu, de pouvoir, de capacité culturelle, qui sont à l’origine des crises écologiques expliquent que nous n’ayons pas les mêmes capacités à nous prémunir de ses effets. L’objectif de l’écologie populaire est l’éradication des inégalités sociales, de pouvoir et écologiques et, pour commencer, la démarchandisation de l’eau, de l’air, de la terre et en général de tous les biens communs (santé, éducation, culture). La financiarisation du monde est le stade suprême de ce fétichisme de la marchandise dont le seul étalon est l’argent roi et le degré de richesse matérielle comme indice de calcul du bonheur. L’écologie populaire, contre cette dictature de l’économie, a choisi son camp, celui de l’option préférentielle pour les pauvres qui puise sa force dans la défense des conditions de vie des pauvres, des déshérité-e-s, des dépossédé-e-s, des parias, des invisibles pour mieux en retour combattre la crise écologique. La crise climatique, énergétique et écologique ne se résoudra pas dans le consensus mais dans l’affrontement entre les forces de l’économie globale et les peuples directement menacés par les effets de cette crise.
8) L’écologie populaire est un courant politique et idéologique du mouvement Vert et écologiste international. Au sein de ce mouvement, elle se différencie radicalement :
– du courant environnementaliste qui réduit l’écologie à la défense de l’environnement au sens strict. L’écologie politique est une approche globale et systémique des relations entre l’homme, la société et la Nature. L’environnementalisme en défendant la faune et la flore n’est qu’un aspect de l’écologie qui se transforme en un corporatisme de type NIMBY (Not in my backyard) quand il cherche à s’imposer sur le champ politique.
– de l’écologie profonde qui est un antihumanisme. Issue du conservationnisme, qui dés son origine exclut les êtres humains de l’écosystème. Fondée par le philosophe norvégien Arne Ness, cette école de pensée repose sur le biocentrisme qui se réduit souvent à un anti-humanisme. Même si l’écologie populaire critique l’anthropocentrisme, elle ne se confond pas avec une écologie qui place l’homme en dehors de la Nature
– de l’écologie d’accompagnement, l’écologie libérale et ses faux nez ; le développement durable, l’économie verte, de la sociale écologie et en général à toutes celles et ceux qui veulent mettre l’écologie au service d’un capitalisme vert. L’écologie libérale se définit comme une écologie de l’efficience et repose sur la marchandisation de l’écologie. Elle considère que la Nature a un prix, que son économie peut être régulée pour préserver l’avenir des générations futures. Partisane d’un compromis historique avec le système capitaliste considéré comme indépassable, elle élabore des mécanismes adaptées : marché carbone, ….
– L’écologie populaire est partie prenante de l’écologie de transformation, cette écologie radicale qui regroupe les partisans de la décroissance, de l’écologie sociale, de l’éco-socialisme. L’écologie de transformation estime que le capitalisme n’étant pas réformable, il s’agit de créer les conditions de son dépassement, à travers les pratiques sociales, les luttes concrètes, et l’élaboration d’un projet politique qui cherche sa voie ni dans les lois du marché ni dans le recours à l’Etat, comme sauveur suprême.
9) L’écologie populaire n’est pas l’éco-socialisme. Elle n’est pas un copié-collé des thèses du socialisme scientifique et de l’écologie. Elle ne succède pas au socialisme comme un de ses succédanées. Elle existe d’emblée comme une alternative au socialisme productiviste. Le socialisme dit « scientifique » repose sur la croyance que le développement des forces productives voulu et porté par la bourgeoisie a permis de créer les conditions de son renversement par la classe qu’elle avait aidé à se constituer : le prolétariat industriel moderne. Cette conception s’accompagnait de l’idéologie du progrès, la déification de la science et de la technique, le développement de la technologie à tout prix quelles qu’en soient les conséquences, l’importance démesurée du rôle de l’Etat-nation, la négation des identités communautaires. Le capitalisme a au contraire détruit les communautés paysannes, les artisan-ne-s et ouvrier-e-s de métiers et a embrigadé des millions d’ouvrier-e-s dans une armée industrielle sans autre référence que la révolution industrielle et productiviste elle-même. Dans les colonies, il s’est attaqué aux civilisations ancestrales fondées sur la terre des peuples qu’il a prétendu assimiler et civiliser. Les classes populaires se sont donc défendues avec les mêmes armes soit en cherchant un compromis social–démocrate avec le système soit en créant le même système mais inversé, qu’on le nomme capitalisme d’Etat ou communisme autoritaire. La critique de la technique est une autre différence entre le l’éco-socialisme et l’écologie populaire. Le marxisme considère que la technique est un instrument neutre qui doit et peut être mis au service de la classe ouvrière, que la technique est un facteur décisif de transformation sociale et de progrès. L’écologie populaire considère au contraire que la technique devient de plus en plus autonome et met en danger la terre et l’espèce humaine. Pour autant, l’éco-socialisme est le courant de pensée le plus proche de l’écologie populaire. Les convergences sont nombreuses et peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’un même réseau international.
