Pour un Grenelle de la justice par Patrick Farbiaz, Continuer et gagner :  Après le 24 novembre

Il faut un Grenelle de la justice sociale, fiscale et environnementale et un moratoire sur l’augmentation des taxes

En tant qu’écologistes, nous soutenons le mouvement des Gilets Jaunes, un des plus importants mouvements populaires de la France contemporaine (des centaines de milliers de personnes auto organisées occupant les ronds points, imposant la gratuité aux péages et gérant les accès aux centres commerciaux, bloquant les routes et les autoroutes, organisant des opérations escargot et des occupations de préfecture. La confrontation a été dure : 2 morts et et au moins 552 blessés dont 17 gravement. Oui c’est une jacquerie ! la Révolution française a commencé par une jacquerie. Certains parlent de jacqueries pour déconsidérer des mouvements -souvent paysans- qui se sont affrontés aux seigneurs et aux puissants de l’époque ; La fronde s’est souvent étendue de la lutte contre les taxes de l’époque à la remise en cause du système social.  De même la présente révolte ne se réduit cependant pas à une jacquerie anti fiscale.  Elle s’apparente à une levée en masse inter-classiste contre la mal-vie d’une France d’en bas qui ne veut plus être gouvernée par une oligarchie financière et technocratique d’en haut. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que parmi ce mouvement, on trouve des gilets bruns homophobes, racistes, sexistes. Mais tous les grands mouvements de transformations sociales ne sont pas « chimiquement purs ». Ils ont tous charrié des opinions, des affects contradictoires. Ce qu’il nous faut donc comprendre, c’est le sens de la marée populaire qui a submergé la France depuis le 17 novembre .

Cette colère exprime la révolte contre un gouvernement qui applique systématiquement la feuille de route du néo libéralisme :

– Stigmatiser en permanence les classes populaires.  Ce cynisme technocratique n’en finit pas de valoriser «  les premiers de cordée  – les patrons du CAC 40,  les plus riches, ceux qui réussissent  en faisant preuve d’un mépris de classe, les . Contre « ceux qui ne sont rien » les « illettrés, les alcooliques, les abrutis, les extrémistes et les fainéants », « ceux qui fument des clopes et roulent au diésel «

– Affaiblir systématiquement les corps intermédiaires (partis, syndicats, associations, élus). Macron ne fait qu’amplifier cette politique de destruction programmée de la force collective des salariés qui n’ont plus de pouvoir de négociation pour lui substituer la seule politique de compétitivité et la concurrence entre les individus. Cette stratégie du choc est devenue un mode de gouvernance au point que Macron se vante ouvertement de ses victoires contre les syndicats, sur le Code du travail et la SNCF.

– Criminaliser et judiciariser le mouvement social par l’institutionnalisation d’un état d’urgence permanent

– Ubériser et marchandiser tous les aspects de la vie quotidienne et du travail pour transformer notre mode de vie en civilisation de la consommation mercantile et en source de profit. L’exaltation du statut d’auto-entrepreneur signifie pour la Macronie que la seule démocratie est celle de l’entrepreunariat où le citoyen devient lui même une entreprise et se met en concurrence avec tous les autres individus dans la société de marché néolibérale.

-Introduire au nom de la compétitivité et de l’efficacité managériale, la souffrance au travail et le recul du lien social et l’esprit de solidarité. Toutes celles et tous ceux qui ne sont pas productifs directement sont considérés comme des parasites (retraités, chômeurs, handicapés, jeunes sans qualifications…)

Cette coalition des colères est juste : Alors que depuis le début de son quinquennat, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a cessé de concéder des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, cette révolte cristallise le mécontentement qui s’exprime contre la politique ultra libérale qui s’est transformée en machine de guerre contre les classes populaires. Dans un contexte d’explosion des inégalités et d’écarts de revenus, la politique environnementale de ce gouvernement se réduit à un alourdissement de la facture à la pompe pour les seuls ménages, aggrave la fracture territoriale, Cette révolte est celle des exclus de la gentrification qui refusent la destruction de notre modèle de protection sociale, la précarité généralisée et la misère sociale, celle des existences gâchées à passer des heures chaque jour au volant pour subir des jobs précaires, toujours plus éloignés de nos lieux de vie. Les métropoles s’étendent, et de plus en plus de personnes sont contraintes de se loger toujours plus loin et rouler toujours plus longtemps pour aller rejoindre leurs lieux de travail. Ces territoires, fruits de politiques d’étalement urbain et de suppressions des services publics, obligent les habitants à se déplacer et à être dépendants de leurs automobiles.L’augmentation des taxes va s’ajouter au prix des loyers ou du foncier sans réduire la consommation de carburant. C’est la disparition des services publics en campagne qui contraint la population à parcourir des kilomètres pour trouver un bureau de poste, un médecin, un hôpital, l’agence Pôle Emploi ou une école. Ce n’est pas à la population de payer pour un amé.nagement du territoire absurde. C’est la disparition programmée des trains de proximité, la fermeture de km de « petites» lignes et de gares qui contraignent à utiliser une voiture individuelle. Le mouvement des Gilets jaunes.

Cette colère est juste parce que la politique du gouvernement Macron – Philippe est une politique anti écologique.  Il n’y a pas d’écologie sans justice sociale et fiscale.

Ce mouvement est une injonction forte à se pencher sérieusement sur les modalités opérationnelles de l’écologie et de la transition énergétique. Les taxes sur les carburants sont à la fois inefficaces sur le plan écologique et injustes socialement. Les taxes sur les carburants sont inefficaces pour l’écologie car ce qui contraint les travail-leurs.euses à utiliser leurs voitures individuelles est bien supérieur aux incitations fiscales à ne pas les utiliser . Cette révolte dit : ce n’est pas aux pauvres de payer la crise écologique. Ils ont raison : Sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, la politique gouvernementale est une arnaque et une tromperie écologique. Il voudrait faire croire que l’augmentation de la fiscalité sur les carburants et le diesel pesant sur les seuls ménages Diesel seraient le prix à payer pour la transition écologique. Il n’en est rien.  La prétendue éco taxe n’est que l’habituel enfumage des promoteurs·trices du capitalisme vert, car elle ne sert en rien à financer une transition vers d’autres régimes de transport.  La taxe perçue abondera les caisses de l’Etat, qui doit compenser les avantages fiscaux qu’il a offert aux riches et aux entreprises. La campagne actuelle contre le diesel est aussi un moyen de masquer la pollution due à l’essence. Et nous avons désormais les preuves que les Volkwagen, Renault et PSA ont triché sur les émissions polluantes.  La prime, qu’on nous présente comme créée pour lutter contre la pollution, sert en réalité à aider les constructeurs. Ainsi ses critères d’attribution sont liés à l’âge du véhicule et non à son caractère polluant. On peut donc l’utiliser pour acheter… un véhicule diesel ! Ou encore une voiture à moteur thermique, qui émet du CO2 dans des proportions deux fois et demie supérieures à ce que l’Union européenne veut interdire dès 2021.

