SOS Démocratie en péril – Pour la constitution d’une coordination nationale anti-répression

En écho aux mobilisations unitaires des Gilets jaunes, du mouvement social et des quartiers populaires, cette tribune, à l’initiative d’une centaine d’intellectuel.le.s et de militant.e.s de diverses organisations, préconise de constituer une coordination nationale anti-répression.

Il est urgent de mettre un terme à la dérive antisociale, antidémocratique et autoritaire dont fait preuve le pouvoir en place depuis l’élection – par une minorité de Français – d’Emmanuel Macron. L’une s’alimente en effet de l’autre. La destruction accélérée de nos conquêtes sociales est facilitée par la remise en cause de libertés et droits fondamentaux, cela par le recours à une répression policière et judiciaire sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Cette stratégie a pour effet de criminaliser les acteur.e.s des mobilisations sociales et de nous cantonner dans des luttes défensives, tout en facilitant le passage en force du pouvoir pour imposer ses « réformes » destructrices, au mépris de l’intérêt général.

Depuis l’instauration de l’état d’urgence sous la présidence de François Hollande, des milliers de citoyen.ne.s, de jeunes même mineur.e.s, de militant.e.s et d’élu.e.s notamment, ont connu le «talon de fer» dans le cadre d’interventions policières : agressions physiques, blessures et morts, arrestations, poursuites judiciaires, perquisitions, condamnations, assignations à résidence, contrôles…..Les violences policières, d’abord appliquées aux quartiers populaires et aux concitoyen.ne.s descendant d’immigrations et souvent originaires, comme les migrant.e.s, de pays encore soumis à la prédation néo-coloniale, se sont vues étendre à l’ensemble du mouvement social et écologique. Les Gilets jaunes qui, à partir des périphéries abandonnées, remobilisent le pays de manière très majoritairement pacifique, paient un lourd tribut, et l’emploi d’armes meurtrières par les forces de l’ordre françaises fait l’objet de condamnations internationales, de la part du Défenseur des droits, de l’ONU, du Parlement européen, du Conseil de l’Europe … Qu’en sera-t-il de cette politique de «maintien de l’ordre» après le vote de la loi «Prévenir et sanctionner les violences lors des manifestations», qui aggraverait la loi de sécurité intérieure (d’octobre 2017), et à laquelle s’ajoute un projet législatif visant à restreindre les libertés de la presse?

Ce régime s‘appuie aussi sur un courant d’extrême droite et xénophobe qui, se nourrissant de la crise systémique d’après 2008, a conquis des centaines de places électives (municipales, régionales, européennes…) et qui alimente en sous-main un climat de violence, dont les médias dominants imputent la responsabilité aux seuls Gilets jaunes, et aux «casseurs» dans le cadre de cette mobilisation. Au bout de quatre mois d’affrontements urbains, les ronds-points sont «dégagés», mais même si, par des sondages aléatoires, on veut nous faire croire que l’opinion bascule en faveur de l »’ordre » dit républicain, dont le «grand débat» est une expression lénifiante, le mouvement des Gilets jaunes ne faiblit pas et renforce ses liens avec d’autres composantes du mouvement social. Parti d’une revendication catégorielle, il s’est élargi à une liste de propositions citoyennes qui remettent en question le fonctionnement même de la 5è République.

Quel débouché politique sera celui de cette mobilisation historique, aux élections européennes de mai prochain notamment, dans un contexte international désormais largement hostile aux droits démocratiques? Un élément à faire fructifier, c’est l’offensive gagnante de médias, de juges et de la mission d’information du Sénat sur la question des « dysfonctionnements majeurs de services de l’Etat », qualifiés de « chaîne d’irresponsabilités», dans le cadre de l’affaire Benalla-Crase-conseillers de l’Elysée-Macron… . Voilà une forme de résistance significative à l’arbitraire oligarchique, à l’extérieur et à l’intérieur de l’institution.

C’est pourquoi nous militons pour qu’une campagne associant mouvement social, Gilets jaunes, quartiers populaires et comités de soutien des victimes, articule étroitement la reconquête démocratique et celle de notre modèle social issu du Conseil National de la Résistance. Il est urgent de lancer une alerte citoyenne et de constituer une coordination qui organise des meetings nationaux et régionaux anti-répression, et qui ouvre une caisse nationale de soutien aux victimes ou aux familles de victimes, alimentée notamment par les organisations qui ont les moyens dont les syndicats, ainsi que par les citoyen.ne.s. Enfin des Etats généraux doivent débattre et lister des éléments programmatiques et stratégiques pour le refus du néo-libéralisme autoritaire et la promotion d’un véritable Etat de droit, démocratique et émancipateur, dont l’interdiction des armes précitées.

