Emmanuel Macron prétend sans pouvoir convaincre s’opposer au nationalisme

La lettre d’Emmanuel Macron aux « citoyens d’Europe » déploie une rhétorique qui cherche à représenter l’inverse de ce que les implicites qui soutiennent son discours signifient. Cet article vise à expliciter les contradictions, le révisionnisme et la colonialité d’un discours qui prétend sans pouvoir convaincre s’opposer au nationalisme.

Cet article que j’ai volontairement concentré sur la question du nationalisme dans la lettre d’Emmanuel Macron est un extrait d’une analyse plus complète dont je publierai le deuxième volet autour de celle de l’écologie dans les jours qui viennent. 

La dénonciation par Emmanuel Macron du « mensonge et de l’irresponsabilité » des opposants à l’Union européenne dont il condamne le « repli nationaliste » et que seul désigne le pronom interrogatif « qui », en introduction de questions rhétoriques, est une manière de frapper l’ensemble de ses oppositions politiques d’une indignité nationaliste et d’esquiver le débat sur le fond. 

Pour autant, il y loin entre ceux qui pensent que les traités européens ont organisé cette Europe du capital qui précipite des millions d’Européens dans la pauvreté, creuse les inégalités dans nos pays et entre eux, condamne des dizaines de milliers de migrant-es à la mort, à l’enfermement, à la torture, à l’esclavage et les nationalismes que le président Macron prétend attaquer. Cette manipulation, qui évince du champ du débat politique les critiques formulées depuis des points de vue internationaliste, cosmopolite, écologiste et social, vise à mettre en scène un affrontement binaire mais factice où il incarnerait le bien « progressiste » contre le mal nationaliste des « exploiteurs de colère ». 

Une colère à propos de laquelle le président Macron évite de dire d’où elle vient et en quoi ils l’exploitent ? Deux questions auxquelles, on le comprend bien, il ne peut pas répondre. Puisqu’il lui faudrait admettre la responsabilité de tous les exécutifs avec lesquels, d’une manière ou d’une autre, il a collaboré avant de s’arrêter sur sa propre présidence. Face à la première, il lui faudrait admettre l’échec des politiques libérales à régler au moins deux des maux auxquels elles ont prétendu être la solution : le chômage et la pauvreté. Face à la deuxième, il lui faudrait reconnaître que les principaux mensonges sur lesquels prospère le nationalisme, celui de la menace migratoire ou de l’intégration impossible de populations issues de l’immigration qui sont toujours soupçonnées de fomenter le chaos, ont été sciemment propagés par les gens de son camp qui, des LR au parti socialiste, ont chevauché et légitimé le discours de l’extrême-droite sur la menace migratoire ou post migratoire pour divertir les opinions publiques de leur responsabilité dans la mise en oeuvre des politiques qui les ont appauvri et les exposent à la violence des transformations écologiques.

D’ailleurs, le nationalisme fonctionne dès son avènement comme un instrument de diversion des populations devant l’absence de régulation du capitalisme industriel et ses ravages parmi la classe ouvrière. Dès l’origine encore, il est assorti du colonialisme avec lequel ils forment un couple idéologique dont le président Macron évite soigneusement de rappeler qu’il fut une des instruments du triomphe de la bourgeoisie qui, du 19ème siècle à la première moitié du 20ème, lui garantit la conquête définitive du pouvoir et la mobilisation de populations auxquelles elle déniait l’égalité politique et sociale promise par la Révolution qu’il s’agissait d’intégrer à l’appareil productif industriel et d’envoyer à la guerre, coloniale d’abord, mondiale ensuite.

Ces escamotages soutiennent un « progressisme » qui sent la naphtaline quand il nous ressert le mythe d’une « civilisation européenne » arrimée à une « identité ». Il n’y a pas d’identité européenne mais une histoire, parfois commune, parfois non, qui a vu se constituer et se défaire des ensembles politiques qui ont entretenu entre eux, avec les populations qui les ont constitués et le reste du monde des relations très différentes. Cette vision fixiste des sociétés humaines, véritable révisionnisme anthropologique, est encore un trait qu’il partage avec le nationalisme. Tout comme il est faux d’affirmer que le modèle européen repose sur la « liberté de l’homme », un homme unique dont le président prétend ici qu’il dissimule l’inégalité d’individus appartenant à des groupes institués par l’ordre inégalitaire de nos sociétés et dont l’exercice de la liberté varie sensiblement. Une proposition flanquée d’une langue sexiste. 