L’État ne se contente pas de laisser les constructeurs produire des véhicules polluants, y compris en fermant les yeux quand ils trafiquent leurs moteurs pour les faire passer pour moins polluants, comme ça a été le cas au moment du Dieselgate. Il les aide à écouler leurs véhicules ! Ce n’est pas aux usager.e.s de payer pour les choix des industriels du pétrole et de l’automobile. C’est aux pollueurs, à l’industrie pétrolière, automobile, aux empoisonneurs de la chimie et de l’agro business. La transition écologique doit être fondée sur la justice sociale et la défense de notre modèle social (sécurité sociale, retraite, assurance chômage) menacé par la politique pro business de Macron.

L’ancrage de l’écologie politique dans les classes populaires est la condition première d’un renouveau de l’écologie politique. En France, l’écologie politique a été le plus souvent une écologie des centre villes, portée par les classes moyenne à capital culturel aisé . Grace aux Gilets jaunes, la question écologique devient un enjeu de politisation populaire. Ce mouvement oblige à adapter notre discours, nos orientations, à en finir avec la doxa d’une écologie libérale.  Qui déconsidère l’écologie ? N’est ce pas plutôt François De Rugy qui ne dit rien sur les inégalités sociales et environnementales, sur la taxation du kérozène pour les avions ou le transport pétrolier, sur le soutien aux industries polluantes et fait payer au nom de la lutte contre le réchauffement climatique l’abandon de l’ISF ?

Ce mouvement renouvelle les lieux et les formes d’action de la désobéissance civile en partant non des places des centre villes mais des périphéries, des ronds points, des parkings des centres commerciaux, en utilisant massivement les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement. Devons nous laisser un tel mouvement, en le snobant, aux mains de l’extrême droite ou devons nous proposer une alternative écologique et sociale de l’intérieur de ce mouvement ? Pour notre part nous appelons à soutenir les initiatives des Gilets Jaunes et notamment la manifestation du 24 novembre à Paris. Mais nous estimons qu’il faut maintenant que ce mouvement débouche sur une négociation et qu’il obtienne gain de cause à travers sans remettre en cause la nécessité d’une transition énergétique et écologique juste.

C’est pourquoi nous proposons qu’un Grenelle de la justice fiscale, sociale et environnementale soit convoqué dans les semaines qui viennent pour déboucher sur une transition écologique juste. Durant ce Grenelle, un moratoire sur l’augmentation des taxes pétrolières doit être institué car l’Etat doit prouver qu’il est le premier de la cordée de la vertu écolo. Ce Grenelle devra réunir des citoyens issus des assemblées citoyennes organisées par les Gilets Jaunes, les organisations syndicales, les ONG environnementales, les représentants des élus locaux. Il sera préparé par des Etats Généraux régionaux et des cahiers de doléances ouverts à tous les citoyens. Ce Grenelle devra proposer des solutions concrètes sur la précarité énergétique, sur l’accès à l’énergie, un produit de première nécessité qui conditionne l’accès aux droits fondamentaux comme celles de la mobilité, condition de l’accès à nombre de droits, à l’emploi et à la formation, l’accès aux soins ou à l’éducation par exemple.  Il devra prendre des décisions applicables immédiatement sur la taxation des entreprises polluantes, du transport aérien et maritime. Il faudra revenir sur la taxation du transport routier, que le gouvernement vient de suspendre afin d’empêcher la mobilisation. Mais il faudra surtout revoir la politique des salaires et des prix et les inégalités fiscales.

Pour sortir de la pauvreté, de la pollution, des bas salaires, de la dégradation des services publics, il faut une autre politique !

 

Cet article peut être lu là : https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/231118/pour-un-grenelle-de-la-justice-par-patrick-farbiaz

NOUS, GILETS JAUNES à COMMERCY le 17 novembre. Témoignage : des Gilets Jaunes au municipalisme libertaire, combattre l’injustice sociale et environnementale, revendiquer la démocratie