14 mars 2019

Pétition :
https://www.change.org/p/sos-d%C3%A9mocratie-en-p%C3%A9ril
Version courte :
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/03/14/sos-democratie-en-peril/

Dossier de presse :
Libération :
https://www.liberation.fr/debats/2019/03/15/sos-democratie-en-peril_1715431
Invités de Mediapart :
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/150319/sos-democratie-en-peril
L’Humanité
https://www.humanite.fr/sos-democratie-en-peril-669467


Premiers signataires : 

Assemblée des blessés

Etienne Adam, syndicaliste, militant des droits de l’Homme
Louis Adam commissaire aux comptes, retraité
Jean Agnès chercheur en philosophie de l’éducation, ancien responsable associatif (Metz)
Bernard Allain, Marseille
Nils Andersson ancien éditeur, essayiste géo-politique
Guy Ayats enseignant retraité, syndicaliste
Karine Ballon déléguée syndicale CGT Fonction publique territoriale (Grenoble)
Franc Bardou écrivain et poète occitan
Christophe Baticle socio-anthropologue (UPJV, Amiens)
Adda Bekkouche juriste
Nicolas Béniès, économiste
Jacques Bidet, philosophe
Philippe Blanchet université de Rennes II, Fondation Copernic
Marie France Bonnemayre cadre de santé (34, Ganges)
Martine Boudet essayiste, CS d’Attac France (Toulouse)
Henri Braun avocat
Jean-Paul Bruckert, professeur retraité
Νοëlle Burgi, Université Paris I – CESSP, Département de Science Politique
Claude Calame historien et anthropologue (EHESS Paris), CS d’ATTAC, LDH
Gérard Chaouat directeur recherches émérite CNRS  INSERM (Paris, hôpital Saint Louis)
Jean Claret militant associatif (Toulouse)
Pierre Cours-Salies, universitaire, sociologue
Armand Creus, ancien responsable syndical au Grand Lyon – Metropole
Alexis Cukier, philosophe
Hendrik Davi, chercheur en Écologie, Marseille
Laurence De Cock, historienne 
Christian Delarue membre du CN du MRAP et altermondialiste (Rennes)
Bruno Della Sudda, militant altermondialiste et autogestionnaire (ancien conseiller municipal de Nice)
Gilles Deloustal simple citoyen (38, Les Adrets)
Monique Demare enseignante
Christian de Montlibert, sociologue, Strasbourg
Daniel Desmé, chargé de cours sociologie, retraité
Étienne Doussain, adhérent Attac
Tosse Ekue éducateur- animateur culturel
Didier Epsztajn, animateur du blog «entre les lignes entre les mots» 
Patrick Farbiaz militant écologiste
Jean-Michel Faure sociologue, membre du CSE (EHESS), professeur émérite Université de Nantes
Yann Fiévet socio-économiste
Bernard Fischer, employé de la Sécurité sociale
Jacques Fontaine, universitaire, géographe (Bourg-en-Bresse)
Jean-Marc Fontaine, retraité cheminot syndicaliste
Isabelle Garo enseignante, philosophe
Jean-Luc Gautero, directeur du département de Philosophie, Université de Nice-Sophia Antipolis
Karl Ghazi, syndicaliste, Paris
Jérôme Gleizes, Université Paris 13
Marie-Claude Herboux militante féministe
Gilles Houdouin, conseiller régional de Normandie (Le Havre)
Rada Iveković, réseau Terra
Samy Johsua universitaire en sciences de l’éducation (Marseille)
Anne Jollet, historienne
Robert Joumard commission Démocratie d’Attac France (Lyon)
Pierre Khalfa, économiste
Mathilde Larrère historienne 
Christian Laval, professeur émérite de sociologie
Claude Layalle, membre d’ATTAC France et du CL Paris 12ème
Christian Lazzeri philosophe
Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire
Francis Lecomte militant associatif et membre d’ATTAC Le Havre
Corinne Le Fustec, militante de l’éducation populaire
Christophe Lemasson, militant syndical
Patrick Le Moal, inspecteur du travail retraité
Serge Le Quéau, co-fondateur de Sud PTT Bretagne et altermondialiste
Jean Paul Leroux, agrégé de philosophie (Gap)
Patricia Leuenberger CL Attac Pays Basque
Fred Licciardi, Attac Sète-Bassin de Thau (34)
Olivier Long universitaire et peintre, Université Paris I
Raymond Maguet retraité militant associatif et citoyen
Jean Malifaud syndicaliste FSU
Philippe Marlière universitaire (Londres)
Jean-Pierre Martin, psychiatre retraité du service public 
Michel Mas, militant associatif et syndicaliste (Carcassonne)
Gustave Massiah, économiste (Paris)
Christophe Mileschi professeur des universités, traducteur, écrivain (Paris-Nanterre)
Alain Miossec, militant syndical
Martine Monier, militante altermondialiste, Attac (Paris)
Bénédicte Monville, conseillère régionale Île de France, élue à Melun et à la CAMVS
Robi Morder juriste
Alain Mouetaux ancien militant SUDPTT, militant associatif Attac Réunion 974
Arnaud Muyssen médecin hospitalier 
Richard Neuville, militant autogestionnaire et syndicaliste (Ardèche)
Ambroise Noémie poète, chanteur (Pyrénées-Atlantiques) 
François Nowakowski, urbaniste, architecte, maître de conférences à l’ENSA de Lyon 
Ugo Palheta, sociologue
Jeanne Parreau, commission Démocratie d’Attac France (Lille)
Jean-François Pellissier employé, responsable politique
Bastien Pereira Besteiro, sociologue, militant SUD Education (Lyon)
Evelyne Perrin présidente de Stop Précarité, CS d’Attac France
Martine Petit, membre d’Attac Quimper, co fondatrice de ACTES en Cornouaille ( Alliance Citoyenne pour la Transition Écologique et Sociale)
Yves Quintal association ETM 31.46 (Cahors)
Emmanuel Renault philosophe
Michèle Riot-Sarcey historienne
André Rosevègue, syndicaliste, membre de l’UJFP
Louis Salce militant associatif (Carcassonne) 
Henri Saint Jean formateur en Travail Social, retraité Doctorant au Laboratoire BePsyLab «Bien-être & Processus de subjectivation» de l’Université d’Angers
Catherine Samary, économiste
François Schalchli Commission démocratie d’Attac France (Toulouse)
Serge Seninsky militant associatif (Paris 10)
Patrick Silberstein éditeur aux éditions Syllepse
Gérard Tautil essayiste, coordinateur de la revue «Occitania-Lo Cebier» 
Jacques Testart, biologiste, critique de science
Jean Michel Toulouse essayiste, militant associatif et politique
José Tovar, professeur, syndicaliste
Jérôme Valluy, enseignant-chercheur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Jean-Paul Vanhoove, coordinateur de l’agenda des actions africaines (92)
Pedro Vianna, poète, homme de théâtre
Christiane Vollaire philosophe
Louis Weber, éditeur (Le Croquant)
Pierre Zarka, ancien directeur de L’Humanité