Dans la même veine, ce président funambule propose de « remettre à plat l’espace Schengen » non pas pour en finir avec l’Europe forteresse mais pour renforcer « la nécessité de frontières qui protègent » dont il prétend, en outre, qu’elles sont une condition à la création d’un « sentiment d’appartenance » à la « communauté » européenne ? Ce qui signifie, en creux, que les populations européennes seraient menacées par les migrations et que le sentiment que nous pouvons avoir d’être lié au destin d’une communauté humaine ne peut s’épanouir qu’en opposition à d’autres êtres humains. Terrible proposition de repli. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Une autre concession de taille au « repli nationaliste », il le dit lui même, qu’il prétend fustiger. Ses affirmations contredisent toutes les analyses du programme des Nations Unies pour le développement humain (PNUD) qui montrent au contraire que les migrations dans le monde contemporain sont fécondes pour les sociétés. Et puis, que signifient « ces obligations strictes de contrôle » sans que soit jamais évoquée notre obligation stricte d’application du droit d’Asile ? Que signifie cette « solidarité européenne » de la part du président d’un État membre qui refoule systématiquement les migrant-es en provenance d’Italie y compris en bafouant le droit des mineurs auquel il est normalement soumis ? Quel sens donner à cette promesse de solidarité quand celui qui la formule fut conseiller puis ministre d’un gouvernement qui entre 2013 et 2014 a ignoré les appels à davantage de solidarité européenne de la part du gouvernement italien qui fut laissé seul dans sa tentative (la dernière) de répondre de manière humaine au drame des migrant-es qui se noient en mer Méditerranée ? 

Qu’importe les réponses puisque se sentant particulièrement inspiré par cet « humanisme européen qui est une exigence d’action » et dans un élan qu’on pourra juger contradictoire avec son souci de la frontière, Emmanuel Macron, pour qui « l’Europe a toujours su définir les normes du progrès », nous invite à nous tourner vers l’Afrique. Qu’importe là encore que l’humanisme soit justement né d’une critique virulente de cet ethnocentrisme occidental qu’il reprend à son compte et sur lequel de riches marchands allaient fonder leur droit à piller, leur droit à tuer. 

D’ailleurs, les puissances impérialistes européennes se sont-elles détournés un seul jour ces quatre cents dernières années de l’Afrique ? Saint-Louis du Sénégal, fondé en 1638, fut le premier comptoir français permanent en Afrique. Et le moins qu’on puisse remarquer est que l’Afrique a jusque là payé un lourd tribu à ce « destin commun ». Il serait également utile au président Macron de se demander quel progrès a préfiguré l’aventure coloniale en Europe même ? Aimé Césaire parlait du « progrès lent mais sûr de l’ensauvagement du continent », celui qui nourrit la « barbarie suprême ».

Sait-il que la simple évocation de l’aide au développement de la part d’un des premiers représentants d’une ancienne puissance coloniale dont le joug a brisé les sociétés africaines pré-coloniales des territoires qu’elle a conquis ou des principaux acteurs du capitalisme mondial dont le système de prédation ruine les populations africaines demanderait à être assorti d’une série de précautions pour ne pas être lue comme le signe d’un projet funeste. L’aide publique au développement envisage le plus souvent les intérêts des bénéficiaires, en fonction d’une définition rarement laissée à leur appréciation. De fait, elle a imposé des politiques dites d’ajustement structurel qui ont accéléré l’intégration des économies africaines au marché mondial en encourageant leur orientation vers le marché primaire des matières premières. Et ce, au profit des multinationales qui y développaient les infrastructures nécessaires à leur exploitation et des oligarchies au pouvoir justement pour leur inclinaison à accepter les termes d’un contrat extrêmement défavorables aux sociétés civiles. Quant aux pays de la zone Franc, ancien pré-carré colonial français en Afrique, le maintien du franc CFA par ces mêmes oligarchies asservies à leur tour aux intérêts de celles de la zone euro, encourage le processus d’accumulation des richesses en dehors de ces pays et donc de l’Afrique.

Que diable ! Tout heureux de son élan altruiste, le président veut que l’Europe soutienne des partenariats universitaires avec des universités africaines au moment même où son gouvernement décide de l’augmentation prohibitive pour les étudiant-es étrangers, en particulier africains, de leurs frais d’inscription dans les universités françaises.

