Quand les relations de D. #CohnBendit et Yannick #Jadot mettent le feu au patrimoine universel #Brésil #MuséeNationaldeRio #muséeBrésil

Alors que ce matin,  Dany reprenant la vieille rengaine selon laquelle la transition écologique était compatible avec le libéralisme,  en clair le capitalisme  -comme le fut en son temps, la mise en oeuvre du programme social du CNR, dans un pays sous protectorat américain- (..comme si l’Histoire et les ravages de l’extension du capitalisme financier libéré de la contrainte soviétique n’avait jamais existé), alors, qu’il estimait qu’un autre modèle de développement demeurait disponible pour les grandes puissances émergentes,  nous apprenions que le Musée national de Rio de Janeiro, ce joyau de l’Humanité venait d’être entièrement détruit.
Pour ceux et celles qui s’interrogent encore sur le destin de l’Humain sachez que depuis août 2016 et la destitution honteuse de Dilma Rousseff les dotations de cette institution ont été réduites,  sous pression du FMI imposant une rigueur budgétaire sans précédent de 80% ! En parallèle le Corpo de bombeiros militar de Rio , l’équivalent de nos sapeurs pompiers, a vu ses effectifs réduits de moitié.  Et quand le Directeur du Musée, Dias Duarte,  accuse son gouvernement de pyromanie, comment hésiter à lui donner raison ?
Dany et Y Jadot qui dénoncent et à juste titre les dérives constitutionnelles polonaises ou hongroises, ont ils eu un seul mot , pour accuser les amis de E Macron du PMDB et leur Président l’affairiste Terner de putschistes,  ont ils un seul mot pour condamner l’éviction de Lula de la prochaine présidentielle,  alors que comme dans  plusieurs Etats d’Afrique, le Comité des droits de l’homme de l’Onu estime que sa candidature ne peut être annulée ?
Bien sûr que non. Partisans du double discours, ils elles vous font croire que votre avenir et delui de notre planète  dépendent de ces milliards d’humains soi disants épargnés par le capitalisme financier et qui pourraient donc remettre en cause le modèle dominant,  tandis que nous, les humains dominants, n’aurions d’autre choix que de nous y adapter, en grapillant de ci de là,  quelques miettes écologistes.
Contester la situation politique du Brésil ? Vous savez très bien ce que cela veut dire… éviter de mettre sur la même balance un Orban et un pyromane comme Terner, vous m’avez compris. C’est surtout ne pas vouloir donner raison à ceux et celles qui ici comme ailleurs contestent les ravages du capitalisme prédateur de nos vies, de notre planète et de notre histoire commune  (le Musée de Rio renfermait les plus grandes collections du Cétacé sud américain).
Alors que la sauvagerie des forces de l’argent met le feu à la culture, à nos derniers vestiges, pour mieux détruire notre futur. Dany et son pote Y Jadot tendent l’allumette en essayant une fois encore de nous enfumer.
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L’espérance d’une « Colombie humaine » est née par @SergioCoronado

La Colombie apparaît souvent comme un pays à part sur le continent latino-américain. Il a l’apparence d’une démocratie libérale, n’ayant pas connu de dictature militaire, à proprement parler, contrairement à d’autres pays latino-américains. 

Longtemps conservateurs et libéraux se sont disputés le pouvoir. Longtemps le pays vécut un conflit armé, l’un des plus anciens au monde, pas encore totalement éteint. Une violence protéiforme demeure présente, provoquée par l’action de bandes armées, du paramilitarisme, et fruit de l’action du crime organisé qu’engendre le commerce de la cocaïne, dont la Colombie est l’un des principaux exportateurs au monde. 

La violence sociale y est brutale, le pays est l’un des plus inégalitaires du continent. La violence a souvent régenté la vie publique, et le sentiment que la guerre avait «  canibalisé » la politique était devenu une réalité. Les responsables politiques assassinés sont légion. D’ailleurs, depuis la signature des accords de paix, les assassinats de responsables syndicaux ou de leaders paysans n’ont pas cessé.

Ces années de conflit et d’affrontements ont façonné une vie politique endogamique, sous domination oligarchique, dont l’exemple le plus abouti est l’actuel Président Juan Manuel Santos. Ministre dès 1992, dans tous les gouvernements, élu Président en 2010 pour deux mandats, et prix Nobel de la paix, Santos a été élévé pour gouverner dans une famille au carrefour de la presse et de la politique.

A la charnière du nouveau siècle, l’enlisement puis la fin des négociations de paix ouvertes par le Président Pastrana et l’élection dans la foulée du candidat Alvaro Uribe Velez marquent une apogée de la crise des partis traditionnels, le libéral et le conservateur. 

D’origine libérale, Uribe se fait élire en indépendant en 2002, dès le premier tour et sur un projet de guerre aux « terroristes ».

Sa victoire fut le fruit de l’échec de négociations qui n‘en finissaient pas, et dont personne ne voyait l’issue, et de l’émergence de nouvelles élites provinciales, parfois liées au paramilitarisme, qui usent de la politique pour se faire accepter d’une oligarchie habituée à gérer les affaires sans partage.  

Deux mandats présidentiels, huit ans de guerre contre les guérillas, avec l’aide financière et militaire états-unienne, sans s’embarrasser des libertés et de l’état de droit, ont affaibli militairement les FARC, privées depuis longtemps de soutiens populaires. 

Ces années furent aussi marquées par des affaires de corruption massive –  les liens avérées de cette majorité avec les groupes paramilitaires et le narco-trafic ne sont pas mystère. Ces années noires furent marquées enfin par des violations des droits humains, par un terrorisme d’état et l’assasinat de plusieurs milliers de civils par les forces de sécurité engagées dans une politique du chiffre, par une chasse systématique contre l’opposition, une hostilité contre les organisations des droits de l’homme, et un conservatisme bigot et hypocrite. 

Ces années-là ont changé le pays à partir d’une entreprise à vocation hégémonique nommée l’Uribisme, dont la doctrine fut la « sécurité démocratique », inspirée des politiques de sécurité nationale des années 70 promue par les dictatures militaires, réduisant bien souvent toute politique publique à son impératif répressif, et faisant de la société un relais « sécuritaire » de l’état.

Mais des résistances sont nées, dont le fer de lance sont des organisations communautaires, des ong, des forces sociales et syndicales et un pays jeune, urbaine mieux éduqué.

Sortir de la logique de guerre, et construire un pays plus juste sont aujourd’hui le projet d’une part importante de la population.

La campagne présidentielle que le pays vient de vivre en est la parfaite illustration. 

Certes, avec 10,3 millions de voix et 53,9%, la victoire d’Ivan Duque, candidat d’une droite radicale, marque le retour de ce que l’on appelle l’uribisme au pouvoir en Colombie. 

La victoire est nette et incontestable. 

Si le clientélisme n’a pas disparu dans le processus électoral, avec pressions et achats de voix, cette élection présidentielle de temps de paix a été sans doute l’une des plus propres de l’histoire du pays. 

Le nouveau Président, le plus jeune de l’histoire du pays, fut un terne sénateur et était, à vrai dire, un illustre inconnu avant l’élection. Il fit la course en tête, porté par la popularité l’ancien Président Uribe. Une campagne de positionnement de droite radicale: opposition aux accords de paix, remise en cause de l’équilibre des pouvoirs et théorie du ruissellement pour toute politique économique.

Son image lisse ne parvient pas à occulter la réalité de la coalition qui le soutient. L’ensemble des forces politiques traditionnelles, des libéraux aux conservateurs, aux pratiques éthiques douteuses, à la corruption avérée, les groupes chrétiens radicaux, le patronat et les grands patrons de presse, les nouvelles élites régionales et la vieille oligarchie.

Mais la défaite de Gustavo Petro n’a pas un goût de cendres.

C’est même un exploit que l’ancien guérillero du M19 et ancien maire de Bogota a accompli.

Il s’est lancé sans parti, sans élus, sans argent dans le course présidentielle il y a quelques mois.

Il fut l’objet d’attaques incessantes sur son supposé castro-chavismo, puisqu’il est désormais de tradition sur le continent, comme ailleurs, que tout candidat de progrès soit un affreux complice de la dérive autoritaire du gouvernement vénézuélien. Cela lui permit néanmoins de clarifier sa position face à la crise politique et humanitaire que vit le pays voisin.

Il résista dans la dernière ligne droite à la remontée du candidat de la « Coalición Colombia », coalition formée par le parti de gauche « Polo Democrático », le parti Vert, et un groupe nommé « Compromiso ciudadano », qui en appela au vote utile. 

Allure juvénile, à 61 ans, et , à la différence de Petro, avec une expérience locale reconnue, Il fut maire de Medellin et gouverneur de la province d’Antioquia, épaulé par sa colistière Claudia Lopez, sénatrice du Parti Vert, Sergio Fajardo fut traité avec bienveillance par les media, encouragé par une partie de l’établissement. Son positionnement centriste et son libéralisme tempéré rassuraient: il promettait de nettoyer les écuries d’Augias, sans s’attaquer de front aux inégalités et à la question sociale.

Gustavo Petro, ancien maire de Bogota, ancien guérillero du M19, est à 58 ans une figure ancienne de la politique colombienne. Il a été un acteur majeur de l’histoire nationale des trois dernières décennies. 

Brillant sénateur, bataillant sous Uribe contre la corruption et la pénétration paramilitaire de la politique, Gustavo Petro s’anime devant les foules, et fait preuve d’un charisme surprenant pour un homme qui passe pour arrogant et taciturne. Il est vrai que ses mots peuvent claquer, et ses phrases résonner comme une sentence. Face à un Laurent Fabius un peu ailleurs lors d’une rencontre à la mairie de Bogota dans la cadre de sa visite en Colombie, visiblement peu intéressé par une discussion stratégique sur les gauches, Petro fut d’une franchise dénuée de toute diplomatie: « Vous ne comprenez pas les gauches latino-américaines et leur processus, ce n’est pas grave, cela fait bien longtemps que vous avez cessé de nous intéresser … ».

La campagne du mouvement  « Colombie Humana » fut populaire par la force des choses. Le foules ont occupé les places publiques dans un pays peu habitué aux manifestations de rue. Celui qui se réfère au romancier Gabriel Garcia Marquez et au Chili d’Allende est un orateur puissant, au rythme posé. Il explique, cite, illustre en bon pédagogue. 

Il s’est adressé aux électeurs partout, dans des endroits désertés souvent par la parole publique, sans la médiation des organes de presse souvent hostiles. Sa plate-forme internet et les réseaux sociaux ont accompagné et facilité la volonté de s’adresser directement au peuple. Sa campagne confirma que dans un contexte de crise démocratique les partis et les élus n’ont pas nécessairement l’importance qui leur est traditionnellement prêtée. Par les voies numériques, Petro convoqua des dizaines de milliers de volontaires qui ont maillé les quartiers populaires, distribuant le journal de campagne, engageant la discussion. L’action en faveur de sa campagne et l’espoir d’un changement clair expliquent pour l’essentiel le recul de l’abstention. 

Gustavo Petro a perdu l’élection présidentielle colombienne. 

Mais il a aussi soulevé une espérance. Dans un pays où la guerre est une réalité depuis si longtemps, il a parlé de paix et de réconciliation, il a défendu les accords de paix, que le nouveau pouvoir compte détricoter. 

Dans un pays qui subit la vague néo-libérale depuis le début des années 90, il a parlé d’éducation publique gratuite, d’accès à la santé, de justice sociale et de répartition de la richesse. Dans un pays où les institutions manquent parfois de légitimité et les minorités sont maltraités, il a parlé d’état de droit, défendu les droits des femmes, des LGBTI. 

Dans un pays qui compte une biodiversité d’une richesse unique, mais où l’extractivisme est roi, il a prôné l’interdiction de la fracturation hydraulique, et parlé de la lutte nécessaire contre le changement climatique. 