MERCI À NOUS – PREMIERS RETOURS DE L’ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES DES GILETS JAUNES À COMMERCY LE 26 & 27 JANVIER

Merci à vous, merci à nous.

On peine à reprendre nos esprits après ce magnifique week-end du 26&27 janvier qui a dépassé toutes nos espérances ! À Commercy, jamais nous n’aurions imaginé, lorsque nous avons construit fin novembre notre petite cabane, lancés nos actions, et tourné notre première vidéo appelant à des assemblées populaires (https://www.youtube.com/watch?v=dfLIYpJHir4)… que deux mois plus tard nous aurions l’honneur de poser avec vous les premiers jalons d’une « coordination nationale démocratique » des groupes/rond-point/assemblée de gilets jaunes !

« C’est dingue, ils sont tous venus chez nous ! » On a ressenti une immense fierté et une grande joie à vous accueillir tous dans notre petit bout de Meuse, qu’on dit « territoire sacrifié » et relégué aux oubliettes. Eh bien oui ! Qu’on se le dise, la Meuse aussi peut être, le temps d’un week-end, une « capitale » des gilets jaunes !

Biarritz, Mont de Marsan, Bordeaux, Pau, La Rochelle, Poitiers, Aurillac, Toulouse, Le Mas d’Azil, Perpignan, Béziers, Sète, Montpellier, Le Vigan, Marseille, Toulon, Cannes, Nice, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, Lyon, Annonay, Tain l’Hermitage, Valence, La Voulte sur Rhône, Crest, Die, Grenoble, Chambéry, Crolles, Montceau les Mines, Beaune, Nangy, Genève, Bourges, Besançon, Brest, Quimper, Saint-Brieuc, Fougères, Rennes, Redon, Lorient, Nantes, Saint-Nazaire, Angers, Tours, Le Mans, Caen, Le Havre, Rouen, Calais, Dunkerque, Lille, Haluin, Bruxelles, Amiens, Beauvais, Paris, La Courneuve, Meaux, Pantin, Montreuil, Rungis, Nemours, Ivry, Reims, Troyes, Dijon, Lure, Belfort, Épinal, Nancy, Bruyères, Colmar, Horbourg, Mulhouse, Remiremont, Strasbourg, Metz, Longuyon, Kanfen, Verdun, Jarny, Saint-Mihiel, Saint-Dizier, Troyes, Orléans, Commercy.

Nous en attendions maximum 250 mais ce sont plus de 400 gilets jaunes venus de plus de 87 villes/rond-points/assemblée locales qui ont répondu à l’appel. Près d’une soixantaine de déléguées mandatés par des rond-points/groupes/assemblées locales, et plus d’une vingtaine de délégations d’observateurs, sans compter tous les participants individuels, les curieux et journalistes.

Ça en fait du monde, des rencontres, des numéros échangés, des expériences partagées, des projets échaffaudés, tout ça condensé dans cette bouillante petite salle des fêtes de Sorcy-Saint-Martin qui n’avait peut-être jamais accueillie autant de personnes venues d’endroits différents…

Ce week-end a été beau, pour certains d’entre nous sans doute un des moments les plus forts de nos vies. Quelque chose qu’on n’avait jamais vécu auparavant et jamais imaginé pouvoir organiser. Quelque chose qui nous a tiré les larmes.

S’il y a déjà bien un acquis de cet incroyable mouvement des gilets jaunes c’est cette solidarité, cette entraide et cette joie d’être ensemble que nous avons retrouvé. Malgré le mur de mépris et de violence auquel nous nous heurtons (et sans doute aussi à cause de lui). Il y avait ce week-end là dans cette petite salle des fêtes l’énergie de celles et ceux qui ont passé des Noël et des Nouvel An avec leurs familles (l’ancienne et la nouvelle) sur des ronds-points, la détermination de ceux qui ont du reconstruire 6 fois leurs cabanes et qui savent qu’ils et elles risquent gros en manifestation, l’amour et la dignité de ceux et celles qui se battent pour leurs enfants.