La contradiction n’effraie pas Emmanuel Macron qui réclame dans la même phrase que l’Europe porte une attention particulière à l’éducation des jeunes filles africaines. À ce stade de son exposé l’odeur rance du colonialisme a envahi la pièce. Celui dont Albert Memmi disait qu’il s’employait à transformer le colonisé afin qu’il réponde aux exigences économiques et affectives du colonisateur. Et, j’ajoute, en particulier, à transformer la colonisée. Le président français commence par rapetisser l’Afrique en niant, à travers une représentation monolithique de la situation des femmes, tout à la fois l’immensité géographique du continent et la variété époustouflante des sociétés humaines qui s’y déploient. Ensuite, il réitère la proposition que la situation des femmes en Afrique aurait quelque chose à envier à celles de leurs soeurs européennes et, par conséquent, que ces dernières ne seraient pas, elles aussi, soumises à la domination masculine et glorifie, du même coup et encore une fois, le mythe de la supériorité des sociétés européennes. Un autre trait commun avec les nationalismes. Les femmes africaines subissent, comme partout ailleurs, la domination masculine qui trouve en Afrique, comme partout ailleurs, son origine dans la division sexuelle du travail, un fait social universel. Comme partout ailleurs, leur émancipation est proportionnelle au contrôle qu’elles exercent ou pas sur la production et la distribution des biens qu’elles produisent. Comme partout ailleurs, la lutte contre la domination masculine passe par une politique volontariste de réduction des inégalités qui cible singulièrement les inégalités femmes-hommes. 

Cette lettre n’est pas une coquille vide mais la lettre d’un très vieil homme incapable de tirer les enseignements des impasses où nous ont conduit le capitalisme libéral intrinsèquement impérialiste. Une idéologie dangereuse qui soumet le monde à un régime de prédation insoutenable et brutalise nos sociétés. Une idéologie qu’Emmanuel Macron cherche ici à régénérer à travers les artifices mortifères d’une sorte de nationalisme élargi aux frontières de l’Europe.

Cet article a d’abord été publié ici

SOS Démocratie en péril – Pour la constitution d’une coordination nationale anti-répression

En écho aux mobilisations unitaires des Gilets jaunes, du mouvement social et des quartiers populaires, cette tribune, à l’initiative d’une centaine d’intellectuel.le.s et de militant.e.s de diverses organisations, préconise de constituer une coordination nationale anti-répression.

Il est urgent de mettre un terme à la dérive antisociale, antidémocratique et autoritaire dont fait preuve le pouvoir en place depuis l’élection – par une minorité de Français – d’Emmanuel Macron. L’une s’alimente en effet de l’autre. La destruction accélérée de nos conquêtes sociales est facilitée par la remise en cause de libertés et droits fondamentaux, cela par le recours à une répression policière et judiciaire sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Cette stratégie a pour effet de criminaliser les acteur.e.s des mobilisations sociales et de nous cantonner dans des luttes défensives, tout en facilitant le passage en force du pouvoir pour imposer ses « réformes » destructrices, au mépris de l’intérêt général.

Depuis l’instauration de l’état d’urgence sous la présidence de François Hollande, des milliers de citoyen.ne.s, de jeunes même mineur.e.s, de militant.e.s et d’élu.e.s notamment, ont connu le «talon de fer» dans le cadre d’interventions policières : agressions physiques, blessures et morts, arrestations, poursuites judiciaires, perquisitions, condamnations, assignations à résidence, contrôles…..Les violences policières, d’abord appliquées aux quartiers populaires et aux concitoyen.ne.s descendant d’immigrations et souvent originaires, comme les migrant.e.s, de pays encore soumis à la prédation néo-coloniale, se sont vues étendre à l’ensemble du mouvement social et écologique. Les Gilets jaunes qui, à partir des périphéries abandonnées, remobilisent le pays de manière très majoritairement pacifique, paient un lourd tribut, et l’emploi d’armes meurtrières par les forces de l’ordre françaises fait l’objet de condamnations internationales, de la part du Défenseur des droits, de l’ONU, du Parlement européen, du Conseil de l’Europe … Qu’en sera-t-il de cette politique de «maintien de l’ordre» après le vote de la loi «Prévenir et sanctionner les violences lors des manifestations», qui aggraverait la loi de sécurité intérieure (d’octobre 2017), et à laquelle s’ajoute un projet législatif visant à restreindre les libertés de la presse?

Ce régime s‘appuie aussi sur un courant d’extrême droite et xénophobe qui, se nourrissant de la crise systémique d’après 2008, a conquis des centaines de places électives (municipales, régionales, européennes…) et qui alimente en sous-main un climat de violence, dont les médias dominants imputent la responsabilité aux seuls Gilets jaunes, et aux «casseurs» dans le cadre de cette mobilisation. Au bout de quatre mois d’affrontements urbains, les ronds-points sont «dégagés», mais même si, par des sondages aléatoires, on veut nous faire croire que l’opinion bascule en faveur de l »’ordre » dit républicain, dont le «grand débat» est une expression lénifiante, le mouvement des Gilets jaunes ne faiblit pas et renforce ses liens avec d’autres composantes du mouvement social. Parti d’une revendication catégorielle, il s’est élargi à une liste de propositions citoyennes qui remettent en question le fonctionnement même de la 5è République.