Entre le premier et le second tour, Gustavo Petro réussit à rassembler les forces politiques alternatives, les principales figures de la rénovation de la vie politique colombienne pour atteindre les 8034189 voix et 41, 8%. Jamais une candidature à l’agenda progressiste n’avait reçu dans le pays un tel soutien, notamment à Bogota et dans les capitales régionales. 

La constitution lui attribue un poste de sénateur et à sa colistière à la vice-présidence un siège à la chambre des représentants.

Il existe désormais sous la conduite de Gustavo Petro une opposition en Colombie, et elle est populaire, sociale, écologiste, féministe.

Sergio Coronado

Bogota, le 18 juin 2018

Cet article a été publié initialement sur Politis

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Élections en #Colombie : La Colombie à la croisée des chemins par @SergioCoronado et @christianpdg #GustavoPetro #ColombiaHumana

La Colombie vit actuellement une période cruciale de son histoire. Les élections présidentielles ont enclenché des dynamiques politiques qui ont placé le pays à la croisée des chemins. Par Sergio Coronado, ex-député de la 2ème circonscription des Français de l’Étranger, et Christian Rodriguez, responsable des relations internationales Amérique Latine de la France Insoumise.

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Les Colombiens étaient appelés aux urnes ce dimanche 27 mai pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Iván Duque est arrivé en tête avec 39,1% (7 569 693 voix), candidat de l’extrême-droite soutenu par le parti Centro Democrático (Centre Démocratique) de l’ancien président Álvaro Uribe (2000-2010), devançant Gustavo Petro, ancien maire de Bogotá et ancien guérillero du M19, candidat de Colombia Humana (Colombie Humaine), 25,1% (4 851 254 voix). Ces deux candidats sont suivis de Sergio Fajardo, ancien maire de Medellín, soutenu par la Coalición Colombia (Coalition Colombie) composée du Polo Democrático (Pôle Démocratique), qui est le parti de la gauche colombienne, et du Partido Verde (Les Verts).

Le négociateur des accords de paix et candidat du Partido Liberal (Parti Libéral), Humberto de la Calle, est quant à lui arrivé loin derrière avec 2,06% (399 180 voix). Le bulletin de vote en faveur du vote blanc a obtenu 0,3% (6 0312 voix).

L’ancien vice-président Vargas Lleras, représentant de l’oligarchie traditionnelle, enregistre un échec cuisant avec 7,28% (1 407 840 voix), alors même que tout laissait croire qu’il allait bénéficier de ce que l’on appelle traditionnellement la maquinaria (c’est-à-dire les puissants relais clientélistes qui maillent une partie du pays, et qui pèsent lourd lors des élections). Le résultat de l’ancien vice-président a été l’un des symboles de cette élection, l’une des plus propres sans doute de l’histoire politique du pays. Les réseaux clientélistes dont il semblait disposer devaient le hisser au second tour, et il n’en fut rien. Cela ne signifie pas que ces réseaux n’ont pas agi. Mais leur action a été moindre, et au bénéfice de Duque. Il y a eu certes de la fraude, mais sans commune mesure avec le passé, et les électeurs ont pu voter sur l’ensemble du territoire.

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Des élections de temps de paix

La presse a pris l’habitude de présenter ce second tour, depuis l’annonce des résultats, comme l’affrontement de deux extrêmes. Il est vrai que les projets en compétition sont tout à fait opposés, mais il est pour le moins discutable de présenter ainsi le duel de cette présidentielle.

Cette élection arrive dans un contexte particulier, historique même. Après des décennies de conflit, elle se déroule dans un pays sans affrontement armé, puisque les FARC sont signataires des accords de paix avec le gouvernement de Juan Manuel Santos, et que la dernière guérilla en activité, l’ELN, a décrété un cessez-le-feu unilatéral et négocie avec le gouvernement.

Les accords de paix sont fragiles puisqu’ils ont été rejetés dans un premier temps lors du référendum d’octobre 2016, et que les principaux soutiens du candidat Iván Duque, arrivé en tête au premier tour de l’élection, ont fait campagne en promettant de les “déchirer”. Ils sont fragiles aussi car ils n’ont pas mis un terme définitif au recours à la violence. En effet, de nombreux assassinats ciblés ont été commis depuis leur signature contre des responsables des communautés indigènes et d’organisations sociales, comme le rappelle Harol Duque dans Mediapart.

L’un des enjeux de tout accord de paix en Colombie, car le pays n’en est pas à son premier, réside dans la capacité de l’État à respecter ses engagements et à garantir la sécurité des combattants armés ayant finalement rendu les armes au profit de l’engagement politique institutionnel. Le massacre de la Union patriótica (Union Patriotique) reste le meilleur exemple des échecs passés.

Ils sont d’ailleurs d’autant plus fragiles que, lors des dernières élections parlementaires, le Centre Démocratique d’Alvaro Uribe, l’ancien président et parrain de la droite dure, est arrivé en tête, et ce même si la répartition au Congrès est diverse, avec notamment une forte présence de la Coalition Colombie.

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Un paysage politique en mutation: l’effondrement des partis traditionnels

Dans un pays très longtemps dominé par les deux partis traditionnels, Parti Conservateur et Parti Libéral, le panorama électoral est pour le moins surprenant. En effet, si au Congrès libéraux et conservateurs conservent une forte représentation, cette élection présidentielle a acté la disparition de ces deux partis comme éléments structurants de la vie politique nationale.

Le Parti Conservateur n’était déjà plus en capacité de présenter seul un candidat à l’élection présidentielle puisque l’une des siennes, Marta Lucía Ramírez, l’a quitté pour devenir la candidate à la vice-présidence de Duque ; et le résultat du premier tour marque une forme d’acte de décès du Parti Libéral, gangrené depuis des décennies par la corruption, sa collusion avec le trafic de drogue et les groupes paramilitaires, et aujourd’hui condamné à jouer les seconds rôles, faute de stratégie et d’orientation.

Le candidat libéral, Humberto de la Calle, a été lâché par son parti, dirigé par l’ancien président Gaviria, qui n’a guère tardé à rallier le candidat uribiste. Les bases libérales ne sont pas unanimes dans ce soutien qui marque une rupture dans l’histoire du parti. Il en est de même des figures montantes du libéralisme. En ralliant Duque, la direction du Parti Libéral se prive d’un rôle de premier plan au Congrès.

Après avoir laissé entendre qu’il soutiendrait un rapprochement avec la Coalition Colombie et Gustavo Petro, le candidat libéral a fait savoir qu’il voterait blanc. Campagne et sortie ratée pour cet homme de qualité par ailleurs, qui s’est ainsi extrait du jeu de façon peu élégante. Dans la compétition électorale entre l’oligarchie traditionnelle et les nouvelles élites régionales, liées bien souvent aux groupes paramilitaires, ces dernières sont en train de gagner la bataille qui dure depuis deux décennies.

À l’uribisme triomphant se soumettent désormais les adversaires d’hier, conservateurs et libéraux. Les élites, de l’ancien et du nouveau monde, font corps contre le candidat Gustavo Petro.

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La Coalition Colombie, ou l’expression d’un vote d’opinion

Ce fut l’une des surprises de l’élection présidentielle. Sergio Fajardo et Claudia López ratent de peu une qualification pour le second tour, et gagnent à Bogotá, alors que les enquêtes d’opinion les donnaient presque toujours à moins de 20%.

Cette Coalition réunit sur la lancée de la Ola Verde (Vague Verte), Les Verts, et notamment les personnalités en vue de la vie politique nationale (Antanas Mockus, Claudia López, Angélica Lozano, Navarro Wolf…), les amis de Sergio Fajardo et le Pôle Démocratique, et le parti de la gauche colombienne, sous la direction de Jorge Enrique Robledo, dont une partie des militants et des élus choisit néanmoins de soutenir Gustavo Petro, qui fut dans le passé l’un des leurs.

Les Verts et la Vague Verte – qui est une sorte de mouvement politique plus large et plus souple que le parti, surtout dominé par des personnalités – avaient déjà eu un candidat au second tour de l’élection présidentielle en la personne d’Antanas Mockus, ancien maire de Bogotá et ancien président de l’Université Nationale, en 2010.

Cette Coalition est souvent abusivement présentée comme une force de gauche, sans doute en raison de la présence de Robledo et du Pôle Démocratique. Elle est en grande partie l’expression de ce que l’on a coutume d’appeler en Colombie le vote d’opinion, qui est un vote d’adhésion (par opposition au vote clientéliste). Il est la plupart du temps urbain, et le fait d’un électorat en général plus éduqué que la moyenne. Son positionnement, depuis sa création, la situe dans un centre extrême, qui rejette la polarisation de la vie politique colombienne, et fait de la lutte contre la corruption son principal axe de bataille. Son discours sur la rénovation de la participation politique est un élément central de leur offre, même s’il est peu concret. Ils insistent aussi sur la défense des minorités sexuelles. Le volet environnemental est néanmoins moins solide et radical que celui du programme de Petro.

Si nombre de propositions de la Coalition Colombie sont compatibles avec le projet de Gustavo Petro, il semble peu probable qu’elle lui apporte de manière unanime un soutien pour le second tour, alors même que les principales figures firent campagne sur la notion de vote utile les dernières semaines, en expliquant que le meilleur moyen de battre Duque était le bulletin de vote en faveur de Fajardo, dont le rejet dans l’opinion serait moindre que pour Petro.

Avant l’année électorale, Humberto de la Calle, la Coalition Colombie et Colombie Humaine furent pour nombre d’électeurs les composantes d’une coalition rêvée en faveur des accords de paix et de plus de justice.

L’appel au vote blanc du candidat Fajardo avant même que l’ensemble de la Coalition ne se réunisse montre la faiblesse stratégique de celle-ci, et un positionnement parfois opportuniste et politicien. Elle a fait campagne en se présentant comme la plus efficace pour battre le candidat uribiste, et une fois celui-ci qualifié, elle est désormais incapable de prendre une décision claire en tant que coalition.

Le Pôle prit position en faveur de la campagne de Petro sans tenir compte du point de vue de Robledo qui a décidé de voter blanc. Entre Robledo et Petro, le passif est lourd, depuis les années communes passées au Pôle. Des désaccords personnels expliquent en partie cette situation, mais l’essentiel est politique.

La Coalition est d’abord un accord entre des personnalités de premier plan aux parcours politiques parfois éloignés, elle n’est pas une force sociale en tant que telle, alors que Petro doit en grande partie son succès à la mobilisation de communautés organisées (indigènes, quartiers populaires, etc.) et de relais syndicaux de poids. La gauche sociale et politique choisit en très grande majorité Petro depuis longtemps.

La Coalition surfe bien souvent sur l’opinion, s’adresse en priorité à la jeunesse urbaine des universités, a un programme économique aux tonalités libérales et des exigences environnementales modérées. Elle se veut l’avenir du pays, sa face moderne. Elle a fait dans les dernières semaines une campagne ciblée contre Petro pour lui ravir la seconde place, reprenant parfois les arguments de la droite la plus dure (populisme, extrémisme, Venezuela).

Les figures les plus jeunes (Claudia López et Angélica Lozano) ont toujours ciblé en priorité les questions sociétales et la lutte contre la corruption, laissant de côté la question des inégalités et de la concentration de la richesse. Même si Claudia López partage avec Petro un combat frontal contre les groupes paramilitaires et l’ancien président Uribe.

Il y a dans leur refus de se prononcer clairement en faveur de Petro à la fois des questions de positionnement, mais aussi une forme de mépris de classe. Petro est une figure populaire. C’est un intellectuel de la politique issu d’un milieu simple. Son succès et son attitude, ni plus ni moins hautaine que celle des autres candidats, suscitent des critiques dans un pays de castes, où tout est dans les mains d’une oligarchie puissante.