Il y avait aussi le grand sérieux de ceux qui savent que les enjeux historiques de notre mouvement sont immenses et que les pouvoirs que nous affrontons sont prêts à tout pour nous détruire et nous affaiblir. Ce week-end, nous ne pouvions pas échouer, pas après avoir vécu tout ce que nous avons vécu, depuis nos « ronds-points » et nos manifs, depuis 2 mois.

Nous n’avons pas échoué : malgré la grande diversité des délégations, l’imprécision ou la limitation des mandats, le cadre de fonctionnement encore à définir, nous avons réussi à nous en sortir par le haut en faisant preuve de souplesse, de maturité et d’intelligence. Nous qui étions ensemble ce jour là avons réussi, tour à tour en tant que mandatés, ou bien comme gilets jaunes de partout, à partager des réflexions riches et tracer quelques grandes lignes collectives dont il faut espérer qu’elles fassent date.

Notre « Appel de l’Assemblée des Assemblées » (en PJ), fruit d’un long processus d’écriture de texte et d’amendements, commence déjà à circuler largement en texte et en vidéo. Forcément imparfait, il nous paraît toutefois juste, équilibré et sensible à la très grande diversité des gilets jaunes que nous sommes. Il trace un chemin possible sur lequel nous pourrions, avec nos gilets, marcher de plus en plus nombreux, mieux nous connaître et agir ensemble avec toutes nos différences.

Pour comprendre l’esprit qui flottait dans la salle des fêtes de Sorcy-saint-Martin ce week-end, certains articles de presse n’ont pas hésité à convoquer l’héritage du « Serment du Jeu de Paume » pris en 1789 par les représentants du Tiers-État à l’ouverture des États Généraux. Chacun invoquera ses références. Mais si, contrairement aux députés du Tiers, nous refusons toute forme de « représentation » au profit de mandats impératifs, il y avait bien une promesse que nous nous sommes fait durant ce week-end, une « résolution » : celle d’en sortir avec « quelque chose ».

Reste à savoir comment cette promesse et ce qu’elle a fait naître va nous lier maintenant. Des bases ont été posées mais tout est à construire. Et si certains qualifient peut-être ce moment « d’historique » bien malin qui pourrait vraiment en interpréter toute la portée.

Par ce premier mail de retour nous mettons à disposition :

1) le texte de « L’Appel de l’Assemblée des Assemblées » en PJ en PDF, pour faire circuler dans vos groupes/AG et à tous les groupes GJ avec qui vous êtes en contact. Nous avons déjà reçu une dizaine de remontées de signatures et nous en attendons au bas mot plusieurs dizaines vu le nombre que nous étions. Faites le tourner svp dans vos groupes locaux et renvoyez nous dés que possible vos remontées pour savoir si vous signez ou pas cet appel à l’adresse assembleedesassemblees@gmail.com

2) la vidéo disponible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=gJI5_us3RJI), à faire tourner massivement. Nous recherchons des personnes pour faire des traductions et des sous-titres dans un maximum de langues – n’hésitrez pas envoyer des propositions à l’adresse assembleedesassemblees@gmail.com

Nous avons aussi pris la liberté de créer avec toutes les adresses collectées cette liste de diffusion intitulée « Assemblée des assemblées », et qui regroupe la plupart des participants des rencontres du 26 & 27 janvier et d’autres qui sont intéressés par l’initiative et/ou signataires de l’appel. En attendant le développement d’autres outils de communication et de coordination plus perfectionnés qui devraient arriver sous peu, cette liste est pour le moment une liste de diffusion à sens unique pour ne pas qu’elle soit directement saturée. Si vous ne souhaitez pas y être merci de nous envoyer un message à l’adresse citée avant !

Nous vous enverrons d’ici la fin de semaine – si nous ne devons pas nous mobiliser H24 pour défendre notre cabane menacée de destruction – les compte-rendus synthétiques et détaillés du week-end, ainsi que tous les documents de travail qu’on vous y a distribué… De nombreuses demandes nous arrivent pour réussir à faire des retours à temps dans les AG locales : merci pour votre patience, nous y travaillons au mieux.

Nous vous demandons également de nous envoyer vos notes des compte-rendu des groupes de travail du dimanche matin, pour être sûr de n’avoir rien oublié !

Voilà pour ce premier retour.

Sur ce, nous continuons entre nous de nous remémorer ce week-end incroyable les yeux encor écarquillés. Les applaudissements à tout rompre, les « ahou ! », les récits de lutte des quatre coins de l’Hexagone, les chants chantés ensemble, les discussions enflammées, tous vos messages, vos remerciements, vos mots gentils… tous ces gestes nous émeuvent au plus profond et renforcent la solidarité de notre groupe.

Après un tel week-end nous nous sentons encore plus forts pour continuer la lutte et construire de belles choses par ici.

L’histoire continue, pourvu que nous l’écrivions ensemble.

À très bientôt !

MACRON DÉMISSION !