Quel débouché politique sera celui de cette mobilisation historique, aux élections européennes de mai prochain notamment, dans un contexte international désormais largement hostile aux droits démocratiques? Un élément à faire fructifier, c’est l’offensive gagnante de médias, de juges et de la mission d’information du Sénat sur la question des « dysfonctionnements majeurs de services de l’Etat », qualifiés de « chaîne d’irresponsabilités», dans le cadre de l’affaire Benalla-Crase-conseillers de l’Elysée-Macron… . Voilà une forme de résistance significative à l’arbitraire oligarchique, à l’extérieur et à l’intérieur de l’institution.

C’est pourquoi nous militons pour qu’une campagne associant mouvement social, Gilets jaunes, quartiers populaires et comités de soutien des victimes, articule étroitement la reconquête démocratique et celle de notre modèle social issu du Conseil National de la Résistance. Il est urgent de lancer une alerte citoyenne et de constituer une coordination qui organise des meetings nationaux et régionaux anti-répression, et qui ouvre une caisse nationale de soutien aux victimes ou aux familles de victimes, alimentée notamment par les organisations qui ont les moyens dont les syndicats, ainsi que par les citoyen.ne.s. Enfin des Etats généraux doivent débattre et lister des éléments programmatiques et stratégiques pour le refus du néo-libéralisme autoritaire et la promotion d’un véritable Etat de droit, démocratique et émancipateur, dont l’interdiction des armes précitées.

14 mars 2019

Pétition :
https://www.change.org/p/sos-d%C3%A9mocratie-en-p%C3%A9ril
Version courte :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/03/14/sos-democratie-en-peril/

Dossier de presse :
Libération :
https://www.liberation.fr/debats/2019/03/15/sos-democratie-en-peril_1715431
Invités de Mediapart :
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/150319/sos-democratie-en-peril
L’Humanité
https://www.humanite.fr/sos-democratie-en-peril-669467


Premiers signataires : 

