Sous la pression des USA, les membres permanents du Conseil de sécurité et de 130 pays dont le Canada, où la légalisation du #cannabis va prendre effet, relancent la Guerre contre la #drogue. La Guerre contre l’extrême gauche et la jeunesse !

Du 24 septembre à la tribune des Nations Unies , les médias n’auront retenu que le fou rire des représentants d’Etats membres s’exclafant en entendant  un D Trump déclarer que  » le bilan de sa Présidence n’était comparable à auncun autre « .
Pourtant le même jour,  le Département d’ Etat publiait une déclaration signée par 130 pays, dont les membres du conseil de sécurité , soutenant une relance de la guerre contre la drogue, en particulier de  la criminalisation de l’offre et de la demande. Les ministres des affaires étrangères allemands et néerlandais,  farouchement opposés à  l’initiative américaine qui dérogeait aux règles de la diplomatie onusienne, précisèrent que cette déclaration était tout simplement une déclaration de guerre « à la santé publique ».
E Macron qui la veille avait félicité et encouragé le nouveau Président colombien dans cette lutte et J Trudeau qui avait pourtant légalisé l’usage du cannabis récréatif dans son propre pays se joignirent à cette nouvelle croisade .
A cette énième Croisade contre l’opposition de gauche et la jeunesse.
Quant aux débuts des années 1970, la réaction américaine, suivie par l’ensemble des pays de l’Otan et la France qui dès 1974 prit les mesures législatives les plus répressives , déclara la Guerre à la drogue, la jeunesse avait compris. Comme l’avouera bien tardivement, J. Ehrlichman, le principal conseiller politique de R. Nixon, la prévention de l’usage croissant du cannabis et de l’héroïne, n’avait rien à voir avec ce combat .
Pour rassurer « la majorité silencieuse » il  s’agissait , à défaut de pouvoir criminaliser la contestationde politique « des hippies et des nègres », de lutter contre les opposants à la guerre du Vietnam et contre l’émancipation afro-américaine : « en arrêtant leurs dirigeants, en perturbant et en interdisant leurs réunions publiques, en les diffamant, etc ».
Résultats, près d’un demi siècle plus tard les consommations de drogues illégales n’ont jamais été aussi élevées parmi les 12- 25 ans, les mafias, dont le blanchiment du narcotrafic afghan, colombien complaisement assuré par les gouvernements de Reagan puis de Bush financeront les Talibans anti soviétiques comme les Contras anti sandistes, aussi puissantes.
Sans mentionner le plus dramatique. Le glissement progressif des consommations illégales vers les drogues légalement prescrites, à l’origine d’une véritable hécatombe de décès par surdosage parmi les 15-34 ans. Les opiodes, ces médicaments soi-disant prescrits contre la douleur, sont à l’origine de plus de la moitié des 75000 morts pour consommation de drogues aux USA,  et des 3/4  des 120.000 décès pour ces mêmes causes au sein de l’UE.
Comme vous pouvez vous en douter, ce glissement n’a rien de naturel. Depuis 15 ans, il est encouragé par le lobby de l’industrie pharmaceutique américaine, (mais pas seulement) qui met sur le marché légal des produits de plus en plus toxicodépendants, comme l’OxyContin de Purdue Pharma, à plusieurs reprises condamné symboliquement  pour « marketing agressif » !
Mais alors pourquoi donc des libéraux peuvent ils souscrire à une Guerre, dénoncée « pour ses conséquences dramatiques pour les individus et les sociétés du monde entier » , en langage moins diplomatique comme un « crime contre l’humanité » par la Global commission on Drug Policy (collectif d’anciens chefs d’Etat et responsables de l’Onu dont le regretté K Annan) et, il y a une semaine encore, comme un  « obstacle majeur au développement écologique pour les pays producteurs » ?
Avec D Trump, et tous les obligés du capitalisme financier, les J Trudeau et E Macron ont tout simplement peur de leur jeunesse.
L’un, après avoir légalisé, sort immédiatement le baton pour rassurer une majorité dont les réactions à la légalisation du cannabis le 17 septembre, frôlent l’hystérie collective. Au Québec en particulier où il ne se passe pas une heure sans que les médias publics ou privés ne donnent la parole à un soi disant expert pour décrire l’apocalypse que cette mesure entrainera parmi les jeunes québécois de 15-34 ans (oubliant toujours de préciser qu’ils sont déjà près de la moitié à en faire un usage récréatif… illegal).
En France,  où loin de légaliser,  voire commencer à dépénaliser,  il ne se passe pas une semaine sans qu’un pauvre gamin ne soit victime d’un règlement de comptes entre trafiquants, E Macron  ne trouve pas mieux que de matraquer la jeunesse à chaque manif, y compris en demandant à ses conseillers de mettre la main à la pâte.
Alors qu’agonisent les vieux partis, que la social démocratie apparait pour ce qu’elle a toujours été,  la caution d’un « capitalisme à visage humain », de cette monstrueuse chimère de « l’économie sociale de marché » où le marché chosifie le social, que l’urgence écologique est étouffée par d’hypocrites discours, c’est toujours la vieille et sacrée Sainte Alliance des réactionnaires et des soi-disants libéraux qui se manifeste.
Ils ne peuvent pas s’en empêcher…leur jeunesse ne pouvant s’empêcher de ne plus les supporter, aux USA, au Canada, au Québec,  chez nous et partout ailleurs.

https://usun.state.gov/remarks/8629

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#Budget 2019… No change, no chance… les riches s’enrichiront, les pauvres s’appauvriront, la planète se réchauffera #justicesociale #justiceclimatique #climatechange #inégalités