VIVE LES GILETS JAUNES DANS LEUR DIVERSITÉ !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

Comme leurs prédécesseures, les nouvelles jacqueries numériques sont récupérées par la réaction par Claude Vilain

Comme leurs prédécesseures, les nouvelles jacqueries numériques sont récupérées par la réaction,  plus de la moitié des ouvriers et employés  voteraient extrême droite aux Européennes
De la grande Jaquerie de 1358, à celle de 1542 contre la gabelle en passant par la guerre des paysans allemands de 1524, tous ces mouvements, comme la dernière et première  jacquerie numérique des GJ, ont un en commun, leur interclassisme.
A l’origine géographique souvent incertaine, toujours motivées par une injustice fiscale recouvrant un besoin de reconnaissance longtemps refoulé – qu’il s’agisse de se révolter contre une pression fiscale  pour servir la rançon d’un Roi, contre la corvée du ramassage d’escargots ou la tentative d’unification de l’impôt sur le sel, sans oublier la récente taxe carbone, les jacqueries associent les couches sociales non pas les plus défavorisées mais celles qui tout en n’en étant pas très éloignées,  se retrouvent confrontées à un déclassement inéluctable.
Assez  rapidement,  une fois les revendications sociales ou économiques exprimées,  parfois satisfaites, les exigences politiques prennent le dessus.
Jusqu’aux insurrections de  1848, souvent révolutionnaires, c’est à dire contre l’ordre du moment, dirigées par la fraction la plus politisée, elles se terminent toujours  par une reaction violente des porteurs des intérêts de classe ainsi remis en cause. D’autant que la division des meneurs, voire très souvent leur trahison pour quelques pacotilles, se trouve renforcée par les oppositions de classe qui traversent ces mouvements.
En ce sens si l’interclassisme comporte des aspects révolutionnaires,  les tensions internes auxquelles il ne peut politiquement échapper,  le ramène toujours vers la réaction.
S’agissant des GJ, première jacquerie numérique exprimant le désarroi de milieux dont la fonction de reproduction d’un capitalisme global n’a plus besoin d’etre socialement, distinguée, on ne doit pas s’étonner que dans notre pays, ce soient les droites extrêmes qui en profitent.
Sans perspective politique, autre que la justice fiscale et social, cet oxymore du capitalisme triomphant, sans pouvoir ni vouloir le nommer comme adversaire majeur , ne reste plus que le repli sur soi, autour du drapeau, dernier symbole unifiant des milliers de barrages.
Et derrière le drapeau, c’est toujours le national, le nationalisme, l’identitaire qui se profilent, en un mot les droites extrêmes. Et ce d’autant qu’une fraction  des dominants  n’hésitant pas à instrumentaliser les instincts les plus bas, ravive ces questions pour en faire l’objet de débats publics donc légitimes.
En conclusion, qi’il s’agisse des derniers sondages de Bva ou de l’Ifop, plus de la moitié des ouvriers et des employés interrogés voteraient Le Pen, D-Aignan ou Philippot aux prochaines européennes !
Que LRM ne s’en tire pas trop mal, rien de surprenant, son socle de classe est solide.
 Que les partis de gauche qui ont gouverné depuis 30 ans s’effondrent encore un peu plus,  c’est normal, tant ils ont trahi.
S’agissant de la FI à  force d’interclassisme, d’appel à un peuple mythique, d’ambiguïtés sur les politiques migratoires, le projet devient tellement trouble qu’il est de plus en plus difficile de le suivre., d’où son effondrement.
EELV naviguant dans les eaux de 2014 autour de 7%,  retrouve ses électeurs , parents et enfants des couches moyennes supérieures, des travailleurs intellectuels, les plus conscients des enjeux climatiques.  Pas suffisant pour se consoler de la perspective inéluctable d’un Parlement Europeen dominé par les extrêmes droites.

Pour un Grenelle de la justice par Patrick Farbiaz, Continuer et gagner :  Après le 24 novembre

Il faut un Grenelle de la justice sociale, fiscale et environnementale et un moratoire sur l’augmentation des taxes

En tant qu’écologistes, nous soutenons le mouvement des Gilets Jaunes, un des plus importants mouvements populaires de la France contemporaine (des centaines de milliers de personnes auto organisées occupant les ronds points, imposant la gratuité aux péages et gérant les accès aux centres commerciaux, bloquant les routes et les autoroutes, organisant des opérations escargot et des occupations de préfecture. La confrontation a été dure : 2 morts et et au moins 552 blessés dont 17 gravement. Oui c’est une jacquerie ! la Révolution française a commencé par une jacquerie. Certains parlent de jacqueries pour déconsidérer des mouvements -souvent paysans- qui se sont affrontés aux seigneurs et aux puissants de l’époque ; La fronde s’est souvent étendue de la lutte contre les taxes de l’époque à la remise en cause du système social.  De même la présente révolte ne se réduit cependant pas à une jacquerie anti fiscale.  Elle s’apparente à une levée en masse inter-classiste contre la mal-vie d’une France d’en bas qui ne veut plus être gouvernée par une oligarchie financière et technocratique d’en haut. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que parmi ce mouvement, on trouve des gilets bruns homophobes, racistes, sexistes. Mais tous les grands mouvements de transformations sociales ne sont pas « chimiquement purs ». Ils ont tous charrié des opinions, des affects contradictoires. Ce qu’il nous faut donc comprendre, c’est le sens de la marée populaire qui a submergé la France depuis le 17 novembre .