10) L’écologie populaire n’est pas la décroissance. Si les principes de la décroissance s’appliquent à l’ensemble du système monde, l’écologie populaire estime nécessaire de garantir aux classes populaires des conditions d’alimentation, d’éducation, de santé,de culture équitables nécessitant dans ces domaines un mode d’éco-développement fondée sur la justice sociale et écologique. Cela peut se traduire au Sud, dans les pays les plus pauvres, mais aussi dans les pays émergents et occidentaux par une politique de réparation (par ex ; remboursement de la dette financière ou écologique) impliquant pour les classes populaires exclues du système une relance par la croissance de la consommation et de la production dans certains domaines. Si la décroissance de l’empreinte écologique est une règle absolue, celle ci ne peut se faire au détriment des classes populaires. La décroissance ne peut signifier la récession. Il s’agit au contraire de substituer à la croissance quantitative du capitalisme et à sa logique d’accumulation une autre logique que l’on pourrait nommer croissance qualitative, laquelle implique une importante décroissance quantitative avant tout dans les pays capitalistes dominants.
11) L’écologie populaire est une écologie de libération. L’écologie de libération est une écologie des pauvres née en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ses figures fondatrices sont Chico Mendes, Vandana Shiva, Ken Saro Siwa. Elle considère que le rapport entre la Terre mère et les pauvres interdit la marchandisation de l’eau, de l’air, de la terre. En se libérant, les pauvres libéreront l’ensemble de l’humanité et préserveront la planète et toutes ses composantes. L’écologie de libération considère l’inapropriabilité de la terre comme un principe fondateur.
L’écologie de libération est une écologie de la survie. Elle met en avant l’accès aux droits définis dans la déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 dont les Droits au logement, à la santé et à l’alimentation.
L’écologie de libération a une dimension spirituelle caractérisée par le rapprochement entre la théologie chrétienne de la libération et l’idée de Terre–Mère que l’on retrouve dans les communautés paysannes des hauts plateaux andins ou autres.
12) L’écologie populaire est une écologie de la justice environnementale. Ce mouvement né aux USA dans les années 80 lutte contre le racisme environnemental. La crise écologique n’a pas le même impact dans les quartiers populaires, dans les zones rurales pauvres que dans les quartiers riches. Les inégalités environnementales fusionnent avec les inégalités sociales et ethniques et structurent une discrimination territoriale et éthnico-sociale. L’écologie populaire est une écologie anti-discriminatoire. En ce sens elle a un lien de parenté très forte avec l’écologie sociale théorisée par le militant écologiste libertaire Murray Brookchin.
13) L’écologie populaire est une écologie du commun. Le commun né comme un acquis de la communauté paysanne notamment dans la lutte contre les « enclosures », est devenu l’enjeu des luttes sociales et écologiques. Que ce soit contre la brevetabilité du vivant, contre les accaparements de terre,contre l’appropriation du cyberspace, contre la privatisation de la culture, contre le contrôle des ressources naturelles et des matières premières, la lutte pour le commun structure le nouveau combat écologique des peuples. Le commun c’est la réappropriation des biens communs et de l’intelligence collective, des savoir-faire ancestraux comme des pratiques informatiques qui résistent à la privatisation.
14) L’écologie populaire est un écologie transnationale et altermondialiste qui repose sur des forces sociales organisées telles que le mouvement paysan (Via Campesina), le mouvement contre la déforestation et les grands barrages, le mouvement pour la Justice climatique, le mouvement contre les grands projets inutiles et imposés, le mouvement des peuples indigènes pour leur survie, le mouvement pour les logiciels libres, l’éco-syndicalisme. Elle est partie prenante du mouvement altermondialiste des Forums sociaux.
15) L’écologie populaire se reconnaît dans l’éco-syndicalisme. Les combats ouvriers contre les injustices sociales et environnementales sont à la base de l’écologie populaire. Les luttes pour la santé au travail contre l’amiante, le saturnisme et les produits toxiques sont une dimension essentielle de l’écologie populaire. L’écologie populaire tout comme l’éco-syndicalisme prône l’autogestion. Cela passe par la gestion directe des entreprises sur un modèle fédéraliste et décentralisé mais aussi par un contrôle des usagers–citoyen-ne-s de la production et de son environnement.
16) L’écologie populaire est éco-féministe. Les femmes ont été opprimées et exploitées au même titre que la terre par le système capitaliste patriarcal. L’éco-féminisme considère que la défense de l’intégrité de la vie sous toutes ses formes contre la domination patriarcale est une seule et même lutte. L’industrialisme a transformé en marchandise aussi bien la nature que le corps de la femme. La domination de la Nature par l’humain est intrinsèquement lié à la domination des femmes par les hommes. Un rapport différent ne peut être installé entre les humains et la nature sans changer les rapports humains entre femmes et hommes. Les principes tels que la réciprocité, l’entraide mutuelle, la solidarité, le partage, la confiance, l’attention à l’autre, le respect de l’individu et la responsabilité vis à vis de tous les écosystèmes sont des éléments structurants de l’éco-féminisme.