Le 1er octobre 2018
Il y a quelques jours B Le Maire et G Darmanin présentaient le budget 2019 aux commissions parlementaires.
Une fois de plus et de manière éclatante , ses grandes orientations traduisent l’incapacité des libéraux,  après les sociaux libéraux,  de respecter les contraintes maastrichiennes , sans pour autant, être en mesure de faire face aux dynamiques sociales et environnementales.
Avec un déficit annoncé de près de 3% (2.9) , un concours exceptionnel de plus de 50 milliards pour soutenir la politique de l’offre et , pour la deuxième fois consécutive depuis 2011 , une hausse de 3% des ressources du Ministère de l’écologie ( et oui …ça arrive que dans leur médiocrité les libéraux le soient moins que leurs prédécesseurs y compris d’ Eelv qui sans broncher , assisterent au limogeage de D Batho), ce budget va creuser les dettes  sociale et environnementale.
Creuser la dette sociale.
La dette sociale est cette fraction de la dette publique consacrée à  relancer une vaine croissance , à soi disant réduire le chômage et les inégalités de revenus, celle du coût du Pacte de stabilité et de croissance, censé faire passer la pilule de la rigueur budgétaire.
En 2019, avec la pérennisation de la baisse des cotisations patronales sur les salaires inférieurs à 2.5 Smic et le remboursement des crédits d’impôts dus depuis 2016 au titre du  CICE les entreprises vont ainsi percevoir plus de 40 milliards d’aides publiques.
A 70% , si ce n’est dans son intégralité ( ex Radiall, l’entreprise de l’ex patron du MEDEF, qui en 2018 en  a reversé 100% à la famille Gattaz) , ce sacrifice de 2% du Pib ira gonfler les dividendes des nantis sans créer un seul emploi. Si on y ajoute les 20 milliards d’exonérations fiscales et autres allégements de charges, c’est près de 3% du PIB soit le montant du deficit 2019 qui sera versé aux entreprises…et indirectement à leurs dirigeants.
Ces aides sont non seulement  sans aucun effet sur l’emploi , mais limitent les hausses de salaires au delà de 2.5 Smic,et pire encore , confinent  la production sur le bas , milieu de gamme , objet d’une compétition internationale acharnée et plombant de facto, notre balance commerciale.
Le Comité de suivi du CICE, c’est à dire de l’évaluation des réductions de charges etant bien incapables d’annoncer le moindre effet positif des 110 milliards dépensés depuis 2013, deux chiffres vous permettront néanmoins de vous faire votre opinion:
– depuis 2013, l’industrie a perdu 90000 emplois, la construction 60000, l’agriculture 10000…
– depuis 2014, les dividendes ont augmenté en moyenne de 25 % par année !
Autrement dit la dette publique, ce  » fardeau reporté sur nos enfants » que  dénonce ces faux culs de ministres libéraux n’aura servi qu’à enrichir ceux qu’ils servent.
Creuser la dette environnementale
Bien évidemment les 6% de hausse cumulée des budgets de l’écologie ne sont pas à la hauteur des défis que le nouveau Mr Planète ne cesse hypocritement de rappeler, ni  jamais ne compensera les 25% de réduction observée sous les gouvernements de JM Ayrault et M Valls , avec la complicité des parlementaires EELV qui ne souhaitaient pas  » ajouter la crise politique, à la crise sociale »  ( ils ont eu les deux. Ce qui n’empêche pas ces mêmes élus de faire la leçon à Macron, Européennes oblige ).
Ces hausses sont d’autant plus insignifiantes que depuis lAccord de Paris, nos émissions de Co2 ne cessent  régulièrement d’augmenter : + 9.8 % depuis Décembre 2015 (en moyenne elles baissent pour l’ensemble des 27 ).
La faute à un recours accru aux filières charbon et fioul pour faire face aux défaillances d’une production nucléaire que le rythme de développement des renouvelables ne permet toujours pas de compenser, sans parler pour 2018 des conséquences des grèves  de la SNCF sur le transport des marchandises.
No change..no chance
Quand rien ne change, pas de bol..la situation s’aggrave.
La politique de l’offre, la réduction des charges,  c’est l’échec absolu, pas un seul emploi  productif supplémentaire depuis 2013 . Mais on persiste en doublant l’effort en 2019 (alors que l’effacement des créances du CICE , compte tenu de son inefficacité,  aurait pu compenser le coût de la 1ere année d’exonération de charges )
Le nucléaire :  un gouffre financier et technologique,  la transition énergétique sacrifiée.  Mais on persiste en envisageant de construire de nouveaux EPR , en soutenant à bout de bras EDF une entreprise en quasi faillite ..tandis que les émissions de Co2 explosent.
Et notre Président de s’emporter contre ses obligés. C »est vrai, ils ne lachent rien, tout en exigeant toujours plus  . Et son valet médiatique Le Monde , de brocarder un gouvernement italien dont le déficit public restera bien inférieur au notre tout en finançant un véritable revenu universel qui ne serait pas destiné qu’aux plus riches (je précise que je n’ai aucune sympathie pour ce régime ) Et des vieux partis verts empêtrés dans leur combine d’appareils , incapables de la moindre auto critique en espérant se refaire une santé aux Européennes. ..
et pendant ce temps là des millions de salariés. es, retraités qui , sans perspective politique, n’en peuvent plus de subir la pression de contraintes maastrichiennes qui les empêchent de vivre et de respirer décemment, eux et leurs enfants.
C’est maintenant qu’il faut se préparer pour qu’enfin, en mai 2019, nous saisissions notre chance pour que tout change.
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Quand la terre brûle par @BenMonville #Incendies #Réchauffementclimatique #Californie #RiseForClimate

Cet article peut être lu ici : https://blogs.mediapart.fr/benedicte-monville/blog/110918/quand-la-terre-brule

Je me souviens gamine m’être demandée, plongée dans un abîme de perplexité, à quoi pourrait bien ressembler la fin du monde. Nous n’habitions pas trop loin du jardin des plantes et ma mère qui y avait passé son enfance, avant que les classes populaires ne soient définitivement écartées du centre de Paris, nous emmenait régulièrement au muséum d’histoire naturelle voir les squelettes des dinosaures. Si ces colosses que je contemplais mi incrédule mi inquiète avaient pu disparaître alors nous ne pouvions prétendre à vivre éternellement sur terre. Une pensée furtive sur laquelle je ne m’attardais pas plus que ça d’autant que les millions d’années qui nous séparaient de l’extinction des dinosaures conféraient à l’image qui se formait dans ma tête d’une terre sans humains un caractère évanescent. Et puis, j’imaginais qu’il faudrait bien un cataclysme, quelque chose de grandiose telle qu’une collision extraordinaire provoquée par le bouleversement des forces de l’univers qui règlent de manière si précise le ballet des astres autour du soleil. Le déraillement des planètes plutôt que l’extinction du soleil, une fin éclatante plutôt qu’une lente agonie, vulgaire en somme. Mais alors que, vers la fin du mois d’août, nous roulions vers Crater Lake, que la fumée dans le ciel se faisait plus épaisse, que malgré la chaleur, spontanément et sans nous concerter, nous fermions les fenêtres du camion, je réalisais que la fin de notre existence n’aurait rien de romantique et de grandiose. Nous étions à plus de 100 km de distance du premier incendie, dans l’Oregon, l’Etat situé au Nord de la Californie. Quelques jours plus tôt, dans la banlieue de Seattle, un commerçant m’avait dit, avec un peu moins de désinvolture que s’il s’était agi du temps qu’il fait, : « It’s smocky today ». Je lui demandais si la fumée des incendies de Californie arrivait jusqu’au Washington. Non, c’était la forêt autour du Mount Rainer qui brûlait, la Tacoma Mountain pour les Indiens, « la mère des eaux » cerclée par les flammes. Nous en venions, mais l’incendie s’était à peine déclaré. Pourtant, en remontant le long de la baie jusqu’à Port Townsend, le ciel gardait cette étrange opacité qui voilait le soleil et, le soir venu, avalerait les étoiles. C’est étrange un ciel où on ne distingue aucun nuage, aucune étoile, aucun de ces signes extraterrestres qui nous fait nous sentir partie prenante d’un ensemble bien plus large que le bout de terre que nous habitons. Le soir sous la lune, la tête dans les étoiles nous expérimentons tous à notre manière ce à quoi les physiciens ont donné un chiffre : 3%. Nous ne connaissons que 3% de ce qui compose notre univers, matière, anti-matière, matière noire, … tout compris. Plusieurs centaines de kilomètres plus au sud, au bord du lac le plus profond des Etats-Unis, que la fumée nous empêchait de distinguer, un des sites naturels les plus beaux du pays, paraît-il, je regardai le Ranger devant moi dans son bel uniforme beige, son masque de chirurgie sur le visage et j’eus envie de pleurer. On aurait dit que les fumées des incendies qui ravageaient la Californie depuis des semaines et dévoraient une partie de la forêt du Mount Rainer National Parc, convergeaient là. Elles piquaient mes yeux, mon nez, ma gorge et, à l’instar de la gamine que j’étais, j’imaginais soudain, plongée dans une insondable mélancolie, un monde, notre monde qui s’emballe et devient invivable, quelque chose comme une extinction en effet, un mouvement lent mais inéluctable : la chaleur, les incendies, plus de chaleur, plus d’incendies, moins d’air, moins d’eau, la terre polluée, moins de fruits, moins d’animaux, plus de conflits, une lente apocalypse où nous sommes emportés par un système social qui exalte la cupidité, la force brutale du pouvoir de l’argent et des armes, et récompense la bêtise et la grossièreté. Les pauvres d’abord, les riches ensuite retranchés quelques décennies supplémentaires derrière l’abri aussi ridicule qu’illusoire que confère la richesse dans un monde qui s’écroule.