Assemblée des blessés

Etienne Adam, syndicaliste, militant des droits de l’Homme
Louis Adam commissaire aux comptes, retraité
Jean Agnès chercheur en philosophie de l’éducation, ancien responsable associatif (Metz)
Bernard Allain, Marseille
Nils Andersson ancien éditeur, essayiste géo-politique
Guy Ayats enseignant retraité, syndicaliste
Karine Ballon déléguée syndicale CGT Fonction publique territoriale (Grenoble)
Franc Bardou écrivain et poète occitan
Christophe Baticle socio-anthropologue (UPJV, Amiens)
Adda Bekkouche juriste
Nicolas Béniès, économiste
Jacques Bidet, philosophe
Philippe Blanchet université de Rennes II, Fondation Copernic
Marie France Bonnemayre cadre de santé (34, Ganges)
Martine Boudet essayiste, CS d’Attac France (Toulouse)
Henri Braun avocat
Jean-Paul Bruckert, professeur retraité
Νοëlle Burgi, Université Paris I – CESSP, Département de Science Politique
Claude Calame historien et anthropologue (EHESS Paris), CS d’ATTAC, LDH
Gérard Chaouat directeur recherches émérite CNRS  INSERM (Paris, hôpital Saint Louis)
Jean Claret militant associatif (Toulouse)
Pierre Cours-Salies, universitaire, sociologue
Armand Creus, ancien responsable syndical au Grand Lyon – Metropole
Alexis Cukier, philosophe
Hendrik Davi, chercheur en Écologie, Marseille
Laurence De Cock, historienne 
Christian Delarue membre du CN du MRAP et altermondialiste (Rennes)
Bruno Della Sudda, militant altermondialiste et autogestionnaire (ancien conseiller municipal de Nice)
Gilles Deloustal simple citoyen (38, Les Adrets)
Monique Demare enseignante
Christian de Montlibert, sociologue, Strasbourg
Daniel Desmé, chargé de cours sociologie, retraité
Étienne Doussain, adhérent Attac
Tosse Ekue éducateur- animateur culturel
Didier Epsztajn, animateur du blog «entre les lignes entre les mots» 
Patrick Farbiaz militant écologiste
Jean-Michel Faure sociologue, membre du CSE (EHESS), professeur émérite Université de Nantes
Yann Fiévet socio-économiste
Bernard Fischer, employé de la Sécurité sociale
Jacques Fontaine, universitaire, géographe (Bourg-en-Bresse)
Jean-Marc Fontaine, retraité cheminot syndicaliste
Isabelle Garo enseignante, philosophe
Jean-Luc Gautero, directeur du département de Philosophie, Université de Nice-Sophia Antipolis
Karl Ghazi, syndicaliste, Paris
Jérôme Gleizes, Université Paris 13
Marie-Claude Herboux militante féministe
Gilles Houdouin, conseiller régional de Normandie (Le Havre)
Rada Iveković, réseau Terra
Samy Johsua universitaire en sciences de l’éducation (Marseille)
Anne Jollet, historienne
Robert Joumard commission Démocratie d’Attac France (Lyon)
Pierre Khalfa, économiste
Mathilde Larrère historienne 
Christian Laval, professeur émérite de sociologie
Claude Layalle, membre d’ATTAC France et du CL Paris 12ème
Christian Lazzeri philosophe
Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire
Francis Lecomte militant associatif et membre d’ATTAC Le Havre
Corinne Le Fustec, militante de l’éducation populaire
Christophe Lemasson, militant syndical
Patrick Le Moal, inspecteur du travail retraité
Serge Le Quéau, co-fondateur de Sud PTT Bretagne et altermondialiste
Jean Paul Leroux, agrégé de philosophie (Gap)
Patricia Leuenberger CL Attac Pays Basque
Fred Licciardi, Attac Sète-Bassin de Thau (34)
Olivier Long universitaire et peintre, Université Paris I
Raymond Maguet retraité militant associatif et citoyen
Jean Malifaud syndicaliste FSU
Philippe Marlière universitaire (Londres)
Jean-Pierre Martin, psychiatre retraité du service public 
Michel Mas, militant associatif et syndicaliste (Carcassonne)
Gustave Massiah, économiste (Paris)
Christophe Mileschi professeur des universités, traducteur, écrivain (Paris-Nanterre)
Alain Miossec, militant syndical
Martine Monier, militante altermondialiste, Attac (Paris)
Bénédicte Monville, conseillère régionale Île de France, élue à Melun et à la CAMVS
Robi Morder juriste
Alain Mouetaux ancien militant SUDPTT, militant associatif Attac Réunion 974
Arnaud Muyssen médecin hospitalier 
Richard Neuville, militant autogestionnaire et syndicaliste (Ardèche)
Ambroise Noémie poète, chanteur (Pyrénées-Atlantiques) 
François Nowakowski, urbaniste, architecte, maître de conférences à l’ENSA de Lyon 
Ugo Palheta, sociologue
Jeanne Parreau, commission Démocratie d’Attac France (Lille)
Jean-François Pellissier employé, responsable politique
Bastien Pereira Besteiro, sociologue, militant SUD Education (Lyon)
Evelyne Perrin présidente de Stop Précarité, CS d’Attac France
Martine Petit, membre d’Attac Quimper, co fondatrice de ACTES en Cornouaille ( Alliance Citoyenne pour la Transition Écologique et Sociale)
Yves Quintal association ETM 31.46 (Cahors)
Emmanuel Renault philosophe
Michèle Riot-Sarcey historienne
André Rosevègue, syndicaliste, membre de l’UJFP
Louis Salce militant associatif (Carcassonne) 
Henri Saint Jean formateur en Travail Social, retraité Doctorant au Laboratoire BePsyLab «Bien-être & Processus de subjectivation» de l’Université d’Angers
Catherine Samary, économiste
François Schalchli Commission démocratie d’Attac France (Toulouse)
Serge Seninsky militant associatif (Paris 10)
Patrick Silberstein éditeur aux éditions Syllepse
Gérard Tautil essayiste, coordinateur de la revue «Occitania-Lo Cebier» 
Jacques Testart, biologiste, critique de science
Jean Michel Toulouse essayiste, militant associatif et politique
José Tovar, professeur, syndicaliste
Jérôme Valluy, enseignant-chercheur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Jean-Paul Vanhoove, coordinateur de l’agenda des actions africaines (92)
Pedro Vianna, poète, homme de théâtre
Christiane Vollaire philosophe
Louis Weber, éditeur (Le Croquant)
Pierre Zarka, ancien directeur de L’Humanité

Confronté à un mouvement interclassiste, le Président de la mondialisation adversaire de l’Etat nation ne va rien céder par Claude Vilain

Contrairement aux analyses subjectives de nombreux polititologues ou soit disant, E M ne cédera rien sur l’essentiel.
Bénéficiant du pouvoir sans précédent de l’Etat, c’est à dire de sa violence réelle et non plus symbolique, son propos sera sécuritaire, c’est à dire relatif au maintien et au retour à l’ordre.
Bien sûr il concédera quelques mesures sociales, manifestera une empathie de crocodile, voire se livrera à une manoeuvre politique majeure concernant son propre camp, qu’il considère avoir failli face à une révolte qui pour lui relève des mises en cause de la gabelle, mais il demeurera droit dans ses bottes.
Politiquement il aura raison, quand bien même ses adversaires dont je suis, trouveront dans ses propos de quoi alimenter leur contestation ecolopopulaire.
Raison, car élu, notamment contre F Fillon pour en finir avec les spécificités de l’Etat nation à la française, il est condamné à tenir ses engagements de commandités.