17) L’écologie populaire est une écologie qui se revendique du cosmopolitisme. La préservation de la biodiversité humaine est un élément essentiel du combat pour la défense de la planète. La préservation des langues, des cultures, des identités des 6000 peuples composant la planète est un axe essentiel de la lutte écologique. La mondialisation financière tente d’uniformiser la culture en lui imposant une langue et une production culturelle normalisée. La guerre des civilisations prônées par les néoconservateurs américains au cours des années 90 est à l’origine d’un racisme globalisé qui s’exerce contre les peuples qui refusent le nouvel ordre mondial. Il n’y a pas d’écologie nationale. L’écologie populaire est sans frontière et se bat pour une citoyenneté mondiale. Le cosmopolitisme est le nouvel humanisme du XXIème siècle.
La stratégie de l’écologie populaire
18) L’écologie populaire lutte pour la constitution d’un nouveau bloc historique, la coalition pour les biens communs. La nouvelle alliance ne peut plus être dépendante des classes moyennes à capital culturel élevé des centres villes urbains mais doit rassembler celles et ceux qui représentent le prolétariat moderne : travailleurs-travailleuses intellectuel-le-s, précaires, fractions de la classe ouvrière industrielle, petits fonctionnaires, paysans-travailleurs/paysannes-travailleuses. Les bases sociales et les alliances de ce nouveau bloc historique de l’écologie populaire sont formées par tous les mouvements qui luttent pour l’accès aux droits pour tou-te-s et pour une démocratie écologique. Ce bloc peut se définir comme une coalition pour les biens communs, entre celles et ceux qui se battent pour les biens communs physiques (eau, terre, air..) et donc pour la survie de l’humanité et celles et ceux qui se battent pour les biens communs immatériels (information, culture, cyberspace…) contre les nouvelles enclosures. Ce bloc de l’écologie sociale est numériquement majoritaire. La grande masse du salariat et du prolétariat se retrouvent dans cette aspiration à une révolution du commun et de l’accès.
19) L’écologie populaire défend un programme de transition écologique fondé sur un autre mode de développement qui prenne en compte les besoins humains et les limites de la planète, repense l’utilité sociale de la production, les manières de consommer, la finalité de nos produits et la manière de les produire. Elle prône la relocalisation de l’activité et de l’économie, la reconversion des activités inutiles ou prédatrices, la redistribution des richesses et du travail. En lutte contre l’agriculture productiviste, elle met en avant l’agro-écologie comme appropriation des savoir-faire ancestraux de la paysannerie. Le programme de transition est axé autour d’une triple rupture écologique :
– avec la politique énergétique et industrielle pour notamment tendre à la sobriété énergétique, l’arrêt du nucléaire civil, la non-exploitation des énergies fossiles non conventionnelles et l’utilisation des énergies renouvelables locales,
– avec la délocalisation de l’économie et la précarisation des populations pour éviter les déplacements contraints des populations et reprendre la maîtrise et le juste partage des ressources au niveau local. Le développement d’une économie plurielle suppose le soutien à l’économie populaire informelle ou à des formes nouvelles d’économie post-capitalistes structurées comme l’économie solidaire.
– avec la politique des mégapoles qui organise la mise en concurrence des territoires.
Pour organiser la résilience de la société face à la crise écologique, nous devons agir collectivement en nous préparant à anticiper les chocs de la crise énergétique conséquences du pic pétrolier et du dérèglement climatique. Cette anticipation repose sur des dynamiques complémentaires :
– des politiques publiques mondiales, continentales, nationales et régionales qui permettent une planification écologique démocratique élaborée à partir et par les territoires,
– des luttes pour la récupération des ressources naturelles et des biens communs et la souveraineté alimentaire,
– la construction d’espaces de coopération économique à travers le développement d’une économie plurielle comprenant au côté du secteur privé, une économie sociale et solidaire et des services publics. Cette économie plurielle requiert une extension de la gratuité.
20) L’écologie populaire refuse la spécialisation de la politique et sa séparation avec les luttes pour l’émancipation sociale et écologique. Les classes populaires n’ont pas besoin des spécialistes de la politique. Elles veulent pouvoir décider des conditions de leur vie, de leur travail, de leur environnement du local au global. La politique est l’affaire de toutes et de tous. Elle repose sur la force des mouvements sociaux et environnementaux. Elle est forte là où ces mouvements existent. Elle est faible quand ces mouvements n’expriment pas leur force de transformation. L’écologie populaire n’est pas soluble dans un parti mais elle peut être une composante structurante de plusieurs mouvements, partis ou front. L’écologie populaire, au contraire repose sur l’initiative populaire, l’autogestion des luttes, la construction de la démocratie par en bas, le rapport au