Premières leçons des élections européennes par Patrick Farbiaz

 

  1. La fin de la domination du duopole européen PS PPE

Pour la première foi, les résultats des élections européennes en France et dans le reste de l’Europe concordent : hausse sans précédent de la participation, baisse du PSE et du PPE, montée en puissance des Verts et des libéraux centristes, forte poussée de l’extrême droite et des partis nationaux populistes, tassement de la gauche radicale.  Enfin, la gauche radicale s’effondre ( – 23% de députés pour la GUE). Ce n’est pas seulement le cas de la France Insoumise, mais aussi de Podemos, de Die Linke, du Sinn Fein. Inexistante à l’Est, elle devient résiduelle à l’Ouest.

La gouvernance du parlement Européen va être partagée sur la base de l’accord sur les traités européens avec deux groupes les centristes libéraux et les écologistes engagés de fait dans la construction d’une coalition.  Le Groupe des Verts connaît une progression certaine mais est dominé par une majorité d’écologistes qui, hormis en France, sont engagés dans des majorités à géométrie variable, ici avec la droite, là avec la gauche. Le Groupe des Verts au PE ne conteste pas les traités actuels utilisés pour instaurer l’austérité contre les peuples, permettant la domination des logiques financières. Contrairement aux aspirations des jeunes de la génération climat, le résultat du scrutin ne permet pas d’engager l’Europe vers la transformation écologique, et la sortie des énergies carbonées et nucléaires. Cette nouvelle majorité en construction, dont la plus grande partie est déjà soumise aux lobbies et au Capital n’a pas de la volonté politique, pour opérer une transition énergétique et développer des projets utiles aux systèmes de transports non-polluants, à la protection de l’environnement, à la sauvegarde de la biodiversité, à la lutte contre le réchauffement climatique, à la sortie du nucléaire.

  1. La crise de la représentation politique s’amplifie

Au niveau français, le dégagisme généré par la présidentielle de 2017 s’amplifie. La gauche et la droite traditionnelle sortent exsangues du scrutin de même que LFI, force qui s’était imposé comme structurant le populisme de gauche. Et si la dynamique écologique est réelle, elle est issue d’abord d’un transfert de voix entre la Macronie, LFI et Générations vers EELV. Car malgré une hausse de participation, la décomposition du système politique représentatif est la leçon principale à retenir de ces élections :  Les listes Macron et Le Pen totalisent autour de 20 % des Inscrits, la liste écolo 6 ,5 % et les listes du PS et de LFI 3 %. Les classes populaires se sont abstenues (notamment les banlieues) ou ont voté pour le RN, notamment dans les zones rurales ou dans les villes périphériques des métropoles. 

 La deuxième leçon c’est la victoire relative de LREM. Malgré le mouvement des Gilets Jaunes, le mécontentement généralisé des secteurs en lutte contre sa politique, Macron tient bon. Même si son opération – transformer l’élection en plébiscite pour sa politique, a échoué au seul profit du Rassemblement National, le Président de la République garde après 6 mois d’une crise sociale historique, un socle fort. Le bloc bourgeois s’est soudé et Macron a réussi à installer une alternative mortifère. Ce qui s’est joué dans le mouvement social ne s’est pas traduit dans les urnes et accentue la déconnexion entre le champ politique es les classes populaires.

  1. La centralité de l’écologie politique

Si tous les partis la mettent désormais en bonne place de leur programme, EELV, comme en 2009, apparaît comme la force principale de l’écologie. Nous ne pouvons que nous féliciter d’un résultat ( amplifié par les 4 % des voix attribué aux listes du Parti Animaliste et d’Urgence écologie ) qui montre que l’écologie politique s’affirme en France comme en Europe, affirmée comme le référentiel structurant du 21ème siècle à l’instar du socialisme au siècle précédent.  De plus ce vote répond à une demande d’espérance face à une situation bloquée par la mise en scène d’une alternative mortifère entre le fn et lrem. Mais ce résultat électoral a deux aspects : une apparence, celle d’une écologie mainstream rassemblée autour de la couleur verte et une réalité, une division réelle entre l’écologie libérale représentée par Canfin, Durant, De Rugy, Cohn-Bendit, l’écologie sociale démocrate de EELV qui en plus peut désormais avoir avec le Pacte Hulot Berger l’appui d’une base syndicale et associative importante. Ces deux écologies vont travailler directement en Europe à une coalition pour peser sur les politiques publiques en Europe. Plus l’impasse d’EELV et ses contradictions, comme après chaque élection européenne apparaitra, plus elle laissera un goût amer aux électrices et aux électeurs qui ont voté pour un autre modèle.