Crater Lake rendu invisible par la fumée des incendies

Crater Lake rendu invisible par la fumée des incendies

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L’écologie grise de François de Rugy

Vous pouvez lire ce texte dans le club de Mediapart :

https://blogs.mediapart.fr/francine-bavay/blog/070918/ledito-de-patrick-farbiaz-lecologie-grise-de-francois-de-rugy

La nomination du président de l’assemblée Nationale au Ministère de la transition écologique en remplacement du charismatique Nicolas Hulot a été vilipendé de toute part. Cependant cette nomination a une part de cohérence avec le personnage, sa fonction et les objectifs qui lui sont attribués. La cohérence d’abord. FDR n’a, depuis ses débuts en politique, jamais varié de ligne. Depuis ses premiers engagements, il n’a jamais cessé de prôner un centrisme de gauche modéré, fondé sur pondération et le refus du conflit. Il fonde, à moins de 20 ans, un courant de jeunes « écolos démocrates » dans Génération écologie avec son compère François Michel Lambert. Il soutiendra jusqu’au but Brice Lalonde permettant à ce dernier de gagner un Conseil national décisif en 1993 où Noël Mamère pouvait espérer l’emporter. Un an plus tard, constatant la dérive trop droitière et sans issue de Génération Ecologie, il rejoindra le groupe constitué par le maire de Bègles, Convergences Ecologie Solidarité, celui ci appuyant alors la candidature de Jacques Delors puis de Lionel Jospin. Puis ayant rejoint les Vets, il deviendra le clone de jean marc Ayrault à Nantes. En réalité dans toute sa carrière, le nouveau ministre de la Transition Ecologique a toujours prôné une écologie des petits pas, celle précisément dénoncé par Nicolas Hulot. Les écologistes sont comme les chats, on les croit tous de la même espèce et on en découvre des dizaines de variés différentes ? FDR appartient à une catégorie particulière, l’écologie grise. Ni verte, ni rouge, ni même rose, cette écologie est une écologie passe – murailles qui se confond avec les institutions et le marché   Cette écologie compatible avec le libéralisme, et droite et gauche est fondé sur la construction de majorité de consensus. Cette écologie grise, FDR la porte depuis qu’il est entré dans la carrière. Et c’est bien la seule chose à travers ses multiples manœuvres que l’on puisse lui reprocher. L’écologie grise qu’est ce que c’’est   finalement ?  Au nom de la tolérance elle tolère le glyphosate, les chasses à courre présidentielle, l’huile de palme, la Montagne d’Or en Guyane, j’en passe et des pires car son seul véritable adversaire, c’est le « gauchisme » quelque soit sa forme. DE EELV à Benoit Hamon, de Mélenchon au NPA, FDR n’a eu de cesse de combattre tel Donquichotte les moulins à vents qu’il s’inventait lui même.  Il transforme en sectes toutes ces variantes d’une opposition à ce centrisme libéral qui n’a de cesse de détruire le modèle social. L’écologie grise se fonde dans ce Parti gris, nommé En Marche, devenu une secte libérale qui au nom d’une coalition regroupant gauche et droite libérale tire sur tout ce qui relève la tête à gauche.  Ce marécage centriste a accouché d’un parti chèvre- chou, dirigé par un Sauveur bonapartiste qui sous le drapeau du progressisme est un nouveau Guizot, partisan d’une modernisation industrialiste à tout crin de la France sous direction de la commission européenne, c’est – à dire l’exacte contraire de l’écologie politique. FDR et son Maitre Macron reprennent le proverbe imagé de l’ancien leader chinois Teng Tsiao Ping : « Peu importe que le chat soit noir ou gris, ce qui importe c’est qu’il attrape la souris ». Le problème c’est que dans le cas de FDR, le chat c’est le capitalisme vert et la souris, l’écologie politique, le chat c’est l’économie carbonée et la souris la dégradation climatique et la 6ème extinction des espèces. Cette écologie de pisse froid où tous les chats sont gris, s’appuie sur la croissance verte, l’économie verte, le greenwashing. L’écologie grise est une fuite en avant face à la responsabilité immense qu’il conviendrait de tenir face à la crise climatique, à celle de la biodiversité, aux guerres de l’eau, à la déforestation, à la destruction programmée de la santé environnementale. En fait l’écologie grise prépare une fuite en avant qui s’appuiera sur les mêmes arguments comme par exemple « l’économie n’est pas l’ennemi de l’écologie ». Ce nouveau Grand bond en avant que préparent l’écologie grise, faute de prendre les mesures évidentes nécessaires ; fin des subventions publiques et privées à l’économie carbonée, sortie du nucléaire, arrêt de l’agriculture intensive chimique… c’est la géo ingénierie où sous prétexte de prendre des mesures ultimes contre le réchauffement climatique, le capitalisme vert construira des moyens de destructions massives qui accélèreront la crise écologique en changeant artificiellement le climat Et là  avec ce nouveau Projet Manhattan, nous passeront de l’écologie grise  à l’écologie autoritariste Vert de gris.  

Patrick Farbiaz, Ecologie Sociale

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Quand les relations de D. #CohnBendit et Yannick #Jadot mettent le feu au patrimoine universel #Brésil #MuséeNationaldeRio #muséeBrésil