commun. Elle renoue donc avec les origines du socialisme utopiste et libertaire des débuts qui se voulait d’abord une réponse en terme de dynamique collective et solidaire à l’individualisme libéral, la destruction des métiers et des communautés rurales, la dépossession des classes populaires par la révolution industrielle et leur asservissement au système capitaliste. L’écologie populaire considère que la Charte d’Amiens est dépassée. La séparation formelle entre syndicats, association, partis correspond à la division imposée par la révolution industrielle. De même, l’organisation centralisée des partis politiques correspond à cette époque. Aujourd’hui, les mouvements de transformation sociale doivent co-élaborer un projet politique et le mettre en mouvement. Faire de la politique autrement suppose de pratiquer la démocratie jusqu’au bout en substituant aux valeurs de compétition interne pour les places rémunérées, la coopération. Cependant, confronté à cette tâche historique, le mouvement d’écologie populaire ne peut se développer sans disposer d’une instance capable d’élaboration politique et théorique, capable de regrouper des forces sociales engagées dans les luttes, capable de dégager les perspectives générales et de les proposer comme des politiques publiques. Le mouvement qui assumera ce rôle doit rejeter les schémas dépassés d’une avant-garde qui se rassemble sur la base d’un programme élaboré en vase clos et sur un modèle pré-établi d’organisation. Il doit donc se constituer en tendance organisée et autonome au sein du mouvement écologiste. Il peut aussi regrouper transversalement les militant-e-s de plusieurs mouvements politiques pour y porter le projet spécifique de l’écologie populaire.
La tentative de construction d’une coopérative politique mort né à EELV était une avancée dans le sens du dépassement de la forme parti, obsolète au XXIeme siècle. La séparation entre compétents et non compétents, militant-e-s politiques et associatifs ou syndicaux n’est que le résultat de l’adaptation de la politique à la révolution industrielle où les classes populaires étaient réduites aux tâches d’exécution. De fait, elle substituait à l’intelligence collective la domination d’un petit groupe qui s’imposait verticalement à l’ensemble du parti et de la société. Les conditions présidant à ce type d’organisation se sont effondrées. Inventer une forme parti adaptée à l’ère des réseaux, de l’horizontalité, est la tâche de l’écologie populaire.
21) L’écologie populaire défend la construction d’une démocratie du commun.
Une alternative fondée sur l’écologie populaire ne peut se faire sur la base des seules élections. Sans implication profonde de la population à tous les niveaux, la démocratie ne peut exister dans les conditions actuelles car elle devient de fait censitaire. L’oligarchie a la mainmise sur les médias, la publicité, les sondages et organise le débat démocratique en son sein. Si les citoyen-ne-s veulent se réapproprier la politique , elles et ils doivent le faire par en bas, en commençant par fédérer les initiatives de transition prises par les communautés de base permettant d’engager la transformation sociale et des mentalités à partir des valeurs de l’écologie populaire : l’autonomie, l’égalité, la dignité et l’entraide.
L’écologie politique ne veut pas prendre le pouvoir mais changer la société par le bas en utilisant simultanément la voie des institutions, de la protestation et de l’expérimentation sociale. Cette stratégie qui suppose un exercice du pouvoir issu d’en bas, contrôlé par les citoyens mobilisés se situe dans la droite ligne du mouvement fédéraliste et autogestionnaire. Elle se prolonge aujourd’hui dans les mouvements sociaux qui veulent libérer des espaces plutôt que s’attaquer frontalement au pouvoir de l’Etat. Elle n’exclut pas la question de l’Etat de sa réflexion mais considère que la transition doit faire émerger un système d’auto-gouvernement où les citoyen-ne-s instituent eux-mêmes leur pouvoir dans les communes, les régions, les entreprises. L’organisation politique doit aider à mettre en place ces pratiques d’auto-gouvernement et ne pas s’y substituer.
La démocratie du commun suppose la construction d’une république fédérative à tous les niveaux. Le principe fédéraliste ne peut s’appliquer au continent européen ou au système monde s’il ne s’applique pas au niveau national, régional, local .
Concernant les alliances politiques, l’écologie populaire considère que la participation à des coalitions majoritaires de transformation sociale est le moyen pour les écologistes de devenir majoritaire culturellement et politiquement mais que dans les pays où le social libéralisme a détruit les bases de la sociale démocratie en menant des politiques anti sociales et anti écologiques, la participation à des gouvernements sociaux libéraux marginalise l’écologie politique et la fait apparaître comme une caution accélérant la mise en place du capitalisme vert. Il faut donc participer à la construction d’une opposition sociale et écologique, renforcer la présence des écologistes dans toutes les élections locales, régionales et européennes où leur autonomie peut être construite, négocier des contrats majoritaires de législature mais refuser de participer à des gouvernements sociaux libéraux qui sont l’instrument le plus efficace de la modernité capitaliste.
Publié le 9 novembre 2015, 11:56
Ecologie sociale, juillet 2014