 La troisième écologie, l’écologie de transformation, n’aura pas de représentation directe même si certains députés du Groupe des Verts et de la GUE peuvent légitimement s’en revendiquer. Cette écologie en rupture avec le capitalisme vert, présente fortement dans les ZAD, les marches climats, les Gilets Jaunes, diverse dans sa composition (écologie sociale, éco socialisme, éco féminisme, justice environnementale, objection de croissance …) n’a pas jusqu’à présent de représentation politique. Une partie de ses militants sont organisés dans des formations qui ne se revendiquent pas du paradigme écologique (LFI, NPA, AL, Génération.S…). Cette dispersion de l‘écologie de transformation est nous semble -t- il le premier obstacle à la construction d’une force politique nouvelle, une plate-forme d’écologie populaire et sociale. Il ne s’agit pas là non plus de construire cette force en réalisant un cartel de l’écologie de transformation mais d’organiser l’écologie populaire par en bas, dans les communes, les lieux de travail et de formation les zad et les Luttes sociales écologistes.

  1. L’effondrement de LFI 

L’autre enseignement du scrutin du 26 mai est l’effondrement de LFI. Nous ne pouvons pas nous en tenir à la seule abstention ( réelle)  des classes populaires. Si l’électorat de JLM s’est réfugié dans l’abstention mais aussi dans le vote EELV. Ce n’est pas uniquement due à l’affaire de la perquisition, à l’aspect clivant des positions de JLM.  D’autres raisons s’y ajoutent : 

  • Une fausse interprétation du vote des présidentielles qui n’était pas un vote d’adhésion à la FI, à son programme ou à son leader mais un vote de rejet du quinquennat Hollande
  • L’incapacité de mettre en scène une coalition majoritaire pour le changement
  • L’absence de lieu de débat pluraliste permettant aux militants de contribuer à l’élaboration de l’orientation politique de la FI
  • L’incapacité de mettre en musique la centralité de l’écologie et son lien avec les classes populaires. 
  • La mise en crise du populisme de gauche par les Gilets Jaunes qui tout en étant un mouvement populaire refuse toute incarnation issue de l’extérieur. Pour paraphraser le Manifeste, l’émancipation des Gilets Jaunes sera l’œuvre des Gilets Jaunes eux mêmes. 

Ce constat n’est pas pour autant un reniement de notre soutien de 2017 à la candidature de JLM. Les Groupes d’Action de LFI comptent un grand nombre de militants écosocialistes. Le programme de LFI a eu l’immense mérite d’écologiser en profondeur la gauche. Mais maintenant il faut pouvoir réellement discuter des erreurs, des faiblesses et des limites de LFI. Ce serait une erreur grossière de faire porter à JLM, le seul poids de l’échec, de chercher un bouc-émissaire au lieu d’entamer une débat politique Son projet de fédération populaire, en particulier, peut être un élément de la recomposition, s’il permet de dépasser le seul cadre de LFI. 