Cette colère exprime la révolte contre un gouvernement qui applique systématiquement la feuille de route du néo libéralisme :

– Stigmatiser en permanence les classes populaires.  Ce cynisme technocratique n’en finit pas de valoriser «  les premiers de cordée  – les patrons du CAC 40,  les plus riches, ceux qui réussissent  en faisant preuve d’un mépris de classe, les . Contre « ceux qui ne sont rien » les « illettrés, les alcooliques, les abrutis, les extrémistes et les fainéants », « ceux qui fument des clopes et roulent au diésel «

– Affaiblir systématiquement les corps intermédiaires (partis, syndicats, associations, élus). Macron ne fait qu’amplifier cette politique de destruction programmée de la force collective des salariés qui n’ont plus de pouvoir de négociation pour lui substituer la seule politique de compétitivité et la concurrence entre les individus. Cette stratégie du choc est devenue un mode de gouvernance au point que Macron se vante ouvertement de ses victoires contre les syndicats, sur le Code du travail et la SNCF.

– Criminaliser et judiciariser le mouvement social par l’institutionnalisation d’un état d’urgence permanent

– Ubériser et marchandiser tous les aspects de la vie quotidienne et du travail pour transformer notre mode de vie en civilisation de la consommation mercantile et en source de profit. L’exaltation du statut d’auto-entrepreneur signifie pour la Macronie que la seule démocratie est celle de l’entrepreunariat où le citoyen devient lui même une entreprise et se met en concurrence avec tous les autres individus dans la société de marché néolibérale.

-Introduire au nom de la compétitivité et de l’efficacité managériale, la souffrance au travail et le recul du lien social et l’esprit de solidarité. Toutes celles et tous ceux qui ne sont pas productifs directement sont considérés comme des parasites (retraités, chômeurs, handicapés, jeunes sans qualifications…)

Cette coalition des colères est juste : Alors que depuis le début de son quinquennat, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a cessé de concéder des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, cette révolte cristallise le mécontentement qui s’exprime contre la politique ultra libérale qui s’est transformée en machine de guerre contre les classes populaires. Dans un contexte d’explosion des inégalités et d’écarts de revenus, la politique environnementale de ce gouvernement se réduit à un alourdissement de la facture à la pompe pour les seuls ménages, aggrave la fracture territoriale, Cette révolte est celle des exclus de la gentrification qui refusent la destruction de notre modèle de protection sociale, la précarité généralisée et la misère sociale, celle des existences gâchées à passer des heures chaque jour au volant pour subir des jobs précaires, toujours plus éloignés de nos lieux de vie. Les métropoles s’étendent, et de plus en plus de personnes sont contraintes de se loger toujours plus loin et rouler toujours plus longtemps pour aller rejoindre leurs lieux de travail. Ces territoires, fruits de politiques d’étalement urbain et de suppressions des services publics, obligent les habitants à se déplacer et à être dépendants de leurs automobiles.L’augmentation des taxes va s’ajouter au prix des loyers ou du foncier sans réduire la consommation de carburant. C’est la disparition des services publics en campagne qui contraint la population à parcourir des kilomètres pour trouver un bureau de poste, un médecin, un hôpital, l’agence Pôle Emploi ou une école. Ce n’est pas à la population de payer pour un amé.nagement du territoire absurde. C’est la disparition programmée des trains de proximité, la fermeture de km de « petites» lignes et de gares qui contraignent à utiliser une voiture individuelle. Le mouvement des Gilets jaunes.

Cette colère est juste parce que la politique du gouvernement Macron – Philippe est une politique anti écologique.  Il n’y a pas d’écologie sans justice sociale et fiscale.

Ce mouvement est une injonction forte à se pencher sérieusement sur les modalités opérationnelles de l’écologie et de la transition énergétique. Les taxes sur les carburants sont à la fois inefficaces sur le plan écologique et injustes socialement. Les taxes sur les carburants sont inefficaces pour l’écologie car ce qui contraint les travail-leurs.euses à utiliser leurs voitures individuelles est bien supérieur aux incitations fiscales à ne pas les utiliser . Cette révolte dit : ce n’est pas aux pauvres de payer la crise écologique. Ils ont raison : Sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, la politique gouvernementale est une arnaque et une tromperie écologique. Il voudrait faire croire que l’augmentation de la fiscalité sur les carburants et le diesel pesant sur les seuls ménages Diesel seraient le prix à payer pour la transition écologique. Il n’en est rien.  La prétendue éco taxe n’est que l’habituel enfumage des promoteurs·trices du capitalisme vert, car elle ne sert en rien à financer une transition vers d’autres régimes de transport.  La taxe perçue abondera les caisses de l’Etat, qui doit compenser les avantages fiscaux qu’il a offert aux riches et aux entreprises. La campagne actuelle contre le diesel est aussi un moyen de masquer la pollution due à l’essence. Et nous avons désormais les preuves que les Volkwagen, Renault et PSA ont triché sur les émissions polluantes.  La prime, qu’on nous présente comme créée pour lutter contre la pollution, sert en réalité à aider les constructeurs. Ainsi ses critères d’attribution sont liés à l’âge du véhicule et non à son caractère polluant. On peut donc l’utiliser pour acheter… un véhicule diesel ! Ou encore une voiture à moteur thermique, qui émet du CO2 dans des proportions deux fois et demie supérieures à ce que l’Union européenne veut interdire dès 2021.