Pour une politique migratoire écologiste fondée sur l’égalité des droits, le devoir d’hospitalité, le cosmopolitisme et la libre circulation

Ce texte, portant sur une politique d’immigration porté par les écologistes, est proposé dans le cadre de La coopérative politique Ecologie Sociale à la libre discussion des militant.e.s de l’écologie sociale.

1) Le débat suivi par la mobilisation autour des réfugiés est salutaire.

Introduit par la photo du petit Aylan Kurdi, il révèle une fois de plus l’incohérence de la politique européenne marqué par l’hypocrisie et la montée des nationalismes ; il met en lumière les deux faces d’une Europe en crise ; il  exprime la crise morale et politique de la France, alors que notre pays a intégré des vagues de réfugiés russes, juifs allemands, républicains espagnols, rapatriés d’Algérie ou boat people du Vietnam ou du Cambodge et a connu le besoin intérieur de se réfugier pendant la seconde guerre . Les écologistes ne peuvent donc que saluer la mobilisation qui comme l’indique l’appel des artistes offre une main tendue aux réfugiés «parce que nous ne formons qu’une seule et même humanité », belle définition du cosmopolitisme face aux tenants de l’identitarisme forcené. Pour autant nous ne pouvons réduire notre politique à un accompagnement compassionnel. Le phénomène migratoire n’est pas conjoncturel. Il a toujours existé et il s’amplifiera à l’avenir. Les migrations concernent des centaines de millions de personnes. Elles englobent non seulement les réfugiés de guerre, politique mais aussi les réfugiés climatiques et les réfugiés économiques. La distinction entre migrants et réfugiés apparaitra à l’avenir de plus en plus dénué de sens en raison du chaos géopolitique entrainé par la crise climatique, écologique, l’appétit extractiviste et la mondialisation financière impliquant la misère et la guerre dans des zones de plus en plus grandes. La question migratoire est devenue une question centrale de politique intérieure mondiale puisqu’elle tend à créer un nouvel ordre social sur la planète. La politique de la gouvernance invisible des multinationales tend à trier, contrôler, limiter  l’immigration dans le cadre d’une réorganisation du marché de la main d’œuvre à l’échelle planétaire dans le but d’abaisser les coûts salariaux. C’est pourquoi, il faut désormais une solution à l’échelle planétaire autour du phénomène migratoire qui ne se réduit pas aux réfugiés de guerre. De même qu’il y a une OMS ou une OIT, nous devons avoir une Conférence mondiale sur les migrations mettant en place une politique et un organisme mondial sur cette question. La planète est en état d’urgence démocratique.

 2) Pour un statut  constitutionnel et européen de l’immigration

Le droit d’asile, élément fondateur de la République subit une crise profonde. En 2014, 60 millions de personnes se sont réfugiés dont près de 3 millions en Afrique et 216 000 dans toute l’Union européenne. La France  enregistrait en 2014 près de 65.000 demandes d’asile. Seuls 22 % ont obtenu le statut de réfugié. Parmi les 10 premières nationalités seulement 2071 Syriens et 1792 Soudanais ont obtenu l’asile… et aucun Érythréen.  La proposition d’accueillir 24.000 réfugiés sur 2 ans n’est pas seulement en décalage avec l’Allemagne ou la Suède. Il faut la comparer aussi au nombre de réfugiés accueillis en Turquie (1.140.000), au Liban (815.000) ou en Jordanie (608.000) Au Liban, c’est un quart de la population totale du pays… 24.000 réfugiés, c’est 0,03 % de la population française Pour ne rien dire de la politique honteuse des Visas Balladur dans l’océan indien où la France se rend coupable depuis des années de centaines de morts comoriens. Non la France n’est plus la terre du droit d’Asile et des Droits de l’homme..

 L’Union Européenne est à l’image de ses gouvernements qui se réfugient dans des frontières entourées de barbelés en prenant les migrants quelque soit leurs statuts comme des boucs émissaires. Contre cette politique de forteresse assiégée, il  faut prendre des mesures fortes et rapides comme celle de l’abolition des accords de Dublin qui reportent sur les pays frontières de l’Europe comme la Grèce, l’Italie, ou la Hongrie toutes les charges. Nous devons étudier aussi la possibilité de visas de transit pour les réfugiés, établir des procédures d’admission plus rapides Une directive européenne de 2001 prévoit l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées. Aujourd’hui, on pourrait l’appliquer. Quand l’afflux massif est constaté par le Conseil, les états membres doivent mettre en œuvre cette protection. Or personne aujourd’hui n’évoque ce texte. Il faut remplacer Frontex. Ce système ne marche pas. En remplaçant l’opération Mare Nostrum par l’opération Triton, Frontex est coresponsable de la mort de centaines de migrants en Méditerranée.

Mais nous ne pouvons en rester au désordre actuel. Il s’agit de coordonner une politique migratoire reposant sur les droits humains, et non sur le seul volet répressif. Nous devons inventer comme le proposait un droit positif de l’immigration à l’échelle de l’union européenne ce qui suppose la reconnaissance d’un statut constitutionnel et européen de l’immigration. L’actuel système migratoire est inadapté et incontrôlable et entraine l’autodestruction de l’Europe. Seule l’adoption de normes homogènes reconnaissant  une citoyenneté européenne de résidence garantissant les droits fondamentaux des migrants  comme celle des minorités comme les Roms permettra d’organiser une véritable régulation reposant sur des critères reconnus par tous et permettant de dépasser les réunion de maquignons sur les quotas  auxquelles nous assistons aujourd’hui. Le pouvoir constituant de l’Europe a été battu en brèche par la Constitution ultra libérale imposé par les multinationales en 2005 et repoussé à juste titre par les peuples de France et d’Irlande. La crise des réfugiés permet de faire réémerger cette question à partir des valeurs de solidarité et de fraternité  proclamées de Berlin à Paris  et d’Athènes à Barcelone. Cette revendication a une valeur stratégique importante parce que dans une montée générale en Europe du national populisme fondée sur le retour de «  la race blanche » et du droit du sang, elle affirme un principe de civilisation moderne et cosmopolite d’une citoyenneté facile à acquérir pour tous les citoyens quoi résident, vivent et travaillent dans l’Union européenne.