  1. L’effacement de la gauche des Trente Glorieuses

Si le PS sauve la mise, il continue sa descente aux enfers, le PC et Génération.S n’auront pas de députés européens, LO fait un de ses pires scores malgré l’absence du NPA. Ce n’est pas la division qui a engendré la crise de la gauche mais son éloignement des classes populaires, son absence de compréhension des mutations du monde du travail ou de la crise écologique.  La division de la gauche n’est qu’une conséquence de sa vitrification. La gauche française croit qu’en recourant aux recettes de l’Union de la gauche repeinte en Vert et de la Gauche plurielle, l’appel magique à l’unité (ou pou  l’extrême gauche  à la grève générale) tient lieu de remède à son incapacité à comprendre, à analyser, à s’adapter au monde né de la mondialisation. C’est pourquoi il nous semble inutile de s’associer aux appels lancés, avant même le résultat des européennes, par des responsables politiques de différents partis, pour reconstituer l’union des gauches, pour la refonder, la remodeler, la rénover. Nous avons déjà donné dans ces opérations de rafistolage et de replâtrage qui ne débouchent sur rien. Cela, les électeurs n’en veulent plus. Ils l’ont vécu et c’est d’ailleurs ce qui a ouvert la voie à l’effondrement de ces partis et à l’élection de Macron et à sa politique désastreuse. Si un éventuel Rassemblement se concrétisait, nous y participerions en tant que composante à part entière, celle de l’écologie populaire et sociale. La seule unité́ qui pour nous a du sens, c’est l’unité́ pour la défense des communs, pour la défense de la planète et des humains, pour le droit de bien vivre dignement, pour la décroissance soutenable, pour le droit à décider ici et maintenant. C’est pourquoi, nous pensons que la reconstruction de la gauche passe non pas par des appels incantatoires et sans contenu à la refondation d’une Gauche qui n’existe plus mais par trois campagnes de terrain qui puissent apporter des victoires conséquentes : le référendum contre ADP, la lutte contre la répression et pour la démocratie, la bataille pour le climat en la liant aux villes en transition. Les militants de gauche et écologistes n’ont pas besoin de discours. Ils ont besoin de gagner ensemble, d’être fiers de ces victoires.

  1. Pour une stratégie municipaliste.

Les municipales vont être un élément essentiel de la recomposition politique car elles permettront aux Gilets jaunes verts, rouge, de s’organiser dans des Assemblées populaires locales permettant de constituer des listes municipalistes. Notre rôle est de favoriser de telles listes, d’en être à l’initiative là ou nous le pouvons, d’aider concrètement ces listes à exister (en terme de projets et de programmes, de mutualisation des bonnes expériences …). L’écologie populaire et sociale doit se mettre au service de cette dynamique municipaliste qui ne se réduit pas à présenter des listes dites citoyennes. Notre feuille de route est issue de l’Appel de l’Assemblée des Assemblées de St Nazaire : « Nous, Gilets jaunes réunis en Assemblée des assemblées appelons l’ensemble des Gilets jaunes ainsi que toutes nos concitoyennes et nos concitoyens à s’engager dans la réappropriation de notre pouvoir politique. Une étape importante de cette reconquête passe par le niveau local. Nous appelons à créer dans chaque commune de France où cela est possible une ou plusieurs assemblées citoyennes et populaires. Car ce pouvoir nous a enté confisqué comme nous le constatons dans de multiples domaines : écologie, public/privé (privatisation), démocratie, etc.. Ces assemblées sont l’expression de la volonté populaire. Chaque assemblée mène ses propres expériences en toute autonomie dans le respect de l’intérêt collectif (en lien avec des associations, Gilets jaunes seuls, groupes de citoyens, associations de quartiers, présentation de listes ou non, etc.). Nous appelons les assemblées citoyennes et populaires, ainsi créées, à se fédérer en réseau par l’échange de leurs expériences. Réapprenons à partager nos préoccupations pour définir ensemble ce que nous voulons ! Réapprenons à vivre ensemble où nous habitons !».  Nous avons besoin d’avoir un maximum d’élus issus de ces listes et labellisés sous la bannière de l’écologie social pour refonder l’écologie politique sur les bases politiques de l’écologie et sociale. Les élus communalistes seront un des piliers de l’écologie de transformation.