Quand on habite tout près d’une petite bourgade de 5000 habitant•e•s, quand on y fait ses courses, qu’on y va chez le toubib ou qu’on y prend le train, on a l’impression de connaître tout le monde.
En fait on connaît personne.
Je veux dire on ne connaît personne vraiment bien. On ne sait pas leur vie, leur travail, leur souffrance. On ne sait pas leur colère.
Ces 17 et 18 novembre en gilet jaune me l’ont prouvé. Les dizaines de discussions que j’ai pu avoir, facilitées par le fait de retrouver là des visages connus, ont été autant de bonnes surprises. Et de liens tissés.
On m’avait dit qu’il y aurait des patrons qui en avaient rien à foutre de nous, je n’en ai pas vu.
On m’avait dit qu’il y aurait des racistes, je n’en ai pas vu ou si peu.
Je n’ai vu quasiment que des petites gens qui en chient, qui payent cher pour aller bosser, ou d’autres qui touchent des minimas sociaux parce qu’ils sont malades ou tout simplement parce qu’ils trouvent complètement con d’aller bosser pour 1000€ avec 300€ de transports par mois.
Alors oui bien sûr quand on en bave, on a tendance à s’en prendre aux « cas soc » qui branlent rien. Mais on sait bien qu’au fond, c’est pas eux le problème. Je n’ai pas arrêté de répéter ces deux chiffres toute la journée : fraude au RSA = 100 millions par an. Fraude fiscale des gros bonnets = 100 MILLIARDS par an, mille fois plus! (sans compter les 200 milliards de cadeaux fiscaux et sociaux qui leur sont faits). Alors qui sont les parasites ? A qui va le pognon qu’on devrait se partager ?
La réponse est claire et à chaque assemblée générale de ce week end, les intervenants le répètent: tout va dans la poche des capitalistes ! Quant à l’écologie ! Quelle arnaque ! Les gros pollueurs ne seront même pas touchés. On nous prend vraiment pour des truffes.
Des discussions là-dessus, on en a eu ! Et pas qu’un peu ! Autour des braseros où grillait la bouffe et autour des quelques bonnes boutanches apportées par des potes.
Et ça a commencé de bonne heure. Le matin dès 6h30 : déjà 250 personnes chaudes bouillantes qui se répartissent les points de blocage, tous les supermarchés, les 2 stations services et les entrées de la ville.
Pour beaucoup, c’est leur première manif. Deux dames viennent me voir : « dis on te connaît toi ; Tu te bats contre Bure non ? C’est notre première manif on est contente d’être là mais on a quand même un peu les jetons, comment ça se passe si ya de la bagarre ? »
Je les rassure : quand y a de la bagarre dans une manif, on n’est jamais obligé d’y participer, on reste en retrait et ça se passe bien; surtout quand y a du monde comme aujourd’hui.
Et du monde il y en a eu : sur la journée c’est impossible à estimer combien on était, plus de 500 personnes ça c’est sûr, certains disent mille je ne sais pas. En tout cas c’est incroyable pour une petite ville comme la nôtre.
Des ouvriers, des routiers, des retraités, des chômeurs, des jeunes …
Et même une quinzaine de paysans en tracteur qui viennent nous prêter main forte sous les hourras et les klaxons. Beaucoup de bonheur !
Sur mon point de blocage, je me retrouve avec une trentaine de personnes. Très peu de bagnoles, en fait toute la Meuse est tellement bloquée qu’on n’a pas beaucoup de taf ! Celles et ceux qu’on arrête sont le plus souvent sympas, ont le gilet jaune sur le tableau de bord, et cherchent à aller bosser. On les en empêche et on se laisse photographier pour qu’ils puissent prouver à leur patron qu’ils ont été bloqués. On leur propose le jus. Et ils repartent avec notre tract.
Certains décident carrément de nous rejoindre et passent une heure ou deux à discuter.
Plus la journée avance, mieux on se connaît et plus les vannes fusent ; des conneries ça on en raconte ! mais on est sérieux quand même, déterminés, et on fait gaffe à calmer les
excités en leur indiquant des itinéraires lointains mais dégagés.
Ici ça se passe bien mais on entend dire qu’il y a eu une morte et des blessé-es ailleurs en France. Les visages se crispent. On peut rien y faire, y’a des cons partout même dans notre mouvement ; les salopards du gouvernement vont certainement en profiter pour essayer de nous discréditer ; On s’en fout, on lâchera rien! Tout le monde est super déterminé.

Oui mais la suite ? qu’est-ce qu’on va faire si ça s’arrête, si les fumiers d’en face nous la font à l’envers une fois de plus ?

On veut pas y penser il faut tenir ! C’est ce que tout le monde dit
Les blocages doivent continuer même si on est moins nombreux parce que c’est dur, parce qu’on peut pas tous faire grève ou parce que plein de choses de la vie nous en empêchent. Maintenant, il va falloir être intelligents, se relayer. Et déjà tenir jusqu’à vendredi (le black friday) et samedi et au-delà s’il le faut.

Mais ici à Commercy, on voit encore plus loin. On se dit que quoi qu’il arrive, il va falloir conserver ces liens qu’on a tissés et maintenir en vie cette solidarité. On se dit qu’il y a des trucs qu’on pourra faire en commun, qu’ils ne pourront pas nous en empêcher de faire.
C’est dans notre tract.
On propose carrément une réunion à toute la population le 7 décembre prochain pour jeter les bases de l’assemblée populaire et du municipalisme libertaire. C’est à dire ?
Ben voilà : même si on gagne pas sur le plan national, il y a une chose qu’on aura comprise, c’est que dans ce système, on ne nous laisse décider de rien ! On vote et puis après ils font leur petite sauce au service des puissants et on a juste à fermer nos gueules.
Avec l’assemblée populaire en local eh bien c’est les gens qui choisissent ce qu’ils pensent être bon pour leur cadre de vie, pour leur ville.
Ca nous apprend à réfléchir ensemble, à reprendre nos affaires en main.
Comment faire pour mettre ça en place ? On en discutera le 7. et il va y avoir du monde ça c’est certain !

Mais d’ici là courage à toutes et à tous !

Et bravo !!

On a montré qu’on était capable de s’organiser sans maîtres, sans hiérarchie ; et on a montré qu’on pouvait leur faire peur. Et quelque chose me dit que là-haut, ils n’ont pas fini de trembler …

La Coopérative Écologie Sociale participe à Effet de CER

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La Coopérative Politique Écologie Sociale participe au festival de cinéma (festival du film de l’écologie sociale) : Effet de Cer.

les 17, 18 et 19 novembre : comme l’année dernière la CooPES est associée au festival Effet de Cer organisé avec « Le 100 ECS » (https://100ecs.fr) 100 rue de Charenton dans le 12ème arrondissement de Paris.
La CooPES organisera ses « cartes blanches » les matinées du samedi 18 et dimanche 19 novembre à partir de 11h :
La première sera consacrée au Rojava, Kurdistan syrien et à l’écologie sociale : dans quelle mesure l’influence de M. Boukchin et du municipalisme libertaire sur Abdullah Ocalan alimente et structure les revendications d’autonomie de cette région du nord-est de la Syrie aux confins de la Turquie.
La deuxième portera sur les GAMES (Groupes d’Action Municipalistes Ecologistes et Sociaux).
Pour plus d’information sur nos cartes blanches :
Le programme du festival est disponible ici :

http://effet-de-cer.fr

La coopérative écologie sociale participe au festival Effet de Cer

Retrouvez le programme et plus d’information en suivant ce lien

L’écologie sociale fait son cinéma

Face aux crises écologiques et climatiques, au chaos géopolitique, à la numérisation et à la marchandisation du monde, nous nous sentons toujours plus impuissants. Pourtant rien n’est inéluctable. Il y a une autre voie possible, celle d’une écologie de libération, sociale et populaire. Cette écologie en rupture avec les pratiques politiciennes est issue des luttes des peuples indigènes en Amérique latine contre l’extractivisme et pour la justice environnementale, née dans le refus du racisme environnemental aux Etats-Unis dans les années 80. Elle vit au rythme des combats contre les multinationales. Elle s’affirme dans les ZAD (Zones à défendre) et les coopératives ouvrières, germes d’un nouveau monde, utopies réalisables ici et maintenant. En rupture avec l’écologie politicienne et la croissance verte, l’écologie sociale est une écologie convivialiste du commun et du cosmopolitisme.