Le ticket présidentiel de la Coalition Colombie (Fajardo/López) porte une lourde responsabilité en choisissant le vote blanc. Leur volonté de changement semble avoir été, aux yeux de nombreux électeurs, une tactique électorale plutôt qu’une stratégie de transformation réelle du pays. Heureusement, Les Verts appellent en majorité à voter Petro et rejoignent ce vendredi la campagne du second tour avec ses principales figures parlementaires.

La meilleure façon de conquérir le vote en faveur de Fajardo au premier tour est de remettre la question de la paix dans le débat, de faire de la lutte contre la corruption et de la défense des libertés et de l’état de droit les éléments de plus forte influence sur le vote d’opinion.

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Petro, une surprise malgré tout

La qualification de Gustavo Petro pour le second tour de l’élection présidentielle avait été annoncée par les sondages, elle n’en demeure pas moins une surprise. La crainte de fraude était fondée, et il est à souligner que cette élection a été sans doute la plus propre de l’histoire électorale du pays, malgré des fraudes constatées par la Mission d’observation électorale. La présence au second tour d’un ancien membre d’une guérilla dans un pays marqué par plusieurs décennies de conflit armé n’avait rien d’évident, tant le rejet de la lutte armée semble ancré dans l’électorat. Les résultats électoraux des FARC en sont la meilleure preuve : leur candidat s’est retiré faute d’audience et de soutiens, et d’autre part dans les régions longtemps sous contrôle des FARC, c’est le candidat uribiste qui vire très largement en tête.

Gustavo Petro avait fait l’objet d’une campagne d’une violence inouïe lors de son passage à la mairie de Bogotá. Il avait même été destitué pendant un moment et son bilan fait l’objet d’attaques en règle de la part de la presse et de la classe politique traditionnelle, sans que celles-ci soient confirmées par des indicateurs objectifs. La figure d’un mauvais gestionnaire a été alimentée depuis fort longtemps.

La campagne promue par la droite dénonçant les risques de castro-chavisme a eu beaucoup d’impact dans l’opinion, en raison de la proximité de la crise vénézuélienne et de la présence de nombreux vénézuéliens en Colombie, de même que les appels au vote utile en faveur de Fajardo.

Il n’en reste pas moins que pour la première fois dans l’histoire du pays un candidat issu des rangs de la gauche parvient à un tel résultat. Il y parvient, qui plus est, sans l’appui d’un parti, mais grâce au recueil de 846 000 signatures. Il réussit son pari en mobilisant un électorat populaire éloigné du vote, et méfiant à l’égard des institutions. Colombie Humaine s’inscrit dans la foulée du Mouvement progressiste que Petro avait lancé après son départ du Pôle Démocratique dans la conquête de la mairie de Bogotá.

Colombie Humaine réussit à mettre en mouvement la plupart des secteurs de la gauche sociale et politique, des responsables communautaires et des associations des quartiers défavorisés. La campagne fut en grande partie portée et organisée par une plate-forme numérique qui a donné lieu à des manifestations monstres dans les rues et les places, événements rares dans la vie publique colombienne.

Ses propositions se sont articulées sur trois axes : combattre la ségrégation et les discriminations, renforcer le secteur public (santé, éducation…), et lutter contre le changement climatique. Sa campagne s’inscrit dans le cadre très large des soutiens aux accords de paix et aux discussions avec l’ELN. Son ticket présidentiel est Angela Robledo, candidate à la vice-présidence et membre des Verts.

Son adversaire Iván Duque porte un projet opposé. Il a joué sur sa jeunesse, 42 ans, et son entrée récente en politique. Après une vie professionnelle aux États-Unis, il est devenu sénateur. Ses propositions sont, pour un candidat uribiste, “relativement” modérées. Il n’en reste pas moins que son opposition aux accords de paix, sa volonté de suppression des Hautes Cours afin d’en finir avec l’indépendance de la justice, son alignement sur le patronat et son soutien des secteurs les plus réactionnaires font craindre pour la paix, l’État de droit et la situation des plus pauvres et des minorités. Le volet environnemental est inexistant. Il est en fait un soutien de l’extractivisme dans toutes ses formes. Il a aspiré une grande part de l’électorat traditionnellement conservateur et réactionnaire avec une tonalité plus mesurée que celle habituellement utilisée par les uribistes, promettant même un changement des pratiques politiques, via notamment les limitations des mandats.

Il est désormais le candidat de l’oligarchie, du patronat, et des secteurs les plus corrompus du pays. Il bénéficie du soutien de la classe politique traditionnelle dans son ensemble : partis conservateur et libéral, le parti de la U et Cambio radical (Changement Radical).

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Un second tour aux enjeux clairs

La situation politique a mis quelques jours à se décanter, notamment en raison des incertitudes du positionnement de la Coalition Colombie et de ses membres. Le paysage est désormais connu. Face à Gustavo Petro se dressent non seulement l’uribisme et son candidat du Centre Démocratique mais l’ensemble de la classe politique traditionnelle colombienne, oligarchie et nouvelles élites régionales, patronat et éditorialistes, et les secteurs les plus conservateurs et corrompus du pays.

À vrai dire, les enjeux de ce second tour ne se résument pas tant à l’affrontement de la gauche et de la droite, mais plutôt au face-à-face du pays et de la société colombienne contre la classe politique traditionnelle, clientéliste et corrompue. Ceux qui tiennent le pays, ceux qui ont toujours préféré la guerre, qui leur rapporte, à la paix, et ceux qui ont un temps déclaré soutenir la paix mais jamais au prix de leur privilèges. Ceux qui volent, trichent, se servent dans les caisses de l’État. Ceux qui au nom de Dieu mènent désormais une guerre contre les libertés individuelles et les minorités. Tous ceux-là sont maintenant réunis, main dans la main, contre Gustavo Petro.

Il serait audacieux de dire que la victoire est à portée d’urne pour Colombie Humaine, mais le candidat Petro apparaît aujourd’hui clairement comme l’alternative à cette classe politique gangrenée. Il peut lever une vague citoyenne, être l’outil de tous ceux qui ont en assez d’un pays sous tutelle. Il peut donner de la force à cette volonté de changement qui est celle d’une grande partie du pays. Place au revolcón (la culbute). Enfin, cependant que les électeurs débattent des options du second tour, la Colombie vient de faire son entrée à l’OCDE et à l’OTAN.

Cet article a été publié originellement sur Le Vent se lève

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Tandis que l’#Aquarius fait route vers l’Espagne, l’#Europe s’abîme un peu plus par @BenMonville

Dimanche 10 juin 2018, le nouveau gouvernement italien par la voix de son ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini refuse que l’Aquarius, navire de l’ONG française SOS-Méditerranée, accoste en Italie. Il tweete reprenant à son compte l’iconographie fasciste de l’homme fort debout sur fond noir les bras croisés et le regard fermé avec inscrit sur un bandeau rouge criard en lettres grasses « fermons les ports ». Aux environs de 22h00 les autorités italiennes ordonnent au navire qui transporte 629 migrant·e·s dont 123 mineurs isolé·e·s, 7 femmes enceintes et plusieurs blessé·e·s de s’arrêter à quelques 35 miles nautiques des côtes italiennes. L’embarras de quelques ministres cinq étoiles de la coalition jaune et verte est vite balayé et le gouvernement italien s’accorde pour renvoyer la responsabilité sur Malte qui renvoie la responsabilité à l’Italie tandis que les gouvernements des autres pays européens se taisent et détournent le regard.

Ainsi commence dans la nuit du 10 au 11 juin 2018, le sinistre feuilleton de l’Aquarius, condamné à errer plusieurs heures durant dans les limbes de la politique xénophobe des chancelleries européennes. Au milieu de ce marasme politique, seuls les maires de plusieurs villes portuaires en Italie ; Naples d’abord, suivie par Palerme, Messine et Reggio Calabria, se disent prêts à accueillir l’Aquarius et ses passagers. Auxquelles s’ajoute, la voix dissidente du maire de Riace, Mimo Lucano, et de toute la communauté de ce petit village de Calabre qui, depuis 1998 et le naufrage d’un bateau transportant 300 kurdes sur ses côtes, a fait de l’accueil des migrant·e·s l’occasion d’une renaissance. Ces villes et leurs édiles rompent le silence mortifère de gouvernements gangrénés par le racisme structurel d’un ordre libéral dont les tenants s’ingénient à transformer la demande de justice sociale et environnementale de la part de populations écrasées par des politiques d’austérité en vindicte contre les migrant·e·s. Ces villes et leurs édiles sauvent l’honneur de l’humanité et font naître un espoir encore jeune.

Le lendemain, lundi, le haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés appelle les gouvernements concernés à consentir immédiatement au débarquement des centaines de personnes bloquées en Méditerranée. Rappelant que cette situation est contraire au droit international et à la convention européenne des droits de l’homme. Malte et l’Italie continuent leur jeu de ping pong cynique tandis que la maire de Barcelone en Espagne se dit prête à son tour à accueillir le navire et ses passagers. En France, on n’entend toujours rien. Comme si nous n’étions pas nous-mêmes un pays méditerranéen comme si nous ne comptions aucune ville portuaire sur la Méditerranée. Sans doute que l’histoire particulière de ces villes, de leur soumission au pouvoir parisien ou assujettissement aux intérêts d’une bourgeoisie qui crève de peur à l’idée de perdre son pré-carré doré explique en partie qu’elles soient incapables de la moindre parole autonome.

Macron se tait au moins publiquement même si on ne peut pas douter que le silence français doive quelque chose à sa volonté. Il faudra attendre lundi soir pour que de Corse et par la voix d’un de ses leaders nationalistes nous soit donner l’occasion de ne plus avoir tellement honte des autorités de notre pays. Entre temps un porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a déclaré que « la France a fait sa part » continuant d’alimenter le fantasme d’une invasion de migrant·e·s alors même que la France a accueilli en 2017 à peine plus d’un·e migrant·e pour mille habitants (1,3 pour la précision). Mais aucun examen rationnel de la réalité ne tient devant l’entreprise mensongère des élites de notre pays qui trouvent ici le meilleur moyen de détourner l’attention du peuple de leur responsabilité absolue dans la dégradation constante depuis les années 1980 de nos conditions de vie et la mise à sac de notre État social. Pour ne rien dire de celle qu’ils assument en défendant les intérêts de nos entreprises, d’État ou pas, en Afrique et au Moyen-Orient et qui sont à l’origine de la fameuse crise migratoire qu’ils prétendent ensuite devoir subir. Et puis, dans l’après-midi, le premier ministre espagnol nouvellement élu déclare que l’Espagne est prête à recevoir l’Aquarius et ses passagers dans son port de Valence. Matteo Salvini, le ministre italien d’extrême droite exulte : il a fait la démonstration qu’il était l’homme fort de la péninsule et vient de réussir son entrée dans la cour des grands sur la peau de 629 personnes condamnées à errer un jour de plus dans les limbes de la xénophobie des chancelleries européennes exception faite donc de l’Espagne. Le deuxième épisode du sinistre feuilleton de l’Aquarius s’achève et on se demande jusqu’à quel point il leur sera possible de déconsidérer l’idée d’une Europe de la paix et des droits humains qu’ils prétendent défendre.

Mardi 12 juin, l’Aquarius a été ravitaillé la veille au soir par les autorités maltaises en eau et en vivres. Mais si ses passagers ont à boire et de quoi manger pour un repas supplémentaire, l’atmosphère est écrasante à bord. Il fait très chaud et le bateau est chargé bien au delà de sa capacité normale. Les hommes dorment à même le sol sur le pont, les femmes étouffent à l’intérieur, la promiscuité est extrême. Un homme, effrayé à l’idée d’être raccompagné en Libye menace de se jeter par dessus bord. Enfin, les autorités italiennes transmettent l’autorisation de mettre le cap sur Valence en Espagne. Elles annoncent en même temps que des embarcations militaires déchargeront l’Aquarius d’une partie de ses passagers et feront route avec lui jusqu’à destination. Pendant ce temps là, l’Aquarius manque à sa mission de sauvetage alors que des centaines de migrant·e·s embarquent chaque jour sur les radeaux du désespoir que les autorités libyennes laissent de nouveau partir en nombre pour augmenter la pression sur le nouvel exécutif italien et en tirer de nouveaux avantages. La traversée est prévue pour durée quatre jours.