Alors que ce matin,  Dany reprenant la vieille rengaine selon laquelle la transition écologique était compatible avec le libéralisme,  en clair le capitalisme  -comme le fut en son temps, la mise en oeuvre du programme social du CNR, dans un pays sous protectorat américain- (..comme si l’Histoire et les ravages de l’extension du capitalisme financier libéré de la contrainte soviétique n’avait jamais existé), alors, qu’il estimait qu’un autre modèle de développement demeurait disponible pour les grandes puissances émergentes,  nous apprenions que le Musée national de Rio de Janeiro, ce joyau de l’Humanité venait d’être entièrement détruit.
Pour ceux et celles qui s’interrogent encore sur le destin de l’Humain sachez que depuis août 2016 et la destitution honteuse de Dilma Rousseff les dotations de cette institution ont été réduites,  sous pression du FMI imposant une rigueur budgétaire sans précédent de 80% ! En parallèle le Corpo de bombeiros militar de Rio , l’équivalent de nos sapeurs pompiers, a vu ses effectifs réduits de moitié.  Et quand le Directeur du Musée, Dias Duarte,  accuse son gouvernement de pyromanie, comment hésiter à lui donner raison ?
Dany et Y Jadot qui dénoncent et à juste titre les dérives constitutionnelles polonaises ou hongroises, ont ils eu un seul mot , pour accuser les amis de E Macron du PMDB et leur Président l’affairiste Terner de putschistes,  ont ils un seul mot pour condamner l’éviction de Lula de la prochaine présidentielle,  alors que comme dans  plusieurs Etats d’Afrique, le Comité des droits de l’homme de l’Onu estime que sa candidature ne peut être annulée ?
Bien sûr que non. Partisans du double discours, ils elles vous font croire que votre avenir et delui de notre planète  dépendent de ces milliards d’humains soi disants épargnés par le capitalisme financier et qui pourraient donc remettre en cause le modèle dominant,  tandis que nous, les humains dominants, n’aurions d’autre choix que de nous y adapter, en grapillant de ci de là,  quelques miettes écologistes.
Contester la situation politique du Brésil ? Vous savez très bien ce que cela veut dire… éviter de mettre sur la même balance un Orban et un pyromane comme Terner, vous m’avez compris. C’est surtout ne pas vouloir donner raison à ceux et celles qui ici comme ailleurs contestent les ravages du capitalisme prédateur de nos vies, de notre planète et de notre histoire commune  (le Musée de Rio renfermait les plus grandes collections du Cétacé sud américain).
Alors que la sauvagerie des forces de l’argent met le feu à la culture, à nos derniers vestiges, pour mieux détruire notre futur. Dany et son pote Y Jadot tendent l’allumette en essayant une fois encore de nous enfumer.
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L’espérance d’une « Colombie humaine » est née par @SergioCoronado

La Colombie apparaît souvent comme un pays à part sur le continent latino-américain. Il a l’apparence d’une démocratie libérale, n’ayant pas connu de dictature militaire, à proprement parler, contrairement à d’autres pays latino-américains. 

Longtemps conservateurs et libéraux se sont disputés le pouvoir. Longtemps le pays vécut un conflit armé, l’un des plus anciens au monde, pas encore totalement éteint. Une violence protéiforme demeure présente, provoquée par l’action de bandes armées, du paramilitarisme, et fruit de l’action du crime organisé qu’engendre le commerce de la cocaïne, dont la Colombie est l’un des principaux exportateurs au monde. 

La violence sociale y est brutale, le pays est l’un des plus inégalitaires du continent. La violence a souvent régenté la vie publique, et le sentiment que la guerre avait «  canibalisé » la politique était devenu une réalité. Les responsables politiques assassinés sont légion. D’ailleurs, depuis la signature des accords de paix, les assassinats de responsables syndicaux ou de leaders paysans n’ont pas cessé.

Ces années de conflit et d’affrontements ont façonné une vie politique endogamique, sous domination oligarchique, dont l’exemple le plus abouti est l’actuel Président Juan Manuel Santos. Ministre dès 1992, dans tous les gouvernements, élu Président en 2010 pour deux mandats, et prix Nobel de la paix, Santos a été élévé pour gouverner dans une famille au carrefour de la presse et de la politique.

A la charnière du nouveau siècle, l’enlisement puis la fin des négociations de paix ouvertes par le Président Pastrana et l’élection dans la foulée du candidat Alvaro Uribe Velez marquent une apogée de la crise des partis traditionnels, le libéral et le conservateur. 

D’origine libérale, Uribe se fait élire en indépendant en 2002, dès le premier tour et sur un projet de guerre aux « terroristes ».

Sa victoire fut le fruit de l’échec de négociations qui n‘en finissaient pas, et dont personne ne voyait l’issue, et de l’émergence de nouvelles élites provinciales, parfois liées au paramilitarisme, qui usent de la politique pour se faire accepter d’une oligarchie habituée à gérer les affaires sans partage.  

Deux mandats présidentiels, huit ans de guerre contre les guérillas, avec l’aide financière et militaire états-unienne, sans s’embarrasser des libertés et de l’état de droit, ont affaibli militairement les FARC, privées depuis longtemps de soutiens populaires. 

Ces années furent aussi marquées par des affaires de corruption massive –  les liens avérées de cette majorité avec les groupes paramilitaires et le narco-trafic ne sont pas mystère. Ces années noires furent marquées enfin par des violations des droits humains, par un terrorisme d’état et l’assasinat de plusieurs milliers de civils par les forces de sécurité engagées dans une politique du chiffre, par une chasse systématique contre l’opposition, une hostilité contre les organisations des droits de l’homme, et un conservatisme bigot et hypocrite. 

Ces années-là ont changé le pays à partir d’une entreprise à vocation hégémonique nommée l’Uribisme, dont la doctrine fut la « sécurité démocratique », inspirée des politiques de sécurité nationale des années 70 promue par les dictatures militaires, réduisant bien souvent toute politique publique à son impératif répressif, et faisant de la société un relais « sécuritaire » de l’état.

Mais des résistances sont nées, dont le fer de lance sont des organisations communautaires, des ong, des forces sociales et syndicales et un pays jeune, urbaine mieux éduqué.

Sortir de la logique de guerre, et construire un pays plus juste sont aujourd’hui le projet d’une part importante de la population.

La campagne présidentielle que le pays vient de vivre en est la parfaite illustration. 

Certes, avec 10,3 millions de voix et 53,9%, la victoire d’Ivan Duque, candidat d’une droite radicale, marque le retour de ce que l’on appelle l’uribisme au pouvoir en Colombie. 

La victoire est nette et incontestable. 

Si le clientélisme n’a pas disparu dans le processus électoral, avec pressions et achats de voix, cette élection présidentielle de temps de paix a été sans doute l’une des plus propres de l’histoire du pays. 

Le nouveau Président, le plus jeune de l’histoire du pays, fut un terne sénateur et était, à vrai dire, un illustre inconnu avant l’élection. Il fit la course en tête, porté par la popularité l’ancien Président Uribe. Une campagne de positionnement de droite radicale: opposition aux accords de paix, remise en cause de l’équilibre des pouvoirs et théorie du ruissellement pour toute politique économique.

Son image lisse ne parvient pas à occulter la réalité de la coalition qui le soutient. L’ensemble des forces politiques traditionnelles, des libéraux aux conservateurs, aux pratiques éthiques douteuses, à la corruption avérée, les groupes chrétiens radicaux, le patronat et les grands patrons de presse, les nouvelles élites régionales et la vieille oligarchie.

Mais la défaite de Gustavo Petro n’a pas un goût de cendres.

C’est même un exploit que l’ancien guérillero du M19 et ancien maire de Bogota a accompli.

Il s’est lancé sans parti, sans élus, sans argent dans le course présidentielle il y a quelques mois.

Il fut l’objet d’attaques incessantes sur son supposé castro-chavismo, puisqu’il est désormais de tradition sur le continent, comme ailleurs, que tout candidat de progrès soit un affreux complice de la dérive autoritaire du gouvernement vénézuélien. Cela lui permit néanmoins de clarifier sa position face à la crise politique et humanitaire que vit le pays voisin.