La septième édition du Festival Effet de CER (Cinéma, Ecologie, Résistances) se déroule sous le parrainage de l’écologiste sociale Janet Biehl.

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21 thèses pour l’écologie populaire au XXIème siècle

Ce texte, daté de juillet 2014, a été à la naissance du projet de coopérative politique d’écologie sociale. Il a permis d’entamer avec des courants comme LMP ou Love au sein d’EELV, mais aussi avec Ensemble et le MOC (Mouvement des Objecteurs de Croissance) un débat politique et idéologique depuis plus d’un an.
L’écologie populaire est la réponse politique des écologistes qui refusent de se résigner à la domination, à l’exploitation, à l’aliénation du système capitaliste. Elle renouvelle la pensée écologique en proposant un nouveau récit de l’écologie reposant sur une vision non consensuelle de l’histoire de l’écologie et de l’humanité. Loin d’un modèle abstrait, elle propose une alternative concrète pour affronter la crise écologique qui menace l’humanité. Construire l’écologie populaire est le moyen de refondre le projet d’écologie à partir de la force historique des pauvres et de sa conjonction avec la défense de la planète et des communs.
Ce manifeste part de l’idée simple qu’il y a deux écologies, celle d’en haut et celle d’en bas. Celle d’en haut a créé un discours écologiquement correct privilégiant le développement d’une économie fondée sur la croissance verte. Elle est la roue de secours du système capitaliste mondialisé. Celle d’en bas part de la lutte pour la survie et des besoins des classes populaires en terme d’accès aux ressources écologiques. Entre ces deux âmes de l’écologie le fossé se creuse chaque jour un peu plus et il faudra choisir.
Face au choc qui vient, l’alternative de l’écologie politique
1) La crise globale que nous connaissons est une crise multidimensionnelle, financière, économique, sociale, culturelle, identitaire, écologique. Cette dernière caractéristique est l’élément radicalement nouveau qui entraine le monde vers un choix existentiel : la barbarie engendrée par le fondamentalisme marchand ou une politique de civilisation, la Terre du « bien vivre ». Le système capitaliste, engagé dans une logique de destruction, n’est pas réformable même si l’économie verte est une ultime tentative pour trouver une issue à sa crise. La « mission civilisatrice du capitalisme » fondée sur le développement des forces productives et défendue aussi bien par les penseurs libéraux que les socialistes, a entrainé le bouleversement des grands équilibres du système terre qui y rendra à terme la vie des humains impossible. Il y a incompatibilité entre le capitalisme et le respect des limites naturelles. La destruction de plus en plus rapide des écosystèmes, le dérèglement climatique, la pollution chimique, et les maladies qu’elle entraine, le déclin rapide de la biodiversité, la dégradation des sols, la destruction de la forêt tropicale, l’apartheid social planétaire produit par le développement brutal des inégalités, la montée des violences identitaires et religieuses, en sont les principaux symptômes. Cette crise renvoie au mode de production devenu dominant il y a deux siècles environ – le capitalisme – et aux modes de consommation et de mobilité qui en découlent. Ce mode de développement insoutenable écologiquement et socialement nous amène à l’effondrement.
2) La seule force qui ait anticipé cette crise est l’écologie politique. Le paradigme écologiste est partagé par tous les courants de l’écologie politique. L’écologie politique, seule parmi toutes les familles politiques, considère qu’il faut changer de modèle de développement en réduisant notre empreinte écologique, en défendant les écosystèmes de la planète contre les prédateurs, en protégeant les biens communs tout en répondant aux besoins sociaux fondamentaux. L’écologie fondée sur les principes d’autonomie, de responsabilité, d’équilibre prône des valeurs universalistes, celles de la défense de la terre et des droits humains et non humains. Ce mouvement est devenu politique dans les années 80 en Europe et dans d’autres pays riches lorsque la défense d’une culture du quotidien a convergé avec la question de la survie de l’espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie. Il s’est organisé à travers les partis Verts dont la base sociale correspondait à l’évolution de cette génération étudiante post68, élevée durant les « Trente Glorieuses ». Cette base sociale que l’on peut désigner comme des classes moyennes disposant d’un capital culturel élevé et habitant dans les centres urbains des grandes métropoles a configuré l’écologie politique à son image et en fonction de ses intérêts. Elle a débouché sur une politique de verdissement fondée sur des normes fixées d’en haut et d’adaptation au capitalisme à travers l’économie verte devenue l’horizon indépassable de l’écologie politique.
3) Une autre écologie, celle issue de la force historique des pauvres, l’écologie d’en bas, s’est levée en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Cette écologie plébéienne, largement majoritaire sur la planète, anime partout les luttes pour la survie de l’humanité et de la biodiversité. Issue de la périphérie sociale, elle mobilise des millions de femmes et d’hommes face à l’oligarchie financière et industrielle qui détruit la planète et menace la survie de l’humanité et les conditions de vie des dépossédé-e-s du monde entier : contre la destructions des forêts, contre les grands barrages, contre l’extraction des ressources pétrolières et minières, pour la survie de leurs langues et de leurs diversités culturelles, contre les catastrophes industrielles, contre le racisme environnemental… Cette écologie d’en bas n’a pour le moment pas de traduction politique formelle. Lorsqu’elle est présente au sein des partis verts, elle est le plus souvent minoritaire. Elle s’exprime dans les mouvements sociaux organisés (MST au Brésil, Via Campésina, mouvements indigènes…) ou dans les soulèvements populaires (Guerre de l’eau en Bolivie, émeutes en Chine,mouvements anti barrages en Indes… ). Elle cherche encore ses références mais, d’ores et déjà, elle est devenue incontournable, notamment lors des grands rendez vous de l’écologie politique comme à RIO + 20 ou des dizaines de milliers d’écologistes manifestèrent contre l’économie verte et ses conséquences et exprimèrent à travers le réseau Justice climat, les exigences des mouvements sociaux écologistes…Progressivement, l’écologie populaire se répand dans les pays occidentaux, dans les milieux paysans en lutte contre l’agriculture productiviste et l’industrie chimique, dans les quartiers populaires où se concentrent les pollutions invisibles, les maladies liées à l’environnement, la consommation de la mal bouffe et ses conséquences comme l’obésité. Face à l’accumulation des injustices sociales et environnementales, une nouvelle écologie politique est nécessaire et possible.