Le troisième épisode du sinistre feuilleton de l’Aquarius s’achève sans qu’on puisse en dire autant du calvaire de ces milliers de femmes et d’hommes réduits à satisfaire les intérêts des groupes dominants, qui exploitent leur force de travail, leurs territoires ou leur détresse. Et tandis que l’Aquarius est à flot et ses passagers sains et saufs, l’Europe sabordée par ceux-là même qui nous abjurent de la sauver s’est abîmée un peu plus.

Bénédicte Monville

Ce texte a d’abord été publié là : https://blogs.mediapart.fr/benedicte-monville/blog/120618/tandis-que-laquarius-fait-route-vers-lespagne-leurope-sabime-un-peu-plus

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Leçons du 26 mai 

 

  1. L’affirmation d’un nouveau mouvement des quartiers populaires prenant la tête du cortège de tête en alliance avec sa composante autonome, notamment représenté par les antifa est une excellente nouvelle. La convergence entre jeunes précaires des quartiers populaires et jeunes intellectuels est un pas important dans la construction de nouvelles alliances. Le fait que quoi qu’en pensent les mouvements ayant appelé à la marée populaire du 26 mai, cette reconnaissance ait eu lieu sans opposition et avec le soutien visible de milliers de manifestants est un aspect positif du Mai rampant ouvert depuis le printemps 2016. 
  2. La manifestation n’a pas été un échec contrairement à ce qu’en disent les médias dominants et les portes paroles du macronisme ; Outre que les chiffres de la police sont manifestement faux, que la manifestation était décentralisée contrairement à la Fête à Macron, le cortège de Paris était massif ( plus de 60 000 personnes ) , combatif, populaire, marquée par sa diversité. Ce n’est pas un recul mais un approfondissement de la mobilisation.
  3. Toutes les composantes des luttes sociales et écologiques multiples étaient représentées. , de la ZAD à Air France, de la SNCF aux sans papiers, des luttes contre les violences policières à la justice climatique, du soutien à la Palestine aux Postiers du 92, des étudiants et des lycéens en lutte conte Parcours Sup au DAL. . La jeunesse des manifestants étaient une des caractéristiques de ce cortège. Ce renouvellement et cette transmission de témoin entre générations sont un fait important pour l’avenir.
  4. Ce qui compte c’est le caractère novateur de l’unité populaire en construction. Le dépassement de la séparation entre syndicats, associations, partis politiques dégage des potentialités importantes dans la construction d’une alternative populaire. Le cadre unitaire de la marée populaire doit être préservée, étendue et décentralisée à la base au maximum.
  5. Au delà du mot d’ordre «Stop Macron », la radicalisation antilibérale et anticapitaliste transparaissait clairement . Ce n’est pas un des moindres paradoxes du mouvement actuel que malgré le caractère défensif des revendications exprimées contre le démantèlement du service public, de la SNCF, des acquis des Jours Heureux …, ce qui est dominent c’est la demande d’une rupture avec l’ordre social dominant et non un simple retour à la situation des Trente Glorieuses. le mouvement ‘autoémancipation se  cherche, hésite mais progresse dans cette direction.
  6. La question médiatique est une question politique. Cette banalité de base est connue depuis longtemps. Mais aujourd’hui, nous avons semble t il atteint un pont de non retour. Le 26 mai bashing a un objectif : minoriser à tout prix lla manifestation, montrer l’isolement de secteurs en lutte, déconsidérer auprès de celles et ceux qui n’y étaient pas la possibilité même de convergence. ‘il est vrai que le mouvement est minoritaire, il est beaucoup moins isolé qu’il n’y parait du fait de ses orientations . Comment organiser une contre information efficace, créer nos propres médias, , organiser les usagers des médias doit devenir un axe politique de la résistance.
  7. Nous n’avons pas le récit de notre mouvement. Ce ne peut être le Front Populaire, mémoire d’une grève générale adossée à un gouvernement populaire venant de gagner l’élection. Cette référence ne peut être celle qui structure le mouvement. De plus,  un Front nécessite un minimum d’accord entre de grandes organisations . Nous n’en sommes pas encore là. Le mot d’ordre d’Unité populaire nous semble< plus adapté à ce stade adossé à celui de Zone à Défendre. Une zone c’est à la foi un territoire concret et politique, celui de NDDL mais aussi celui des services Publics modèle de civilisation, celui des biens communs que sont la santé, l’éducation, la culture, l’eau, la terre ou l’air ,  mais aussi la <z<a<d en tant que possibilité d’agir en commun, de capacité à agir là où on habite, o se forme , on travaille.
  8. La question européenne commence à être dans toutes les têtes. Ce qui vient de se passer en Italie démontre que si nous laissons abdiquer toute souveraineté populaire, ce qui reste de combattant-e-s  sera broyée par le pouvoir financier et ses bras armées ( Commssion européenne, FMI, Banque mondiale , BCE….ce qui veut dire aussi que nous devons penser notre stratégie de lutte du territoire à l’Europe et au monde. Les luttes actuelles à la SNCF ou dans l’éducation ne peuvent se résoudre siplement à l’échelle franco française. Il nous faut repenser comme à l’aube du mouvemenbt ouvrier des stratégies à l’échelle transnationale.
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Pour une Europe du Tout-Monde :  Désobéir pour reconstruire

Europe : déclaration de la Coopérative politique Écologie Sociale

Les élections européennes de 2019 seront après la séquence de 2017, la seconde phase de la recomposition politique. Même si « Ecologie sociale » considère que le moment « municipaliste » de 2020 est pour l’écologie de transformation, l’occasion majeure de la recomposition à partir des territoires, les élections européennes seront en France un moment d’affrontement avec le macronisme et son monde, ce sera certainement l’occasion pour l’écologie sociale de confronter les autres écologies, libérale et sociale-démocrate. Cette confrontation entre le macronisme écologique, reprenant les positons euro-béates de Daniel Cohn-Bendit, la sociale démocratie écologisée du PS ou de Génération-s campant sur les positons d’une Europe sociale néo-keynésienne mais impuissante et l’écologie de transformation sociale, insoumise. Elle permettra de choisir entre des projets clairement identifiés. C’est ce débat auquel ce texte prétend contribuer. 

D’autre part, ces élections européennes seront aussi l’occasion de tirer les leçons des quatre crises politiques majeures qui se sont succédées en Europe depuis la précédente consultation : la crise grecque, la crise migratoire, le Brexit, le référendum catalan et ses suites, auxquelles nous ajoutons le suivisme diplomatique de l’Europe, incapable de faire entendre une voix propre en faveur de la paix face aux guerres contemporaines. Toutes ont en commun d’avoir révélé la fragilité de l’Union européenne en tant que construction institutionnelle, réduite la plupart du temps à être le véhicule des politiques de dérégulation.

Dépasser et déconstruire les faux clivages, sortir du dogmatisme euro béat :

Etre pour ou contre l’Europe est un faux débat. Les débats sur l’Europe sont depuis des décennies des débats convenus fondés sur des clivages dans lesquelles nous ne nous reconnaissons pas à commencer par le premier d’entre eux, entre « pro » et « anti européens ». Ce faux dilemme empêche toute approche nouvelle, centrée non autour du seul rapport entre la France et l’Europe, mais entre l’Europe et le monde tel qu’il est devenu. Si l’Union européenne continue dans l’état, elle n’aura qu’un sombre avenir.

Sa survie dépend de la capacité des peuples européens à remettre en cause ses fondements, à construire les perspectives d’une autre orientation. Sortir du dogmatisme européiste suppose de déconstruire le discours des élites qui estiment que la seule Union qui vaille est celle du libre-échange au service de la finance et contre les biens communs.

Cette Europe libérale et productiviste est devenue un repoussoir pour la majorité des populations européennes. Refuser le cadre institutionnel de cette Union ne fait pas de toutes celles et tous ceux qui le contestent des antieuropéens. De même celles et ceux qui transforment l’Europe en un fétiche pour défendre la concurrence libre et non faussée ne sont pas des « pro européens » mais des promoteurs du capitalisme mondialisé.

Ce texte définit trois objectifs : lutter conte le projet européen actuel, libéral et productiviste, l’apartheid européen et l’état d’exception. Il propose une nouvelle architecture : le cosmopolitisme, les bio-régions et le confédéralisme démocratique. Il présente une méthode pour la refondation de l’Europe :  construire un bloc social écologiste européen, désobéir aux traités, construire une Europe de la mondialité, proposer un nouveau récit : celui d’une Europe du tout-monde.

A Les objectifs :

1. Ne demandons plus l’Europe sociale, accédons à la citoyenneté sociale et à la démocratie sociale européenne en nous fédérant par le bas

Les quatre crises grecque, anglaise, catalane, migratoire ont reposé la question sociale. Comment se battre pour un espace européen démocratique et défendre les droits de chacun•e à la dignité et au bien vivre alors que les classes dirigeantes et institutions européennes imposent un rapport de force défavorable ? Cela fait près de 40 ans qu’on nous bassine avec l’objectif d’une Europe sociale qui n’a aucune chance de se réaliser en l’état actuel des traités. Nous savons par ailleurs que le parlement européen à peu de poids face à la commission, au conseil, et aux gouvernements. Dès lors, il doit être une tribune pour nos combats contre l’austérité, le libéralisme ; un lieu pour livrer bataille contre le poids des lobbys et de la finance ; un point d’appui pour les luttes des peuples européens.

L’enjeu est dans la construction d’une nouvelle souveraineté populaire à l’échelle transnationale. Cela implique de dépasser le débat entre les partisan·e·s de la sortie de l’Europe et celles et ceux d’une « autre Europe » qui par magie renverseraient dans les urnes la majorité néolibérale actuelle.  L’Europe sociale est aujourd’hui un leurre parce que :

•L’Union européenne a été construite pour construire d’abord un grand marché, où prédominent actuellement les intérêts de l’oligarchie à travers le dumping social, la mise en concurrence des travailleuses et des travailleurs, la primauté de la libre circulation des capitaux, la fraude fiscale, l’écrasement des plus vulnérables, à l’intérieur des États et entre eux.

•Partout en Europe, l’avènement d’une société du précariat où chaque individu est appelé à être entrepreneur de lui-même se manifeste par la paupérisation des populations, leur absence d’autonomie, la croissance des inégalités et une concentration sans précédent des moyens de production et de la richesse.

•La vision libérale des rapports sociaux fondée sur l’opposition entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, les insiders et les outsiders, a invisibilisé les classes populaires et leurs conditions de vie et de travail de plus en plus fragiles partout sur le continent. En France et en Europe, il faut opposer au discours dominant le droit des peuples à choisir, à décider leur contrat social, à protéger les communs face à la logique de marchandisation et de privatisation.

Rompre avec cette logique libérale suppose que nous revendiquions dans chaque pays une citoyenneté sociale européenne construite autour d’un protectionnisme solidaire européen, d’une relocalisation de l’économie, d’une harmonisation des politiques sociales et fiscales, d’une planification écologique à partir de bio-régions, de la généralisation des communs, de l’extension de la gratuité, du partage de la richesse, d’une écologie des revenus avec un minimum et un maximum décents. Cela suppose l’auto-organisation du travail, la réorganisation des temps sociaux, la rupture avec la logique du profit, la subordination du marché aux besoins sociaux et écologiques, le renforcement des droits des travailleuses et des travailleurs, l’intervention citoyenne à tous les niveaux de l’entreprise et de son environnement. La remise en question de la propriété privée des moyens de production commence par la reconnaissance de la notion de « bien commun » et son intégration dans les textes législatifs européens. La protection des biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises. Ils doivent être gérés démocratiquement et leur accès garanti à tou·te·s. Le droit de propriété doit être soumis à l’intérêt général, la propriété commune protégée et les services publics développés.