Il résista dans la dernière ligne droite à la remontée du candidat de la « Coalición Colombia », coalition formée par le parti de gauche « Polo Democrático », le parti Vert, et un groupe nommé « Compromiso ciudadano », qui en appela au vote utile. 

Allure juvénile, à 61 ans, et , à la différence de Petro, avec une expérience locale reconnue, Il fut maire de Medellin et gouverneur de la province d’Antioquia, épaulé par sa colistière Claudia Lopez, sénatrice du Parti Vert, Sergio Fajardo fut traité avec bienveillance par les media, encouragé par une partie de l’établissement. Son positionnement centriste et son libéralisme tempéré rassuraient: il promettait de nettoyer les écuries d’Augias, sans s’attaquer de front aux inégalités et à la question sociale.

Gustavo Petro, ancien maire de Bogota, ancien guérillero du M19, est à 58 ans une figure ancienne de la politique colombienne. Il a été un acteur majeur de l’histoire nationale des trois dernières décennies. 

Brillant sénateur, bataillant sous Uribe contre la corruption et la pénétration paramilitaire de la politique, Gustavo Petro s’anime devant les foules, et fait preuve d’un charisme surprenant pour un homme qui passe pour arrogant et taciturne. Il est vrai que ses mots peuvent claquer, et ses phrases résonner comme une sentence. Face à un Laurent Fabius un peu ailleurs lors d’une rencontre à la mairie de Bogota dans la cadre de sa visite en Colombie, visiblement peu intéressé par une discussion stratégique sur les gauches, Petro fut d’une franchise dénuée de toute diplomatie: « Vous ne comprenez pas les gauches latino-américaines et leur processus, ce n’est pas grave, cela fait bien longtemps que vous avez cessé de nous intéresser … ».

La campagne du mouvement  « Colombie Humana » fut populaire par la force des choses. Le foules ont occupé les places publiques dans un pays peu habitué aux manifestations de rue. Celui qui se réfère au romancier Gabriel Garcia Marquez et au Chili d’Allende est un orateur puissant, au rythme posé. Il explique, cite, illustre en bon pédagogue. 

Il s’est adressé aux électeurs partout, dans des endroits désertés souvent par la parole publique, sans la médiation des organes de presse souvent hostiles. Sa plate-forme internet et les réseaux sociaux ont accompagné et facilité la volonté de s’adresser directement au peuple. Sa campagne confirma que dans un contexte de crise démocratique les partis et les élus n’ont pas nécessairement l’importance qui leur est traditionnellement prêtée. Par les voies numériques, Petro convoqua des dizaines de milliers de volontaires qui ont maillé les quartiers populaires, distribuant le journal de campagne, engageant la discussion. L’action en faveur de sa campagne et l’espoir d’un changement clair expliquent pour l’essentiel le recul de l’abstention. 

Gustavo Petro a perdu l’élection présidentielle colombienne. 

Mais il a aussi soulevé une espérance. Dans un pays où la guerre est une réalité depuis si longtemps, il a parlé de paix et de réconciliation, il a défendu les accords de paix, que le nouveau pouvoir compte détricoter. 

Dans un pays qui subit la vague néo-libérale depuis le début des années 90, il a parlé d’éducation publique gratuite, d’accès à la santé, de justice sociale et de répartition de la richesse. Dans un pays où les institutions manquent parfois de légitimité et les minorités sont maltraités, il a parlé d’état de droit, défendu les droits des femmes, des LGBTI. 

Dans un pays qui compte une biodiversité d’une richesse unique, mais où l’extractivisme est roi, il a prôné l’interdiction de la fracturation hydraulique, et parlé de la lutte nécessaire contre le changement climatique. 

Entre le premier et le second tour, Gustavo Petro réussit à rassembler les forces politiques alternatives, les principales figures de la rénovation de la vie politique colombienne pour atteindre les 8034189 voix et 41, 8%. Jamais une candidature à l’agenda progressiste n’avait reçu dans le pays un tel soutien, notamment à Bogota et dans les capitales régionales. 

La constitution lui attribue un poste de sénateur et à sa colistière à la vice-présidence un siège à la chambre des représentants.

Il existe désormais sous la conduite de Gustavo Petro une opposition en Colombie, et elle est populaire, sociale, écologiste, féministe.

Sergio Coronado

Bogota, le 18 juin 2018

Cet article a été publié initialement sur Politis

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Élections en #Colombie : La Colombie à la croisée des chemins par @SergioCoronado et @christianpdg #GustavoPetro #ColombiaHumana

La Colombie vit actuellement une période cruciale de son histoire. Les élections présidentielles ont enclenché des dynamiques politiques qui ont placé le pays à la croisée des chemins. Par Sergio Coronado, ex-député de la 2ème circonscription des Français de l’Étranger, et Christian Rodriguez, responsable des relations internationales Amérique Latine de la France Insoumise.

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Les Colombiens étaient appelés aux urnes ce dimanche 27 mai pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Iván Duque est arrivé en tête avec 39,1% (7 569 693 voix), candidat de l’extrême-droite soutenu par le parti Centro Democrático (Centre Démocratique) de l’ancien président Álvaro Uribe (2000-2010), devançant Gustavo Petro, ancien maire de Bogotá et ancien guérillero du M19, candidat de Colombia Humana (Colombie Humaine), 25,1% (4 851 254 voix). Ces deux candidats sont suivis de Sergio Fajardo, ancien maire de Medellín, soutenu par la Coalición Colombia (Coalition Colombie) composée du Polo Democrático (Pôle Démocratique), qui est le parti de la gauche colombienne, et du Partido Verde (Les Verts).

Le négociateur des accords de paix et candidat du Partido Liberal (Parti Libéral), Humberto de la Calle, est quant à lui arrivé loin derrière avec 2,06% (399 180 voix). Le bulletin de vote en faveur du vote blanc a obtenu 0,3% (6 0312 voix).

L’ancien vice-président Vargas Lleras, représentant de l’oligarchie traditionnelle, enregistre un échec cuisant avec 7,28% (1 407 840 voix), alors même que tout laissait croire qu’il allait bénéficier de ce que l’on appelle traditionnellement la maquinaria (c’est-à-dire les puissants relais clientélistes qui maillent une partie du pays, et qui pèsent lourd lors des élections). Le résultat de l’ancien vice-président a été l’un des symboles de cette élection, l’une des plus propres sans doute de l’histoire politique du pays. Les réseaux clientélistes dont il semblait disposer devaient le hisser au second tour, et il n’en fut rien. Cela ne signifie pas que ces réseaux n’ont pas agi. Mais leur action a été moindre, et au bénéfice de Duque. Il y a eu certes de la fraude, mais sans commune mesure avec le passé, et les électeurs ont pu voter sur l’ensemble du territoire.

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Des élections de temps de paix

La presse a pris l’habitude de présenter ce second tour, depuis l’annonce des résultats, comme l’affrontement de deux extrêmes. Il est vrai que les projets en compétition sont tout à fait opposés, mais il est pour le moins discutable de présenter ainsi le duel de cette présidentielle.