3) La crise des réfugiés est le produit direct de l’histoire coloniale et post coloniale des cent dernières années.

Le démantèlement des Etats – Nations en Irak et en Syrie, produits des accords Sykes – Picot en 1915, ne s’est pas réalisé comme par enchantement. Elle est le résultat de l’intervention américaine de 2003, de l’impuissance de la communauté internationale à créer une zone de protection des zones contrôlées par les rebelles syriens en 2012 et 2013, des interventions étrangères en Afghanistan, et en Lybie, du soutien total à la politique de colonisation israélienne contre les droits nationaux du peuple palestinien, de l’abandon des minorités qui comme les kurdes veulent leur droit à l’autodétermination. Ce chaos régional trouve ses racines dans l’extractivisme, partie intégrante de la crise écologique. Pour piller les matières premières de ces pays, les Etats Unis suivis par les puissances européennes ont tenu à bout de bras durant des décennies des monarchies du  Golfe dépendantes de la rente pétrolière tout en combattant toute velléité démocratique dans la région.  Le soutien aux régimes dictatoriaux et autoritaires en Afrique, l’échange inégal au niveau commercial, la dette odieuse, les politiques d’ajustement structurel menées par le FMI et la Banque Mondiale ont débouché sur un chaos politique en Afrique mettant à bas les Etats fragiles issus de la décolonisation. Les révolutions arabes de 2011 comme les printemps africains ont montré qu’une génération voulait en finir avec cette situation et ouvrir le chemin d’une nouvelle espérance. Face à ces mouvements, le djihadisme est apparu comme une autre issue, réactionnaire et pour ce qui concerne l’Etat Islamique, fascisante, de construire une nation arabo musulmane unifiée, débarrassée de ses composantes minoritaires et de ses aspirations démocratiques.

4)  La crise européenne des réfugiés montre le recul de la conscience politique sur la question migratoire.

Nous faisons désormais même à gauche  le tri  entre réfugiés politiques et migrants économiques. Il y aurait désormais plusieurs catégories de migrants, distillés entre bons et mauvais migrants. Les « bons » que l’on pourrait accueillir – temporairement – ce seraient les réfugiés des guerres du Moyen Orient  avec un privilège pour les réfugiés chrétiens d’Orient par rapport aux musulmans syriens comme viennent de le faire la Slovaquie ou le maire UMP de Roanne.  Parmi les bons réfugiés, les « meilleurs » seraient les plus éduqués, ceux qui peuvent le mieux s’intégrer, ayant des diplômes et parlant anglais. Les moins bons seront les immigrés économiques, les « pires » étant les sans papiers, particulièrement ceux issus des pays de l’Afrique subsaharienne, pourchassés par les gouvernements de droite et de gauche mais qui jusqu’ici avaient au moins le soutien d’une opinion publique militante  au moment de l’occupation de l’église Saint Bernard ou celle de RESF envers les enfants sans papiers.

Une hiérarchie nauséabonde est en tain de s’installer. Or les migrations ne sont pas découpables en tranche. Les réfugiés climatiques seront des centaines de millions d’ici à 2050. Parmi les raisons du soulèvement en Syrie, le réchauffement climatique et la sécheresse et ses conséquences sur les récoltes sont désormais reconnus par les spécialistes.  Que fera – t –on , alors que ce problème n’est même pas à l’ordre du jour de la COP 21 ? Allons nous applaudir lorsque la police remplira des charters de « mauvais immigrés  clandestins » ?  Ou bien allons nous demander leur régularisation et exiger la liberté de circulation. L’incurie et l’improvisation de l’Etat, par manque de préparation et d’anticipation  en matière d’accueil des réfugiés, aggravent la situation et renforce le sentiment que l’Etat ne réagit qu’émotionnellement privilégiant les derniers arrivés sans se préoccuper des autres. Les CADA sont saturés depuis bien longtemps ; le département de Paris et la préfecture envoie les réfugiés évacués des campements dans des Centres d’Hébergement d’Urgence qui d’habitude reçoivent un public de SDF, déjà abimé par la précarité, de femmes qu’on doit placer d’urgence à l’abri de leur conjoint, des personnes sans abri particulièrement vulnérables. En Île-de-France, saturée il faut donc créer de nouveaux lieux, dédiés à l’accueil des réfugiés, -seuls et en famille- et non plus continuer à déshabiller Paul pour habiller Jacques, et créer ainsi une concurrence entre personnes en précarité pouvant entrainer une guerre entre les pauvres tout en alimentant la propagande xénophobe et raciste du FN et d’une partie des Républicains.