2. Pour une refondation démocratique de l’Union européenne autour d’un Traité de la Transition sociale et écologique.

Face au désordre et au chaos du monde, il s’agit de redonner une perspective à l’Europe, celle de fédérer un mouvement mondial de la justice climatique. La centralité de l’écologie politique, sa force propulsive est déterminée par la destruction programmée d’une partie de l’humanité par le dérèglement climatique et la disparition massive des espèces qui s’imposent comme les nouvelles questions sociales. Pour rompre avec le projet européen libéral productiviste, il nous faut refonder l’Union autour d’un Traité de transition sociale et écologiste pour une Europe des Communs. Nous voulons instaurer un Traité Européen du climat :

•Une Règle verte européenne, instaurant l’obligation ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu’elle peut supporter

•La refondation de la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, à travers la relocalisation de la production agricole et le soutien à l’agriculture écologique et paysanne.

•Un traité européen de l’énergie fondé sur l’abandon du marché carbone, la mise en œuvre d’une véritable politique de réduction des émissions de gaz à effets de serre avec des critères de convergence impératifs : la sobriété, le 100% énergie renouvelable, la sortie programmée du nucléaire

3. Contre l’apartheid européen, pour le droit à l’hospitalité.

Les politiques xénophobes européennes ont entrainé la montée de l’extrême droite partout sur le continent. En faisant de la question migratoire le critère essentiel de la « protection » des populations européennes contre la crise, elles ont pour objectif de mettre en place une modernisation régressive fondée sur la précarité du travail, de la vie, de l’environnement et sur des lois d’exception permanentes. Cette double rhétorique est devenu le ciment politique d’un bloc bourgeois rassemblant les bourgeoisies européennes de droite et de gauche, bras politique d’un capitalisme largement mondialisé. Si elle se construit dans le consensus mou, elle n’en est pas moins au service d’une politique barbare. Le tri entre réfugié•e•s politiques et migrant•e•s économiques est aujourd’hui partout la règle. Il y aurait plusieurs catégories de migrant•e•s allant des bons aux mauvais. Une hiérarchie nauséabonde s’installe. Or les migrations ne sont pas sécables en tranches. Parmi les raisons du soulèvement en Syrie, le réchauffement climatique, les dérèglements qu’il provoque et leurs conséquences sur nos ressources alimentaires sont désormais reconnus par les spécialistes. Les migrations font partie intégrante de l’histoire de l’humanité. Contre les politiques xénophobes, il faut un discours d’hospitalité et de fraternité.

Abolir les accords de Dublin qui reportent sur les pays frontières de l’Europe comme la Grèce, l’Italie, ou la Hongrie toutes les charges. Nous devons étudier aussi la possibilité de visas de transit pour les réfugié•e•s, établir des procédures d’admission plus rapides. Il faut remplacer Frontex car ce système est mortifère et criminel.

– Une solution à l’échelle mondiale qui réponde aux phénomènes migratoires dans leur ensemble. En 2016, les Nations-Unis crée l’OIM, (Office international des migrations) à côté de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ou de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Mais la politique migratoire européenne répond aux intérêts de celles et ceux qui ont intérêt à ne pas répondre à la crise des réfugié•e•s pour des raisons de politique intérieure. Elle ignore les recommandations et le travail de l’OIM. Nous devons contribué au niveau européen à créer les conditions d’une Conférence mondiale sur les migrations entre des forces populaires qui posent la question migratoire en lien avec les politiques impérialistes des multinationales et des Etats qui produisent les migrations forcées. La planète est en état d’urgence démocratique. La crise européenne des réfugié•e•s montre le recul de la conscience politique sur la question migratoire.

L’institution d’une citoyenneté européenne fondée sur le principe d’hospitalité et la libre circulation des personnes 

•L’institution immédiate d’une carte de l’Union pour les peuples sans Etat, comme les tziganes qui se définissent par la langue, le mode de vie et non par le sol ou le sang.

•L’instauration du principe de l’égalité des droits civiques et politiques pour toutes celles et ceux qui résident en Europe, quel que soit leur origine.

4. Contre l’Etat d’exception européen, pour une Europe des Droits fondamentaux

Depuis le 11 septembre, l’Union Européenne a suivi la voie choisie par les Etats-Unis en mettant ses politiques intérieures et extérieures sous influence américaine. Privés de souveraineté sur les politiques économique et sociale, les Etats n’ont plus que des stratégies sécuritaires en défense d’intérêts entrepreneuriaux transfrontaliers instables. Régulations globales et multilatéralisme sont attaqués de toutes parts. Les Etats sont tous, à des degrés divers, sous l’influence des stratégies d’entreprises et au nom de la protection de leurs intérêts, sont appelés à adopter des législations sécuritaires et liberticides, à contrôler et réprimer. Le libéralisme autoritaire et productiviste s’installe partout dans le monde ; dans la Russie de Poutine, la Chine de XI Jin Ping, les USA de Trump, l’Inde de Modi et dans les pays de l’UE. Si la paix a été effectivement un des fondements de la construction européenne, c’est la division de l’Europe entre Est et Ouest et l’occupation des deux Allemagne par les alliés qui a engendré une paix relative pendant plus de quarante ans. Relative car elle n’a pas empêché les conflits de basse intensité en Irlande du Nord ou au Pays basque, l’occupation de la Tchécoslovaquie, les guerres de décolonisation …  Après la fin de la guerre froide et la chute du Mur, l’UE n’a empêché ni la guerre dans l’ex-Yougoslavie, ni celles de Géorgie, de Tchetchénie et de l’Ukraine.

Lutter contre l’Etat d’exception en Europe, c’est d’abord refuser la guerre de civilisations, le remplacement de l’affrontement social par la guerre identitaire et la chasse aux migrant•e•s.

Mais c’est aussi refuser la militarisation des sociétés civiles et la surveillance de masse à travers le contrôle numérique de nos vies. Partout, une surveillance administrative de masse, réputée prédictive, se met en place sans véritable débat démocratique. L’État de droit cède devant l’ère du soupçon.

B Une nouvelle vision de la construction européenne

5. Pour répondre aux aspirations de souveraineté et d’autonomie des peuples : le confédéralisme.

Si l’Europe reste un échelon pertinent pour construire un modèle de société « glocal » reposant sur les territoires d’Etats-nations, l’Union européenne n’a pas su se dépasser autrement qu’en produisant un appareil bureaucratique, la Commission européenne, devenue le cheval de Troie du capitalisme mondialisé.  Après la négation du résultat du référendum de 2005 en France, la crise grecque, le Brexit, la Catalogne, maintenant l’Italie et devant la montée des mouvements d’extrême droite, la dislocation de l’Europe est désormais une hypothèse. Car l’Union Européenne organise de fait la régression démocratique des sociétés qui la constituent et crée paradoxalement les conditions de sa propre dissolution : le repli nationaliste. Repenser l’Europe dans le cadre de la mondialité en brisant son carcan institutionnel et en la refondant à partir du bas, est la tâche que nous nous donnons. L’objectif n’est pas une sortie de l’Europe pour se replier sur des Etats-Nations affaiblis et bien souvent impuissants, et dont la seule force est d’être un des cadres de la souveraineté populaire, mais de pouvoir articuler le local, le national, le « régional européen » et le mondial.

Ce réagencement passe par la construction par le bas d’un système d’auto-gouvernement au niveau local (municipalisme), régional (bio régionalisme) et confédéral (paneuropéen). Nous savons bien qu’en l’état cela relève d’une utopie. Mais le regain des demandes de souveraineté en Europe (Catalogne, Pays basque, Ecosse, Irlande, Corse….) ne peut que nous inciter à chercher une nouvelle voie déjà explorée au Chiapas, au Rojava ou sous d’autres formes en Bolivie (Etat plurinational). Ce qui se cherche à travers ces expériences, c’est une forme d’administration politique non étatique, ni nationale, démocratique et écologique.

6. Pour une Europe des bio-régions contre la métropolisation.

Pour les écologistes, la souveraineté européenne ne se construira que par le bas en rendant effective la décision et sa mise en oeuvre au plus près des populations. Dans ce sens, nous proposons que soit institutionnalisé le principe de bio-régions, pouvant faire l’objet de traités multilatéraux entre les Pays membres de l’Union européenne. Ces bio-régions, organisées autour d’institutions locales, régionales ou intercommunales, pourraient se doter d’un statut juridique leur permettant de mettre en place des projets communs de développement soutenable. Une bio-région correspond à une entité spatiale cohérente traduisant une réalité géographique, sociale et historique. Une bio-région est constituée d’un ensemble complexe de systèmes territoriaux locaux, dotée d’une forte capacité politique, elle vise à l’auto-soutenabilité écologique. Plus une entité démocratique est petite, et donc directement contrôlable par ces citoyen•ne•s, plus ses domaines de souveraineté sont restreints. La bio-région, est l’échelon à partir duquel la planification écologique peut s’organiser, permettant un contrôle démocratique du principe de subsidiarité.

La bio-région intègre les domaines économiques (système local territorial), politiques (auto-gouvernement), environnementaux (écosystème territorial) et d’habitation (lieux fonctionnels et lieux de vie dans un ensemble de villes, bourgs et villages). Elle peut être aussi définie comme un système socio-territorial qui cultive un équilibre dynamique entre établissement humain et milieu ambiant, rétablissant sous une forme nouvelle les relations de longue durée entre ville et campagne pour atteindre l’équité territoriale. Faire du contexte écologique dans lequel nous vivons à l’échelle d’une bio-région le lieu premier de la décision politique est le premier pas vers une société qui repose à la fois sur le respect des écosystèmes et des communautés humaines, non déterminée par les frontières nationales.

7. Pour la souveraineté des peuples d’Europe, construire la Confédération Démocratique Européenne.

Tracer une perspective politique claire suppose un cadre institutionnel qui rompt avec la juxtaposition des Etats-Nations, chapeautés par la technocratie européenne et soumis aux pouvoirs des marchands et des banques. Dépasser cet état de fait suppose de penser l’Europe comme une coalition à géométrie variables qui intègrent Etats, bio-régions, régions ultra périphériques, citoyen•ne•s européen•ne•s non « nationaux », résident•e•s à égalité de droits. Ce que démontre la Catalogne mais aussi l’Ecosse, ou encore la situation des Roms ou des minorités nationales dans toute l’Union européenne est l’incapacité des Etats-nations à gérer la question des peuples sans Etats. Ce n’est pas nouveau. Mais les deux guerres mondiales et la guerre froide ont gelé ce débat sur la question nationale. En 1789, la Révolution française a dépassé les provinces en détruisant les privilèges féodaux. De nos jours, la révolution européenne ne pourra passer que par la destruction des privilèges des nouveaux féodaux du CAC 40. Avec la mondialisation, nous sommes rentrés dans un processus de dépérissement de l’Etat-nation démocratique et d’effondrement des souverainetés populaires nationales. Ce processus est bien engagé. Parallèlement la mondialisation redéfinit les rapports sociaux en faisant apparaître de nouveaux acteurs globaux : les multinationales, les ONG, des institutions mondiales comme l’OMC, le FMI, la Banque mondiale.

Si en tant qu’écologistes, notre objectif ne peut être que la construction à long terme d’une Confédération Démocratique Européenne dans le cadre d’un monde solidaire, la nécessité d’une rupture avec l’institution européenne telle qu’elle est aujourd’hui s’impose.

La question institutionnelle est primordiale. Viser à un confédéralisme démocratique fondé sur une citoyenneté européenne redonnerait à l’idée européenne la crédibilité politique qu’elle a perdue. Il est temps de redonner à l’idée européenne une impulsion politique décisive par en bas. La défense de la souveraineté populaire passe par la promotion du municipalisme et la mise en réseau de villes ou territoires rebelles. C’est un des outils pour répondre aux aspirations à la souveraineté et à l’autonomie des peuples.