  1. Construire l’écologie populaire et sociale 

Ces résultats montrent aussi que les petits calculs boutiquiers ne peuvent plus être de mise. Personne ne peut prétendre représenter à lui seul l’écologie politique. Il y a urgence dans une perspective de rupture avec le capitalisme vert à regrouper les forces et à construire une représentation politique de d’écologie populaire et sociale, C’est pourquoi, pour notre part, nous nous sommes engagés dans la construction d’une Assemblée Constituante de l’Ecologie Populaire et Sociale, afin de fédérer dans un mouvement toutes celles et tous ceux qui revendiquent la couleur verte de leur drapeau sans le confondre avec le greenwashing du capitalisme vert. La politique ayant horreur du vide, nous devons faire émerger maintenant et rapidement cette autre écologie. En raison du résultat du 26 mai les échéances s’accélèrent pour notre courant d’idée. Notre appel à une Assemblée Constituante de l’écologie Populaire et Sociale doit maintenant passer à la vitesse supérieure en s’organisant à l’échelle nationale, en se rendant visible sur le plan politique, en aidant les listes municipalistes écologistes et sociales, en s’homogénéisant (Charte commune, projet affirmé, organisation assembléiste et fédéraliste). Nous appelons toutes celles et tous ceux, les signataires de notre appel, les groupes locaux d’activistes écologistes ou décroissant, les groupes locaux issus de la FI, du mouvement libertaire et ou de l’écologie, les Gilets Jaunes et ceux de la Génération Climat à s’organiser à travers cette Constituante en organisant des Assemblées locales, départementales,  régionales, en participant à une rencontre d’été et  en désignant leurs représentants à l’Assemblée Constituante qui aura lieu début octobre.

Patrick Farbiaz

(membre de la Coopérative de l’écologie sociale et du Comité d’Animation de l’Appel pour une Assemblée Constituante de l’écologie populaire et sociale)

Perquisitions au siège de la France Insoumise et au domicile de plusieurs de ses responsables – Déclaration politique d’Ecologie Sociale

Ecologie Sociale condamne le caractère totalement disproportionné des perquisitions opérées au siège de La France insoumise, premier parti d’opposition, et au domicile de plusieurs de ses responsables, dans le cadre d’une enquête préliminaire, sous le conduite du parquet, sans les garanties offertes par l’ouverture d’une information judiciaire et un juge d’instruction.

Ces perquisitions ont eu lieu après une séquence politique ouverte par les violences exercées par un collaborateur du chef de l’état, Alexandre Benalla, où le peu de cas que ce pouvoir pouvait faire de la justice et du respect de l’état de droit a été mis en exergue. Ce qui est apparu de manière très claire, dans cette affaire, c’est la volonté de dissimuler des faits délictueux à la justice, la volonté d’obstruction même, un pouvoir executif qui se considère au-dessus des lois, et s’affranchit des obligations qui sont les siennes. Or, nul n’est au-dessus des lois.

Cette intervention démesurée est l’expression de plusieurs phénomènes concomitants qui tous marquent un rétrécissement du champ de nos libertés, et mettent en lumière l’affaiblissement des droits des justiciables face à l’appareil judiciaire et répressif de l’état.

Un parquet assujéti

Il est légitime d’interroger la dimension politique de cette affaire. Il n’y a là aucun complotisme ni remise en cause de la légitimité de la justice à faire son travail, ou encore une volonté de couvrir les responsables politiques, qui doivent être des justiciables comme les autres.

Il s’agit simplement de dénoncer une procédure conduite par le parquet qui est hiérarchiquement soumis à l’autorité de la Chancelerie, alors même qu’un juge d’instruction aurait du être nommé afin d’ouvrir une information judiciaire. Dénoncer cette opération voulue par le pouvoir contre La France Insoumise, qui est aujourd’hui la première force d’opposition au gouvernement, et la situation très française marquée par la persistance de liens et de sujétions entre la justice et le pouvoir exécutif est nécessaire. Fut-ce en des termes vifs ! C’est bien la dépendance du parquet au pouvoir exécutif et ses extravagants pouvoirs d’enquête qui posent problème.

Le deux poids deux mesures

Où sont les perquisitions à grand spectacle pour « La République en Marche » ?  Incriminée elle aussi pour le financement  de la campagne présidentielle et dans l’affaire Benalla ? Comment a été traité ce dernier au moment de la perquisition où il a pu reprendre et dissimuler des armes ? Poser ces questions c’est interroger  « l’Etat de droit ».