E Macron cède aux GJ. Reniant son engagement devant l’AG de l’Onu, il renonce à se rendre à Marrakech signer le Pacte sur les migrations par Claude Vilain

Lundi, seule A Merkel et les premiers ministres d’Espagne, Portugal et de Grèce assisteront à l’ouverture du sommet mondial sur les migrations. Notre pays sera représenté par un sous ministre des affaires étrangères,  l’inconnu J B Lemoyne, tandis que huit pays membres de l’UE n’enverront aucun représentant.
Que le mouvement des GJ ait permis de souligner l’iniquité du financement de la transition écologique en soulignant le rapport dialectique entre justice sociale et environnementale, nous ne pouvons que nous en satisfaire, qu’il puisse déboucher sur une révision d’une fiscalité indirecte scandaleusement régressive, tant mieux, mais au delà prenons garde.
Son nihilisme négatif que soulignent des revendications politiques renvoyant pour la plupart aux institutions de la IVème,  sa nostalgie d’un passé prè soixante huitard, son origine voire ses manifestations interclassistes, expriment bien plus le ressentiment d’une classe moyenne à la recherche d’un passé à jamais révolu,  que la volonté d’abattre un modèle économique et social qui la renvoie inexorablement vers le prolétariat et son precariat.
L’extrême droite l’a très bien compris, quand bien même une fraction de la gauche ne souhaitant pas lui laisser toute la place s’est empressée de tenter de le récupérer tout en prétextant l’inverse.
Certains écologistes comme Y Jadot se sont prêtés à cette manoeuvre refusant de réaliser qu’il ne pouvait y avoir d’entente durable (cf. l’absence totale de convergence entre les cortèges de GJ et de la Marche pour le climat de ce week end) entre un mouvement réactionnaire aux nombreuses revendications sociales certes très légitimes et une écologie politique qui foin de ressentiment, exprime son optimisme dans une révolution des rapports de production.
En refusant de se rendre à Marrakech, E Macron commet encore une fois l’erreur de ses prédécesseurs. Après avoir cédé et à juste raison sur le secondaire -la hausse des taxes- il cède préventivement, du moins s’en convainc t il, sur l’essentiel en espérant freiner la progression des droites extrêmes.
Car à compter de Lundi prochain, c’est bien de cela qu’il s’agira de freiner et on n’y parviendra pas en satisfaisant les instincts les plus bas de crainte qu’ils ne s’expriment trop violemment, mais en les combattant sans aucune miséricorde.

Perquisitions au siège de la France Insoumise et au domicile de plusieurs de ses responsables – Déclaration politique d’Ecologie Sociale

Ecologie Sociale condamne le caractère totalement disproportionné des perquisitions opérées au siège de La France insoumise, premier parti d’opposition, et au domicile de plusieurs de ses responsables, dans le cadre d’une enquête préliminaire, sous le conduite du parquet, sans les garanties offertes par l’ouverture d’une information judiciaire et un juge d’instruction.

Ces perquisitions ont eu lieu après une séquence politique ouverte par les violences exercées par un collaborateur du chef de l’état, Alexandre Benalla, où le peu de cas que ce pouvoir pouvait faire de la justice et du respect de l’état de droit a été mis en exergue. Ce qui est apparu de manière très claire, dans cette affaire, c’est la volonté de dissimuler des faits délictueux à la justice, la volonté d’obstruction même, un pouvoir executif qui se considère au-dessus des lois, et s’affranchit des obligations qui sont les siennes. Or, nul n’est au-dessus des lois.

Cette intervention démesurée est l’expression de plusieurs phénomènes concomitants qui tous marquent un rétrécissement du champ de nos libertés, et mettent en lumière l’affaiblissement des droits des justiciables face à l’appareil judiciaire et répressif de l’état.

Un parquet assujéti

Il est légitime d’interroger la dimension politique de cette affaire. Il n’y a là aucun complotisme ni remise en cause de la légitimité de la justice à faire son travail, ou encore une volonté de couvrir les responsables politiques, qui doivent être des justiciables comme les autres.