Pour concrétiser ce confédéralisme européen, nous demandons l’institution immédiate d’une carte de l’Union pour les peuples sans Etat.

C. Pour une nouvelle méthode :

8. Un nouvel internationalisme.

Les quatre crises européennes ont démontré au moins une chose. L’absence totale de solidarité entre les Etats de l’Union. Les Grecs comme les Catalans, sans rien dire des migrant•e•s, ont été abandonnés à leur sort comme du reste les révolutionnaires syriens ou kurdes. L’incapacité à concevoir une politique internationaliste est aujourd’hui un fait. Il s’agit de reprendre la tradition du mouvement ouvrier qui s’est constitué à partir de la défense des intérêts de la classe ouvrière par delà des frontières. Cette tradition a été celle des Internationales et notamment de la première qui réunissait non des partis mais une partie du mouvement ouvrier. S’inscrire dans cette perspective c’est d’abord tenir compte de la transformation de la classe ouvrière, de sa diffraction et de la multiplication des subalternités. Cela signifie dépasser les différences entre syndicat et parti, réseaux nationaux ou régionaux et initiatives locales, jusqu’à ce que soit posée une perspective qui réconcilie le Sud et le Nord, l’Est et l’Ouest sur la base d’un modèle de société qui doit se fonder sur trois éléments :

– Pour une Europe de la mondialité, défendre le cosmopolitisme :

L’Union européenne se réclame de l’universalisme européen, du modèle économique et politique de la civilisation occidentale, des valeurs des droits humains et du marché. En réalité cet universalisme a été impérialiste, expansionniste et colonisateur. Il a servi à légitimer un système monde de domination des peuples et des ressources naturelles, qui a engendré les inégalités contemporaines au nom de la « modernité ». L’universalisme européen est aujourd’hui le dernier argument du « Choc des civilisations » que nous refusons. Il ne prend en compte ni les peuples des Sud, ni les citoyen•ne•s de l’Europe, ni la planète. Il ignore que l’incroyable plasticité des sociétés humaines, leur capacité d’invention que manifeste notre diversité culturelle a été une des conditions de la préservation des écosystèmes et de la pérennité de notre espèce. Au contraire, l’intégration du monde au capitaliste industriel et financiarisé s’accompagne de leur destruction au point de compromettre les cycles fondamentaux de la nature. C’est pourquoi nous nous référons au cosmopolitisme.

– Construire un peuple – monde : 

Une nouvelle définition du peuple s’impose par l’émergence de citoyen•ne•s de plus en plus caractérisé•e•s, dans le contexte de la globalisation, par la multi-appartenance, le métissage, le besoin d’autonomie, l’ouverture sur les autres … forgée en référence à l’expression « économie monde » chère à Fernand Braudel, cette notion déborde très largement le champ économique. Son exploration est le prétexte à une réflexion sur les rapports sociaux, l’éthique et le droit à l’heure de la « mondialité ». Nous ne partons pas de rien, nous savons que des alternatives existent déjà à l’échelle mondiale qu’il faut faire converger. L’expérience des manifs anti G8, des réunions intergalactiques au Chiapas, des Forums Sociaux a permis de constituer des réseaux transnationaux dans beaucoup de domaines. Mais jusqu’ici, le lien stratégique a manqué pour que ces réseaux se fédèrent autour d’objectifs communs.

– Concevoir une nouvelle géopolitique européenne :

L’Europe n’est pas le centre du monde. Le déclassement géopolitique des États européens est avéré. Dans le nouveau monde, recentré sur le Pacifique, c’est-à-dire sur le face à face sino-américain, et qui est un monde régenté par les intérêts financiers et industriels, les gouvernements européens n’ont plus prise sur les réalités. L’Europe actuelle est resté un nain politique qui est incapable de produire une seule position commune face aux USA ou face aux conflits du Moyen Orient. Elle est devenue par défaut une branche de l’atlantisme et auxiliaire de l’OTAN. Nous devons oser un partenariat assumé avec la Russie, sans renier nos principes. Construire un axe euro – méditerranéen fort capable de dialoguer avec la Mittle Europa.

9. Construire un bloc social et écologiste européen pour recomposer le paysage politique européen

Pour qu’une nouvelle offre politique puisse se constituer, il faut partir des mouvements réels au niveau européen et de leurs aspirations : les mouvements écologistes, les minorités nationales, les mouvements sociaux contre l’austérité. Le socle social, ce sont les luttes qui l’imposeront.

La construction d’une contre société européenne

Edifier une fédération de mouvements sociaux et écologistes ne se fera qu’à partir de l’existence d’un espace public commun. Le cycle ouvert par les Indignés et le mouvement des Places en Espagne, Occupy Wall Street, les révolutions arabes, Nuit Debout, n’est pas terminé. En Italie à travers les Centres sociaux, les mouvements écologistes de défense des territoires, en Allemagne sur la scène alternative et antifasciste, à l’Est dans la lutte anticorruption se construit une contre société. Cette contre société passe par la constitution de plateformes communes et d’initiatives communes trans-européennes.

De nouvelles alliances de classes

Le nouveau rapport de force européen passe par de nouvelles alliances entre les classes moyennes issues du secteur public et des secteurs des nouvelles technologies du privé, du mouvement de la jeunesse en formation et des quartiers populaires. Nous avons un besoin urgent de tisser des liens politiques entre les groupes sociaux aujourd’hui divisés à la fois au sein d’un même pays et au niveau de l’Union. L’expérience des métallurgistes allemands autour de la RTT par ex. n’est pas partagée par les salariés européens. L’organisation des luttes au sein des grands groupes est balbutiante. Seuls les nouveaux mouvements comme les ZAD travaillent dans un espace politique commun parce qu’ils ont su créer un espace imaginaire commun. A cet égard, la déclaration de Lisbonne signée par La FI, Podemos et le Bloco, rejoints par les Rouge et Vert danois et Potere al Popolo en Italie, est une avancée, qui doit s’illustrer dans la campagne contre la fraude fiscale lancée de manière transnationale. C’est un premier pas dans l’émergence d’une souveraineté populaire transnationale.

Recomposer le champ politique européen autour des enjeux sociaux écologistes

Après les crises européennes (Brexit, Grèce, Catalogne…), les forces politiques organisées en Europe apparaissent hors-sol. Nous sommes dans un espace temps de recomposition. Dans nombre de pays, écologistes sociaux, écosocialistes, objecteurs de croissance, partisan•ne•s de la justice environnementale, zadistes libertaires et autonomes ont tissé des liens dans les luttes. Nous devons renforcer ces liens et faire émerger une coordination politique des écologistes européens qui travaillera avec les forces politiques qui se reconnaissent dans les réunions du plan B et les mouvements sociaux écologistes anticapitalistes internationalistes et parfois indépendantistes comme la CUP. Les mouvements politiques européens doivent se retrouver à partir de projets de société identifiables par les peuples. De cette recomposition doivent émerger des forces politiques nouvelles correspondant à l’attente des citoyen•ne•s européens. L’exigence démocratique qui se conjugue avec la révolution numérique entraîne et accélère la fin des vieilles formes de la politique. L’enjeu, et l’avenir, est dans la construction de mouvements politiques de masse liés aux révolutions numériques, écologistes, féministes, internationalistes et décoloniaux. Ces mouvements sont à la fois sur les places et sur les réseaux, s’organisant dans l’horizontalité tout en pouvant s’incarner à travers des figures emblématiques.

10. L’Union européenne, on la change ou on la combat ! Le Pouvoir constituant européen sera le produit de la désobéissance citoyenne aux traités.

Avec l’échec de Tsipras, 10 ans exactement après les référendums français et irlandais c’est la même illusion qui a conduit à la même défaite : celle qui a consisté à croire que l’on peut construire une issue favorable aux peuples sans autre stratégie qu’un rapport de force national et sans préparation. Il s’agit maintenant de se doter de scénarios alternatifs permettant de construire une sortie de crise crédible.

L’erreur de la gauche européenne, écologistes compris, a été de considérer qu’un pouvoir constituant doit être issu nécessairement des élections au Parlement européen ou de l’adoption d’une Constitution européenne. Car comment faire quand il n’existe pas de souveraineté européenne et que les règles établies par les traités ne sont pas discutables. Les limites de l’Europe viennent de ses origines.  Aujourd’hui, c’est la loi du plus fort qui domine, c’est-à-dire, en régime capitaliste, celle des pays les plus puissants économiquement. La seule voie envisageable pour que l’Union devienne l’expression de la volonté des citoyen•ne•s est celle qui organise la souveraineté populaire partagée. C’est pourquoi, se donner pour stratégie d’organiser le pouvoir constituant par le bas, c’est construire la fédération des communs en commençant par le développement d’un mouvement social européen. Mais ce mouvement social doit se doter d’une stratégie. Car, dans le passage de l’Europe actuelle à une autre Europe, il n’y a pas de continuité possible ; une rupture est nécessaire. C’est pourquoi nous considérons qu’il faut deux fers au feu : un Plan A et un Plan B.

Si le Plan A correspond à un mouvement social écologiste ayant institué une nouvelle hégémonie en Europe, il ne peut exister aujourd’hui sans une rupture réelle avec les Traités. Il nous faut donc un Plan B conséquent qui passe par une mobilisation sociale capable de bloquer l’application des Traités européens. Le Plan B ce n’est pas la régression nationaliste par une sortie de l’Euro et le retour au franc, c’est l’organisation de la désobéissance des populations et des Etats. Cette désobéissance aux Traités est la condition préalable à l’émergence d’un pouvoir constituant.

Concrètement, la désobéissance européenne comporte deux niveaux : un niveau défensif et un niveau offensif. Elle englobe :

  • La désobéissance aux traités européens et le respect des droits humains fondamentaux inscrits dans de multiples textes, en particulier de droit international ;
  • Le non-paiement de la part de la dette publique, réputée illégale, illégitime, odieuse et insoutenable par un Comité d’Audit telle qu’il a été organisé en Grèce ou en Equateur ;
  • Le contrôle des capitaux notamment comme mesure défensive contre le chantage de la BCE ;
  • L’arrêt des privatisations des biens communs et l’annulation de celles qui ont déjà été réalisées ;
  • le refus de transposition de directives contraires à l’intérêt général (par exemple, la directive 2001/18 sur les OGM, la directive postale…)
  • la dénonciation de directives déjà transposées ou de règlements en vigueur (par exemple, la directive 96/92/CE « marché intérieur de l’électricité »)
  • le refus d’abonder le budget communautaire lorsque ces fonds sont utilisés pour mener des politiques libérales.
  • La désobéissance européenne offensive correspond à la nécessité de ne plus seulement résister, mais d’inverser la tendance et de mettre en œuvre des politiques émancipatrices contrariées par l’Union. Ceci inclut notamment la mise en œuvre de mesures fiscales redistributives, la fin de la gestion d’apartheid des migrations, l’instauration d’un protectionnisme écologique et social, un paquet législatif anti-délocalisation…

Avec le plan B nous devons envisager de se nous mettre dans l’illégalité vis-à-vis du droit communautaire par le refus de payer des astreintes en dépit des condamnations qui ne manqueront pas d’arriver de la part de l’Union.

L’article 11 de la Constitution française stipule qu’il est possible de « soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ».

La question centrale n’est pas de construire des institutions mais de savoir comment reprendre le contrôle de nos vies. Les peuples européens doivent devenir ce peuple-monde. La Terre est notre seul pays. L’humanité, notre seule patrie.