4) Ces deux âmes de l’écologie politique plongent leurs racines dans une histoire plus ancienne qui la divise depuis son origine. Dés le XIXème siècle un fossé invisible se creuse entre d’un côté une écologie scientifique d’en haut, façonnée en grande partie par la science coloniale, l’hygiéniste, le conservationnisme et le darwinisme social. Portée par l’idéologie positiviste et la religion du progrès sans limites, l’écologie d’en haut a influencé les premiers écologistes,souvent naturalistes et environnementalistes au XXème siècle. De l’autre, une écologie d’en bas, une écologie de transformation, l’écologie populaire, issue de l’histoire des luttes ouvrières, paysannes, anti-coloniales des peuples en lutte pour leur survie. La lutte pour la survie est fondatrice de l’écologie populaire. Les classes populaires ne défendent pas seulement leurs conditions de vie matérielles mais aussi la défense de leur milieu de vie naturel, de leur civilisation détruite par la modernité capitaliste.
Le capital a détruit les conditions de vie et de travail des communautés paysannes et des artisans au nom du Progrès, de la Science et de la Raison. Dans ce sens Droite comme Gauche ont réalisé un compromis historique fondé sur l’individualisme libéral. Si nous voulons enrayer ce processus, la première tâche de l’écologie populaire est de décoloniser l’imaginaire collectif de la gauche et de l’écologie en luttant contre cette religion du Progrès et du scientisme qui est à la base de la domination des classes moyennes aisées sur les classes populaires. Lorsque la Fondation Terra Nova appelle la gauche à ne plus se préoccuper que de l’avenir des « bobos » en abandonnant de fait les classes populaires à l’abstention ou au Front National, elle va jusqu’au bout de ce raisonnement qui a vu le socialisme et l’écologie scientifique dés ses débuts mépriser le socialisme ouvrier, les peuples indigènes, et les mouvements paysans en raison de leur prétendu archaïsme. Cette décolonisation de l’imaginaire passe donc par la redécouverte des valeurs et de l’histoire des déshérité-e-s qui sont à l’exact opposé de la société de marché fondée sur le profit et la compétition exacerbé entre les individus : convivialité, souci des autres, rapport à la propriété commune de la terre, don, entraide, coopération et civilité.
5) L’écologie populaire naît au XIXème siècle de l’associationnisme ouvrier, du populisme agraire, du luddisme, de la désobéissance civile, et de la géographie libertaire. L’associationnisme ouvrier est à l’origine de l’économie sociale et solidaire ; le luddisme est fondateur de la critique de l’industrialisme et du machinisme ; le populisme agraire issue des luttes et des guerres des communautés rurales pour la défense de la survie de leur mode de vie et de leur existence développe un autre rapport à la terre et à la marchandisation ; la désobéissance civile est à l’origine des méthodes de lutte de non coopération utilisée de Thoreau à Gandhi en passant par les Sans-Terre du Brésil ; la géographie libertaire de Reclus et de Kropotkine contre la sociobiologie a développé le concept d’entraide et de coopération.
L’histoire officielle de l’écologie nous raconte l’émergence de l’écologie comme un passage de témoin entre les écologistes scientifiques et les mouvements environnementaliste et naturaliste souvent composés de bourgeois sensibilisés à la nature. Après 68, l’écologie politique rassemblant un ensemble de courants, nés dans les années 1970 d’un mouvement culturel et générationnel nourri d’influences diverses (mouvements féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non-violents, libertaires, socialistes autogestionnaires…) a donné naissance aux partis verts. Ce récit est faux car il oublie volontairement l’écologie des pauvres qui n’a cessé au XIXème et au XXème Siècle de se battre contre la modernité capitaliste et les dégâts du Progrès.
6) L’écologie populaire est, dés ses prémisses, en rupture avec le système capitaliste engendré par l’exploitation sans limite des ressources, le commerce mondialisé et l’accumulation du capital. Les quatre mondialisations ont engendré les principales caractéristiques à la base de la crise écologique.
– La première mondialisation dont l’énergie reposait sur l’esclavage humain a entrainé la destruction des peuples indigènes, le commerce triangulaire et mis en place l’extractivisme, c’est à dire l’accaparement des ressources naturelles et des matières premières.
– La seconde mondialisation, fondée sur l’énergie du charbon et de la vapeur a engendré le salariat, le travail forcé et le productivisme, c’est à dire la religion de la production basée sur le profit des empires coloniaux. Parallèlement le système des enclosures en finissait avec la propriété commune de la terre et transformaient des millions de paysan-ne-s en bras pour les machines. La destruction de la communauté paysanne est contemporaine de la naissance du prolétariat industriel.
– La troisième, générée par l’exploitation pétrolière a été celle du fordisme et de l’électricité, celle du consumérisme et de l’aliénation.
– La quatrième mondialisation prise entre l’atome, le pic pétrolier et les énergies renouvelables est contemporaine de l’obsolescence programmée des produits comme de l’humanité. Cette époque ne peut avoir comme horizon que la barbarie et le chaos ou une Renaissance humaniste fondée sur la citoyenneté mondiale et l’empathie. La globalisation actuelle met en danger l’existence même de l’humanité.
La lecture écologique de ces quatre mondialisations montre que la modernité capitaliste s’est toujours appuyée sur l’exploitation des classes populaires et la destruction de leurs écosystèmes. Les dominé-e-s n’ont jamais cessé de contester la domination de l’humain et de la nature comme en témoignent les résistances indiennes, le marronnage et les révoltes d’esclaves, les émeutes et les guerres paysannes, les luttes pour les droits et la santé des ouvriers et de nos jours les résistances contre l’extractivisme, les grands barrages, la déforestation, les grands projets inutiles.
La définition de l’écologie populaire
7) L’écologie populaire n’est ni consensuelle ni neutre. L’écologie n’échappe pas aux rapports sociaux et aux affrontements qui en découlent du local au global. D’emblée, elle a mis au centre de sa réflexion le conflit entre les classes populaires et l’oligarchie politique et économique, pour la simple raison que l’humanité ne subit pas la crise écologique de la même manière. Les inégalités de revenu, de pouvoir, de capacité culturelle, qui sont à l’origine des crises écologiques expliquent que nous n’ayons pas les mêmes capacités à nous prémunir de ses effets. L’objectif de l’écologie populaire est l’éradication des inégalités sociales, de pouvoir et écologiques et, pour commencer, la démarchandisation de l’eau, de l’air, de la terre et en général de tous les biens communs (santé, éducation, culture). La financiarisation du monde est le stade suprême de ce fétichisme de la marchandise dont le seul étalon est l’argent roi et le degré de richesse matérielle comme indice de calcul du bonheur. L’écologie populaire, contre cette dictature de l’économie, a choisi son camp, celui de l’option préférentielle pour les pauvres qui puise sa force dans la défense des conditions de vie des pauvres, des déshérité-e-s, des dépossédé-e-s, des parias, des invisibles pour mieux en retour combattre la crise écologique. La crise climatique, énergétique et écologique ne se résoudra pas dans le consensus mais dans l’affrontement entre les forces de l’économie globale et les peuples directement menacés par les effets de cette crise.