Cette élection arrive dans un contexte particulier, historique même. Après des décennies de conflit, elle se déroule dans un pays sans affrontement armé, puisque les FARC sont signataires des accords de paix avec le gouvernement de Juan Manuel Santos, et que la dernière guérilla en activité, l’ELN, a décrété un cessez-le-feu unilatéral et négocie avec le gouvernement.

Les accords de paix sont fragiles puisqu’ils ont été rejetés dans un premier temps lors du référendum d’octobre 2016, et que les principaux soutiens du candidat Iván Duque, arrivé en tête au premier tour de l’élection, ont fait campagne en promettant de les “déchirer”. Ils sont fragiles aussi car ils n’ont pas mis un terme définitif au recours à la violence. En effet, de nombreux assassinats ciblés ont été commis depuis leur signature contre des responsables des communautés indigènes et d’organisations sociales, comme le rappelle Harol Duque dans Mediapart.

L’un des enjeux de tout accord de paix en Colombie, car le pays n’en est pas à son premier, réside dans la capacité de l’État à respecter ses engagements et à garantir la sécurité des combattants armés ayant finalement rendu les armes au profit de l’engagement politique institutionnel. Le massacre de la Union patriótica (Union Patriotique) reste le meilleur exemple des échecs passés.

Ils sont d’ailleurs d’autant plus fragiles que, lors des dernières élections parlementaires, le Centre Démocratique d’Alvaro Uribe, l’ancien président et parrain de la droite dure, est arrivé en tête, et ce même si la répartition au Congrès est diverse, avec notamment une forte présence de la Coalition Colombie.

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Un paysage politique en mutation: l’effondrement des partis traditionnels

Dans un pays très longtemps dominé par les deux partis traditionnels, Parti Conservateur et Parti Libéral, le panorama électoral est pour le moins surprenant. En effet, si au Congrès libéraux et conservateurs conservent une forte représentation, cette élection présidentielle a acté la disparition de ces deux partis comme éléments structurants de la vie politique nationale.

Le Parti Conservateur n’était déjà plus en capacité de présenter seul un candidat à l’élection présidentielle puisque l’une des siennes, Marta Lucía Ramírez, l’a quitté pour devenir la candidate à la vice-présidence de Duque ; et le résultat du premier tour marque une forme d’acte de décès du Parti Libéral, gangrené depuis des décennies par la corruption, sa collusion avec le trafic de drogue et les groupes paramilitaires, et aujourd’hui condamné à jouer les seconds rôles, faute de stratégie et d’orientation.

Le candidat libéral, Humberto de la Calle, a été lâché par son parti, dirigé par l’ancien président Gaviria, qui n’a guère tardé à rallier le candidat uribiste. Les bases libérales ne sont pas unanimes dans ce soutien qui marque une rupture dans l’histoire du parti. Il en est de même des figures montantes du libéralisme. En ralliant Duque, la direction du Parti Libéral se prive d’un rôle de premier plan au Congrès.

Après avoir laissé entendre qu’il soutiendrait un rapprochement avec la Coalition Colombie et Gustavo Petro, le candidat libéral a fait savoir qu’il voterait blanc. Campagne et sortie ratée pour cet homme de qualité par ailleurs, qui s’est ainsi extrait du jeu de façon peu élégante. Dans la compétition électorale entre l’oligarchie traditionnelle et les nouvelles élites régionales, liées bien souvent aux groupes paramilitaires, ces dernières sont en train de gagner la bataille qui dure depuis deux décennies.

À l’uribisme triomphant se soumettent désormais les adversaires d’hier, conservateurs et libéraux. Les élites, de l’ancien et du nouveau monde, font corps contre le candidat Gustavo Petro.

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La Coalition Colombie, ou l’expression d’un vote d’opinion

Ce fut l’une des surprises de l’élection présidentielle. Sergio Fajardo et Claudia López ratent de peu une qualification pour le second tour, et gagnent à Bogotá, alors que les enquêtes d’opinion les donnaient presque toujours à moins de 20%.

Cette Coalition réunit sur la lancée de la Ola Verde (Vague Verte), Les Verts, et notamment les personnalités en vue de la vie politique nationale (Antanas Mockus, Claudia López, Angélica Lozano, Navarro Wolf…), les amis de Sergio Fajardo et le Pôle Démocratique, et le parti de la gauche colombienne, sous la direction de Jorge Enrique Robledo, dont une partie des militants et des élus choisit néanmoins de soutenir Gustavo Petro, qui fut dans le passé l’un des leurs.

Les Verts et la Vague Verte – qui est une sorte de mouvement politique plus large et plus souple que le parti, surtout dominé par des personnalités – avaient déjà eu un candidat au second tour de l’élection présidentielle en la personne d’Antanas Mockus, ancien maire de Bogotá et ancien président de l’Université Nationale, en 2010.

Cette Coalition est souvent abusivement présentée comme une force de gauche, sans doute en raison de la présence de Robledo et du Pôle Démocratique. Elle est en grande partie l’expression de ce que l’on a coutume d’appeler en Colombie le vote d’opinion, qui est un vote d’adhésion (par opposition au vote clientéliste). Il est la plupart du temps urbain, et le fait d’un électorat en général plus éduqué que la moyenne. Son positionnement, depuis sa création, la situe dans un centre extrême, qui rejette la polarisation de la vie politique colombienne, et fait de la lutte contre la corruption son principal axe de bataille. Son discours sur la rénovation de la participation politique est un élément central de leur offre, même s’il est peu concret. Ils insistent aussi sur la défense des minorités sexuelles. Le volet environnemental est néanmoins moins solide et radical que celui du programme de Petro.

Si nombre de propositions de la Coalition Colombie sont compatibles avec le projet de Gustavo Petro, il semble peu probable qu’elle lui apporte de manière unanime un soutien pour le second tour, alors même que les principales figures firent campagne sur la notion de vote utile les dernières semaines, en expliquant que le meilleur moyen de battre Duque était le bulletin de vote en faveur de Fajardo, dont le rejet dans l’opinion serait moindre que pour Petro.

Avant l’année électorale, Humberto de la Calle, la Coalition Colombie et Colombie Humaine furent pour nombre d’électeurs les composantes d’une coalition rêvée en faveur des accords de paix et de plus de justice.

L’appel au vote blanc du candidat Fajardo avant même que l’ensemble de la Coalition ne se réunisse montre la faiblesse stratégique de celle-ci, et un positionnement parfois opportuniste et politicien. Elle a fait campagne en se présentant comme la plus efficace pour battre le candidat uribiste, et une fois celui-ci qualifié, elle est désormais incapable de prendre une décision claire en tant que coalition.

Le Pôle prit position en faveur de la campagne de Petro sans tenir compte du point de vue de Robledo qui a décidé de voter blanc. Entre Robledo et Petro, le passif est lourd, depuis les années communes passées au Pôle. Des désaccords personnels expliquent en partie cette situation, mais l’essentiel est politique.

La Coalition est d’abord un accord entre des personnalités de premier plan aux parcours politiques parfois éloignés, elle n’est pas une force sociale en tant que telle, alors que Petro doit en grande partie son succès à la mobilisation de communautés organisées (indigènes, quartiers populaires, etc.) et de relais syndicaux de poids. La gauche sociale et politique choisit en très grande majorité Petro depuis longtemps.