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Texte Europe – Ecologie Sociale

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Marée populaire #26mai Déclaration de la Coopérative Ecologie Sociale Pour une unité populaire @CoopEcoloSocial

Convergence des luttes ou Mai rampant  

Pour une unité populaire 

1. Le mouvement social actuel fait partie d’une séquence débutée en 2016 sous François Hollande avec la loi El Khomry. De Nuit Debout aux cortèges de tête et aux blocages, les nouvelles formes d’expression et de lutes ont commencé à se généraliser au moment précis où la sociale démocratie se décomposait. Il n’y a pas de mai 2018 mais un mouvement de longue durée qui peut se définir comme une période de lutte de masse prolongée sans grève générale, au sens d’un mouvement de toute la classe salariée au même moment avec les mêmes objectifs et pour une durée plutôt limitée. Et pourtant le niveau de conflictualité y est très développé tant au niveau développement de formes de lutte auto-organisées et de contre-pouvoirs que des objectifs mis en avant. C’est pourquoi il est essentiel de combattre les illusions qui altèrent l’analyse de ce mouvement et risquent dans une période de reflux de démobiliser les équipes militantes qui en sont au cœur. 

2. Ce mouvement a plusieurs caractéristiques : minoritaire, radical, autonome, anticapitaliste.
I
l est structurellement minoritaire même si dans certaines parties du salariat, il représente la majorité des salariés comme à la SNCF ou Air France. Il est minoritaire parce que dominé par l’hégémonie de deux idées réactionnaires développées par les gouvernements de gauche et de droite depuis le début de la mondialisation. 

La première consiste dans le TINA « il n’y a pas d’alternative ». La seconde c’est l’idéologie de la réussite individuelle et le recul du collectif, la lutte de tous contre tous pour s’en tirer, la loi de la jungle présentée comme le nouvel idéal. Construire une majorité dans ces conditions quand il n’y a ni programme commun, ni revendications unifiantes pour des classes populaires qui peuvent parfois avoir des intérêts contradictoires implique que le mouvement reste minoritaire. D’autant plus qu’il reflète la division profonde des classes populaires entre fonctionnaires et salariés du privés, CDI et précaires, habitants des zones rurales ou périurbaines et quartiers populaires. Il est minoritaire car il diverge profondément sur les buts de guerre. Que faut-il gagner dans la période actuelle : un retour au programme du CNR ?, une auto organisation des précaires débouchant sur un revenu universel ou la défense du statut-quo ?, des revendications transitoires écologistes  ou une nouvelle croissance industrielle ? Ce mouvement est autonome. Dans les secteurs en lutte, celles et ceux qui luttent se regroupent et s’organisent sans hiérarchies, expérimentent de nouvelles formes d’association qui parlent en leur propre nom. Ces mouvements refusent les dirigeants, les partis et les programmes. Ils réunissent simplement des individus révoltés et luttent contre toute récupération politicienne. Cette nouvelle forme d’autoémancipation rappelle l’associationisme des débuts du mouvement ouvrier au XIXème siècle.  Ce mouvement est radical car il utilise un répertoire d’actions qui vont du blocage des universités à l’occupation sauvage comme celle du lycée Arago ou de zones industrielles, de carrefours routiers ou de zone de plateformes de transport et de logistique, de plateformes portuaires…Les luttes actuelles des travailleurs précaires permettent d’expérimenter de nouvelles stratégies de combat qui s’affranchissent de l’arbitrage de l’État. 

Ce mouvement est anticapitaliste. Il ne se contente pas de lutter pour la défense des acquis sociaux mais combat aussi la capacité de destruction du modèle social par le gouvernement. Le niveau de conscience qu’il génère même minoritaire est élevé. Sans rupture avec la domination, l’aliénation et l’exploitation capitaliste et productiviste, rien ne changera. L’agonie de la sociale démocratie en Europe et particulièrement en France montre que le seul choix réel à moyen terme est entre la gestion ultra libérale et une politique de transformation écologiste et sociale. 

3. La grève générale est le premier mythe à déconstruire. Les mouvements sociaux actuels reproduisent indéfiniment des archaïsmes qui sont des obstacles plutôt que des moteurs. La fragmentation des classes populaires, la fin des grandes concentrations ouvrières, les différenciations ethnico-sociales, l’affaiblissement des liens sociaux et des organisations syndicales et associatives, explique cette absence de projet commun et mêmes d’intérêts communs. L’idée de grève générale n’est pas fausse en soi : elle part du constat qu’il vaut mieux frapper ensemble que lutter séparément. A condition qu’elle se présente comme une exigence de généralisation et d’extension à partir d’expériences concrètes dans des situations concrètes, et pas comme une directive qui s’applique d’en haut, comme un « modèle » à appliquer de manière rigide, sans tenir compte des caractéristiques de la situation. Mais elle est devenue un leitmotiv, un nouveau fétichisme. Ce fétichisme pourrait entraver le prolongement de l’actuel mouvement social en ce sens que tout arrêt du mouvement devant l’obstination du gouvernement TINA apparaitrait comme une défaite sans appel. L’invocation à « la grève générale », se réfère à un passé qui ne reviendra plus, celui d’une classe ouvrière de l’ère industrielle qui par sa seule force d’inertie pouvait en s’arrêtant en finir avec le pouvoir du capital. Quand cela s’est produit en 1936, comme en 1968, les victoires ont été substantielles mais éphémères et n’ont pas débouché sur la conquête du pouvoir. Mais dans les conditions présentes, le concept de grève générale est un mot d’ordre passe-partout, qui indépendamment des circonstances, interdit de penser la stratégie du mouvement en cours en le réduisant à une seule option. Cette vision mécanique et étriquée de « la grève générale » empêche d’envisager d’autres possibilités, plus adaptés à la situation présente. Elle nous enferme dans un « tout ou rien » mortifère et à terme démobilisateur. Elle nous enferme dans un passé incertain, et ne permet pas de penser un avenir fait de possibles.

4. Pas de convergence des luttes sans convergence des buts. « Convergence : action de tendre vers un même but ». Des droites parallèles convergent à l’infini. « Converger ne signifie pas avoir le même but, ce n’est pas avoir quelque chose en commun, ni partager quoique ce soit… Non, c’est tendre vers cela sans jamais y parvenir. On ne peut converger que sur un projet, pas sur des refus différenciés. La convergence pour la convergence des luttes est un mot d’ordre vide de sens ; autant la convergence des buts est un objectif à atteindre : défendre les services publics, construire les communs, refuser la criminalisation des mouvements sociaux, développer l’objection de croissance. C’est pourquoi dans cette étape nous appelons à des convergences solidaires autour des enjeux sociaux et environnementaux : la planification écologique, la relocalisation de l’économie, le refus des projets climaticides, le revenu d’existence… La vraie convergence des luttes est celle des luttes sociales et environnementales. La question écologique est occultée par l’intensité de la stratégie du choc social entreprise par Emmanuel Macron. Mais une même logique de privatisation des biens communs est à l’œuvre en matière d’environnement. Le capitalisme vert que défend Nicolas Hulot au nom de l’écologie de marché montre ses limites et quand le Ministre de la transition écologiste et solidaire défend la réforme de la SNCF, cède devant le lobby du glyphosate, autorisé Total à exploiter l’huile de palme, cautionne les violences policières contre les zadistes de Bure ou de Notre- Dame -des -Landes, il est logique avec lui même. Mais la gravité de la crise écologique impose de refonder les logiques économiques ; la notion de « biens communs », sociaux et naturels, pourrait être le pivot de cette refondation ; mais les écologistes doivent formuler et mettre en œuvre des alternatives positives, capables de convaincre la masse des citoyens du caractère bénéfique de la sortie du capitalisme. L’écologie sociale a un rôle particulier, celle de s’appuyer sur les luttes les plus avancées, celle des ZAD, des facs et des travailleurs précaires pour mettre en avant le contenu et les formes écologique et sociale du mouvement actuel. Si nous ne croyons pas à l’abstraction de la convergence des luttes, des moments de convergences vécus comme des moments de dépassement et de rassemblement peuvent être crées pour construire cette convergence des buts. C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau récit. Si nous voulons organiser la contre-attaque, on ne peut plus se contenter de se défendre contre telle ou telle loi en demandant leur retrait. C’est juste mais c’est insuffisant de se battre contre la Loi ORE, la loi sur la SNCF, la loi sur les migrants.  S’il n’y a pas de débouchés aux luttes actuelles c’est d’une part qu’il manque un mouvement politique puissant pour leur donner une traduction en terme de représentation y compris institutionelle. Cette absence présente à terme un risque majeur, celui du dévoiement de la lutte des classes vers des mouvements contre l’émancipation comme on le voit en Italie ou en Europe centrale. Mais d’autre part nos luttes doivent avoir un caractère offensif et global pour changer la société. Ce qui se joue dans nos luttes, c’est la volonté de changer le mode de consommation, de production et d’échanges. SI nous devons converger, c’est autour d’un même imaginaire collectif. Ce n’est pas encore le cas.

5. L’idée de recommencer Mai 68 qui traverse en partie le mouvement actuel est une impasse. Elle ne permet pas de comprendre pourquoi le mouvement ne s‘élargit pas. En mai 68, les étudiants étaient pour beaucoup les enfants de la bourgeoisie. Aujourd’hui 50 % travaillent dans des petits boulots pour simplement survivre durant leurs études.  Ce qu’on retient le moins quand on parle de mai 68, ce sont les comités d’action, les comités de grève ou de quartier qui sont les formes d’organisation qui émergent spontanément dans le mouvement comme création sociale, sorties de l’imagination collective. Ces organisations prennent l’initiative d’exister et de décider pour elles-mêmes, allant jusqu’à inventer des formes langagières propres et réellement radicales parce que s’enracinant dans un mouvement qui débouche sur la grève générale. Mais ces organisations nées de la rupture avec l’ordre établi ne réussiront pas à s’imposer comme nouveau pouvoir démocratiquement et collectivement institué. Mai 68 a pu coaguler diverses forces et déboucher sur l’une des deux grèves générales avec Juin 36 parce qu’il existait encore une classe ouvrière industrielle concentrée dans de grandes entreprises et structurée par des organisations puissantes (CGT, PCF). Le chômage était résiduel et les aspirations à une rupture avec l’ordre ancien progressait dans toute la jeunesse. Rien de tel aujourd’hui. C’est pourquoi la comparaison avec Mai 68 si elle est une source d’inspiration ne peut être en aucun cas un modèle.

6. La crise du syndicalisme et du mouvement ouvrier s’amplifie parce qu’il se replie sur une partie du salariat et sur des stratégies corporatistes. La stratégie des grèves perlées de 2 jours définie par l’intersyndicale cheminote est une impasse. Les directions syndicales sont à la fois divisées sur la stratégie, les formes d’action et ne veulent pas être débordés par un mouvement d’auto émancipation. Les grèves parlées à la SNCF présentées comme une tactique efficace redonnent la main à ces directions en des reprenant l’initiative aux AG de bases. De fait les AG dans ce secteur ont été dévitalisées. Pourquoi se réunir puisque les décisions sont prises à l’échelon national par les fédérations ? Si l’intersyndicale continue à être soutenue du bout des lèvres par la CFDT et l’UNSA, c’est que ces deux confédérations attendent pour sauter dans le wagon gouvernemental que la grève s’essouffle par elle-même. Si le mouvement à la SNCF continue malgré ses insuffisances, c’est parce qu’il exprime au delà de la mobilisation des salariés pour la défense du statut, la volonté de défendre un modèle de civilisation, celui du service public. Les habitants de ce pays voient bien que dans la santé, l’éducation, la culture, le processus de privatisation s’accélère pour déboucher sur une société de marché. La question du rail est une question écologique. Elle pose le problème du transport, de l‘aménagement du territoire, de la justice climatique. Pourtant il n’y a pas aujourd’hui de mouvement massif d’usagers en soutien à la grève du rail sur des bases écologiques. La pétition lancée par Paul Ariès (pour un Plan B écologique et social,  planbecoloetsocialpourlasncf@gmail.com) sur cette base n’a pas eu de traduction en termes d’actions concrètes en raison de la faiblesse du mouvement social environnemental. La tâche des écologistes sociaux est de contribuer à cette convergence en initiant aussi à l’intérieur du mouvement syndical la construction d’un courant écosyndicaliste pour développer de véritables convergences anti productivistes, alternatives et autogestionnaires. La commission Ecologie de Solidaires, le courant Emancipation, certains syndicats CGT peuvent en être les vecteurs.  Mais au delà de la question écologique, le syndicalisme français est confrontée à son histoire et notamment aux limites de la Charte d’Amiens votée en 19O6 par le Congrès de la CGT. Sans même parler de l’étanchéité entre syndicalisme et politique, l’indépendance syndicale revendiquée ne permet pas aux syndicats de rassembler en leur sein ou de créer des dynamiques de l’ensemble du mouvement social. Or avec un salariat fragmentée, avec le développement des nouveaux mouvements sociaux, la lutte syndicale ne peut être réduite à la seule défense des salariés. Elle doit s’élargir à celle des locataires, des femmes, de la jeunesse en formation, des migrants, des discriminé-e-s, des LGBT. Un syndicat  brésilien comme la “Csb con lutas” regroupe les sans toits, le mouvements noirs et LGBTI et les mouvements sociaux en son sein, il montre qu’un syndicalisme intersectionnel, décolonial et écologiste est possible.