L’État ne se contente pas de laisser les constructeurs produire des véhicules polluants, y compris en fermant les yeux quand ils trafiquent leurs moteurs pour les faire passer pour moins polluants, comme ça a été le cas au moment du Dieselgate. Il les aide à écouler leurs véhicules ! Ce n’est pas aux usager.e.s de payer pour les choix des industriels du pétrole et de l’automobile. C’est aux pollueurs, à l’industrie pétrolière, automobile, aux empoisonneurs de la chimie et de l’agro business. La transition écologique doit être fondée sur la justice sociale et la défense de notre modèle social (sécurité sociale, retraite, assurance chômage) menacé par la politique pro business de Macron.

L’ancrage de l’écologie politique dans les classes populaires est la condition première d’un renouveau de l’écologie politique. En France, l’écologie politique a été le plus souvent une écologie des centre villes, portée par les classes moyenne à capital culturel aisé . Grace aux Gilets jaunes, la question écologique devient un enjeu de politisation populaire. Ce mouvement oblige à adapter notre discours, nos orientations, à en finir avec la doxa d’une écologie libérale.  Qui déconsidère l’écologie ? N’est ce pas plutôt François De Rugy qui ne dit rien sur les inégalités sociales et environnementales, sur la taxation du kérozène pour les avions ou le transport pétrolier, sur le soutien aux industries polluantes et fait payer au nom de la lutte contre le réchauffement climatique l’abandon de l’ISF ?

Ce mouvement renouvelle les lieux et les formes d’action de la désobéissance civile en partant non des places des centre villes mais des périphéries, des ronds points, des parkings des centres commerciaux, en utilisant massivement les réseaux sociaux pour s’organiser horizontalement. Devons nous laisser un tel mouvement, en le snobant, aux mains de l’extrême droite ou devons nous proposer une alternative écologique et sociale de l’intérieur de ce mouvement ? Pour notre part nous appelons à soutenir les initiatives des Gilets Jaunes et notamment la manifestation du 24 novembre à Paris. Mais nous estimons qu’il faut maintenant que ce mouvement débouche sur une négociation et qu’il obtienne gain de cause à travers sans remettre en cause la nécessité d’une transition énergétique et écologique juste.

C’est pourquoi nous proposons qu’un Grenelle de la justice fiscale, sociale et environnementale soit convoqué dans les semaines qui viennent pour déboucher sur une transition écologique juste. Durant ce Grenelle, un moratoire sur l’augmentation des taxes pétrolières doit être institué car l’Etat doit prouver qu’il est le premier de la cordée de la vertu écolo. Ce Grenelle devra réunir des citoyens issus des assemblées citoyennes organisées par les Gilets Jaunes, les organisations syndicales, les ONG environnementales, les représentants des élus locaux. Il sera préparé par des Etats Généraux régionaux et des cahiers de doléances ouverts à tous les citoyens. Ce Grenelle devra proposer des solutions concrètes sur la précarité énergétique, sur l’accès à l’énergie, un produit de première nécessité qui conditionne l’accès aux droits fondamentaux comme celles de la mobilité, condition de l’accès à nombre de droits, à l’emploi et à la formation, l’accès aux soins ou à l’éducation par exemple.  Il devra prendre des décisions applicables immédiatement sur la taxation des entreprises polluantes, du transport aérien et maritime. Il faudra revenir sur la taxation du transport routier, que le gouvernement vient de suspendre afin d’empêcher la mobilisation. Mais il faudra surtout revoir la politique des salaires et des prix et les inégalités fiscales.

Pour sortir de la pauvreté, de la pollution, des bas salaires, de la dégradation des services publics, il faut une autre politique !

 

Cet article peut être lu là : https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/231118/pour-un-grenelle-de-la-justice-par-patrick-farbiaz

NOUS, GILETS JAUNES à COMMERCY le 17 novembre. Témoignage : des Gilets Jaunes au municipalisme libertaire, combattre l’injustice sociale et environnementale, revendiquer la démocratie