5) Les hommes et les femmes qui émigrent ne sont mêmes pas considérés comme des marchandises.

Les marchandises, elles, peuvent  aller et venir dans le cadre des politiques libre échangistes. Aux immigrés de toute nature on oppose au contraire un protectionnisme d’acier. En 1984, la gauche avait créé la carte de 10 ans pour les résidents étrangers. Celle ci était une garantie de stabilité. Depuis la droite est revenue sur ce système protecteur et la gauche au pouvoir a accepté cette politique d’exclusion qui pour reprendre la formule de Manuel Valls installe de fait une politique d’apartheid dans notre pays où chaque migrant est considéré comme un  délinquant en puissance. Les migrations de masse sont, avec la mondialisation, un phénomène qui va s’étendre. Le nier, vouloir empêcher la libre circulation des migrants est absurde. L’apartheid planétaire ne fait que s’accentuer, non esseulement entre le Sud et le Nord mais à l’intérieur de chaque continent  ; le nombre de zones déstabilisées augmente, jetant de plus en plus de réfugiés sur les routes et poussant l’asile ; la loi française fabrique des clandestins au travers des obstacles multipliés à l’obtention de papiers ou de la nationalité. En fait, on peut affirmer, après des décennies de fermeture des frontières, que le socle idéologique sur lequel reposait celle-ci est faux. Non seulement la fermeture des frontières n’a pas arrêté l’immigration, mais elle a en plus précarisé la situation des immigrés installés, permis l’émergence d’une pensée dangereuse et unique, celle de l’extrême droite, autour de laquelle, tant bien que mal, tout le monde de situe, et installé des lois qui mettent en danger la démocratie. Mais cette politique là est condamnée à terme. Nous devons oser rouvrir le débat sur l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’établissement. Si nous voulons rétablir les principes « républicains », il faut revenir à une politique d’ouverture des frontières fondé sur l’égalité des droits, l’hospitalité et la fraternité.

6) La politique de l’immigration est l’une des priorités de l’écologie politique, tant au niveau de notre pays, qu’à l’échelle de l’Union Européenne. Les migrations redéfinissent en permanence en enrichissant l’écosystème humain par le métissage et le brassage des populations. Parce qu’elles concernent le développement soutenable, l’égalité et la démocratie, les questions d’asile et d’immigration sont au cœur du projet politique des écologistes. Les écologistes considèrent que les migrations sont un phénomène naturel qui durera et s’amplifiera, que ni les  frontières, ni les murs ne peuvent  arrêter ce droit imprescriptible à la libre circulation des hommes.  Notre  politique de l’immigration doit se construire autour d’un projet de société fondé sur l’hospitalité et le cosmopolitisme, la liberté de circulation et l’organisation des conditions de la liberté d’établissement circulation, l’ouverture des frontières et le vivre ensemble. Ce projet est basé sur la solidarité et la coopération pour un développement soutenable, sur le respect des principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et sur la citoyenneté c’est à dire non l’appartenance à une nationalité mais à un lieu de résidence donnant des droits et des obligations.

 Ce projet est aujourd’hui minoritaire dans le pays comme en Europe. Raison de plus pour politiser le débat sur les migrations autour notamment des notions d’égalité et de démocratie. Une rupture s’impose donc avec la politique de la droite, qui cumule répression et populisme que de la gauche de gouvernement qui continue les expulsions de Roms, de reconduites à la frontière, de remise en cause du droit d’asile dans les faits.

7)  La question migratoire est un enjeu d’égalité.

Les migrations sont avant tout l’expression concrète des inégalités dans le monde globalisé et du chaos géopolitique. L’histoire de l’humanité s’est construite dans le creuset des migrations. Les immigrés ne viennent pas par choix mais par contraintes. Les plus grandes migrations sont d’ailleurs internes aux Etats puis aux continents et enfin entre les continents. Les migrations Sud Sud sont plus importantes que les migrations Sud Nord. Le combat pour la défense des droits des migrants est d’abord un combat pour l’égalité. Egalité à l’échelle planétaire où la lutte pour l’accès de tous les peuples à l’appropriation de leurs ressources naturelles et l’accaparement de leurs terres et le droit à la réparation écologique et au remboursement de la dette écologique est prioritaire. Egalité en France où la République si elle place l’égalité des droits au cœur de ses valeurs, oublie ses propres principes lorsqu’elle est confrontée à l’immigration et pratique une politique discriminatoire et de relégation. Egalité au sein des entreprises où la différence de statuts juridiques (sans papiers, avec papiers mais reconductibles annuellement… ) facilite l’aggravation de la concurrence entre les travailleurs et la pression sur les salaires. Ce n’est pas la présence des étrangers qui crée un marché pour le travail au rabais, mais leur maintien dans la clandestinité.  Les étrangers auront ainsi, depuis près de 40 ans, subi le sort de tous les « sans droits » victimes du dogme ultra libéral : déconstruire les droits pour en revenir au « tous contre tous », baser les rapports humains sur la valeur marchande et la prédation, en finir avec les principes de solidarité, d’égalité, de justice.  Refuser la société de « sans droits », c’est lutter pour l’égalité des droits entre étrangers et français, lutter pour les droits des travailleurs étrangers, c’est lutter aussi pour les droits de tous les salariés ; revendiquer l’égalité des droits, c’est la seule manière de sauvegarder les droits acquis, et d’en  créer  de nouveaux.