Il s’agit simplement de dénoncer une procédure conduite par le parquet qui est hiérarchiquement soumis à l’autorité de la Chancelerie, alors même qu’un juge d’instruction aurait du être nommé afin d’ouvrir une information judiciaire. Dénoncer cette opération voulue par le pouvoir contre La France Insoumise, qui est aujourd’hui la première force d’opposition au gouvernement, et la situation très française marquée par la persistance de liens et de sujétions entre la justice et le pouvoir exécutif est nécessaire. Fut-ce en des termes vifs ! C’est bien la dépendance du parquet au pouvoir exécutif et ses extravagants pouvoirs d’enquête qui posent problème.

Le deux poids deux mesures

Où sont les perquisitions à grand spectacle pour « La République en Marche » ?  Incriminée elle aussi pour le financement  de la campagne présidentielle et dans l’affaire Benalla ? Comment a été traité ce dernier au moment de la perquisition où il a pu reprendre et dissimuler des armes ? Poser ces questions c’est interroger  « l’Etat de droit ».

Sous la Vème République, la séparation des pouvoirs, fondement d’un Etat de droit, n’existe qu’en théorie. Sous la Ve République, les pouvois judiciaire et législatif sont assujettis à l’exécutif. Le pouvoir de nomination des procureurs dépend du ministre de la justice. Les conséquences en sont simples : les parquets liés, hiérarchiquement soumis à l’exécutif se voient de plus en plus confier de pouvoirs quasi juridictionnels. Un Etat sans bornes représente un risque pour les libertés.

La criminalisation de la vie politique et sociale

Depuis l’application de l’Etat d’urgence, de nombreux militant.es écologistes, syndicalistes, associatifs, étudiant.es et lycéen.nes ont été soumis à une répression sociale et politique. Sous Macron, l’Etat d’urgence est entré dans le droit commun. La nouvelle majorité ne fait que renforcer, au nom de l’urgence, l’empilement de mesures sécuritaires et de restriction des libertés publiques, commencées depuis les années 80, et se refuse à consacrer l’indépendance de la justice. Les perquisitions chez le principal parti d’opposition sous la conduite du parquet sont une anomalie démocratique et il est donc légitime de les dénoncer.

La domination sans partage des lobbys

Le jour même de la perquisition, le remaniement permettait à une représentante de Danone de devenir secrétaire d’Etat à l’écologie, rejoignant ainsi Muriel Pénicaud, ancienne collègue, et Edouard Philippe, ex-lobbyste d’Areva.

Ces lobbys, eux, sont visiblement intouchables. Ils sont maintenant à la tête de l’Etat, soutenant le glyphosate, l’huile de palme et le nucléaire. Ces lobbyistes sont aujourd’hui le pouvoir.

Une nouvelle censure se développe de fait par la soumission de l’espace public à la médiatisation «pro-Macron » organisée par des groupes de presse aux mains de quelques financiers. Si nous soutenons sans réserve les journalistes y compris dans leur travail d’investigation, si nous défendons la liberté de la presse, nous considérons que le 4ème pouvoir ne peut être une féodalité sans contrôle qui soumet la vie politique à son bon vouloir. Les journalistes de plus en plus précarisés sont sommés de participer au buzz généralisé des chaines d’infos où de pseudos-experts, commentateurs et éditorialistes recyclent la pensée dominante quand ils ne donnent pas aux Zemmour, Finkelkraut, Onfray, Bastié la possibilité d’y instiller leurs bouffées d’exclusion.

La Vème République, ce sont des institutions démocratiques, policières, judicaires, médiatiques en décomposition soumises au pouvoir de la finance.

Ne laissons pas la République aux mains de ceux qui la privatisent et la réduisent chaque jour à ses fonctions répressives.

La République, c’est nous, ceux d’en bas ; les millions de gens qui refusent le consensus néolibéral mortifère installé par l’extrême centre et sa caste. Face à ces nouvelles conditions de la politique, il est légitime pour celles et ceux qui veulent résister à ce rouleau compresseur de montrer qu’ils ne lâchent rien, qu’ils ne sont pas dupes de l’opération en cours visant à délégitimer l’opposition politique.

La réaction des responsables de La France Insoumise aux perquisitions est légitime politiquement.

Toutes celles et tous ceux qui se battent pour leurs droits sur le terrain savent bien que le respect de la légalité et de « l’Etat de droit » sont toujours invoqués par les puissants pour faire taire les désobéissants et maintenir le statu quo : faucheurs d’OGM, porteurs de chaise d’Attac, zadistes de Notre Dame des Landes ou de Bure, défenseurs du Droit au logement, syndicalistes d’Air France ou de Goodyear, de GMS ou de Continental. A chaque fois c’est la même rengaine. Taisez vous et laissez passer les abus de pouvoir. L’enjeu est donc considérable. Il s’agit de discréditer par avance toute possibilité de convergence entre la principale force politique et le mouvement social en anesthésiant les deux par l’invocation du respect de l’ « Etat de droit », rempart bien commode pour délégitimer toute conflictualité. Nous répondons : Oui, on a raison de se révolter et de désobéir.