Sous la Vème République, la séparation des pouvoirs, fondement d’un Etat de droit, n’existe qu’en théorie. Sous la Ve République, les pouvois judiciaire et législatif sont assujettis à l’exécutif. Le pouvoir de nomination des procureurs dépend du ministre de la justice. Les conséquences en sont simples : les parquets liés, hiérarchiquement soumis à l’exécutif se voient de plus en plus confier de pouvoirs quasi juridictionnels. Un Etat sans bornes représente un risque pour les libertés.

La criminalisation de la vie politique et sociale

Depuis l’application de l’Etat d’urgence, de nombreux militant.es écologistes, syndicalistes, associatifs, étudiant.es et lycéen.nes ont été soumis à une répression sociale et politique. Sous Macron, l’Etat d’urgence est entré dans le droit commun. La nouvelle majorité ne fait que renforcer, au nom de l’urgence, l’empilement de mesures sécuritaires et de restriction des libertés publiques, commencées depuis les années 80, et se refuse à consacrer l’indépendance de la justice. Les perquisitions chez le principal parti d’opposition sous la conduite du parquet sont une anomalie démocratique et il est donc légitime de les dénoncer.

La domination sans partage des lobbys

Le jour même de la perquisition, le remaniement permettait à une représentante de Danone de devenir secrétaire d’Etat à l’écologie, rejoignant ainsi Muriel Pénicaud, ancienne collègue, et Edouard Philippe, ex-lobbyste d’Areva.

Ces lobbys, eux, sont visiblement intouchables. Ils sont maintenant à la tête de l’Etat, soutenant le glyphosate, l’huile de palme et le nucléaire. Ces lobbyistes sont aujourd’hui le pouvoir.

Une nouvelle censure se développe de fait par la soumission de l’espace public à la médiatisation «pro-Macron » organisée par des groupes de presse aux mains de quelques financiers. Si nous soutenons sans réserve les journalistes y compris dans leur travail d’investigation, si nous défendons la liberté de la presse, nous considérons que le 4ème pouvoir ne peut être une féodalité sans contrôle qui soumet la vie politique à son bon vouloir. Les journalistes de plus en plus précarisés sont sommés de participer au buzz généralisé des chaines d’infos où de pseudos-experts, commentateurs et éditorialistes recyclent la pensée dominante quand ils ne donnent pas aux Zemmour, Finkelkraut, Onfray, Bastié la possibilité d’y instiller leurs bouffées d’exclusion.

La Vème République, ce sont des institutions démocratiques, policières, judicaires, médiatiques en décomposition soumises au pouvoir de la finance.

Ne laissons pas la République aux mains de ceux qui la privatisent et la réduisent chaque jour à ses fonctions répressives.

La République, c’est nous, ceux d’en bas ; les millions de gens qui refusent le consensus néolibéral mortifère installé par l’extrême centre et sa caste. Face à ces nouvelles conditions de la politique, il est légitime pour celles et ceux qui veulent résister à ce rouleau compresseur de montrer qu’ils ne lâchent rien, qu’ils ne sont pas dupes de l’opération en cours visant à délégitimer l’opposition politique.

La réaction des responsables de La France Insoumise aux perquisitions est légitime politiquement.

Toutes celles et tous ceux qui se battent pour leurs droits sur le terrain savent bien que le respect de la légalité et de « l’Etat de droit » sont toujours invoqués par les puissants pour faire taire les désobéissants et maintenir le statu quo : faucheurs d’OGM, porteurs de chaise d’Attac, zadistes de Notre Dame des Landes ou de Bure, défenseurs du Droit au logement, syndicalistes d’Air France ou de Goodyear, de GMS ou de Continental. A chaque fois c’est la même rengaine. Taisez vous et laissez passer les abus de pouvoir. L’enjeu est donc considérable. Il s’agit de discréditer par avance toute possibilité de convergence entre la principale force politique et le mouvement social en anesthésiant les deux par l’invocation du respect de l’ « Etat de droit », rempart bien commode pour délégitimer toute conflictualité. Nous répondons : Oui, on a raison de se révolter et de désobéir.