Quand on habite tout près d’une petite bourgade de 5000 habitant•e•s, quand on y fait ses courses, qu’on y va chez le toubib ou qu’on y prend le train, on a l’impression de connaître tout le monde.
En fait on connaît personne.
Je veux dire on ne connaît personne vraiment bien. On ne sait pas leur vie, leur travail, leur souffrance. On ne sait pas leur colère.
Ces 17 et 18 novembre en gilet jaune me l’ont prouvé. Les dizaines de discussions que j’ai pu avoir, facilitées par le fait de retrouver là des visages connus, ont été autant de bonnes surprises. Et de liens tissés.
On m’avait dit qu’il y aurait des patrons qui en avaient rien à foutre de nous, je n’en ai pas vu.
On m’avait dit qu’il y aurait des racistes, je n’en ai pas vu ou si peu.
Je n’ai vu quasiment que des petites gens qui en chient, qui payent cher pour aller bosser, ou d’autres qui touchent des minimas sociaux parce qu’ils sont malades ou tout simplement parce qu’ils trouvent complètement con d’aller bosser pour 1000€ avec 300€ de transports par mois.
Alors oui bien sûr quand on en bave, on a tendance à s’en prendre aux « cas soc » qui branlent rien. Mais on sait bien qu’au fond, c’est pas eux le problème. Je n’ai pas arrêté de répéter ces deux chiffres toute la journée : fraude au RSA = 100 millions par an. Fraude fiscale des gros bonnets = 100 MILLIARDS par an, mille fois plus! (sans compter les 200 milliards de cadeaux fiscaux et sociaux qui leur sont faits). Alors qui sont les parasites ? A qui va le pognon qu’on devrait se partager ?
La réponse est claire et à chaque assemblée générale de ce week end, les intervenants le répètent: tout va dans la poche des capitalistes ! Quant à l’écologie ! Quelle arnaque ! Les gros pollueurs ne seront même pas touchés. On nous prend vraiment pour des truffes.
Des discussions là-dessus, on en a eu ! Et pas qu’un peu ! Autour des braseros où grillait la bouffe et autour des quelques bonnes boutanches apportées par des potes.
Et ça a commencé de bonne heure. Le matin dès 6h30 : déjà 250 personnes chaudes bouillantes qui se répartissent les points de blocage, tous les supermarchés, les 2 stations services et les entrées de la ville.
Pour beaucoup, c’est leur première manif. Deux dames viennent me voir : « dis on te connaît toi ; Tu te bats contre Bure non ? C’est notre première manif on est contente d’être là mais on a quand même un peu les jetons, comment ça se passe si ya de la bagarre ? »
Je les rassure : quand y a de la bagarre dans une manif, on n’est jamais obligé d’y participer, on reste en retrait et ça se passe bien; surtout quand y a du monde comme aujourd’hui.
Et du monde il y en a eu : sur la journée c’est impossible à estimer combien on était, plus de 500 personnes ça c’est sûr, certains disent mille je ne sais pas. En tout cas c’est incroyable pour une petite ville comme la nôtre.
Des ouvriers, des routiers, des retraités, des chômeurs, des jeunes …
Et même une quinzaine de paysans en tracteur qui viennent nous prêter main forte sous les hourras et les klaxons. Beaucoup de bonheur !
Sur mon point de blocage, je me retrouve avec une trentaine de personnes. Très peu de bagnoles, en fait toute la Meuse est tellement bloquée qu’on n’a pas beaucoup de taf ! Celles et ceux qu’on arrête sont le plus souvent sympas, ont le gilet jaune sur le tableau de bord, et cherchent à aller bosser. On les en empêche et on se laisse photographier pour qu’ils puissent prouver à leur patron qu’ils ont été bloqués. On leur propose le jus. Et ils repartent avec notre tract.
Certains décident carrément de nous rejoindre et passent une heure ou deux à discuter.
Plus la journée avance, mieux on se connaît et plus les vannes fusent ; des conneries ça on en raconte ! mais on est sérieux quand même, déterminés, et on fait gaffe à calmer les
excités en leur indiquant des itinéraires lointains mais dégagés.
Ici ça se passe bien mais on entend dire qu’il y a eu une morte et des blessé-es ailleurs en France. Les visages se crispent. On peut rien y faire, y’a des cons partout même dans notre mouvement ; les salopards du gouvernement vont certainement en profiter pour essayer de nous discréditer ; On s’en fout, on lâchera rien! Tout le monde est super déterminé.

Oui mais la suite ? qu’est-ce qu’on va faire si ça s’arrête, si les fumiers d’en face nous la font à l’envers une fois de plus ?

On veut pas y penser il faut tenir ! C’est ce que tout le monde dit
Les blocages doivent continuer même si on est moins nombreux parce que c’est dur, parce qu’on peut pas tous faire grève ou parce que plein de choses de la vie nous en empêchent. Maintenant, il va falloir être intelligents, se relayer. Et déjà tenir jusqu’à vendredi (le black friday) et samedi et au-delà s’il le faut.

Mais ici à Commercy, on voit encore plus loin. On se dit que quoi qu’il arrive, il va falloir conserver ces liens qu’on a tissés et maintenir en vie cette solidarité. On se dit qu’il y a des trucs qu’on pourra faire en commun, qu’ils ne pourront pas nous en empêcher de faire.
C’est dans notre tract.
On propose carrément une réunion à toute la population le 7 décembre prochain pour jeter les bases de l’assemblée populaire et du municipalisme libertaire. C’est à dire ?
Ben voilà : même si on gagne pas sur le plan national, il y a une chose qu’on aura comprise, c’est que dans ce système, on ne nous laisse décider de rien ! On vote et puis après ils font leur petite sauce au service des puissants et on a juste à fermer nos gueules.
Avec l’assemblée populaire en local eh bien c’est les gens qui choisissent ce qu’ils pensent être bon pour leur cadre de vie, pour leur ville.
Ca nous apprend à réfléchir ensemble, à reprendre nos affaires en main.
Comment faire pour mettre ça en place ? On en discutera le 7. et il va y avoir du monde ça c’est certain !

Mais d’ici là courage à toutes et à tous !

Et bravo !!

On a montré qu’on était capable de s’organiser sans maîtres, sans hiérarchie ; et on a montré qu’on pouvait leur faire peur. Et quelque chose me dit que là-haut, ils n’ont pas fini de trembler …