8)  La question migratoire est un enjeu démocratique.

Les immigrés n’ont pas de représentation politique alors qu’ils payent des impôts comme les autres. Même les sans papiers paient des impôts à commencer par la TVA. En les maintenant dans l’invisibilité et la clandestinité, la classe politique construit une république censitaire  où une partie de ses résidents ont des droits  et l’autre n’en a pas. C’est ce principe qui a prévalu jusqu’en 1946 pour les femmes qui, appliqué aux « migrants » maintient des quartiers populaires entiers dans l’exclusion.  C’est pourquoi l’enjeu du droit de vote des étrangers non communautaires est toujours d’actualité malgré son abandon dans les faits par une grande partie de la gauche.  Si nous devons reprendre ce combat, l’autre enjeu démocratique est de Combattre les idées reçues sur la réalité des migrations est une priorité pour pouvoir redonne du sens au débat démocratique vampirisé par le FN.

9) Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation. Le droit à la migration est un droit fondamental.

C’est pourquoi, il faut en finir avec les  politiques publiques de racialisation qui s’exprime à travers des lois d’exception et la mise en place de dispositifs d’apartheid, au niveau national tels les centres de répression, ou au niveau local comme la bataille au niveau des cantines scolaires ou celle des mamans voilées qui accompagnent les sorties scolaires. Réagir contre le racisme d’Etat et le racisme d’en haut qui s‘exprime aussi par des petites phrases récurrentes prononcées par des parlementaires, voire des ministres, c’est  proposer une politique réaliste, ouverte et humaniste fondée  sur  l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1948  qui instaure les deux principes fondamentaux de la liberté de circulation et d’installation des personnes : toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat ». Le respect de ces principes suppose un effort sans précédent d’explications et de déconstruction des idées fausses auprès d’une population soumis depuis des années aux discours xénophobes, l’élaboration de politiques publiques d’accompagnement dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement qui permette une véritable politique d’accueil et des mesures intermédiaires pour organiser l’avenir :

1. L’application stricte de la Convention de Genève sur les réfugiés

 2. L’abrogation du règlement de Dublin

 3. L’abolition de toute rétention administrative et la fermeture des centres de rétention

4. La régularisation de tous les sans papiers actuellement sur le territoire français avec carte de dix ans, l’arrêt des expulsions et la motivation individualisée de tous les refus de visas de long séjours.

5. La dépénalisation du séjour irrégulier, l’abolition de la pratique de la double peine, la fin des tests Adn et  des prises de mesures biométriques à des fins de contrôle de l’immigration

6. L ‘accès des migrants aux mêmes droits fondamentaux que ceux des citoyens nationaux et la ratification par la France de la Convention internationale de décembre 1990 sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille

10) Ni assimilation, ni intégration, ni communautarisme. Contre la lepénisation des esprits, les politiques racialistes, la xénophobie, l’islamophobie et l’antisémitisme, pour un cosmopolitisme assumé.

L’action des écologistes est un aller retour permanent entre le local et le global. La personne humaine est un citoyen du monde qui est partout chez lui.  Le principe d’hospitalité nous demande d’accueillir l’étranger comme un égal avec qui construire la maison commune de nos droits et de nos projets. C’est un combat pour le commun. Le principe d’hospitalité relativise la souveraineté étatique. Car sa reconnaissance contraint l’Etat à relâcher son emprise sur le contrôle de ses frontières Si nous voulons rompre avec cette politique, nous devons pratiquer un cosmopolitisme insurgé qui rompt avec les tabous français instauré par des lois d’inhospitalité.

Dans le même temps, le poison xénophobe et raciste, la haine de l’étranger ou de l’autre continue  à nourrir la désespérance sociale détournant le regard des citoyens des enjeux du chômage, des inégalités sociales et écologiques. Ce sont deux visions qui vont s’opposer, celle d’un apartheid qui ne dit pas son nom et celle d’un monde métissé, qui s’assume comme tel.

À la haine, l’urgence d’un nouveau pacte citoyen en France et en Europe, s’impose, quel que soit l’endroit où nous sommes nés. S’appuyant sur l’égalité des droits, la solidarité et l’ouverture au monde, ce pacte d’hospitalité doit promouvoir une véritable citoyenneté de résidence, afin d’en finir avec les discriminations, d’inventer un droit à la mobilité permettant de co construire notre maison commune.  La Terre est notre seul pays. L’humanité, notre seule patrie.

 Renaud Mandel et Patrick Farbiaz