8) L’écologie populaire est un courant politique et idéologique du mouvement Vert et écologiste international. Au sein de ce mouvement, elle se différencie radicalement :
– du courant environnementaliste qui réduit l’écologie à la défense de l’environnement au sens strict. L’écologie politique est une approche globale et systémique des relations entre l’homme, la société et la Nature. L’environnementalisme en défendant la faune et la flore n’est qu’un aspect de l’écologie qui se transforme en un corporatisme de type NIMBY (Not in my backyard) quand il cherche à s’imposer sur le champ politique.
– de l’écologie profonde qui est un antihumanisme. Issue du conservationnisme, qui dés son origine exclut les êtres humains de l’écosystème. Fondée par le philosophe norvégien Arne Ness, cette école de pensée repose sur le biocentrisme qui se réduit souvent à un anti-humanisme. Même si l’écologie populaire critique l’anthropocentrisme, elle ne se confond pas avec une écologie qui place l’homme en dehors de la Nature
– de l’écologie d’accompagnement, l’écologie libérale et ses faux nez ; le développement durable, l’économie verte, de la sociale écologie et en général à toutes celles et ceux qui veulent mettre l’écologie au service d’un capitalisme vert. L’écologie libérale se définit comme une écologie de l’efficience et repose sur la marchandisation de l’écologie. Elle considère que la Nature a un prix, que son économie peut être régulée pour préserver l’avenir des générations futures. Partisane d’un compromis historique avec le système capitaliste considéré comme indépassable, elle élabore des mécanismes adaptées : marché carbone, ….
– L’écologie populaire est partie prenante de l’écologie de transformation, cette écologie radicale qui regroupe les partisans de la décroissance, de l’écologie sociale, de l’éco-socialisme. L’écologie de transformation estime que le capitalisme n’étant pas réformable, il s’agit de créer les conditions de son dépassement, à travers les pratiques sociales, les luttes concrètes, et l’élaboration d’un projet politique qui cherche sa voie ni dans les lois du marché ni dans le recours à l’Etat, comme sauveur suprême.
9) L’écologie populaire n’est pas l’éco-socialisme. Elle n’est pas un copié-collé des thèses du socialisme scientifique et de l’écologie. Elle ne succède pas au socialisme comme un de ses succédanées. Elle existe d’emblée comme une alternative au socialisme productiviste. Le socialisme dit « scientifique » repose sur la croyance que le développement des forces productives voulu et porté par la bourgeoisie a permis de créer les conditions de son renversement par la classe qu’elle avait aidé à se constituer : le prolétariat industriel moderne. Cette conception s’accompagnait de l’idéologie du progrès, la déification de la science et de la technique, le développement de la technologie à tout prix quelles qu’en soient les conséquences, l’importance démesurée du rôle de l’Etat-nation, la négation des identités communautaires. Le capitalisme a au contraire détruit les communautés paysannes, les artisan-ne-s et ouvrier-e-s de métiers et a embrigadé des millions d’ouvrier-e-s dans une armée industrielle sans autre référence que la révolution industrielle et productiviste elle-même. Dans les colonies, il s’est attaqué aux civilisations ancestrales fondées sur la terre des peuples qu’il a prétendu assimiler et civiliser. Les classes populaires se sont donc défendues avec les mêmes armes soit en cherchant un compromis social–démocrate avec le système soit en créant le même système mais inversé, qu’on le nomme capitalisme d’Etat ou communisme autoritaire. La critique de la technique est une autre différence entre le l’éco-socialisme et l’écologie populaire. Le marxisme considère que la technique est un instrument neutre qui doit et peut être mis au service de la classe ouvrière, que la technique est un facteur décisif de transformation sociale et de progrès. L’écologie populaire considère au contraire que la technique devient de plus en plus autonome et met en danger la terre et l’espèce humaine. Pour autant, l’éco-socialisme est le courant de pensée le plus proche de l’écologie populaire. Les convergences sont nombreuses et peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’un même réseau international.
10) L’écologie populaire n’est pas la décroissance. Si les principes de la décroissance s’appliquent à l’ensemble du système monde, l’écologie populaire estime nécessaire de garantir aux classes populaires des conditions d’alimentation, d’éducation, de santé,de culture équitables nécessitant dans ces domaines un mode d’éco-développement fondée sur la justice sociale et écologique. Cela peut se traduire au Sud, dans les pays les plus pauvres, mais aussi dans les pays émergents et occidentaux par une politique de réparation (par ex ; remboursement de la dette financière ou écologique) impliquant pour les classes populaires exclues du système une relance par la croissance de la consommation et de la production dans certains domaines. Si la décroissance de l’empreinte écologique est une règle absolue, celle ci ne peut se faire au détriment des classes populaires. La décroissance ne peut signifier la récession. Il s’agit au contraire de substituer à la croissance quantitative du capitalisme et à sa logique d’accumulation une autre logique que l’on pourrait nommer croissance qualitative, laquelle implique une importante décroissance quantitative avant tout dans les pays capitalistes dominants.
11) L’écologie populaire est une écologie de libération. L’écologie de libération est une écologie des pauvres née en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Ses figures fondatrices sont Chico Mendes, Vandana Shiva, Ken Saro Siwa. Elle considère que le rapport entre la Terre mère et les pauvres interdit la marchandisation de l’eau, de l’air, de la terre. En se libérant, les pauvres libéreront l’ensemble de l’humanité et préserveront la planète et toutes ses composantes. L’écologie de libération considère l’inapropriabilité de la terre comme un principe fondateur.
L’écologie de libération est une écologie de la survie. Elle met en avant l’accès aux droits définis dans la déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 dont les Droits au logement, à la santé et à l’alimentation.
L’écologie de libération a une dimension spirituelle caractérisée par le rapprochement entre la théologie chrétienne de la libération et l’idée de Terre–Mère que l’on retrouve dans les communautés paysannes des hauts plateaux andins ou autres.