La Coalition surfe bien souvent sur l’opinion, s’adresse en priorité à la jeunesse urbaine des universités, a un programme économique aux tonalités libérales et des exigences environnementales modérées. Elle se veut l’avenir du pays, sa face moderne. Elle a fait dans les dernières semaines une campagne ciblée contre Petro pour lui ravir la seconde place, reprenant parfois les arguments de la droite la plus dure (populisme, extrémisme, Venezuela).

Les figures les plus jeunes (Claudia López et Angélica Lozano) ont toujours ciblé en priorité les questions sociétales et la lutte contre la corruption, laissant de côté la question des inégalités et de la concentration de la richesse. Même si Claudia López partage avec Petro un combat frontal contre les groupes paramilitaires et l’ancien président Uribe.

Il y a dans leur refus de se prononcer clairement en faveur de Petro à la fois des questions de positionnement, mais aussi une forme de mépris de classe. Petro est une figure populaire. C’est un intellectuel de la politique issu d’un milieu simple. Son succès et son attitude, ni plus ni moins hautaine que celle des autres candidats, suscitent des critiques dans un pays de castes, où tout est dans les mains d’une oligarchie puissante.

Le ticket présidentiel de la Coalition Colombie (Fajardo/López) porte une lourde responsabilité en choisissant le vote blanc. Leur volonté de changement semble avoir été, aux yeux de nombreux électeurs, une tactique électorale plutôt qu’une stratégie de transformation réelle du pays. Heureusement, Les Verts appellent en majorité à voter Petro et rejoignent ce vendredi la campagne du second tour avec ses principales figures parlementaires.

La meilleure façon de conquérir le vote en faveur de Fajardo au premier tour est de remettre la question de la paix dans le débat, de faire de la lutte contre la corruption et de la défense des libertés et de l’état de droit les éléments de plus forte influence sur le vote d’opinion.

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Petro, une surprise malgré tout

La qualification de Gustavo Petro pour le second tour de l’élection présidentielle avait été annoncée par les sondages, elle n’en demeure pas moins une surprise. La crainte de fraude était fondée, et il est à souligner que cette élection a été sans doute la plus propre de l’histoire électorale du pays, malgré des fraudes constatées par la Mission d’observation électorale. La présence au second tour d’un ancien membre d’une guérilla dans un pays marqué par plusieurs décennies de conflit armé n’avait rien d’évident, tant le rejet de la lutte armée semble ancré dans l’électorat. Les résultats électoraux des FARC en sont la meilleure preuve : leur candidat s’est retiré faute d’audience et de soutiens, et d’autre part dans les régions longtemps sous contrôle des FARC, c’est le candidat uribiste qui vire très largement en tête.

Gustavo Petro avait fait l’objet d’une campagne d’une violence inouïe lors de son passage à la mairie de Bogotá. Il avait même été destitué pendant un moment et son bilan fait l’objet d’attaques en règle de la part de la presse et de la classe politique traditionnelle, sans que celles-ci soient confirmées par des indicateurs objectifs. La figure d’un mauvais gestionnaire a été alimentée depuis fort longtemps.

La campagne promue par la droite dénonçant les risques de castro-chavisme a eu beaucoup d’impact dans l’opinion, en raison de la proximité de la crise vénézuélienne et de la présence de nombreux vénézuéliens en Colombie, de même que les appels au vote utile en faveur de Fajardo.

Il n’en reste pas moins que pour la première fois dans l’histoire du pays un candidat issu des rangs de la gauche parvient à un tel résultat. Il y parvient, qui plus est, sans l’appui d’un parti, mais grâce au recueil de 846 000 signatures. Il réussit son pari en mobilisant un électorat populaire éloigné du vote, et méfiant à l’égard des institutions. Colombie Humaine s’inscrit dans la foulée du Mouvement progressiste que Petro avait lancé après son départ du Pôle Démocratique dans la conquête de la mairie de Bogotá.

Colombie Humaine réussit à mettre en mouvement la plupart des secteurs de la gauche sociale et politique, des responsables communautaires et des associations des quartiers défavorisés. La campagne fut en grande partie portée et organisée par une plate-forme numérique qui a donné lieu à des manifestations monstres dans les rues et les places, événements rares dans la vie publique colombienne.

Ses propositions se sont articulées sur trois axes : combattre la ségrégation et les discriminations, renforcer le secteur public (santé, éducation…), et lutter contre le changement climatique. Sa campagne s’inscrit dans le cadre très large des soutiens aux accords de paix et aux discussions avec l’ELN. Son ticket présidentiel est Angela Robledo, candidate à la vice-présidence et membre des Verts.

Son adversaire Iván Duque porte un projet opposé. Il a joué sur sa jeunesse, 42 ans, et son entrée récente en politique. Après une vie professionnelle aux États-Unis, il est devenu sénateur. Ses propositions sont, pour un candidat uribiste, “relativement” modérées. Il n’en reste pas moins que son opposition aux accords de paix, sa volonté de suppression des Hautes Cours afin d’en finir avec l’indépendance de la justice, son alignement sur le patronat et son soutien des secteurs les plus réactionnaires font craindre pour la paix, l’État de droit et la situation des plus pauvres et des minorités. Le volet environnemental est inexistant. Il est en fait un soutien de l’extractivisme dans toutes ses formes. Il a aspiré une grande part de l’électorat traditionnellement conservateur et réactionnaire avec une tonalité plus mesurée que celle habituellement utilisée par les uribistes, promettant même un changement des pratiques politiques, via notamment les limitations des mandats.

Il est désormais le candidat de l’oligarchie, du patronat, et des secteurs les plus corrompus du pays. Il bénéficie du soutien de la classe politique traditionnelle dans son ensemble : partis conservateur et libéral, le parti de la U et Cambio radical (Changement Radical).

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Un second tour aux enjeux clairs

La situation politique a mis quelques jours à se décanter, notamment en raison des incertitudes du positionnement de la Coalition Colombie et de ses membres. Le paysage est désormais connu. Face à Gustavo Petro se dressent non seulement l’uribisme et son candidat du Centre Démocratique mais l’ensemble de la classe politique traditionnelle colombienne, oligarchie et nouvelles élites régionales, patronat et éditorialistes, et les secteurs les plus conservateurs et corrompus du pays.

À vrai dire, les enjeux de ce second tour ne se résument pas tant à l’affrontement de la gauche et de la droite, mais plutôt au face-à-face du pays et de la société colombienne contre la classe politique traditionnelle, clientéliste et corrompue. Ceux qui tiennent le pays, ceux qui ont toujours préféré la guerre, qui leur rapporte, à la paix, et ceux qui ont un temps déclaré soutenir la paix mais jamais au prix de leur privilèges. Ceux qui volent, trichent, se servent dans les caisses de l’État. Ceux qui au nom de Dieu mènent désormais une guerre contre les libertés individuelles et les minorités. Tous ceux-là sont maintenant réunis, main dans la main, contre Gustavo Petro.