Cette disproportion dans l’usage de la force policière avait pour fonction de discréditer La France Insoumise. Lorsque la police et la justice traitent une force politique résistant à l’ordre dominant comme une association de malfaiteurs, le résultat politique est connu d’avance. Soit elle cède et elle avalise l’accusation portée, soit elle s’indigne et elle est taxée de ne pas respecter les institutions.

A ce moment là, les résistants se replient sur leur noyau le plus déterminé et ils perdent momentanément les hésitants. A tous les coups le pouvoir gagne. Cette disproportion est également révélatrice d’une polarisation croissante au niveau international qui s’exprime par une judiciarisation croissante du conflit politique (en Europe avec la Pologne et la Hongrie, avec Poutine et Erdogan, en Amérique Latine au Brésil, au Nicaragua, en Colombie, en Argentine, au Venezuela).

Partout on utilise les mêmes méthodes d’intimidation, on masque la répression politique par la mise sous tutelle, voire l’incarcération des opposants politiques. Nous refusons ce processus qui pourrait menacer la France la transformant en une « démocratie illibérale ».

Dans ce cadre Ecologie Sociale regrette que la solidarité des organisations de la gauche ne se soit pas manifestée et ait laissé au contraire la place soit à un silence assourdissant soit  à des postures de dénonciation de La France Insoumise qui masquent mal la volonté de revanche électorale par des appareils défaits suite à la séquence électorale de 2017.

Ce manque de dignité politique ne grandit pas ces responsables.

A l’instar de La France Insoumise, Ecologie Sociale demande la nomination d’un juge d’instruction dans cette affaire.

Soutenir la @FranceInsoumise et @JLMelenchon face à l’escalade illibérale du pouvoir macronien par #ClaudeVilain

Ce n’est pas parce que LFI et Melenchon auraient juridiquement tort – depuis les lois sécuritaires de droite et socialistes, la justice peut à l’occasion de perquisitions faire pratiquement tout  ce qu’elle veut ( notamment cf. saisie de fichiers ) – qu’il ne faudrait pas réagir à cette énième intimidation du pouvoir macronien.
Bien au contraire, il faut les appuyer politiquement en dénonçant une fois encore les lois scélérates de la droite bien sûr, mais aussi de la social démocratie. En condamnant  fermement l’escalade conduisant à la criminalisation de toutes les formes de l’action politique et ne l’oublions pas à cette occasion, syndicale et ecologiste (cf. brutalités policières à l’égard des zadistes anti nucléaire ).
Et que l’on ne joue pas les hypocrites en argumentant que les mêmes n’ont pas condamné les perquisitions et saisies de fichiers chez Sarko, Fillon, Benalla, Le Pen, etc… d’abord on a le droit de choisir politiquement, ensuite, il faut pas mélanger les truands et racistes qui auraient du être condamnés depuis longtemps avec ceux et celles qui défendent le bien commun au lieu de tenter de se l’approprier.

Le choix de l’insoumission, à propos de la présidentielle de 2017 et du choix de présenter un candidat EELV autonome

La situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons depuis l’élection de Donald Trump et la désignation de François Fillon comme candidat de la droite et du centre nous oblige à réaffirmer les choix, finalement minoritaires, que nous avions portés lors du dernier Congrès d’EELV et alors même que les primaires de l’écologie viennent de s’achever.

Ce billet a été publié sous forme de tribune sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/021216/le-choix-de-l-insoumission

  1. La situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons depuis l’élection de Donald Trump et la désignation de François Fillon comme candidat de la droite et du centre nous oblige à réaffirmer les choix, finalement minoritaires, que nous avions portés lors du dernier Congrès d’EELV et alors même que les primaires de l’écologie viennent de s’achever. La victoire sans appel de deux réactionnaires sur les bases d’une révolution ultralibérale, conservatrice, et souverainiste dans deux des six plus grandes puissances du monde conjuguée avec le poutinisme et le renforcement de la prédominance de Xi Jinping en Chine, ou encore d’Erdogan en Turquie change la donne. Le monde dans lequel nous entrons rompt non seulement avec les Trente glorieuses mais aussi, en Occident, avec la promesse de progrès social et démocratique. Le chaos géopolitique se double maintenant d’une hypothèse autoritaire. Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie, nulle part.

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