7. La question de la violence revient au devant de la scène à travers les cortèges de tête et les modes d’action des blacks blocks. Elle est pour le pouvoir un moyen de criminaliser et de diviser la sécession sociale. Les écologistes sociaux, partisans de la désobéissance civile n’ont pas une position morale face au recours à la violence. Nous nous interrogeons simplement sur l’efficacité tactique de pratiques qui devraient allier une guérilla symbolique à un élargissement continu du mouvement. A toutes les époques il y a eu des confrontations dans les manifestations. Entre les deux guerres, elles étaient même ponctuées par des morts d’hommes et de femmes. Ce que nous vivons est aujourd’hui un ersatz de ces manifestations dans les cortèges de tête qui expriment plutôt une radicalisation des manifestants qui de fait cautionnent les affrontements. Ces cortèges de tête sont devenus massifs et même comme durant la manifestation du 1 Mai, ils vont jusqu’à constituer les deux tiers du cortège dit syndical parce que la capacité d’encadrement des organisations traditionnelles s’est effondrée, que les manifestants n’en peuvent plus des manifestations traîne-savate derrière des ballons et surtout que la colère qui s’exprime à travers les cortèges de tête reflète la révolte sociale généralisée par rapport à la marchandisation de la vie sous toutes ces formes. Ce sont des “jacqueries urbaines” qui faute de pouvoir utiliser la grève comme moyen d’action exprime la révolte des précaires comme les “jacqueries paysannes” qui reviennent régulièrement au cœur des villes sont une des formes de luttes de la paysannerie  ( destruction de préfectures, de stocks de nourriture dans les supermarchés …). C’est pourquoi le débat interne au mouvement ne doit pas porter sur la question de la légitimité de la violence mais sur le développement efficace d’une guérilla pacifique multiforme fondée sur la désobéissance civile : blocages des facs, des lycées et de l’économie, occupations sauvages, débaptisation de rues, hacking informatique des entreprises concernées ou des services de l’état, organisation de circuits courts… Nous devons construire indépendamment de l’Etat notre contre-société, nos bases de résistance pour imposer un rapport de force favorable.

8. La stratégie du “Mai rampant” à la française est celle d’une guérilla sociale et citoyenne durable. Le mouvement actuel s’apparente au Mai rampant italien qui court sur la décennie 1968-78. L’enjeu du mouvement actuel, c’est l’émergence d’une ère de libération humaines et écologiques dans une société fracturée par la violence de la mondialisation libérale. D’un côté le précariat, de l’autre une classe salariée encore intégrée qui cherche à défendre légitimement ses acquis. Le Mai rampant, formule expliquant la période post 68 du mai Italien une expression faisant référence au caractère progressif, voire sinueux de la mobilisation. Ce mouvement social protéiforme, associant des mobilisations localisées et professionnelles fortes avec des journées nationales de manifestations, des grèves et des manifestations, des grèves ponctuelles et des grèves reconductibles, des va-et-vient entre les deux, des paralysies partielles (SNCF, métro et transports collectifs urbains, raffineries et dépôts pétroliers, routiers, etc.), des grèves tournantes ou la répétition de grèves sporadiques limitant le coût de la grève sur les salariés, la constitution de caisses de solidarité en direction des secteurs engagés de manière la plus durable dans la grève reconductible, des liaisons inédites avec les milieux intellectuels et artistiques critiques pour amplifier la délégitimation du pouvoir macroniste, la promotion de passages entre combats revendicatifs et expériences alternatives (pourquoi des AMAP n’approvisionneraient-elles pas gratuitement des grévistes ? pourquoi des universités populaires ne se déplaceraient-elles pas sur les lieux de grève en mettant à disposition des savoirs critiques ? pourquoi des artistes alternatifs ne seraient-ils pas davantage présents dans les manifestations ? etc.), des actions moins massives mais plus spectaculaires sur d’autres fronts où la légitimité macroniste résiste davantage au sein de la population (racialisation, logique sécuritaire, etc.), etc. Les caisses de grève sont un des moments forts de cette entraide. Reconstruire une cohésion et un réseau d’action d’abord au plan local. Les luttes des cheminots peuvent servir de point de départ unificateur L’objectif doit être de reconstruire une cohésion et un réseau d’action d’abord au plan local, de trouver des modes d’action complémentaires de l’indispensable arrêt de travail, qui bloque la production… Ici encore, nous avons besoin de temps pour renforcer un pôle social et écologique de combat. Ce temps paradoxalement, la volonté du macronisme de tout détruire nous en donne. Macron estime qu’il peut en finir avec « le vieux monde » en un quinquennat.  Il est en train de coaliser contre lui un mouvement social de type nouveau, à la fois résistant et créatif.

9. Dans cette stratégie de mai rampant, l’insubordination sociale se concentre autour des ZAD, du mouvement dans les universités et des luttes des précaires comme dans les MacDo ou les Deliveroo. Ces groupes sont engagés dans une guérilla sociale contre l’ubérisation du travail, de la formation et les “Grands Projets Inutiles et Imposés”. Ils défendent leurs intérêts de précaires et en même temps l’intérêt général quand ils contestent la modernisation capitaliste de l’aménagement du territoire. Ce mouvement ne doit pas se lire comme l’affrontement idéologique entre des groupes minoritaires et l’Etat mais comme l’émergence d’une nouvelle conscience de classe, celle des travailleurs précaires intellectuels et manuels. Ce précariat est formé notamment par des étudiants salariés ( au moins 50% des étudiants travaillent pour financer leurs études),  qui, à partir de leur condition,  forment une sorte de direction stratégique autonome du précariat. Ils inventent dans les ZAD comme dans les occupations de fac des pratiques liées à leur vie quotidienne : cantine et refus de la male bouffe, entraide, jardins, squats, lutte contre la publicité et la marchandisation, partage des savoirs… Cette émergence d‘une nouvelle conscience de classe s’affronte à un problème essentiel: les discriminations ethnico-raciales. Si les lycées professionnels ou classiques de banlieues n’entrent pas dans le combat massivement, si dans de nombreuses facs le mouvement ne prend pas, c’est que ce mouvement apparaît comme un mouvement déconnecté des préoccupations sociales de la jeunesse des quartiers populaires: racisme, violence policières, discriminations sont des angles morts de la mobilisation actuelle. C’est aussi parce que dans les quartiers périphériques, la faillite de l’état est une réalité, et que la culture de l’individualisme y a désormais de solides racines.

De même pour le moment, même des formes de convergence avancées comme celle de la «fête à Macron» laissent dans l’invisibilité ces questions essentielles. Les luttes des quartiers populaires ou celles des migrants ne sont pas prises en charge par le mouvement et ouvrent la voie à une montée du nationalisme et de l’extrême droite comme en Allemagne ou en Italie. Or le débat autour du plan Borloo a encore démontré que c’est dans les quartiers populaires où les services publics sont en déshérence, que les taux de chômage sont les plus élevés, que des millions de gens se sentent abandonnés. A quoi sert un mouvement social s’il oublie celles et ceux pour qui il est censé se battre ?

10. « Stop Macron » ne peut être le seul mot d’ordre politique. Puisque la séquence de lutte ouverte en 2016 n’est pas prête de se refermer, ce qui est en jeu n’est pas la simple contestation du macronisme mais bien celui de la lutte contre le monde qu’il représente. Si la question du pouvoir ne se pose pas, c’est que le macronisme n’est que l’expression du capitalisme mondialisé et de la haute technocratie d’un Etat nation devenu impuissant à réguler les ravages de la finance mondiale, transformé aujourd’hui en agent facilitateur de la finance. La question n’est pas de faire démissionner Macron mais de construire un levier politique pour impulser une transition, c’est-à-dire un processus de « transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » (dictionnaire de la pensée écologique). La transition entraîne une profonde mutation des modes d’action des acteurs et des infrastructures qui organisent leurs relations. La transition écologique et sociale repose sur la double prise de conscience de la finitude des ressources sur lesquelles repose la croissance économique mondiale et de l’empreinte environnementale issue de notre consommation énergétique. C’est pourquoi l’unité populaire en formation doit en finir avec l’idée du grand soir. L’absence d’alternative politique à court terme ne doit pas empêcher de développer un mouvement populaire par en bas, qui remet en cause le droit de propriété par l’entraide et la coopération par la construction d’un mouvement mature de contre-pouvoir et de contre-société s’appuyant sur des institutions alternatives, des zones d’autonomie démocratiques, des espaces de liberté, des coordinations de coopératives et d’entreprises autogérées, des communs partagés à tous les niveaux.  Des dizaines de milliers de militants commencent à comprendre que c’est dans les territoires et non au niveau des appareils et de leurs logos dévalués qu’émerge la force dont ils ont besoin pour ouvrir le chemin d’une nouvelle espérance. Le 5 mai comme le 26 mai permettent l’agrégation de forces politiques, syndicales, associatives dépassant les logiques d’étanchéité à l’intérieur du mouvement social, de construire une convergence de forces sociales, politiques, syndicales, associatives permettant de construire un cadre susceptible de se développer dans chaque quartier, villes, villages, entreprises, lieux de formations pour déboucher sur un mouvement d’unité populaire, fait de mobilisations et de luttes, pouvant dépasser la fragmentation actuelle et permettre tant dans les prochaines luttes sociales qu’au moment des municipales de 2020 de construire une nouvelle étape de l’insoumission. 

Le 25 mai 2018

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Villes rebelles, La coopérative écologie sociale participe au débat organisé par la mairie du 1er arrondissement de Lyon ce jeudi 24 mai 2018 @Mairie1Lyon

Pour la défense des biens communs et la promotion de l’écologie sociale?

Le programme de la rencontre :
– 18h 30 : accueil des publics
– 19h – 19h30 : mot d’accueil de Nathalie Perrin-Gilbert, Maire du 1er arrondissement de Lyon, qui nous parlera des politiques de proximité et du réseau européen des villes refuges.
Présentation de DiEM25 Lyon, Democracy
in Europe Mouvement 2025.
– 19h 30 – 19h 45 : Bénédicte Monville, militante écologiste, membre de la Coopérative Écologie Sociale. Anthropologue de formation, conseillère régionale d’Île de France EELV
– 19h 45 – 20h : Beppe Caccia, chercheuren histoire de la pensée politique, travaille pour plusieurs institutions de recherche internationales, maire adjoint aux affaires sociales de la
ville de Venise de 2001 à 2005
– 20h – 20h 10 : échanges avec le public.
– 20h10 – 20h 20 : Pause.
– 20h20 – 20h35 : Marc Lascorz, ingénieur, membre fondateur de
Barcelona en Comú
– 20h 35 – 20h50 : Sergio Catello, professeur d’italien au lycée (Melun) et à l’université (Paris 3 Evry)
– 20h50 – 21h : échanges avec le public.
– 21h – 21h 30 : buffet de l’amitié.

 

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