12) L’écologie populaire est une écologie de la justice environnementale. Ce mouvement né aux USA dans les années 80 lutte contre le racisme environnemental. La crise écologique n’a pas le même impact dans les quartiers populaires, dans les zones rurales pauvres que dans les quartiers riches. Les inégalités environnementales fusionnent avec les inégalités sociales et ethniques et structurent une discrimination territoriale et éthnico-sociale. L’écologie populaire est une écologie anti-discriminatoire. En ce sens elle a un lien de parenté très forte avec l’écologie sociale théorisée par le militant écologiste libertaire Murray Brookchin.
13) L’écologie populaire est une écologie du commun. Le commun né comme un acquis de la communauté paysanne notamment dans la lutte contre les « enclosures », est devenu l’enjeu des luttes sociales et écologiques. Que ce soit contre la brevetabilité du vivant, contre les accaparements de terre,contre l’appropriation du cyberspace, contre la privatisation de la culture, contre le contrôle des ressources naturelles et des matières premières, la lutte pour le commun structure le nouveau combat écologique des peuples. Le commun c’est la réappropriation des biens communs et de l’intelligence collective, des savoir-faire ancestraux comme des pratiques informatiques qui résistent à la privatisation.
14) L’écologie populaire est un écologie transnationale et altermondialiste qui repose sur des forces sociales organisées telles que le mouvement paysan (Via Campesina), le mouvement contre la déforestation et les grands barrages, le mouvement pour la Justice climatique, le mouvement contre les grands projets inutiles et imposés, le mouvement des peuples indigènes pour leur survie, le mouvement pour les logiciels libres, l’éco-syndicalisme. Elle est partie prenante du mouvement altermondialiste des Forums sociaux.
15) L’écologie populaire se reconnaît dans l’éco-syndicalisme. Les combats ouvriers contre les injustices sociales et environnementales sont à la base de l’écologie populaire. Les luttes pour la santé au travail contre l’amiante, le saturnisme et les produits toxiques sont une dimension essentielle de l’écologie populaire. L’écologie populaire tout comme l’éco-syndicalisme prône l’autogestion. Cela passe par la gestion directe des entreprises sur un modèle fédéraliste et décentralisé mais aussi par un contrôle des usagers–citoyen-ne-s de la production et de son environnement.
16) L’écologie populaire est éco-féministe. Les femmes ont été opprimées et exploitées au même titre que la terre par le système capitaliste patriarcal. L’éco-féminisme considère que la défense de l’intégrité de la vie sous toutes ses formes contre la domination patriarcale est une seule et même lutte. L’industrialisme a transformé en marchandise aussi bien la nature que le corps de la femme. La domination de la Nature par l’humain est intrinsèquement lié à la domination des femmes par les hommes. Un rapport différent ne peut être installé entre les humains et la nature sans changer les rapports humains entre femmes et hommes. Les principes tels que la réciprocité, l’entraide mutuelle, la solidarité, le partage, la confiance, l’attention à l’autre, le respect de l’individu et la responsabilité vis à vis de tous les écosystèmes sont des éléments structurants de l’éco-féminisme.
17) L’écologie populaire est une écologie qui se revendique du cosmopolitisme. La préservation de la biodiversité humaine est un élément essentiel du combat pour la défense de la planète. La préservation des langues, des cultures, des identités des 6000 peuples composant la planète est un axe essentiel de la lutte écologique. La mondialisation financière tente d’uniformiser la culture en lui imposant une langue et une production culturelle normalisée. La guerre des civilisations prônées par les néoconservateurs américains au cours des années 90 est à l’origine d’un racisme globalisé qui s’exerce contre les peuples qui refusent le nouvel ordre mondial. Il n’y a pas d’écologie nationale. L’écologie populaire est sans frontière et se bat pour une citoyenneté mondiale. Le cosmopolitisme est le nouvel humanisme du XXIème siècle.
La stratégie de l’écologie populaire
18) L’écologie populaire lutte pour la constitution d’un nouveau bloc historique, la coalition pour les biens communs. La nouvelle alliance ne peut plus être dépendante des classes moyennes à capital culturel élevé des centres villes urbains mais doit rassembler celles et ceux qui représentent le prolétariat moderne : travailleurs-travailleuses intellectuel-le-s, précaires, fractions de la classe ouvrière industrielle, petits fonctionnaires, paysans-travailleurs/paysannes-travailleuses. Les bases sociales et les alliances de ce nouveau bloc historique de l’écologie populaire sont formées par tous les mouvements qui luttent pour l’accès aux droits pour tou-te-s et pour une démocratie écologique. Ce bloc peut se définir comme une coalition pour les biens communs, entre celles et ceux qui se battent pour les biens communs physiques (eau, terre, air..) et donc pour la survie de l’humanité et celles et ceux qui se battent pour les biens communs immatériels (information, culture, cyberspace…) contre les nouvelles enclosures. Ce bloc de l’écologie sociale est numériquement majoritaire. La grande masse du salariat et du prolétariat se retrouvent dans cette aspiration à une révolution du commun et de l’accès.
19) L’écologie populaire défend un programme de transition écologique fondé sur un autre mode de développement qui prenne en compte les besoins humains et les limites de la planète, repense l’utilité sociale de la production, les manières de consommer, la finalité de nos produits et la manière de les produire. Elle prône la relocalisation de l’activité et de l’économie, la reconversion des activités inutiles ou prédatrices, la redistribution des richesses et du travail. En lutte contre l’agriculture productiviste, elle met en avant l’agro-écologie comme appropriation des savoir-faire ancestraux de la paysannerie. Le programme de transition est axé autour d’une triple rupture écologique :
– avec la politique énergétique et industrielle pour notamment tendre à la sobriété énergétique, l’arrêt du nucléaire civil, la non-exploitation des énergies fossiles non conventionnelles et l’utilisation des énergies renouvelables locales,
– avec la délocalisation de l’économie et la précarisation des populations pour éviter les déplacements contraints des populations et reprendre la maîtrise et le juste partage des ressources au niveau local. Le développement d’une économie plurielle suppose le soutien à l’économie populaire informelle ou à des formes nouvelles d’économie post-capitalistes structurées comme l’économie solidaire.
– avec la politique des mégapoles qui organise la mise en concurrence des territoires.