Il serait audacieux de dire que la victoire est à portée d’urne pour Colombie Humaine, mais le candidat Petro apparaît aujourd’hui clairement comme l’alternative à cette classe politique gangrenée. Il peut lever une vague citoyenne, être l’outil de tous ceux qui ont en assez d’un pays sous tutelle. Il peut donner de la force à cette volonté de changement qui est celle d’une grande partie du pays. Place au revolcón (la culbute). Enfin, cependant que les électeurs débattent des options du second tour, la Colombie vient de faire son entrée à l’OCDE et à l’OTAN.

Cet article a été publié originellement sur Le Vent se lève

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Tandis que l’#Aquarius fait route vers l’Espagne, l’#Europe s’abîme un peu plus par @BenMonville

Dimanche 10 juin 2018, le nouveau gouvernement italien par la voix de son ministre de l’intérieur d’extrême droite Matteo Salvini refuse que l’Aquarius, navire de l’ONG française SOS-Méditerranée, accoste en Italie. Il tweete reprenant à son compte l’iconographie fasciste de l’homme fort debout sur fond noir les bras croisés et le regard fermé avec inscrit sur un bandeau rouge criard en lettres grasses « fermons les ports ». Aux environs de 22h00 les autorités italiennes ordonnent au navire qui transporte 629 migrant·e·s dont 123 mineurs isolé·e·s, 7 femmes enceintes et plusieurs blessé·e·s de s’arrêter à quelques 35 miles nautiques des côtes italiennes. L’embarras de quelques ministres cinq étoiles de la coalition jaune et verte est vite balayé et le gouvernement italien s’accorde pour renvoyer la responsabilité sur Malte qui renvoie la responsabilité à l’Italie tandis que les gouvernements des autres pays européens se taisent et détournent le regard.

Ainsi commence dans la nuit du 10 au 11 juin 2018, le sinistre feuilleton de l’Aquarius, condamné à errer plusieurs heures durant dans les limbes de la politique xénophobe des chancelleries européennes. Au milieu de ce marasme politique, seuls les maires de plusieurs villes portuaires en Italie ; Naples d’abord, suivie par Palerme, Messine et Reggio Calabria, se disent prêts à accueillir l’Aquarius et ses passagers. Auxquelles s’ajoute, la voix dissidente du maire de Riace, Mimo Lucano, et de toute la communauté de ce petit village de Calabre qui, depuis 1998 et le naufrage d’un bateau transportant 300 kurdes sur ses côtes, a fait de l’accueil des migrant·e·s l’occasion d’une renaissance. Ces villes et leurs édiles rompent le silence mortifère de gouvernements gangrénés par le racisme structurel d’un ordre libéral dont les tenants s’ingénient à transformer la demande de justice sociale et environnementale de la part de populations écrasées par des politiques d’austérité en vindicte contre les migrant·e·s. Ces villes et leurs édiles sauvent l’honneur de l’humanité et font naître un espoir encore jeune.

Le lendemain, lundi, le haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés appelle les gouvernements concernés à consentir immédiatement au débarquement des centaines de personnes bloquées en Méditerranée. Rappelant que cette situation est contraire au droit international et à la convention européenne des droits de l’homme. Malte et l’Italie continuent leur jeu de ping pong cynique tandis que la maire de Barcelone en Espagne se dit prête à son tour à accueillir le navire et ses passagers. En France, on n’entend toujours rien. Comme si nous n’étions pas nous-mêmes un pays méditerranéen comme si nous ne comptions aucune ville portuaire sur la Méditerranée. Sans doute que l’histoire particulière de ces villes, de leur soumission au pouvoir parisien ou assujettissement aux intérêts d’une bourgeoisie qui crève de peur à l’idée de perdre son pré-carré doré explique en partie qu’elles soient incapables de la moindre parole autonome.

Macron se tait au moins publiquement même si on ne peut pas douter que le silence français doive quelque chose à sa volonté. Il faudra attendre lundi soir pour que de Corse et par la voix d’un de ses leaders nationalistes nous soit donner l’occasion de ne plus avoir tellement honte des autorités de notre pays. Entre temps un porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a déclaré que « la France a fait sa part » continuant d’alimenter le fantasme d’une invasion de migrant·e·s alors même que la France a accueilli en 2017 à peine plus d’un·e migrant·e pour mille habitants (1,3 pour la précision). Mais aucun examen rationnel de la réalité ne tient devant l’entreprise mensongère des élites de notre pays qui trouvent ici le meilleur moyen de détourner l’attention du peuple de leur responsabilité absolue dans la dégradation constante depuis les années 1980 de nos conditions de vie et la mise à sac de notre État social. Pour ne rien dire de celle qu’ils assument en défendant les intérêts de nos entreprises, d’État ou pas, en Afrique et au Moyen-Orient et qui sont à l’origine de la fameuse crise migratoire qu’ils prétendent ensuite devoir subir. Et puis, dans l’après-midi, le premier ministre espagnol nouvellement élu déclare que l’Espagne est prête à recevoir l’Aquarius et ses passagers dans son port de Valence. Matteo Salvini, le ministre italien d’extrême droite exulte : il a fait la démonstration qu’il était l’homme fort de la péninsule et vient de réussir son entrée dans la cour des grands sur la peau de 629 personnes condamnées à errer un jour de plus dans les limbes de la xénophobie des chancelleries européennes exception faite donc de l’Espagne. Le deuxième épisode du sinistre feuilleton de l’Aquarius s’achève et on se demande jusqu’à quel point il leur sera possible de déconsidérer l’idée d’une Europe de la paix et des droits humains qu’ils prétendent défendre.

Mardi 12 juin, l’Aquarius a été ravitaillé la veille au soir par les autorités maltaises en eau et en vivres. Mais si ses passagers ont à boire et de quoi manger pour un repas supplémentaire, l’atmosphère est écrasante à bord. Il fait très chaud et le bateau est chargé bien au delà de sa capacité normale. Les hommes dorment à même le sol sur le pont, les femmes étouffent à l’intérieur, la promiscuité est extrême. Un homme, effrayé à l’idée d’être raccompagné en Libye menace de se jeter par dessus bord. Enfin, les autorités italiennes transmettent l’autorisation de mettre le cap sur Valence en Espagne. Elles annoncent en même temps que des embarcations militaires déchargeront l’Aquarius d’une partie de ses passagers et feront route avec lui jusqu’à destination. Pendant ce temps là, l’Aquarius manque à sa mission de sauvetage alors que des centaines de migrant·e·s embarquent chaque jour sur les radeaux du désespoir que les autorités libyennes laissent de nouveau partir en nombre pour augmenter la pression sur le nouvel exécutif italien et en tirer de nouveaux avantages. La traversée est prévue pour durée quatre jours.

Le troisième épisode du sinistre feuilleton de l’Aquarius s’achève sans qu’on puisse en dire autant du calvaire de ces milliers de femmes et d’hommes réduits à satisfaire les intérêts des groupes dominants, qui exploitent leur force de travail, leurs territoires ou leur détresse. Et tandis que l’Aquarius est à flot et ses passagers sains et saufs, l’Europe sabordée par ceux-là même qui nous abjurent de la sauver s’est abîmée un peu plus.

Bénédicte Monville

Ce texte a d’abord été publié là : https://blogs.mediapart.fr/benedicte-monville/blog/120618/tandis-que-laquarius-fait-route-vers-lespagne-leurope-sabime-un-peu-plus

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