Cette disproportion dans l’usage de la force policière avait pour fonction de discréditer La France Insoumise. Lorsque la police et la justice traitent une force politique résistant à l’ordre dominant comme une association de malfaiteurs, le résultat politique est connu d’avance. Soit elle cède et elle avalise l’accusation portée, soit elle s’indigne et elle est taxée de ne pas respecter les institutions.

A ce moment là, les résistants se replient sur leur noyau le plus déterminé et ils perdent momentanément les hésitants. A tous les coups le pouvoir gagne. Cette disproportion est également révélatrice d’une polarisation croissante au niveau international qui s’exprime par une judiciarisation croissante du conflit politique (en Europe avec la Pologne et la Hongrie, avec Poutine et Erdogan, en Amérique Latine au Brésil, au Nicaragua, en Colombie, en Argentine, au Venezuela).

Partout on utilise les mêmes méthodes d’intimidation, on masque la répression politique par la mise sous tutelle, voire l’incarcération des opposants politiques. Nous refusons ce processus qui pourrait menacer la France la transformant en une « démocratie illibérale ».

Dans ce cadre Ecologie Sociale regrette que la solidarité des organisations de la gauche ne se soit pas manifestée et ait laissé au contraire la place soit à un silence assourdissant soit  à des postures de dénonciation de La France Insoumise qui masquent mal la volonté de revanche électorale par des appareils défaits suite à la séquence électorale de 2017.

Ce manque de dignité politique ne grandit pas ces responsables.

A l’instar de La France Insoumise, Ecologie Sociale demande la nomination d’un juge d’instruction dans cette affaire.

L’escalade illibérale d’E. #Macron se poursuit au Sénat…. comme au sein de #EELV

Quand une des dernières parlementaires écologistes E Benbassa dénonce un projet de réforme de « la justice portant atteinte aux libertés individuelles  »  il y a en encore qui sur ces listes nous demandent de faire la différence entre E Macron et V Orban, en s’abstenant notamment de condamner l’instrumentalisation du parquet ciblant LFI. On comprend bien pourquoi.
Pour eux et elles il s’agit d’étouffer dans l’oeuf toute tentative de révolution democratique, comme l’avènement d’une VI ème republique ecologiste et solidaire.
Alors que la Constitution de la Veme est la dernière référence exemplaire pour les regimes de droite extrême qui pointent en Europe centrale voire en Italie, il se trouve des militant.es qui à l’occasion des Européennes se préparent une fois encore à entrer dans la comédie macronienne.
Comme il leur a fait croire que Mr Planète devenu, il serait notre Président écologiste,  ils veulent croire que Mr Rempart devenu, il nous protégerait des Salvini et Orban.
Le plus comique étant que dénonçant à longueur son pouvoir jupiterien, ils en oublient que les mêmes Salvini et Orban ne bénéficient que d’un centième de son pouvoir absolu.
Qu’au pied du mur,  nombreux après avoir choisi Macron plutôt que Le Pen ou l’abstention, et j’en suis, s’acharnent à ne pas voir que la seule issue à l’échec de l’ordoliberalisme,  cette dernière tentative des dominants,  relativement démocratique pour  sauver leur modèle capitaliste, est la démocratie autoritaire ou l’illibéralisme, comment ne pas les comprendre.
Dans le fond ils, elles ne voulaient rien changer.
Étouffé avec ses 3% de déficit budgétaire,  par la Commission de Bruxelles, paniquant face à la hausse de l’inflation et le ralentissement des échanges internationaux, paralysé par l’absence de renvoi d’ascenseur d’un patronat qui ne se satisfait toujours pas de ses dizaines de milliards d’allégements de  charges sociales, nu face à la contestation d’un corps  social dont il a supprimé tous les intermédiaires,  E. Macron ne peut plus compter que sur sa justice. Même de sa police il se méfie, et ce n’est pas l’échec de sa tentative parallèle à la Benalla qui peut le rassurer.
Dans ses conditions si vous ne comprenez toujours pas pourquoi il vous faut souteni LFI, ne vous étonnez pas le moment venu que personne ne vous soutienne quant à votre tour, la justice d’un régime aux abois s’en prendra à vous.
Et svp cessez de penser qu’entre Orban, Salvini et Macron, la différence est de taille. Interrogez donc l’équipage et les rescapés de l’Aquarius