Pour organiser la résilience de la société face à la crise écologique, nous devons agir collectivement en nous préparant à anticiper les chocs de la crise énergétique conséquences du pic pétrolier et du dérèglement climatique. Cette anticipation repose sur des dynamiques complémentaires :
– des politiques publiques mondiales, continentales, nationales et régionales qui permettent une planification écologique démocratique élaborée à partir et par les territoires,
– des luttes pour la récupération des ressources naturelles et des biens communs et la souveraineté alimentaire,
– la construction d’espaces de coopération économique à travers le développement d’une économie plurielle comprenant au côté du secteur privé, une économie sociale et solidaire et des services publics. Cette économie plurielle requiert une extension de la gratuité.
20) L’écologie populaire refuse la spécialisation de la politique et sa séparation avec les luttes pour l’émancipation sociale et écologique. Les classes populaires n’ont pas besoin des spécialistes de la politique. Elles veulent pouvoir décider des conditions de leur vie, de leur travail, de leur environnement du local au global. La politique est l’affaire de toutes et de tous. Elle repose sur la force des mouvements sociaux et environnementaux. Elle est forte là où ces mouvements existent. Elle est faible quand ces mouvements n’expriment pas leur force de transformation. L’écologie populaire n’est pas soluble dans un parti mais elle peut être une composante structurante de plusieurs mouvements, partis ou front. L’écologie populaire, au contraire repose sur l’initiative populaire, l’autogestion des luttes, la construction de la démocratie par en bas, le rapport au commun. Elle renoue donc avec les origines du socialisme utopiste et libertaire des débuts qui se voulait d’abord une réponse en terme de dynamique collective et solidaire à l’individualisme libéral, la destruction des métiers et des communautés rurales, la dépossession des classes populaires par la révolution industrielle et leur asservissement au système capitaliste. L’écologie populaire considère que la Charte d’Amiens est dépassée. La séparation formelle entre syndicats, association, partis correspond à la division imposée par la révolution industrielle. De même, l’organisation centralisée des partis politiques correspond à cette époque. Aujourd’hui, les mouvements de transformation sociale doivent co-élaborer un projet politique et le mettre en mouvement. Faire de la politique autrement suppose de pratiquer la démocratie jusqu’au bout en substituant aux valeurs de compétition interne pour les places rémunérées, la coopération. Cependant, confronté à cette tâche historique, le mouvement d’écologie populaire ne peut se développer sans disposer d’une instance capable d’élaboration politique et théorique, capable de regrouper des forces sociales engagées dans les luttes, capable de dégager les perspectives générales et de les proposer comme des politiques publiques. Le mouvement qui assumera ce rôle doit rejeter les schémas dépassés d’une avant-garde qui se rassemble sur la base d’un programme élaboré en vase clos et sur un modèle pré-établi d’organisation. Il doit donc se constituer en tendance organisée et autonome au sein du mouvement écologiste. Il peut aussi regrouper transversalement les militant-e-s de plusieurs mouvements politiques pour y porter le projet spécifique de l’écologie populaire.
La tentative de construction d’une coopérative politique mort né à EELV était une avancée dans le sens du dépassement de la forme parti, obsolète au XXIeme siècle. La séparation entre compétents et non compétents, militant-e-s politiques et associatifs ou syndicaux n’est que le résultat de l’adaptation de la politique à la révolution industrielle où les classes populaires étaient réduites aux tâches d’exécution. De fait, elle substituait à l’intelligence collective la domination d’un petit groupe qui s’imposait verticalement à l’ensemble du parti et de la société. Les conditions présidant à ce type d’organisation se sont effondrées. Inventer une forme parti adaptée à l’ère des réseaux, de l’horizontalité, est la tâche de l’écologie populaire.
21) L’écologie populaire défend la construction d’une démocratie du commun.
Une alternative fondée sur l’écologie populaire ne peut se faire sur la base des seules élections. Sans implication profonde de la population à tous les niveaux, la démocratie ne peut exister dans les conditions actuelles car elle devient de fait censitaire. L’oligarchie a la mainmise sur les médias, la publicité, les sondages et organise le débat démocratique en son sein. Si les citoyen-ne-s veulent se réapproprier la politique , elles et ils doivent le faire par en bas, en commençant par fédérer les initiatives de transition prises par les communautés de base permettant d’engager la transformation sociale et des mentalités à partir des valeurs de l’écologie populaire : l’autonomie, l’égalité, la dignité et l’entraide.
L’écologie politique ne veut pas prendre le pouvoir mais changer la société par le bas en utilisant simultanément la voie des institutions, de la protestation et de l’expérimentation sociale. Cette stratégie qui suppose un exercice du pouvoir issu d’en bas, contrôlé par les citoyens mobilisés se situe dans la droite ligne du mouvement fédéraliste et autogestionnaire. Elle se prolonge aujourd’hui dans les mouvements sociaux qui veulent libérer des espaces plutôt que s’attaquer frontalement au pouvoir de l’Etat. Elle n’exclut pas la question de l’Etat de sa réflexion mais considère que la transition doit faire émerger un système d’auto-gouvernement où les citoyen-ne-s instituent eux-mêmes leur pouvoir dans les communes, les régions, les entreprises. L’organisation politique doit aider à mettre en place ces pratiques d’auto-gouvernement et ne pas s’y substituer.
La démocratie du commun suppose la construction d’une république fédérative à tous les niveaux. Le principe fédéraliste ne peut s’appliquer au continent européen ou au système monde s’il ne s’applique pas au niveau national, régional, local .
Concernant les alliances politiques, l’écologie populaire considère que la participation à des coalitions majoritaires de transformation sociale est le moyen pour les écologistes de devenir majoritaire culturellement et politiquement mais que dans les pays où le social libéralisme a détruit les bases de la sociale démocratie en menant des politiques anti sociales et anti écologiques, la participation à des gouvernements sociaux libéraux marginalise l’écologie politique et la fait apparaître comme une caution accélérant la mise en place du capitalisme vert. Il faut donc participer à la construction d’une opposition sociale et écologique, renforcer la présence des écologistes dans toutes les élections locales, régionales et européennes où leur autonomie peut être construite, négocier des contrats majoritaires de législature mais refuser de participer à des gouvernements sociaux libéraux qui sont l’instrument le plus efficace de la modernité capitaliste.
Publié le 9 novembre 2015, 11:56
Ecologie sociale, juillet 2014